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Nicolas allait mieux, la fièvre était tombée et il ne toussait presque plus. Il avait recommencé à manger et à jouer, au grand plaisir de tous. Marguerite, mais surtout la fillette aux yeux sombres et aux cheveux de jais avec qui il partageait maintenant sa maison, ses jeux enfantins et même sa famille, avaient vite retrouvé leur compagnon de jeu avec qui ils partageaient une certaine complicité fraternelle, tissée au fil des jours. Mathilde regardait ces petits qui s'amusaient candidement, enveloppés dans le cocon douillet de l'enfance; ils riaient et babillaient innocemment, faisant fi du deuil qui affligeait les plus grands. «Dans peu de temps, ils ne se souviendront même plus de mère», se désolait Mathilde, en proie à une profonde mélancolie.

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Cunégonde Nolan inspirait à la fois crainte et respect; on la fuyait ou on la sollicitait, on la dénigrait ou on la louangeait, selon les besoins. Au Moyen Age, on l'aurait qualifiée de diablesse ou de sorcière, peut-être même l'aurait-on brûlée sur le bûcher. Les deux hommes, intrigués par cette femme singulière, étudiaient discrètement les traits réguliers de celle que l'on surnommait aussi la guérisseuse. Grande et altière, elle semblait régner sur son misérable territoire comme une reine de foire. Enigmatique et mystérieuse, elle posait sur ses visiteurs un regard trouble et pénétrant.

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Sagawee, comprenant le sujet de la conversation entre Antoine et Mathilde, fit signe qu'elle pouvait donner le sein aux nourrissons. Elle prit le plus chétif, Etienne, qui hésitait à téter. Elle insista et offrit, avec le bout de son doigt, une goutte de lait chaud à la petite bouche affamée; le bébé suça doucement cette sève bleutée et s'endormit, épuisé. La mère nourricière prit ensuite Julien, encore endormi, et lui présenta un sein gonflé et généreux. L'enfant, plus habile que son frère, but avec gourmandise quelques tétées et se rendormit, les poings refermés sur le sein de Sagawee, émue et bouleversée.

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Julia, protestante puritaine, ridiculisait l'observance du dimanche et des nombreux jours fériés par les paroissiens de la seigneurie, les jugeant paresseux et fainéants. «Ils s'abritent sous l'ombrelle de la piété pour ne rien faire», écrivait-elle dans une lettre destinée à son amie Françoise. Décidément, elle n'avait que des reproches à adresser aux habitants qu'elle évitait de fréquenter.

La journée était belle et chaude, bien qu'un vent léger atténuât la chaleur de cette fin de juillet. Mathilde et Angélique admiraient le ciel d'azur, habité par de gros nuages immaculés qui se bousculaient, s'étiraient paresseusement et s'effilochaient ensuite en de longues bandes ouatées. Le fleuve calme chatoyait comme mille diamants, sous le jeu des reflets du soleil. Seul le clapotis des vagues qui se brisaient sur la grève troublait le silence dominical qui enveloppait les deux cousines, si heureuses de se retrouver.

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Mathilde, atterrée, peinait à réagir devant ce petit enfant qui, en venant au monde, emportait la vie de sa mère inconsciente, gisant sur la couche nuptiale, pendant que le médecin tentait l'impossible pour délivrer le deuxième enfant de sa chaude prison.

Sagawee, près de la mère, massait le ventre flasque et déformé de cette femme encore belle, malgré la souffrance qui se lisait sur son visage exsangue. Un instant, elle revint à elle, laissa entendre une faible plainte, sans un cri. Elle ouvrit les yeux et s'attarda sur le regard à la fois terrifié et affectueux de Mathilde; elle lui sourit, le visage comme auréolé d'une lumière ténue. Le rythme de sa respiration devint saccadé et, sous l'effet de la fièvre, ses yeux se révulsèrent. La souffrance devint si intense qu'Anne ne réagit plus.

— Vite, Sagawee, poussez plus fort sur le ventre pour faire descendre le petit, la mère n'aide plus.

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Lady Catherine somnolait, blottie bien au chaud contre l'épaule de son mari qui occupait le temps en lisant des documents, des contrats et des textes de loi. Henry tournait machinalement les pages d'un manuel de géographie, s'attardant sur le long ruban bleu qui rejoignait la mer vers l'est. Ses yeux pers et expressifs étaient rivés sur les îles, en face de la seigneurie de Berthier, et lentement il caressait la forme oblongue de «son île à elle», comme si le contact charnel avec ce lieu géographique le rapprochait de Mathilde. «Je lui offrirai ce manuel, maintenant qu'elle sait lire, elle pourra connaître d'autres mondes», se proposa Henry, refermant ce livre aux mille trésors.

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Un long moment, Henry avait attendu. Une tristesse insaisissable l'avait envahi, embrouillant tous ses repères; il n'était plus sûr de rien. Qu'est-ce qui lui arrivait, à lui, capitaine stoïque qui ne reculait jamais devant le danger, mais qui, ce soir, se voyait incapable de dompter l'ardeur de ses sentiments envers cette Canadienne?

Il marcha sur la rive sombre, il avait besoin de solitude et n'avait aucune envie de retourner à la fête. De loin, il entendait à peine la musique, les rires et les éclats de voix des invités qui quittaient peu à peu le domaine. Il attendit que le calme soit tout à fait revenu, et les bougies éteintes, avant de regagner sans bruit ses appartements. Il s'arrêta devant la chambre d'Esther, où il se heurta au silence, et, doucement, il redescendit l'escalier et s'installa devant l'âtre rougeoyant.

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Pendant ce temps, ignorant les sombres soupçons qui pesaient sur elle, Mathilde parcourait rapidement la distance qui la séparait des siens; elle connaissait cette route empruntée depuis des lunes par les habitants des îles et de la côte. Le temps était frisquet, bien que le soleil dardât maladroitement ses rayons entre les arbres dénudés qui bordaient les rives; elle resserra sa cape autour d'elle et pressa le pas. Comète, qui faisait le guet sur le bout du quai, commença à s'agiter dès qu'il vit l'embarcation s'approcher de l'île Du Pas.

— Bonne bête! dit Mathilde, caressant le chien de berger. Viens.

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Avant de se séparer, debout face au couchant, les deux cousines firent le serment de réserver leur amour à celui qui le mériterait. Elles se jurèrent de se confier l'une à l'autre, de se soutenir dans les moments difficiles et de partager leurs joies comme leurs chagrins. Elles s'embrassèrent affectueusement et prirent chacune une direction différente; l'une remontant vers sa maison, le seau de lait à la main, l'autre, longeant la rive du fleuve jusqu'au bout de l'île Du Pas, là où l'attendait sa mère, Marie Huguenin. Les étoiles s'allumaient une à une dans le ciel encombré de nuages qui tramaient paresseusement là-haut. Angélique rentrerait chez elle alors que la nuit serait bien installée au-dessus des eaux.

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