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Il était une fois.... le folklore

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Il était une fois un roi si grand, si aimé de ses peuples, si respecté de tous ses voisins et de ses alliés, qu'on pouvait dire qu'il était le plus heureux de tout les monarques.

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Présentation par Annie Collognat et Marie-Charlotte Delmas

« Au moment que je fais cette moralité

Si Peau d'Âne m'était conté,

J'y prendrais un plaisir extrême.

Le monde est vieux, dit-on : je le crois ; cependant

Il le faut amuser encor comme un enfant. »1

Le test est facile à faire, il est recommandé par le docte professeur J. R. R. Tolkien, inventeur de l'heroïc fantasy avec son célébrissime Seigneur des Anneaux : prononcez la formule « contes de fées » et demandez de citer un titre. L'écrasante majorité des réponses nommera une histoire due à Charles Perrault.

Faites le test vous-même... Cendrillon, la Belle au bois dormant, le Petit Chaperon rouge, le Petit Poucet, Barbe Bleue... Popularisés par de nombreuses éditions et adaptations, les Contes de Perrault n'ont jamais cessé d'être lus, racontés, réécrits depuis leur parution en 1697. Or, si ce fleuron de notre patrimoine littéraire est sans doute le plus connu dans le monde, il est aussi le plus mal connu.

On croit connaître Perrault, en effet. On l'imagine réservé aux enfants. Cependant, si on prend la peine de lire ses contes, tels qu'il les a écrits, on découvre un univers où l'humour l'emporte souvent sur le merveilleux. Où les fées ne font que de très brèves apparitions. Où la morale n'est pas toujours très morale... Il faut dire que les frères Grimm ne sont pas encore passés par là pour punir tous les grands méchants loups !

Perrault : en tout état de contes

Conçu comme un recueil original, notre ouvrage s'est donc fixé une triple ambition.

Tout d'abord, donner à savourer l'œuvre même de Perrault dans son intégralité : trois pièces en vers, huit en prose. En cette fin de XVIIe siècle « classique », la mode est à la fable et Perrault sait bien tout ce qu'il doit au maître La Fontaine : du genre de la fable, ses contes gardent les caractéristiques et la finalité, en particulier ces « moralités » des plus didactiques qui sont annoncées dès le titre de son recueil (Histoires ou Contes du temps passé avec des moralités) et que beaucoup d'éditions postérieures n'ont pas hésité à supprimer. Lire les contes de Perrault c'est donc d'abord les apprécier dans leur dimension originale : deux narrateurs et deux tonalités. Au premier rang, un conteur « de papier » dit l'histoire : épisodes d'un réalisme cruel (un loup dévore une petite fille, des parents perdent leurs fils dans la forêt, un père massacre ses propres filles, un mari est assassiné par les frères de sa femme), irruption du merveilleux (une fée transforme une citrouille en carrosse), épreuves et quêtes initiatiques. Au second rang, un narrateur / conteur commente in fine : sentencieux, malicieux, un peu grivois, il parle bon sens et conduite pratique.

Ensuite, replacer l'œuvre de Perrault dans une continuité qui met en lumière son originalité. L'origine de ses contes, leur écriture, commentée, interprétée, voire réinterprétée, ont fait l'objet de multiples travaux et publications érudites. Le but de notre recueil n'est donc pas de proposer une nouvelle étude, mais de donner au lecteur un échantillon représentatif des versions littéraires2 et populaires qui ont pu inspirer l'œuvre de Perrault ou s'en être à leur tour inspirées. Sinon à la lettre, du moins en esprit. Chapitre par chapitre, le lecteur suivra ainsi le courant d'une tradition écrite et orale, entre « amont » et « aval » de chacun de ses onze contes : après le texte de Perrault, l'ensemble de ces versions littéraires et populaires est présenté par ordre chronologique d'écriture.

Enfin, donner à voir un choix d'images qui ont accompagné la diffusion des contes : des illustrations les plus célèbres – l'intégralité des quarante-deux gravures de Gustave Doré conçues pour l'édition Hetzel de 1862 – à quelques autres, moins connues, mais qui méritent aussi de trouver ici une place.

Un conteur, des conteuses : un jeu mondain

C'est en 1690 que le premier « conte de fées », au sens littéraire du terme, fait timidement irruption en France sous la forme d'un récit merveilleux, « L'Île de la Félicité », inséré dans un roman de Mme d'Aulnoy, l'Histoire d'Hypolite comte de Duglas. De la même façon, en 1696, Catherine Bernard glisse deux contes féeriques, « Le Prince Rosier » et « Riquet à la houppe », dans sa nouvelle espagnole Inès de Cordoue, tandis que « La Belle au bois dormant » de Charles Perrault paraît en février dans Le Mercure galant, journal littéraire et culturel fondé en 1672 par Jean Donneau de Visé.

Entre 1691 et 1696, Mme d'Aulnoy, Mlle L'Héritier, Mlle Bernard et Charles Perrault livrent en tout huit « contes » qui pourraient apparaître comme des coups d'essai pour tester la réaction du public mondain. En cette fin d'un siècle fastueux où Louis XIV vieillissant est tombé sous la coupe de la dévote Mme de Maintenon, les courtisans ont déserté les jardins versaillais pour les appartements parisiens du Palais-Royal. La fine fleur de l'aristocratie et de la riche bourgeoisie s'invente des jeux littéraires, festifs et spirituels. Parmi ceux-ci, le nouveau venu fait aussitôt fureur dans les salons : on raconte un conte de la même façon qu'on s'amuse à réaliser des portraits, inventer des maximes, écrire des bouts-rimés ou des proverbes. Petit genre très ancien, redécouvert au milieu du siècle par La Fontaine, le conte se nourrit des souvenirs d'enfance (les histoires des « mères-grands »), des lectures galantes (les romans précieux) et des frivolités mondaines du temps. Il reste avant tout un divertissement appartenant à l'art de la conversation, cet art étant lui-même soumis aux exigences de la mode. La Renaissance italienne puis française avait introduit celle des nouvelles « encadrées » : un groupe de personnes se retrouvent ensemble pour diverses raisons et, afin de passer le temps d'agréable façon, se mettent à conter toute une série d'histoires (le Décaméron de Boccace, imité par l'Heptaméron de Marguerite de Navarre, les Nouvelles Françaises de Segrais).

De l'oral, le conte passe à l'écrit pour devenir « littéraire » mais garde la marque originelle du contage. Pour remettre les contes de fées dans leur contexte, il faut aussi les considérer comme partie intégrante de la littérature de fiction essentiellement féminine au XVIIe siècle. Les « conteuses », souvent considérées avec méfiance, voire avec mépris, voient cependant leur œuvre éclipsée par la gloire de l'auteur « phare », Perrault, académicien comme il se doit (pas de femme à l'Académie !). Cependant, la critique moderne a redécouvert ces femmes qui ont composé l'essentiel des contes parus entre 1690 et 1705. On sait aussi, grâce au Journal de Mme de Murat (1709) que « les Dames » faisaient copier et s'envoyaient régulièrement entre elles leur production littéraire et qu'elles écrivaient beaucoup plus souvent qu'elles ne faisaient paraître.

Les années 1697–1698 marquent une véritable explosion éditoriale : tandis que l'éditeur Claude Barbin fait paraître les Histoires ou contes du temps passé, avec des moralités (les huit contes en prose de Perrault, dont cinq avaient déjà été offerts en manuscrit à Mademoiselle, nièce de Louis XIV, en 1695), Mme d'Aulnoy publie ses Contes des fées en trois tomes, de même que Mme de Murat (Contes de fées) et Mlle de La Force (Les Contes des contes). Soit pas moins de cinquante-neuf contes parus en deux ans. Si ce genre littéraire que l'on appelle désormais « contes de fées » trouve le fervent soutien du Mercure galant, les critiques ne tardent pas à s'élever. Dès 1699, l'abbé de Villiers fait paraître ses Entretiens sur les contes de fées et sur quelques autres ouvrages du temps, pour servir de préservatif contre le mauvais goût, dédiés à Messieurs de l'Académie française (sic !) : tout en flattant Perrault, il dénonce les « barbinades » (éditées par Barbin), « ces recueils, petites historiettes, et enfin ce ramas de contes de fées, qui nous assassinent depuis un an ou deux ».

Cependant, il semble que la mode ait déjà changé. Mademoiselle L'héritier fait paraître son dernier conte, « Ricdin-Ricdon », en 1705. Dans les quinze premières années du siècle des Lumières, on en produira encore une dizaine, sans compter la traduction des Mille et Une Nuits de Galland (1705). C'est symboliquement par une énorme compilation de 41 volumes que s'achève l'âge d'or du conte de fées français, l'année même de la Révolution, en 1789 : Le Cabinet des fées, Collection choisie des contes de fées ou autres contes merveilleux, édité de 1785 à 1789 par le chevalier Charles-Joseph de Mayer. Cet ensemble regroupe la majeure partie des contes parus aux XVIIe et XVIIIe siècles dans l'intention de les sauver de l'oubli et de fournir aux générations futures des modèles d'inspiration : dans la quarantaine d'auteurs retenus, Perrault occupe la première place. Mais en entrant ainsi dans une sorte de musée, le conte littéraire a perdu sa vitalité créatrice. Il devra se trouver d'autres voies, en particulier avec les frères Grimm.

« Une antiquité gauloise »

On a voulu voir dans les contes de Perrault l'émergence d'une culture populaire : une simple mise en écrit de ces histoires qui devaient alors égayer les veillées d'une France « d'en bas » qu'on ne qualifiait pas encore de « profonde ». Mais que recouvre le mot même de « populaire » pour ces aristocrates ou grands bourgeois, délicats et fin lettrés, qui n'ont pratiquement jamais quitté Paris, si ce n'est pour aller à Versailles ? Pour ces hommes et femmes de Cour, « le petit peuple », c'est d'abord ces cohortes de « gouvernantes, femmes de chambre, maîtres d'hôtel, cuisiniers, marmitons, galopins, gardes, suisses, pages, valets de pied » que l'on aperçoit dans le château de la Belle au bois dormant : un monde organisé pour les servir, les distraire éventuellement, comme ces nourrices (les « mies ») qui racontent de « vieilles histoires » à leurs rejetons – on dit même que le roi en raffolait du temps de sa petite enfance !

Si Charles Perrault signe ses textes en vers, il a choisi de se dissimuler derrière son fils pour publier ses contes en prose3. Habile subterfuge qui lui permet de jouer sur une double illusion : celles de l'oralité et de la naïveté, en revendiquant aussi bien l'héritage populaire des « contes de nourrices » que la naïveté et la simplicité de style d'un enfant précisément nourri des histoires de « mères-grands ».

On sait que Perrault se fait ainsi le champion des « Modernes » dans la querelle contre les « Anciens » : en novateur habile, il a choisi de mettre au goût du jour une « antiquité gauloise » (l'expression est employée par Mademoiselle L'héritier dans ses Enchantements de l'Éloquence4) qui remplace les dieux de la mythologie gréco-latine par les ogres et les fées. S'il est vrai qu'émerge ainsi lentement le sentiment d'une culture nationale populaire, il paraît bien prématuré de parler de « folklore ». Car si le matériau est « populaire » (la tradition des fabliaux, par exemple, comme on le voit pour « Les Souhaits ridicules »), il est artistement travaillé et profondément transformé par le conteur : l'univers de ses héros est en effet plus proche des salons de Précieuses – où l'on débat sur les métamorphoses dues à l'Amour, comme dans « Riquet à la houppe » – que des veillées paysannes. Souvent, Perrault recrée un univers féerique en puisant dans les récits des conteurs italiens alors très à la mode (les Facétieuses Nuits de Straparole, Lo Conto de li Conti, connu en France sous le titre de Pentamerone, de Basile).

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1. Jean de La Fontaine, « Le pouvoir des fables », Fables, VIII, 4, 1678.

2. Pour la présentation des auteurs et des œuvres, voir p. 1027.

3. Pour le détail de la vie de Charles Perrault, se reporter à la biographie p. 1029.

4. Voir p. 655.

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