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Plus de trente ans.

Voici déjà plus de trente ans que je veille sur toi. Un temps à la fois si fugitif et si conséquent. Il n'est guère en mon habitude de me tourner, regard vers le passé, vers les pas tracés. Mais ce jourd'hui, plus que jamais, mon cœur se dédie à ses années, dont certaines, que tu n'as pas connues. Des souvenirs, comme tant d'autres, comme tu en as, comme tu t'en forgeras. Et je puis t'assurer que je n'en suis pas indigente !

J'ai connaissance, bien souvent malgré moi, des rumeurs éventées, des billevesées proférées à mon encontre. À propos de mes origines qui font de l'esclandre, de mon parcours sur le layon escarpé de ma vie si singulière. À propos de toi, de ton père, de ceux que j'ai chéris ou simplement rencontrés au détour du chemin. La vérité ne mérite pas toujours d'être rétablie dans les oreilles des sots aveuglés par leurs convictions, puisqu'elle ne saurait que leur fournir le fil de leurs tissus de mensonges.

Mais j'estime que tu es en droit de connaitre la réalité, aussi, en cette heure funeste, je tiens à te la délivrer par les mots, une arme plus puissante que les glaives, plus venimeuse que les poisons, plus troublante que les sortilèges.

Je ne désire pas te cacher certaines choses qui pourraient, à tes yeux, te sembler révoltantes, choquantes, ni te déballer un récit de bravades héroïques comme beaucoup semblent y croire. Mais l'histoire d'une jouvencelle, comme tu le fus, comme le seront ta fille et ses descendantes. L'histoire de ceux qui l'eurent accompagnée, parfois jusqu'à leur dernier souffle. Eux dont j'ai sondé les souvenirs afin de te conter de leurs propres états d'âmes vis-à-vis de cette longue aventure, parfois dans ces moments où je n'étais pas présente.

Au même titre que moi, tu sais fort bien que la vie n'est pas parsemée de pétales de roses, mais de leurs épines acérées. J'ai connu la Mort, je l'ai vue, je l'ai provoquée. Le sang et le froid m'ont, un temps, été familiers, la maladie et la peur furent la source de mes cauchemars. Mais en contrepartie, j'ai trouvé l'Amour, ai cueilli quelques étoiles de félicité. J'ai toujours en mémoire le sourire de chacun, le rire des disparus, les caresses d'une jeunesse éperdue et ses baisers si tendrement apposés. Des sensations ancrées à tout jamais dans mon âme d'immortelle. Condamnée à me ressasser les réminiscences douloureuses d'un temps que je regrette quelque part. Et j'ai aujourd'hui l'intention de t'en faire part.

Ma fille, voici mon histoire...

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Bien que je fixasse cette silhouette imprimée dans la réverbération de la lune, un de mes pieds exécuta un pas en arrière, esquissant une fuite. Puis, soudain, tous mes muscles se crispèrent d'angoisse et je lâchai un cri strident pour alarmer la présence de cet inconnu.

Sa réaction fut impressionnante : une demi-seconde lui suffit pour se précipiter sur moi et plaquer sa main contre ma bouche afin de me faire taire. Dans son élan puissant, mon dos heurta le mur de derrière tandis que je continuais à me débattre avec force, ne cessant de hurler. Me maîtrisant avec difficulté, mon agresseur m’adressa pourtant la parole.

— C’est moi ! tenta-t-il de me calmer. Tais-toi ou je risque des ennuis !

De plus belle, je répétai mon appel de détresse, calfeutré par sa main qui s’appuyait de plus en plus sur ma mâchoire.

— C’est moi ! Calme-toi ! m’ordonna la voix aux intonations propres à celle d’un jeune homme.

Comment ça « moi » ? La seule personne que je pouvais connaître était Astiran ! Et avec certitude, il ne s’agissait pas de lui.

Je cherchai à tâtons un objet à disposition pour le frapper avec, mais constatant que rien n’était à ma portée, je tentai d’enfoncer avec virulence mes ongles dans la peau du bras.

— Mais voyons ! Arrête tout de suite ! Diphtil, je te dis que c’est moi !

Profitant de la réaction provoquée par l’impromptue prononciation de mon nom, il relâcha une seconde son étreinte de mon poignet, et releva d’un geste presque instantané son capuchon. Se découvrit à moi ce visage si connu il fut un temps bien lointain... Ces cheveux noirs comme de l’obsidienne, ce menton plutôt rond, ses yeux si déterminés. Ses iris violets.

Non, cela ne pouvait être possible. Cauchemardais-je encore de ce fantôme fraternel ?

— C’est moi, Naid !

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