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Au cours de sa jeune vie, Emmaline Crumbley, duchesse douairière de Ticking, avait accepté bien des choses qu’elle avait fini par regretter.

Elle regrettait par exemple d’avoir quitté Liverpool pour s’installer à Londres.

Elle regrettait d’avoir épousé un duc croulant, de trois fois son âge.

Elle regrettait aussi de s’être fait couper les cheveux.

En cet instant, elle regrettait surtout de devoir s’aventurer dans le quartier malfamé de Paddington Lock, à sept heures du matin, pour longer le canal sur les pavés trempés dans le but de…

Qu’avait-elle accepté, au juste ? Elle n’aurait su le dire.

Enseigner à un homme comment se comporter à table, tenir ses couverts, s’exprimer en société, s’adresser à autrui ?

Lui apprendre à danser, peut-être ?

— J’espère que non, maugréa-t-elle pour elle-même.

Bryson Courtland l’avait chargée de « rendre raffiné » un frère aux manières un peu rustres, sans lui fournir d’instructions précises. D’un air empreint de nostalgie, M. Courtland avait affirmé qu’elle était la personne idéale pour remettre son frère dans le droit chemin. À l’en croire, elle était même son unique espoir.

C’était la raison pour laquelle Emmaline avait accepté cette mission, en dépit de ses regrets grandissants : quelle meilleure motivation que d’être le seul recours de quelqu’un ?

Ce dont la jeune femme avait besoin, c’était de soutien, une nécessité encore plus vitale que de cesser de tout accepter au risque d’avoir des regrets. Le soutien de Bryson Courtland, un riche constructeur naval. Et si ce dernier souhaitait que son frère apprenne l’art de se conduire en véritable gentleman, Emmaline ne demandait qu’à le satisfaire.

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Prologue

Il était une fois deux frères, ou plus exactement deux demi-frères, une nuance qui ne les tourmente guère, mais qui constitue le point de départ de cette histoire.

Ils sont nés dans le Wiltshire en Angleterre, au fond de la vallée de Deverill, non loin de la Wylye, dans un manoir délabré du nom de Rossmore Court.

Le titre des Rainsleigh était ancien et les terres familiales s’étendaient à perte de vue. Hélas, les parents des deux garçons, lord Franklin Courtland, vicomte de Rainsleigh, et son épouse Este, n’étaient tenus en grande estime ni par leurs voisins du Wiltshire ni par les membres de la haute société londonienne, qui leur reprochaient une certaine tendance à l’impulsivité, la brutalité, l’alcoolisme et une insouciance peu recommandable.

Pour couronner le tout, ils croulaient sous les dettes.

Cette mauvaise réputation ne les empêchait en rien de vivre comme bon leur semblait, sans se soucier des ragots. En 1779, quand la vicomtesse se retrouva enceinte, lord et lady Rainsleigh purent ajouter « parents indignes » à la longue liste de leurs défauts. Leur fils aîné, le futur vicomte, fut baptisé Bryson. Grave et curieux, emporté et volontaire, cet héritier était également – et c’était fort étrange – un être juste et bon.

En 1785, Este et Franklin eurent un second fils. Avec son caractère doux et posé, son visage angélique et ses yeux bleus et rieurs, il devint vite le préféré de sa mère. Le vicomte lui avait donné le prénom de Beauregard, mais il grandit avec le surnom de « Beau ».

Les frères Courtland n’eurent pas une enfance très heureuse. Lord Rainsleigh s’absentait souvent et, lorsqu’il était à la maison, il était rarement sobre. Il traitait ses deux fils avec le même dédain, le même sarcasme. Malheureuse, colérique et exigeante, lady Rainsleigh avait un penchant marqué pour les beaux jeunes gens, surtout ses employés, quand ils étaient larges d’épaules.

L’argent manquait, à l’époque. L’éducation des enfants n’étant pas la priorité du couple, les deux frères étaient livrés à eux-mêmes et devaient compter l’un sur l’autre.

Grâce à son travail et son bon sens, Bryson gagnait assez d’argent pour leur acheter un manteau et des bottes chaque année, ainsi que des livres, et assurer l’entretien de la vieille bâtisse qu’ils partageaient.

Grâce à son physique avantageux et son charme, Beau persuadait les commerçants du village de leur accorder des crédits, les régisseurs d’embaucher des jeunes gens peu farouches, et les domestiques et métayers de rester sur le domaine sans salaire ni travaux d’entretien.

Chacun contribuait à faire bouillir la marmite de son mieux, jusqu’à l’été 1807 quand le vieux vicomte, rattrapé par ses excès, fit une chute dans la rivière où il se noya.

À la mort de Franklin, Bryson, le nouveau vicomte, entreprit de racheter les erreurs de son père et de rembourser les dettes familiales. Il s’installa à Londres où il travailla d’arrache-pied pour construire et vendre des bateaux, tant et si bien qu’il se retrouva à la tête d’un chantier naval et plus riche que dans ses rêves les plus fous.

Beau, en revanche…

Beau ne se sentait en rien responsable des erreurs de son père et ne nourrissait aucun rêve de fortune. Dieu merci, il n’était pas l’héritier du titre ! Sa seule ambition était de jouer de son charme pour découvrir les plaisirs de la capitale et au-delà.

Pendant un temps, il parcourut les mers du monde en tant qu’officier de la Royal Navy. Puis il devint importateur d’oiseaux et de poissons exotiques, avant de passer un an au sein de la Compagnie des Indes, à former des soldats autochtones à la protection des routes du commerce britanniques. Beau menait une vie d’aventure et d’errance, de préférence au soleil, et surtout, il faisait ce que bon lui semblait.

Jusqu’au jour où les frères Courtland apprirent une nouvelle stupéfiante qui bouleversa leur existence.

Un inconnu leur révéla qu’ils n’avaient pas le même père.

Le vicomte, cet homme cruel qui les battait, les méprisait, qui avait ruiné la famille et laissé la maison à l’abandon, n’était pas le véritable père de Bryson, dont le géniteur était le fils d’un forgeron du village avec qui sa mère avait eu une liaison torride.

Beau était donc l’unique fils biologique de Franklin Courtland.

À ce titre, il était l’héritier légitime.

C’est ainsi que Beauregard Courtland devint vicomte de Rainsleigh, le seul dépositaire de tout ce que son frère avait offert à la famille au prix d’années d’efforts et de travail.

Beau n’avait aucune envie d’être vicomte, une perspective qui lui inspirait même un rejet presque viscéral. Hélas, cela ne changeait rien à l’affaire. Furieux, il menaça de quitter le pays, de changer de nom, de commettre un crime afin de croupir en prison pour échapper à ce titre haï. Rien n’y fit.

Qu’il le veuille ou non, il était le vicomte de Rainsleigh.

Son frère, devenu M. Bryson Courtland, constructeur naval et marchand, se fixa alors un nouvel objectif : faire de Beau un vicomte responsable, noble et respecté. Et ce, quelle que soit la méthode employée.

En réaction, Beau fit de la résistance. S’il ne pouvait empêcher son frère de lui imposer ce maudit titre, il pouvait au moins refuser de jouer le jeu, continuer de mener une vie de bohème, jusqu’à…

C’est ici que commence notre histoire.

Mais peut-être n’est-ce pas l’histoire de deux frères, ni de deux demi-frères.

Peut-être est-ce l’histoire d’un seul frère au passé douloureux qui parvient à se construire un avenir.

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