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« Il paraît que Torg est avec lui depuis un bon moment, et qu’il était là pendant un voyage qui s’est très mal passé sur le navire où ils étaient. Alors, quand le capitaine a pris le commandement de la Vivacia, il a amené Torg avec lui. Le lieutenant ne trouvait peut-être d’embauche nulle part et ton père se sentait une espèce d’obligation envers lui. Ou bien Torg a un joli petit cul bien serré. »

Hiémain en resta bouche bée. Mais Clément avait retrouvé son sourire complice. « Hé, c’est pour rigoler ! Pas étonnant que tout le monde adore te taquiner : comme cible, on ne fait pas mieux !

— Mais c’est de mon père qu’il s’agit ! protesta Hiémain.

— Non, m’sieur, pas quand tu sers à bord de son bateau ; à ce moment-là, c’est ton capitaine et rien d’autre. Et ce n’est pas un mauvais commandant ; il n’est pas aussi bon qu’Ephron, et certains d’entre nous pensent toujours que c’est Brashen qui aurait dû prendre la suite quand le cap’taine Vestrit a raccroché. Mais celui-ci n’est pas mauvais.

— Alors pourquoi dire... ce que tu as dit sur lui ? » Hiémain n’y comprenait plus rien.

« Parce que c’est le capitaine, expliqua Clément d’un ton patient. C’est une tradition chez les marins, même si on respecte son commandant, parce qu’on sait qu’il peut te caguer dessus quand l’envie lui en prend. Tu veux savoir un truc ? Quand on a appris que le cap’taine Vestrit rendait sa veste et qu’il mettait quelqu’un à sa place, tu sais ce qu’a fait Confret ?

— Non, quoi ?

— Il est allé dans la coquerie prendre la chope à café du capitaine et il a passé sa queue bien partout à l’intérieur ! » Les yeux gris de Clément rayonnaient de ravissement ; il attendait avec impatience la réaction de Hiémain.

« Tu te moques encore de moi ! » Malgré lui, il sentit un sourire horrifié apparaître sur ses lèvres.

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Ambre était son amie, une des rares qu’elle avait ; elle l’avait hébergée pendant le plein été et lui avait prêté la main pour couper et coudre ses vêtements de garçon. Mieux encore : Ambre elle-même avait enfilé des habits masculins et appris à la jeune fille à se mouvoir, à marcher et à se tenir assise comme un homme. Elle avait été comédienne dans une petite troupe de théâtre, avait-elle expliqué, dans laquelle elle avait tenu de nombreux rôles des deux sexes.

« Poussez votre voix d’ici, lui avait-elle dit en tapant du doigt l’abdomen d’Althéa, juste sous les côtes. Du moins si vous devez absolument parler ; mais abstenez-vous-en le plus possible. Vous aurez ainsi moins de chances de vous trahir et vous serez plus facilement acceptée. Quelqu’un qui sait écouter est une rareté ; si on vous croit de cette espèce, on vous passera tous vos autres défauts. » Ambre lui avait aussi montré comment aplatir sa poitrine de telle façon que le bandage ressemble à un vêtement porté sous la chemise ; elle lui avait appris comment utiliser des chaussettes de couleur foncée comme tissu pour ses règles. « Des chaussettes sales, ça s’explique toujours, avait-elle dit. Cultivez une personnalité méticuleuse ; faites votre lessive deux fois plus que les autres et, au bout d’un moment, personne n’y prêtera plus attention. Astreignez-vous aussi à dormir moins, car vous devrez vous lever avant tout le monde ou vous coucher plus tard afin de préserver le secret de votre anatomie. Et voici mon avertissement le plus important : ne confiez ce secret à personne ; un homme serait incapable de le garder. Si un seul à bord apprend que vous êtes une femme, tous le sauront bientôt. »

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« Votre propre fils constate l’injustice de votre conduite, dit-elle à Kyle d’un ton accusateur. Me dépouiller de Vivacia n’a rien à voir avec votre conviction que je suis ou non capable de la commander ; c’est votre cupidité qui vous fait agir.

— Ma cupidité ? cria Kyle avec dédain. Ma cupidité ? Ah, elle est bien bonne ! C’est par cupidité que je voudrais récupérer un navire tellement grevé de dettes que j’aurai de la chance si je les rembourse avant ma mort ? C’est la cupidité qui me pousse à prendre la responsabilité d’une famille incapable de gérer correctement son argent ? Althéa, si je pensais que vous aviez la moindre chance de vous rendre utile à bord de la Vivacia, je sauterais sur l’occasion de vous y faire travailler, pour changer. Non, mieux que ça : si vous étiez capable de me montrer le moindre signe de compétence en tant que marin, si vous aviez ne serait-ce qu’une étiquette de recommandation à votre ceinture, je vous ferais présent de ce fichu bateau et de toutes ses dettes ! Mais vous n’êtes rien d’autre qu’une gamine gâtée !

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« Savez-vous ce que ressent une femme, Davad, quand elle porte un être en elle pendant neuf mois sans savoir s’il s’agit de l’enfant, de l’héritier qu’elle appelle de ses prières, ou d’un monstre difforme que son mari devra étrangler de ses propres mains ? Ou d’une créature mixte ? Vous devez savoir ce que ressent un homme dans ce cas. Si j’ai bonne mémoire, votre Dorill a été enceinte trois fois, et pourtant vous n’avez eu que deux enfants.

— Et la Peste sanguine les a emportés tous les deux », répondit Davad d’une voix brisée. Il enfouit soudain son visage dans ses mains, et Ronica fut prise de remords de tout ce qu’elle avait dit, et de peine pour cette triste enveloppe d’homme qui n’avait pas d’épouse pour lui dire de relacer sa tunique et tancer le tailleur qui avait mal coupé son pantalon. Elle se sentit pleine de pitié pour eux tous, nés à Terrilville pour mourir à Terrilville, et qui devaient entre-temps poursuivre le marché maudit que leurs ancêtres avaient conclu.

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« C’est ça ? Vous dites qu’il est là depuis combien de temps ? Trente ans ? » Un accent faisait chanter les mots. « Jamaillien, songea Parangon ; et de la capitale, Jamaillia, elle-même. » Ceux des provinces du sud avalaient les consonnes finales ; il s’en souvenait sans savoir d’où il tenait sa science.

« C’est lui, répondit une autre voix, plus âgée.

— Il n’y a pas trente ans qu’il est là, affirma la plus jeune. Un bateau laissé à sec sur une plage pendant trente ans serait criblé de trous de vers et couvert de bernacles.

— Sauf s’il est en bois-sorcier, répliqua son interlocuteur. Les vivenefs ne pourrissent pas, Mingslai, et elles n’excitent pas l’appétit des bernacles ni des vers foreurs. C’est une des raisons qui rendent ces navires si chers et si recherchés : ils durent des générations entières sans les travaux d’entretien de la coque qu’exigent les autres bateaux, ou à peine. Sur les mers, ils veillent à leur propre sauvegarde, ils avertissent l’homme de barre s’ils aperçoivent un danger sur leur route ; certains même naviguent presque seuls. Quel autre type de navire peut vous prévenir qu’une cargaison s’est déplacée, ou que vous l’avez trop chargé ? Un bateau en bois-sorcier est une merveille à voir en mer ! Quel autre bateau...

— D’accord. Alors, dites-moi pourquoi on a tiré celui-ci à sec et qu’on l’a abandonné ? » Le plus jeune avait un ton extrêmement sceptique : Mingslai ne faisait pas confiance à son guide, cela était évident.

Parangon eut presque l’impression de voir l’aîné des deux hommes hausser les épaules. « Vous savez quels superstitieux sont les marins ; or ce navire a une réputation de malchance, de grande malchance. Autant que je vous le dise tout suite, parce que quelqu’un d’autre s’en chargera de toute façon : le Parangon a tué tout un tas d’hommes, y compris le propriétaire et son fils.

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« Celui qui craint ce qui risque d’advenir perd le moment qu’il vit par peur du suivant, qu’il empoisonne par ses préjugés. » La voix de Bérandol se fit un peu plus tranchante. « Tu te laisses aller trop souvent à préjuger. Si la prêtrise t’est refusée, c’en sera sans doute la cause. »

Hiémain regarda Bérandol avec des yeux horrifiés, et, l’espace d’un instant, son visage fut un masque de pure affliction. Puis, il vit le piège et il répondit avec un grand sourire auquel Bérandol fit écho : « Mais si je m’inquiète de cette éventualité, j’aurai préjugé de mon échec. »

Bérandol donna un coup de coude bon enfant à l’adolescent élancé. « Exactement. Ah, que tu grandis et apprends vite ! J’étais beaucoup plus âgé que toi  – j’avais au moins vingt ans  – quand j’ai appris à appliquer cette Contradiction à la vie quotidienne. » Hiémain haussa les épaules d’un air embarrassé. « Je l’ai méditée hier soir avant de m’endormir. Il faut faire des projets et anticiper l’avenir sans le craindre. » Vingt-Septième Contradiction de Sa.

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