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— J’ai payé pour vous avoir, rappela-t-il froidement. Vous m’appartenez et je prends toujours soin de mes possessions. Je ne laisserais pas Nick et Harry l’approcher non plus.

— Doux Jésus, cela signifie-t-il que je suis aussi importante à vos yeux que vos chevaux ?

Elle pressa la main sur son sein.

— Oh, Dain, vous êtes si incroyablement romantique ! Je suis bouleversée !

Il la considéra un moment, puis s’attarda sur sa main. Elle la ramena vivement sur sa cuisse.

Fronçant les sourcils, il reporta son attention sur l’attelage.

— Ce vêtement que vous portez, comment appelez-vous cela déjà? s’enquit-il d’un ton irrité.

— Ma pelisse? Elle ne vous plaît pas?

— Vous la remplissiez plus la dernière fois que je vous ai vue avec. A Paris. Le jour où vous avez débarqué chez moi en pleine fête. Et que vous vous en êtes prise à ma vertu. Vous vous rappelez?

Il engagea le tilbury dans une allée bordée d’arbres.

— Ou était-ce simplement une impression due au fait que vous étiez trempée?

Évidemment qu’elle se rappelait cet épisode. Mais le plus important était que lui s’en souvienne. Et suffisamment en détail pour se rendre compte qu’elle avait perdu du poids ! Jessica se sentit tout à coup de meilleure humeur.

— Vous n’avez qu’à me jeter dans la rivière pour vérifier, le défia-t-elle.

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S’adossant à son fauteuil, Jessica le dévisagea avec un sourire amusé.

— Arrête, Bertram, tu ressembles à un cochon. D’ailleurs, tu as beaucoup grossi depuis la dernière fois que je t’ai vu. Tu as pris au moins dix kilos, non? Peut-être même quinze. Et tout dans le ventre, on dirait, ajouta-t-elle en baissant les yeux sur ledit ventre. Tu me rappelles le roi.

— Cette baleine ! s’écria-t-il. Certainement pas. Retire ça tout de suite, Jessica.

— Sinon quoi? Tu t’assiéras sur moi? s’esclaffa-t-elle.

Il s’éloigna d’un pas raide et se laissa tomber sur le sofa.

— A ta place, reprit-elle, je m’inquiéterais moins des projets de ma sœur et un peu plus de mon propre avenir. Je suis tout à fait capable de m’occuper de moi, Bertram. Tandis que toi... Eh bien, épouser une femme riche ne serait pas une mauvaise idée.

— Le mariage est pour les pleutres, les imbéciles et les femmes.

Ele sourit.

— Tu me rappelles ces crétins ivres tout contents de lancer leurs remarques hautement philosophiques à leurs compagnons aussi crétins et ivres qu’eux avant de s’effondrer dans le saladier de punch. Le tout entre deux bonnes plaisanteries bien viriles autour de la fornication ou des processus excrétoires.

Sans laisser à Bertram le temps de dénicher au fond de son cerveau la définition de ses derniers mots, elle enchaîna :

— Je sais ce qui amuse les hommes. Je n’ai pas vécu avec toi ni élevé dix cousins pour rien. Alcoolisés ou non, ils adorent plaisanter sur ce qu’ils font - ou aimeraient faire - avec les femmes et éprouvent une fascination sans borne pour tous les vents, fluides et...

— Les femmes n’ont aucun sens de l’humour, coupa Bertram. Elles n’en ont pas besoin. Le Tout-Puissant leur a offert une source inépuisable de rires avec les hommes. D’où la conclusion logique que le Tout-puissant doit être une femme.

Il articulait lentement, comme s’il cherchait à retrouver les paroles d’une citation apprise par cœur.

— D’où provient cette profonde remarque philosophique, Bertram?

— Pardon?

— Qui t’a dit ça?

— Pas un crétin ivre, mademoiselle Je-sais-tout, répliqua-t-il d’un ton suffisant. Je ne suis peut-être pas l’homme le plus malin du monde, mais je sais reconnaître un crétin, et Dain n’en est pas un.

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Malheureusement, l’indifférence, contrairement à la surdité, n’est pas une garantie de tranquillité. La sonnette s’était à peine tue que Dain entendit des chuchotements et reconnut la voix familière de Bertram Trent. Fait exceptionnel, celui-ci parlait assez bas pour qu’on ne comprenne pas ses paroles.

Malgré tout, il s’agissait bien de Bertram, le plus grand crétin de tout l’hémisphère Nord, ce qui impliquait un arrêt immédiat de la négociation en cours. Car continuer à marchander avec Trent dans les parages reviendrait à se tirer une balle dans le pied. Nul doute que celui-ci viendrait à son «aide », faisant monter davantage le prix à chaque phrase qu’il prononcerait dans l’intention d’obtenir une réduction.

— Incroyable ! s’exclama la voix, redevenue tonitruante. Ce ne serait pas... Mais si, par Jupiter, c’est bien lui !

En entendant les pas lourds se rapprocher, Dain se retourna avec un soupir et toisa le gêneur.

Trent s’immobilisa.

— Oh, je ne voudrais pas vous déranger, surtout en pleine discussion avec Champtois, précisa-t-il en désignant l’antiquaire du menton. Comme je le confiais à Jessica à l’instant, il faut savoir rester ferme face à lui et ne jamais proposer plus que la moitié de ce qu’on est prêt à débourser.Et, bien sûr, ne jamais oublier ce que représente la moitié ou le double tandis qu’il vous multiplie ou vous divise les francs et les sous pour les transformer en livres, shillings et pence. On se demande d’ailleurs pourquoi le calcul n’est pas déjà

indiqué dans les deux monnaies sauf, évidemment, si le but est d’estamper un peu plus le client.

— Je crois vous avoir déjà dit, Trent, que vous vous feriez sans doute moins estamper en épargnant à votre délicate constitution l’épreuve de tous ces calculs, rétorqua Dain.

Percevant un froissement d’étoffe sur la gauche, il tourna la tête.

Penchée sur une vitrine, la femme qu’il avait entendue chuchoter avec Trent examinait des bijoux. Dans la lumière tamisée de la boutique, il ne distingua d’elle qu’un manteau bleu et l’un de ces hideux chapeaux à la mode surchargés de fioritures.

— Je vous conseille tout particulièrement d’oublier les chiffres, poursuivit-il sans détacher les yeux de la silhouette, si vous êtes venu acheter un présent pour votre amie. Les femmes évoluent dans un royaume mathématique supérieur à celui des hommes, surtout lorsqu’il est question de cadeaux.

— Cela, Bertram, parce que le cerveau féminin a atteint un stade de développement plus avancé que celui de l’homme, répondit la silhouette sans se retourner. Une femme sait qu’un cadeau pour être réussi dépend d’une équation complexe entre des considérations morales, psychologiques, esthétiques et sentimentales. Selon moi, aucun représentant de la gent masculine ne devrait s’aventurer.

L’espace d’un instant, Dain eut la sensation troublante qu’on venait de lui plonger la tête dans des latrines. Les battements de son cour s’accélérèrent et un frisson glacé le parcourut comme lors de son inoubliable rencontre avec ses nouveaux « camarades » d’Eton, vingt-cinq ans plus tôt.

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— Ton ami a raison, intervint Mlle Trent. Si jamais une telle chose s’apprenait, il ne peut prendre le risque d’être vu en ta compagnie. C’est sa réputation qui est en jeu.

— Ah. Vous avez eu vent de ma réputation, mademoiselle Trent ?

— Oh que oui ! Je sais que vous êtes le pire scélérat que le monde ait jamais connu. Et que vous dévorez les enfants qui ne sont pas sages en guise de petit déjeuner.

— Vous ne semblez guère effrayée, pourtant.— C’est que l’heure du petit déjeuner est passée. Et je ne suis plus une enfant. Même si je comprends que, de la hauteur où vous êtes, vous puissiez vous méprendre.

Dain la considéra de la tête aux pieds.

— Non, je ne pense pas pouvoir commettre une telle erreur

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— Vous vous trompez, mademoiselle Trent, déclarat-il. Il y a toujours un autre moyen. Vous ne le voyez pas parce que vous vous attendez que je respecte les règles instaurées par la société. Par exemple, vous pensez que puisque vous êtes une dame et que nous nous trouvons dans un endroit public, je vais me conduire en gentleman. Peut-être même imaginez-vous que je me soucie de votre réputation.

Il marqua une pause, avant d’ajouter avec un sourire malveillant :

— Souhaitez-vous prendre un moment pour réfléchir de nouveau, mademoiselle Trent ?

Elle plissa les yeux.

— J’ai l’impression que vous me menacez.

— Laissez-moi être aussi clair que vous l’avez été, murmura-t-il en se penchant vers elle. Je peux faire une brèche dans votre réputation en moins de trente secondes, la réduire à néant en trois minutes. Nous savons vous et moi qu’étant ce que je suis, je n’aurai pas beaucoup de mal à me donner. Vous êtes déjà devenu un objet de spéculation en acceptant de vous afficher en ma compagnie.

Il se tut de nouveau, le temps que ses paroles fassent leur chemin.

Elle ne répondit pas. Ses yeux gris étincelaient.

— Voilà comment ça marche, reprit-il. Si vous acceptez mon offre de quinze cents livres, je me tiendrai bien, vous escorterai jusqu’à un fiacre et m’assurerai que le cocher vous raccompagne chez vous.

— Et si je refuse, vous essaierez de ternir ma réputation, acheva-t-elle à sa place.

— Je n’essaierai pas, je le ferai.

Elle se redressa sur son siège, croisa ses mains gantées sur la table.

— J’adorerais voir cela, lâcha-t-elle.

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- (...) J’entends que les musiciens entament un nouveau morceau, une valse ou une chose de ce genre.

— En effet.

— Dans ce cas, dansons.

— Impossible. J’avais gardé deux danses pour… Peu importe. J’ai déjà un cavalier.

— En effet, moi.

Elle leva son éventail pour lui montrer le nom inscrit.

— Regardez bien. Voyez-vous écrit « Belzébuth » ?

— Je ne suis pas myope, fit-il en lui prenant l’éventail de la main. Ce n’est pas la peine de me le mettre devant le nez. Ah oui, c’est celui-là ? ajouta-t-il en désignant l’un des plis. Rouvier ?

— Oui. Elle regarda derrière lui.

— Le voici.

Dain pivota. Un jeune Français approchait d’un pas prudent, la mine pâle. Dain s’éventa. L’homme s’arrêta. En souriant, Dain prit entre le pouce et l’index la flèche où le nom de Rouvier était inscrit. Et la cassa Manque ponctuation

Ce dernier s’éloigna.

Dain se retourna vers Mile Trent et, sans cesser de sourire, brisa une à une les lames de l’éventail. Puis il jeta le tout dans le pot qui contenait la fougère.

— Ma danse, je crois, déclara-t-il en tendant la main.

C’était une scène primitive, songea Jessica. Sur l’échelle de l’évolution sociale, cela devait se situer juste au-dessus de l’époque où les hommes empoignaient les femmes par les cheveux et les traînaient dans leur caverne.

Seul Dain pouvait se permettre d’agir ainsi, tout comme il pouvait se débarrasser de ses rivaux en leur ordonnant sans la moindre gêne ni subtilité de lui laisser le champ libre.

Et il n’y avait qu’elle, entichée comme elle l’était, pour trouver cela follement romantique.

Elle prit la main qu’il lui tendait.

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Il avait dix ans quand le directeur le convoqua pour lui annoncer la mort de sa mère, victime d’une mauvaise fièvre aux

Indes occidentales. Sebastian l’écouta, puis, sans un mot, sortit se battre avec Wardell.

Son ennemi avait deux ans de plus que lui et faisait deux fois sa taille et son poids. Mais ce jour-là, le monstre en Sebastian, en proie

à une colère amère, lutta froidement, et ne s’arrêta qu’après avoir envoyé son adversaire à terre, le nez en sang.

Puis, couvert de bleus et sanguinolent, il balaya l’assistance du regard et lança :

— Pas autre volontaire ?

Pas de réponse. Quand il pivota pour partir, les pensionnaires s’écartèrent devant lui.

Sebastian avait atteint le centre de la cour lorsque la voix de

Wardell rompit le silence.

— Bravo, Blackmoor !

Il s’arrêta et tourna la tête.

— Va au diable ! cracha-t-il.

Sur quoi, Wardell jeta son chapeau en l’air en criant

« hourra ! ». Aussitôt, les autres l’imitèrent dans un choeur d’acclamations.

— Pauvres couillons ! marmonna Sebastian.

Malgré tout, il lança à son tour un chapeau imaginaire le sien n’avait pas survécu à la bataille , et les gratifia d’un simulacre de révérence.

Il n’en fallut pas plus pour que tous s’élancent vers lui, le soulèvent et le hissent sur les épaules de Wardell. Plus il les insultait, plus ces crétins paraissaient aux anges.

Après cet épisode, il devint le plus proche comparse de Wardell, annihilant ainsi ses dernières chances de rédemption.

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