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Les Enchanteresses, Tome 1 : Un petit coin si tranquille



Description ajoutée par elfie81 2015-01-29T18:38:36+01:00

Résumé

Depuis qu'elle a choisi d'habiter dans un petit village de campagne, Émilie a retrouvé la paix intérieure, et son métier de traductrice lui permet de vivre. Mais une rencontre inattendue et des phénomènes qui se passent dans la nature alentour vont refaire surgir son passé magique, et elle va devoir mettre en œuvre ses pouvoirs pour lutter contre la force obscure qui est apparue.

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Classement en biblio - 6 lecteurs

Extrait

Chapitre 1 : Installation

J’ouvris les volets sur une matinée que j’espérais pleine de promesses.

Un matin clair, doux, chaud et printanier.

C’était une journée qui s’annonçait resplendissante.

J’allai prendre mon petit déjeuner, puis faire une toilette rapide. Je brossai doucement mes longs cheveux blonds, puis je déposai un peu de fard gris sur mes paupières pour accentuer le bleu de mes yeux. Ensuite, je m’habillai d’une jupe longue à petites fleurs – qui flattait ma petite taille – et d’une tunique en soie bordeaux avec une bordure en dentelle blanche. Je sortis et je fermai la lourde porte derrière moi. Ma fidèle deux-chevaux m’attendait devant le portail. Elle démarra très bien. Un jour où elle n’était pas récalcitrante tenait du miracle !

J’empruntais une route de campagne étroite et sinueuse, au milieu des frondaisons de la forêt environnante, sous une alternance d’éclats sombres et lumineux : un trajet sans problème, en direction de la poste du village voisin, afin d’envoyer ma dernière traduction. Au son de la radio locale, je me laissais aller à penser à ma vie actuelle.

Ma connaissance des langues se révélait fort utile dans cette nouvelle existence : c’était un moyen de vivre différemment, sans tricher sur ma personnalité. Un avant-goût de liberté, avec un travail qui me satisfaisait : ma solitude ne me pesait pas, et la nature qui m’entourait devenait un moyen de me ressourcer, de retrouver mon énergie, de m’apaiser. Depuis que j’étais ici, je ne me lassais pas d’explorer les environs, ou à pied, ou en voiture, toujours à la recherche d’une source, d’un monument nouveau à découvrir. Cette région était si riche ! J’avais la possibilité de lire, d’apprendre, et de prendre le temps de faire les choses à mon rythme. Cet arrangement me convenait tout à fait. J’avais tant besoin de me retrouver, suite à tous ces événements, à cause de toutes ces choses néfastes perçues et vécues.

Une fois sortie du bois, et après avoir emprunté une route un peu plus grande, serpentant au milieu des champs, je pus voir au loin se profiler un clocher, et j’arrivai facilement à ce gros village constitué principalement d’une grande rue où se rencontraient d’abord l’épicerie, puis l’école, et, face à face, la mairie et la poste. Au fond, sur un côté de la petite place ombragée par des platanes sans doute séculaires, on pouvait apercevoir l’église. Je me garai devant ma destination, puis je sortis de la voiture sans prendre le temps de la fermer à clé, et j’entrai dans le bureau de poste qui se trouvait dans un bâtiment ancien en pierre, sur le fronton duquel on pouvait lire, gravé en grosses lettres : POSTES TELEPHONE TELEGRAPHE. J’aimais beaucoup ce petit village qui recelait de trésors évoquant une histoire beaucoup plus ancienne. Chaque pierre respirait, son cœur battait au rythme de ce qu’elle avait pu voir. Tout simplement, je me sentais bien ici, comme si j’y avais toujours vécu. Pendant que je faisais peser, puis timbrer la grosse enveloppe, j’échangeai quelques mots avec la receveuse, ensuite je rentrai à la maison, après être allée chercher mon pain à l’épicerie.

J’avais trouvé cette petite maison dans un coin de campagne, un endroit un peu isolé et paisible, où j’allais pouvoir être moi-même, en laissant derrière moi tout le reste.

Enfin…

Il était vrai qu’il s’agissait d’une maison un peu exiguë, avec un jardin consacré aux fleurs devant, clos par un grillage et un portail vert. Une demeure accueillante, en gros moellons, avec une toiture en tuiles rouge orangée, comme je les aimais. Une petite maison de fée en quelque sorte, placée entre des champs et un grand jardin, dont on pouvait faire le tour en voiture. Et d’ailleurs, je garai ma vieille compagne sous le petit appentis en bois accolé à la maison et qui donnait sur le côté du jardin. J’allai refermer le portail, puis je rentrai par la porte principale.

L’entrée était de plain-pied avec une belle porte en bois surmontée d’un vitrail rectangulaire, où se dessinaient des fleurs et des arabesques, entourée par une glycine. Une fois entré, il y avait à droite la cuisine lumineuse et simple avec une fenêtre donnant sur la route, et une autre sur le jardin du voisin, le père Antoine – un vieil homme adorable, mais avec un caractère légendaire ! C’était la seule pièce, avec le couloir, où j’avais conservé le carrelage ancien avec son alternance de grands carreaux noirs et blancs. En face, de l’autre côté du couloir en T, se trouvait le salon-salle à manger avec sa grande baie vitrée qui couvrait une bonne partie du mur, ouverte sur la campagne environnante : ma bibliothèque recouvrait le mur opposé et celui d’à côté l’était par un grand buffet en merisier massif, très ancien, où une grande partie de ma vaisselle était rangée. Au fond, j’avais installé le coin salon avec un canapé et la télévision. Le parquet avait été enlevé pour être remplacé par un carrelage marron clair, beaucoup plus pratique pour l’entretien ! Puis deux chambres se faisaient face – une servant de chambre d’ami –, et enfin la salle de bain, ainsi qu’une pièce que j’employais comme buanderie et local de rangement au bout du couloir. Les combles étaient quasiment inexistants, et comme on ne pouvait y accéder que par une échelle pliante, j’avais préféré y entreposer des cartons vides et d’autres objets inutiles dans l’immédiat. Il y avait aussi sur le côté, une porte qui permettait de se rendre au jardin, que je souhaitais plein de légumes pour bientôt. Autant que mes connaissances en botanique servent utilement !

Après avoir déposé mon pain dans la cuisine, je me dirigeai vers la grande table de la salle à manger, où, sur le bois épais en chêne patiné, j’avais posé mon ordinateur. Je l’allumai et je continuai la traduction de ce roman italien. Ce travail m’absorba pendant presque deux heures, jusqu’au repas de midi. Et là, je me plongeai dans un autre de mes petits bonheurs : la cuisine.

Il n’y a rien de mieux, de plus utile que de faire des actes soi-même ; je l’ai toujours pensé, et j’ai toujours essayé de m’y tenir, ce que beaucoup ont pu me reprocher, ou n’ont pas compris. Il est tellement plus aisé et moins fatigant de tout faire par magie ! C’était aussi une des raisons de ce choix de vie : retrouver le sens, les valeurs d’une vie humaine normale, et l’utilité de certains gestes de la vie quotidienne, d’employer son corps et son esprit à des actes véritablement nécessaires.

Je pris plaisir à cuisiner une escalope panée et des petits pois, puis je mangeai tranquillement, assise à la petite table en pin carrelée de blanc et de beige de la cuisine, qui était peinte en crème et aménagée en bois clair. Cette pièce respirait la chaleur et la douceur : c’était un endroit convivial, éclairé par deux fenêtres bordées de rideaux blancs aux motifs bucoliques, avec pour seul rappel de ma vie passée ce petit placard contenant mes herbes. Ensuite, je décidai d’aller passer un peu de temps dans mon jardin.

La voisine, Mme Brachet, propriétaire de la ferme voisine, qui était en train de faire une promenade avec son chien, en profita pour engager la conversation et me donner quelques conseils de jardinage que j’écoutai poliment. Si elle savait ce que je pouvais faire sur les plantes et leurs croissances !

— Le mois de mai est vraiment le mois privilégié pour commencer à planter et à préparer aussi les plantations futures, commença-t-elle, après un bonjour plein d’entrain, comme à l’accoutumé.

— Bonjour ! En effet. Je vais semer des radis, planter des salades. Je vais aussi effectuer une première plantation de choux qui pourront être mangés en automne. Les tomates attendront le début du mois de juin, ainsi que les courgettes et les autres légumes. Je préfère commencer par ceux qui ne risquent rien encore ! Les saints de glace ne sont pas encore passés, lui répondis-je.

Je n’avais pas de contrôle sur les éléments à envisager, je devais faire avec la nature et ne pas essayer de la modifier, ne serait-ce que pour conserver une discrétion salutaire, mais aussi pour continuer à me reposer et à récupérer.

— Vous êtes bien jeune pour connaître cela. Vous m’avez bien dit que vous aviez vingt-cinq ans !

Elle semblait surprise, mais elle poursuivit quand même, sans attendre mon consentement :

— Et cela va être dur toute seule…

— Mon grand-père adorait le jardinage, et j’ai vu ce qu’il faisait quand j’étais petite, ripostai-je.

Encore un mensonge ! Je suis jeune ! Mon Dieu ! Vingt-cinq ans ! Si elle savait la vérité, elle partirait, poussée par la peur ! Et mon grand-père !!! Enfin ces mensonges étaient nécessaires à ma nouvelle vie.

Je continuai pourtant, même si j’étais profondément troublée par mon imposture : c’était une dame très gentille et à la curiosité assez pondérée. Très peu envahissante, elle s’était toujours montrée d’une grande amabilité à mon égard :

— Le travail ne me fait pas peur, la terre est souple. De plus, votre fils a déjà eu la gentillesse de me préparer le terrain avec sa charrue. Et je vais aller à mon rythme, car je ne peux pas laisser mon travail de côté.

— C’est vrai, quelle profession déjà exercez-vous ?

— Je suis traductrice, alors je travaille à la maison, c’est à moi de gérer mon temps. Je dois donc ne pas trop me laisser disperser, sinon je n’avancerai pas, et je ne pense pas que les éditeurs apprécieraient que je leur remettre avec trop de retard le travail demandé !

— C’est intéressant ! Et c’est un bon travail ? Quelles langues connaissez-vous ?

— Le bon côté des choses, c’est que je lis les livres avant leur parution, ce qui est très agréable, des livres en anglais, allemand et italien.

J’abrégeai alors cette discussion, me servant de mon travail comme excuse, gênée, sachant que mentir n’était pas mon fort – cela se voyait trop sur mon visage, je n’avais jamais été bonne dans l’art du bluff –, et je rentrai dans la maison pour continuer ma traduction. Au moins en travaillant sur la langue, je n’avais pas besoin de tricher, je n’avais qu’à utiliser mon savoir, tout ce que j’avais pu apprendre au fil de ces années, au fil de mes lectures, au fil de mes expériences et de mes rencontres, et laisser ma sensibilité pour les mots faire le reste. De plus, cette parenthèse allait me permettre de m’initier à de nouveaux idiomes : je pensais me lancer dans le mandarin et aussi revoir mon russe, ainsi que mon espagnol. J’allais pouvoir exploiter mes facilités dans ce domaine, et découvrir de nouveaux auteurs, et éventuellement apprendre plus de choses en histoire de l’art. J’avais heureusement beaucoup de projets, et dorénavant beaucoup de temps devant moi…

Le jour déclinant, j’arrêtai de travailler et j’éteignis mon ordinateur. Je préparai mon repas pour le soir – une simple salade composée –, et j’allai choisir un livre, parmi mes récentes acquisitions, sur les lourdes étagères de ma vaste bibliothèque qui couvrait tout un mur du salon. Sur un coin, il y avait un petit placard, qui se fermait à clef, pour les livres un peu plus particuliers. Ce meuble, conçu par un ébéniste de talent, était en bois massif foncé, facilement démontable, pouvant se modifier selon mon gré, grâce à tout un système de chevilles et d’encoches très ingénieux. Il était aussi très solide. Cela faisait des années que je l’avais, il me suivait partout. Je n’avais pas encore eu le temps de sortir tous mes livres des cartons, même si cela faisait près de deux ans que je vivais ici, mais il y avait déjà un nombre de livres conséquent, foisonnants, très hétéroclites, avec un système de rangement très personnel.

Cette journée calme et sereine se concluait sur une soirée banale.

Finalement, j’allai me coucher dans la plus grande chambre de la maison qui était occupée par des meubles en sapin couleur miel, peinte en bleu pâle et blanc cassé, avec un carrelage tout simplement blanc. À la seule fenêtre, donnant sur les champs, étaient disposés des rideaux de lin naturel, avec des entraves en velours marron clair. Après avoir fermé les volets, je me glissai dans mes draps bleu ciel, et je m’endormis rapidement.

Le combat était en pleine fureur : on ne voyait rien aux alentours.

Fumée noire et éclairs rouges.

L’odeur de sang et de brûlé dominait partout.

Mon cœur semblait prêt à éclater à cause de l’énergie qu’il me fallait pour me défendre et pour me battre, mais aussi à cause de l’odeur pestilentielle, qui provoquait une nausée insupportable, continuelle.

Je me sentais sombrer de plus en plus à cause de mes forces déclinantes.

Leurs attaques étaient de plus en plus intenses : ces esprits maléfiques semblaient se nourrir de la force de nos pertes et aussi des leurs – moindre malheureusement que les nôtres.

Ils se renforçaient, et nous nous déclinions.

Autour de moi, je ressentais la perte de confiance qui gagnait inexorablement.

Sarah n’arrivait plus à maintenir son champ de force face à la puissance exponentielle de leurs attaques incessantes. Philippe ne savait plus que faire pour apporter de l’énergie grâce à ses incantations, il ne savait plus où donner de la tête pour soigner et guérir. Et les Anciens, eux qui en avaient déjà tant vu, étaient désarçonnés face à cette bataille qui devenait de plus en plus inégale. Nos jeunes discipuli ne savaient plus à quoi se raccrocher : ils nous regardaient, cherchant dans nos regards le bon comportement à avoir.

Face à cela, je m’efforçais de réfléchir : on pouvait s’en sortir, il devait y avoir une solution.

Et une idée me vint en un éclair : nous devions nous rassembler, mettre nos points forts en commun.

En observant plus attentivement, je notai la présence d’un être vêtu de noir, en retrait, qui ne faisait qu’observer, bougeant ses mains avec des gestes précis, et nos adversaires semblaient effectuer les ordres donnés de cette manière. C’était sur lui que nous devions nous focaliser, et plus seulement nous disperser sur plusieurs cibles.

J’envoyai alors un message à tous. Heureusement nos esprits étaient encore liés. Je tâchai de faire résonner mentalement le mot union. Nous nous regardâmes et nos pensées se réunirent sur un même objectif : cet être le plus noir de tous, cet observateur diabolique.

Steven, Stella et moi-même, nous lui envoyâmes une boule d’énergie en même temps. Sophia tenta, par une de ses créations d’images, de bloquer son esprit afin d’effectuer une diversion habile, et les autres se chargèrent de guetter la moindre faiblesse de tous les autres êtres en noir.

La créature sembla désarçonnée par notre attaque commune. Et visiblement, cette action sur son esprit la gêna un instant. Mais elle résista. Alors Sophia s’occupa, avec sa discipula Salomé, de produire des illusions sur les autres êtres, qui perdirent pied très rapidement. Elles réalisèrent des images de nous de part et d’autre, multipliant ainsi nos présences fictivement. Les êtres en noir frappaient au hasard, et même sur leurs propres éléments, comme aveuglés, et ainsi ils causèrent leur propre perte.

Un grand brouillard gris foncé, opaque, et glacial se profila alors sur la terre, comme une grande vague, glissant, nous encerclant, nous aveuglant à notre tour. Quand il fut un peu évaporé, l’homme en noir solitaire avait disparu, laissant derrière lui ses « alliés » morts, comme fondus, baignant dans une espèce de lave écarlate, infecte et gluante d’aspect.

Nous nous regardâmes, dans une incompréhension totale face à ce geste : il les avait tous tués, pour ne laisser sans doute aucun témoin. Et son identité restait donc inconnue. Nous ne pouvions qu’émettre des hypothèses sur celle-ci.

Cette fuite était si soudaine !

Qui était-il ? Qu’avait-il voulu prouver ? Que cherchait-il dans ce combat ? Nos questions restaient sans réponses.

Et une certitude me frappa : il allait revenir, et cette fois-ci, il mettrait certainement toutes les chances de son côté pour gagner…

Je me réveillai en sueur.

Ces cauchemars étaient toujours là, comme une trace prégnante de ma vie passée, de cette appréhension d’un danger imminent qui ne me quittait pas, semblable à un mauvais présage.

Comme il était près de cinq heures du matin, je décidai de me lever et d’aller prendre une douche, pour me débarrasser le plus possible de cette sueur, et surtout de cette odeur sentit lors de ce cauchemar et qui semblait encore tout imprégner. Dans cette pièce entièrement carrelée de blanc et de vert d’eau, avec sur les carreaux blancs des motifs d’arabesques, la vapeur ambiante parfumée à la lavande et au lilas me fit du bien, et m’aida un peu à me rasséréner. Je préférai ensuite aller lire, plutôt que de revenir me coucher, les images étant encore trop présentes. Je m’installai sur le canapé, après avoir monté le store, afin de voir le jour se lever et de retrouver mon calme.

Lorsque la douce et rassurante lumière matinale arriva, j’allai à la cuisine pour prendre mon petit déjeuner. Cette journée promettait d’être aussi agréable que la précédente.

Mais toujours dominée par ce rêve, je choisis de reprendre quelques incantations, afin d’en avoir de nouvelles en mémoire, et peut-être de trouver une solution contre ces cauchemars récurrents dans le savoir des Anciens, même si j’avais résolu d’éviter le plus possible l’emploi de la magie.

Je pris dans ma bibliothèque le Liber Majorum de ma famille, ce vieux grimoire à la couverture de cuir marron foncé patinée par le temps et l’usage, aux dorures un peu disparues, mais dont la symbolique était toujours aussi puissante, avec ces signes protecteurs et familiaux composés d’une croix occitane, au sein d’un praesidio orbis, dessiné avec des branches entrelacées avec des fleurs, dans lequel s’inscrivait aussi un carré marquant les quatuor elementorum, et entamant mentalement l’incantation d’ouverture, j’attendis qu’il se révèle :

Ouvre-toi sous mes doigts

Que je te montre ma foi

Le chant, les mots annonce

La vérité sans fard énonce

Que jamais tes paroles

Sous la menace ne volent

Il s’ouvrit lourdement dans un bruit de parchemin qui craque et en dégageant son odeur caractéristique de lavande, de lilas, de cèdre et de papier ancien. La protection agissait toujours : je savais que sans ce charme les pages apparaîtraient blanches au néophyte qui tenterait de le lire, ou à toute personne ayant de mauvaises intentions. Il lui était même possible de se défendre par un sortilège de feu ou par une malédiction si une des incantations retranscrites dans le Liber était employée dans une volonté de nuire. De plus, il ne pouvait actuellement être ouvert que par moi, dernier maillon de cette chaîne d’enchanteurs multiséculaire.

Ce livre était ancien : il appartenait à ma famille depuis très longtemps et il contenait une partie de nos connaissances en magie, se transmettant de génération en génération. Bientôt, ce serait à mon tour de le faire, il fallait que je me préoccupe de cela, ne pouvant pas être la dernière de cette lignée si puissante.

Enfin, je laissai de côté cette triste pensée. Peut-être plus tard…

Je feuilletais ce grimoire en faisant très attention, et j’arrivais à la fin, avant les pages vierges, là où de nouvelles incantations pouvaient être écrites afin de continuer cette transmission des connaissances. Je sortis de l’ancienne boîte ouvragée en bois de merisier – dissimulée elle aussi dans le placard –, fermée par une serrure à la ferronnerie ciselée, mon matériel de dessin pour continuer les illustrations des dernières incantations retranscrites dans une calligraphie ancienne – calligraphie que j’avais appris à maîtriser.

Dans cette maison, avec cet environnement dénué de magie, accomplir ces gestes semblait étrange et inapproprié, mais cela me faisait du bien, et j’éprouvais une véritable satisfaction dans l’accomplissement de ces gestes.

Le travail d’enluminure était important, car la magie des pigments, issus de différentes matières naturelles, agissait comme une protection supplémentaire, ainsi que la symbolique de certaines figures. Il ne s’agissait donc pas seulement de réaliser un dessin, mais aussi d’obéir à un rituel immémorial. Ces enluminures étaient difficiles à faire, et la concentration et la précision étaient indispensables. Je n’avais pas l’assistance de Magister Martial, je n’étais pas non plus dans son atelier, mais il m’avait suffisamment bien formée pour que je sache exécuter les bons gestes : le travail d’écriture et de peinture faisait partie de notre formation, car savoir retranscrire magiquement des incantations obéissait à un rôle de retransmission.

Les couleurs étaient miscibles, brillantes, naturelles et sacrées. Le pinceau fin, en bois de hêtre pour le manche et en poil de cheval, réalisait les tracés avec une grande sureté, de lui-même, juste guidé pour les sujets par mon esprit qui donnait les indications nécessaires. J’avais à peine besoin de le tenir, il mélangeait les nuances avec exactitude et formait des arabesques infinies, compliquées, minutieuses, qui rendaient le dessin approprié et souhaité.

Je ne vis pas le temps passer, et j’étais tellement absorbée par cette activité que je pus finir le décor de deux incantations. Lorsque je rangeai la boîte et le grimoire dans mon petit casier fermé aux yeux curieux, j’allais mieux. Avec ce petit moment au contact de la magie, j’avais réussi à oublier cette nuit agitée, gâchée par ce mauvais rêve. J’avais aussi pu lire deux ou trois incantations contre les mala somnia : si ces mauvais rêves continuaient, je pourrais tenter d’en énoncer une, et de voir s’il y avait un quelconque bénéfice psychologique.

Il était presque treize heures, et je me rendis dans la cuisine pour me restaurer hâtivement, me faisant simplement un sandwich avec le reste de la salade de la veille au soir. Après, je jardinai pendant une petite heure. Je mis ce moment à profit pour nettoyer les massifs qui entouraient la porte d’entrée et planter quatre pieds de lavande dont je pourrais récupérer les graines pour différents emplois. Cette plante avait tellement de vertus, en plus du fait que je l’appréciais particulièrement ! Puis, je m’installai à ma petite table extérieure en fer forgé avec mon ordinateur pour travailler, car l’après-midi était vraiment douce. Et ce jusqu’à la fin de la journée. Je pris de nouveau un repas rapide, et ensuite je regardais un film pour me changer les idées. J’allai me coucher, non sans avoir cette fois-ci glissé une branche de lavande sous mon oreiller, que j’avais prélevée sur un des jeunes plants, afin de faciliter un sommeil plus serein, ne souhaitant pas revivre les cauchemars de la nuit précédente, et je m’endormis rapidement, bercée par cette odoriférante et apaisante plante.

Chapitre 2 : La rencontre

Le samedi, c’était jour de marché à la ville voisine.

Après une bonne nuit sans rêves difficiles, je me réveillai reposée et beaucoup plus sereine, prête à partir de bonne heure de la maison, car je souhaitais effectuer plusieurs achats, et faire un détour par la bibliothèque pour ramener des livres, et en prendre d’autres. Toujours ma soif insatiable de connaissances et aussi de découvertes de nouveautés ! Il me fallait aussi des livres de jardinage, afin d’éviter de faire des erreurs dans la production de mes fleurs et de mes légumes, car j’avais peur que certaines de mes facultés ne faussent la vraie culture des plantes.

Le trajet fut agréable, et comme il était encore tôt, je pus pénétrer sans problème dans ce lieu par les petites rues, et je me garai dans cet endroit tranquille habituel : une petite rue calme, adjacente au marché, d’où je pourrais repartir plus commodément.

Je me dirigeai, à pied, vers le centre de ce gros village, où autour de l’église et sur sa place, était installé le marché. Celui-ci était typique avec ces étals variés, odorants et bruissant : fleurs, légumes, vêtements, produits locaux… Toutes les petites boutiques disposées sous les arcades qui entouraient la place, étaient ouvertes, faisant déborder leurs marchandises sur les vieux pavés. Je commençai à déambuler lentement à la recherche de mes futures emplettes, marchandant les prix, profitant de cette belle matinée ensoleillée et du spectacle multicolore offert, observant le comportement des gens.

J’aperçus alors un homme qui retint mon attention : il était beau, mais d’une beauté trop parfaite, presque statuaire, et il avait le teint blafard, contrastant avec sa chevelure courte, épaisse et brune. De haute stature, il dominait les personnes alentour. Habillé simplement, mais élégamment, d’une chemise bleue et d’un jean noir, il possédait une certaine prestance. À un moment, il leva la tête, et, fugitivement, je pus croiser un regard vert, magnifique et dense.

Pourtant, c’était autre chose qui m’avait attirée : sa façon d’évoluer était si singulière, à la fois féline et souple, que je ne pouvais m’empêcher de la remarquer. Elle me rappela une espèce du monde magique, et une des plus dangereuses, prédatrice : un vampire. À l’énonciation de ce mot, aussitôt une autre idée m’assaillit : et s’il y en avait d’autres ? Néanmoins, j’avais une impression bizarre au sujet de cet homme, car il y avait en lui une différence qui m’interpellait. Je fis en sorte de contrôler ma respiration, qui était devenue plus rapide, car il fallait que je retrouve mon calme, et surtout que mon jugement redevienne clair et réfléchi : je ne devais laisser aucun a priori influencer ma réflexion.

C’était étrange : d’habitude, j’arrivais à cerner sans erreur, sans aucune difficulté ce qu’était un être non-humain, même s’il se dissimulait sous une apparence différente de la sienne. Une espèce de sonnerie d’alarme se déclenchait dans mon esprit pour me signaler s’il y avait danger ou pas, si je devais me méfier, faire attention, et éventuellement envisager une défense, ou, au contraire, laisser les choses en paix. Mais là, j’étais dans l’incertitude.

Cependant, il avait leur aspect : cette peau blanche, cette élégance, cette façon de se mouvoir fluide et précise, cette insolente beauté ; néanmoins il y avait cet infime détail qui me perturbait. Je n’avais pu que les croiser un instant, mais ses yeux étaient d’une teinte franche, d’un vert éclatant, pétillant même, alors qu’ils auraient dû être morts, sans reflets, sans aucune vivacité. Ils étaient comme humains, oui humains ! Voilà ce qui n’allait pas. Pourquoi ? J’étais sûre de moi, de mes sens, de ce que je ressentais : c’était un vampire. J’en avais suffisamment rencontrés pour savoir les repérer, mais là mes critères devenaient totalement inutiles. Il fallait que je tire cela au clair. Moi qui avais décidé de ne plus utiliser de moyens surnaturels… Mon dessein était pourtant de protéger les mortels, c’était mon devoir. S’il était dangereux par sa nature même, j’étais dans l’obligation de l’empêcher de nuire.

Je cherchai aussitôt la meilleure façon de l’amener à trahir sa vraie nature, du moins en ma seule présence. J’allais devoir en savoir plus sur lui, mais avec des outils qui favoriseraient ma discrétion : transformation, invisibilité… Je n’avais pas encore choisi, ni établi de plan précis.

Tout en continuant ma déambulation, j’amorçais alors une préparation mentale. Ils étaient maîtres dans l’art de l’esquive, par leur rapidité, mais j’avais en ma possession plusieurs atouts pour le battre sur ce terrain.

Pour le moment, en ce qui le concernait, il ne semblait pas avoir d’intention mauvaise envers quiconque sur ce marché, car je n’apercevais aucuns des signes démonstrateurs de sa soif : le regard qui s’assombrit, qui se rétrécit, et un aspect qui devient presque bestial, celui d’un animal prêt à bondir, – j’avais eu malheureusement l’occasion de me retrouver face à certains dans cet état –, ou du moins ayant l’air à l’affût, même si, bien sûr, étant au milieu d’une foule, il devait être discret. Je continuais à le suivre du regard, en attendant de faire plus, pour mieux prévoir la suite des événements. Mais maintenant, je n’étais plus vraiment d’humeur pour profiter pleinement du spectacle coloré des étals, des odeurs mélangées de légumes, de fleurs, de cuissons, des cris, des rires, de cette animation si conviviale, si agréable… Je faisais semblant. Lui, il semblait prendre son temps : était-il en repérage ? Cherchait-il une proie facile ? J’avais du mal à comprendre son comportement.

À cet instant, un autre détail me frappa plus particulièrement : nous étions en plein jour, le soleil matinal éclairait de sa lumière vive, le ciel n’était pas couvert, et il était là, sans peur, sans avoir l’air de se sentir menacé d’une quelconque manière, alors que la lumière était dangereuse pour leur espèce, même s’ils ne se transformaient pas en poussière comme le disait la légende. Mais, du moins, leur peau réagissait et pouvait subir des brulures douloureuses mais qui se résorbaient plus ou moins vite, car leur peau, qui devenait presque transparente, se fragilisait alors. Ce qui n’était pas son cas, puisque, à part sa blancheur, elle était normale. Ce devait être un vampire assez âgé, car seulement eux étaient capables de supporter le soleil sans aucune conséquence, même s’ils devaient se montrer prudents.

J’avançais toujours au milieu des étals, mais vraiment plus rien ne me faisait envie : il fallait surtout que je ne le perde pas de vue, tout en conservant un grand tact. Quant à lui, il semblait profiter du spectacle environnant, néanmoins il n’achetait rien. Il avançait tranquillement. Nous sortîmes du marché, et là les choses devinrent plus compliquées pour moi, car il y avait moins de monde, alors je choisis de rester très loin de lui afin de pouvoir continuer à le suivre.

Sans que je puisse le prévoir, il tourna dans une ruelle, et quand j’y arrivai à mon tour, je ne le vis plus. La ruelle était petite, sombre, car plongée dans l’ombre. Il était donc aisé de s’y volatiliser. Je continuai quand même, et au bout de la rue, le chemin se transformait en un sentier de pierres blanches qui se perdait au milieu des champs. Par acquit de conscience, je poursuivis ma marche jusqu’à un petit bosquet : il avait bel et bien disparu, et je ne pus que revenir en arrière sur ce constat assez rageant.

Je revins sur la place, toujours sur mes gardes au cas où, et j’achetai ce dont j’avais besoin, même si le plaisir de cette matinée n’y était plus. Après être rapidement passée à la bibliothèque, qui se trouvait sous les arcades, afin de déposer mes livres, mais sans rien prendre, je quittai cet endroit gai et pittoresque, qui ne s’accordait plus à mon humeur actuelle. Et je doutais, au fond, de la réalité de ces événements, en me dirigeant vers ma voiture, pensive et déconcertée.

Tout à coup, je sentis une présence derrière moi.

Je me retournai, interrogative.

Il était là, m’observant de ses yeux verts transperçant, la tête penchée sur le côté.

D’où pouvait-il venir ? Et comment avait-il fait pour que je ne me rende compte de rien ?

— Je peux savoir pourquoi vous m’avez suivi ? me demanda-t-il avec une voix dont la gravité pouvait presque paraître menaçante.

Zut ! Ou j’avais vraiment perdu la main, ou alors il était très fort à ce petit jeu grâce à ses sens surdéveloppés. Il était doué, infiniment sensible, fidèle à leur race en cela. J’allais devoir trouver une bonne justification :

— Je ne vois pas de quoi vous parlez ! répondis-je, en tentant de donner à ma voix les inflexions de la surprise la plus sincère que je pouvais, et tâchant de prendre un air innocent pour renforcer mes effets. Je n’ai fait que prendre ce chemin, continuai-je. J’apprécie particulièrement ce village très pittoresque, et quand je viens ici, j’ai pour habitude de prendre parfois un parcours différent pour voir ce qu’il y a d’intéressant autour. Je visite ainsi, et je découvre mieux cet endroit. Et d’ailleurs, je ne me rappelle pas vous avoir déjà croisé. Vous êtes de ce village ?

— Bien joué ! s’exclama-t-il, avec un timbre rempli d’humour, mais aussi d’une certaine gravité. Mais vous ne savez pas mentir.

J’avais l’impression que son regard avait changé, qu’il était devenu plus dur, mais peut-être n’était-ce qu’une impression.

— Je ne mens pas ! Qu’est-ce que…

— J’ai un pressentiment quand on me ment, mademoiselle, me coupa-t-il brusquement, ce qui jeta un trouble sur cette conversation, mais il continua ainsi :

— De plus, je peux me flatter d’être particulièrement observateur.

Son regard se faisait maintenant encore plus inquisiteur, en totale harmonie avec son timbre vocal précédent.

— Ah ! Et…, essayai-je de dire dans une tentative inutile de réponse.

— Votre regard ne correspond pas avec vos dénégations : il est sur le qui-vive, sans lumières, et aussi…

Il marqua un temps d’arrêt, hésitant à poursuivre, mais il ajouta quand même :

— Votre odeur a changé entre le moment où je vous ai sentie pour la première fois, et maintenant.

Sans le vouloir, il avait dévoilé les éléments qu’il me fallait : son talent d’observateur, et son odorat qui percevait ce qu’un humain ne sentirait jamais. Cela me rassura : je ne m’étais pas trompée. Je faisais de mon mieux pour ne rien montrer de cela, je devais donner le sentiment que cette dernière phrase n’avait pas été entendue : elle était trop étrange. Elle soulignait le fait qu’il n’avait nullement été dupe de mes agissements. Il m’avait repérée dès le début, et avait même du faire la même chose à mon égard sans que je ne m’en aperçoive.

— J’ai dû être surprise, c’est tout, déclarai-je pour me justifier.

Je sentais que j’avais perdu la maîtrise des événements. Que m’arrivait-il ?

— Bien sûr…, rétorqua-t-il ironiquement.

Il sembla abandonner le sujet de la filature pour le moment, ainsi que cet interrogatoire, et poursuivit :

— Pour répondre à votre question de tout à l’heure, je ne suis ici que depuis peu de temps. Mais j’envisage de m’y établir pour un délai encore indéfini. C’est un endroit agréable à vivre.

Ce coin de campagne était visiblement un terrain de chasse qui lui convenait, pourtant je n’avais pas entendu parler de phénomènes inexpliqués, de disparitions étranges, rien qui puisse sous-entendre qu’il ait déjà pu se livrer à un acte criminel, mais je savais qu’un vampire n’était pas obligé de tuer ses proies pour se nourrir. J’allais devoir le surveiller plus attentivement et surtout plus discrètement, car il ferait attention maintenant.

— Ah, et qu’appréciez-vous ici ? lui demandai-je, souhaitant, par cette question, en apprendre non seulement un peu plus sur lui, mais aussi de reprendre le contrôle de mes idées.

— Les bois et les forêts environnantes, dont la densité et l’expansion offrent une faune très diversifiée pour qui sait y faire attention. Ces lieux sont très giboyeux, m’affirma-t-il avec un léger sourire en coin.

Maintenant, il avait une voix séductrice, très agréable à écouter, se voulant rassurante. J’avais oublié cette caractéristique de leur espèce : la voix était un de leurs atouts principaux pour apprivoiser leur victime, et ils savaient en user avec beaucoup de pertinence pour influencer leur victime, l’hypnotiser.

— Vous êtes chercheur ? interrogeai-je, car sa réponse m’avait semblé très scientifique.

— Non, mais j’aime beaucoup les animaux, et une de mes activités favorites est la chasse.

Il conclut cette phrase par un rire étrange, comme s’il disait une bonne plaisanterie, dont lui seul avait la clef. Je profitai de ce moment pour me diriger vers ma voiture. Il me suivit.

— C’est la vôtre ? dit-il en désignant ma vieille deux-chevaux.

— Oui, répondis-je, tout en cherchant les clés dans mon sac.

— C’est un modèle qui ne se fait plus, de collection. Mais la décoration intérieure n’est pas d’origine ! Remarqua-t-il, avec un sourire ironique un peu surprenant.

— Oui, elle est increvable et très capricieuse, mais je l’adore. Et pour l’intérieur, c’est moi qui ai fait les housses, expliquai-je, mes clés dans la main.

J’ouvris la portière, souhaitant par ce geste lui signifier la fin de cet échange.

— Au revoir, lui dis-je, en montant dans ma voiture.

— Et sans doute à bientôt, car je suis sûr que nous allons nous revoir assez vite, rétorqua-t-il avec un grand sourire.

La tension du début avait disparu, et il était plus détendu, voire charmeur maintenant. Il me sembla même discerner un infime instant une subtile trace d’accent chaleureux, un peu surprenante.

— Peut-être pas, répondis-je d’un ton net assez impoli, mais cela m’importait peu.

Il valait mieux, car si mon instinct ne me trompait pas, il représentait une menace, et cela je ne l’oubliais pas.

— Je suis certain du contraire, insista-t-il avec un grand sourire.

— Bien, adieu, ripostai-je en appuyant bien sur le dernier mot.

— Au revoir plutôt !

Il me tourna le dos et partit sur ces mots, avec une démarche souple et rapide.

Je le suivis du regard un instant, puis lorsque je le vis tourner dans une rue adjacente, je fermai la portière de ma voiture, en déposant sur le siège passager mes achats que j’avais jusqu’à maintenant conservés à la main – comme un geste défensif instinctif.

J’avais vraiment besoin de réfléchir à cette rencontre, et d’en faire l’analyse. Tout au long du trajet, je pensais à ces derniers événements, et, arrivée à la maison, je rangeai mes achats machinalement.

Il y avait un vampire dans les parages, et, ce qui était assez inhabituel chez eux, il avait prévu de s’installer de façon durable. Normalement, pour les vampires, la campagne, même si elle offrait de multiples endroits pour se cacher, n’était pas si discrète que cela, car s’il se passait un fait inattendu, cela se savait très vite et prenait une ampleur considérable. Alors que la ville était plus anonyme, il était plus facile d’y disparaître. C’était d’ailleurs là qu’ils se cachaient pour le plus grand nombre, profitant des multiples endroits sombres qu’elle recelait, ainsi que de l’importance numéraire de leurs victimes potentielles. En restant ici, il mettait sa vie en plein jour, ce qui était, d’une certaine manière, dangereux pour lui. Et comme il ne se dissimulait pas, mais se montrait dans la foule aux yeux de tous, il allait devoir donner l’image d’un comportement parfait : il n’avait aucun droit à l’erreur.

Je résolus déjà de revenir au marché le samedi suivant, pour voir s’il y serait de nouveau. Sinon, entre-temps, j’allais essayer de le retrouver en interrogeant, en écoutant, en tentant de récolter des renseignements à son sujet, et si ce moyen ne marchait pas, je devrais utiliser des méthodes plus magiques ! La situation était suffisamment grave pour que je recoure au pendule, à la recherche mentale, même si pour cette dernière je n’avais aucun élément personnel qui facilite celle-ci. Mais bon, on verrait bien !

J’arrêtai pour le moment mes réflexions, et je passai à mes activités habituelles. La journée s’écoula paisiblement, entre travail et vie quotidienne, et lorsque je me couchai, j’avais pour projet d’aller à la ville le jeudi afin de faire des courses, et je m’endormis rapidement.

Chapitre 3 : Une étrange journée

Le lendemain, je pris mon temps pour me lever et me préparer, même pour un dimanche, car la météo était vraiment mauvaise pour la saison, automnale même, alors que le bulletin régional de la veille au soir avait prévu du beau temps : une pluie drue, froide, énervante, tombait sans discontinuer, et le ciel était sombre, d’un gris noir, où ne perçait aucune chaude lumière solaire.

Pour ma part, je ressentais une atmosphère étrange, perturbante : j’avais l’impression que l’air était parcouru d’électricité. Je la percevais au plus profond de moi, et ma magie réagissait à tel point que je n’arrivais pas à me concentrer sur quoi que ce soit. Mon corps semblait osciller entre froid et chaud : c’était vraiment singulier. Je n’avais jamais perçu une sensation similaire.

Par conséquent, la matinée passa difficilement, et je vis arriver midi avec beaucoup de soulagement. Afin de détacher mon esprit de ces sensations, je pris mon repas tranquillement, puis je tentai de me mettre un peu au travail, car le temps ne me donnait pas envie d’aller faire une excursion, même en voiture. Finalement, comme je ne parvenais pas à avancer dans ma traduction, je préférai passer ma fin de journée à broder un peu un dessus de coussin devant la télévision. J’arrêtai un moment pour dîner d’une soupe de légumes – vu le temps un plat chaud convenait tout à fait ! –, puis je repris mon ouvrage. Cette activité simple, manuelle que j’appréciais particulièrement et qui ne demandait qu’un peu de concentration et pas de grande réflexion – puisque je n’avais qu’à suivre le modèle –, était destinée à me détendre un peu, mais cela ne commença à agir vraiment qu’à la tombée de la nuit, et surtout lorsque cette pluie se calma enfin.

J’allai dormir, mais je me doutais que ce ne serait pas une nuit évidente. En effet, elle fut entrecoupée de réveils soudains et de courts laps de sommeil : elle se révéla éprouvante pour mes nerfs, même si heureusement elle se déroula sans cauchemars.

Ce fut une nuit aussi bizarre que la journée qui l’avait précédée.

Au matin, comme la veille, j’éprouvai des difficultés à amorcer ma journée : mon corps et mon esprit étaient complètement déroutés.

Lorsque le petit Antoine, le petit-fils de Mme Brachet, vint me déposer le journal – qui avait été lu par toute la famille au cours du weekend –, comme tous les lundis matin avant d’aller à l’école, il ne put s’empêcher de me dire que j’avais « une tête bizarre ». Mais avant qu’il n’ait commencé à bavarder plus, sa maman l’avait rappelé à l’ordre d’un coup de klaxon énergique ! Il était parti en courant, et sa maman et moi nous nous étions saluées par un signe de la main. Cependant, ce fut cet interlude agréable qui me permit de démarrer ma journée.

Je me mis à lire le journal pendant le petit déjeuner, que j’avais fait copieux, car j’avais le sentiment de ne plus avoir d’énergie, d’être complètement vidée. Je tournai les pages machinalement, quand je tombai sur un article qui m’interpella : un éleveur d’un petit hameau voisin avait trouvé vendredi dernier plusieurs de ses vaches égorgées, et même dépecées, par des animaux sauvages. La scène qui était décrite ressemblait à une « véritable boucherie » pour reprendre l’expression du journaliste, et il y était aussi mentionné le fait que les morsures n’étaient ni celles d’un chien, ni celles de tout autre carnassier de la région. Les traces relevées montraient même des empreintes de pas humaines. La gendarmerie menait l’enquête, même si tous ces éléments rendaient ces événements par trop mystérieux.

À la lecture de cet article, j’analysai très vite tous ces indices. Je ne voyais qu’une seule créature qui puisse agir de cette sorte, avec ces détails : morsures animales et empreintes humaines, mais elle appartenait au monde de la magie, et n’opérait, si elle n’en sortait, que dans des lieux reculés, jamais près des hommes.

Je posai le journal un instant pour dresser un rapide bilan : un vampire dans le village voisin, des ogres ou des loups-garous aux alentours, même si leurs présences me paraissaient inopportunes… Mes conclusions étaient sans doute trop hâtives… Je secouai la tête.

Les prochains mois allaient devenir très singuliers, si cela continuait ainsi. Mais, je me trompai peut-être…

Ayant une nouvelle idée, je repris le journal pour le parcourir de nouveau, mais avec promptitude cette fois-ci : je n’y lus aucune mention de mort humaine suspecte. Donc le vampire ne se nourrissait sans doute pas dans les environs. J’allai chercher les journaux de ces trois dernières semaines, que j’avais laissés sur un coin du buffet de la cuisine, et je n’y trouvai rien d’anormal non plus. Cela me semblait vraiment étonnant, alors qu’il y avait un vampire dans les environs : il ne pouvait pas rester aussi longtemps sans boire du sang, mais sans doute possédait-il un véhicule qui lui permettait de se mouvoir sur un plus large périmètre, sans compter qu’il devait, comme ses congénères, être capable de se déplacer très vite ! Il fallait attendre pour avoir plus de précisions…

Je laissai tout en place, et je revins à des considérations plus habituelles, et comme cette journée ressemblait beaucoup plus à celle d’un mois de mai, je finis mes tartines et mon chocolat, je rangeai la vaisselle dans l’évier et la nourriture restante dans le frigo, et j’allai dehors jardiner un peu, pour profiter du calme ambiant revenu et de la chaleur naissante. Je ne rentrai dans la maison que pour prendre mon repas, et ensuite je m’installai sur ma table de jardin pour travailler, et je m’efforçai de rattraper le retard accumulé la veille.

Présentement, tout paraissait redevenu familier, mais j’avais quand même l’impression que ce qui était arrivé hier allait se reproduire. Cette certitude inexpliquée ne me quitta pas de tout le reste de la journée : je verrais bien si elle se confirmerait. Je pus travailler toute l’après-midi, et même jusque tard dans la soirée, puis j’allai me coucher, laissant mes interrogations pour plus tard.

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Commentaires récents

Or

Tout d'abord un grand merci à Christelle Dumarchat pour nous avoir permis de faire la chronique de son livre!

Pour le roman, je trouve qu'il est vraiment chouette, je ne m'attendais pas du tout à cela en commençant à le lire!!!

En plus ce genre de roman est l'un de mes préféré, tout m'a plût dans celui çi, j'ai adoré le style de l'auteur, l'enchainement des

événements, les découvertes, les personnages etc...

Lucie, Alban, Hélène, Pierre, Christophe etc... sont attachants, j'ai vécu l'histoire avec eux, l'apprentissage de la magie, la naissance de l'amour, de l'amitié, tout y est!

Je regrette quand même de ne pas avoir pu lire en continu comme quand j'étais en vacances lol, je me disais à chaque fois en laissant le livre : " Mais jamais je n'ai le temps de finir pour savoir enfin si le bien vaincra!!!

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Emilie a 25 ans et cela fait maintenant deux ans qu'elle s'est installée dans un petit village de campagne. Elle travaille de chez elle, où elle exerce le métier de traductrice et vit paisiblement, en toute quiétude, en communion avec la nature.

Petit à petit, au fil des jours et de son quotidien, nous allons la découvrir. Découvrir son passé, mais aussi celle qu'elle est réellement. Emilie est une puissante enchanteresse. Elle a décidé de vivre dans le monde des humains pour se reposer, se ressourcer suite à de sombres événements... Mais comme on dit, le passé fini toujours par nous rattraper... Des événements étranges vont commencer à se produire et elle va faire une nouvelle rencontre, Anton, un vampire...

Christelle Dumarchat a une plume tout en douceur, en légèreté et même dans les moments délicats, pleins de tensions, il y a une certaine poésie. Je me suis laissée porter par ses mots, par l'histoire d'Emilie. Alors il faut savoir qu'il y a pas mal de descriptions qui font qu'on s'imagine tout parfaitement. Personnellement cela ne m'a pas dérangé et je me suis parfaitement adaptée au style de l'auteure. Juste peut être quelques longueurs au début. Mais c'est le parti qu'elle a pris pour amener petit à petit l'intrigue avec différents éléments qui vont se produire au fil des jours, des semaines. Laissant les personnages s'interroger et moi aussi par la même occasion. Piquant ma curiosité. Préservant le suspense et le laissant monter crescendo.

On fait la connaissance de différents personnages dont Emilie, Anton mais aussi de leurs amis. Certains événements vont les amener à se révéler leur véritable nature, même si du côté d'Emilie, celle-ci étant déjà au courant depuis leur rencontre... Ensemble, ils vont prendre le temps de se connaître, de se découvrir, de faire naître une jolie relation pleine de sentiments. J'aurais souhaité quelques petites anicroches au sein du couple mais bon...

J'ai trouvé l'univers bien construit. Christelle Dumarchat s'est concentré sur la magie, ainsi que les pouvoirs, la relation à la nature qui en résultent. D'ailleurs, un point que j'ai bien apprécié, étant dans un univers fantastique, fantasy, c'est la scène de combat qui se situe à la fin. Je m'explique... j'ai lu pas mal de livre où les batailles, les combats étaient réglés en deux temps trois mouvements... et bien là, ce n'est pas le cas. L'auteure prend le temps de nous la décrire et encore une fois, c'est facile de tout s'imaginer. Là, rien n'est facile. Elle a pris le temps de nous faire une vraie scène. Je n'en dis pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte...

Pour conclure, malgré quelques petits points négatifs, j'ai passé un bon moment avec Emilie, dans une atmosphère douce emplie de magie. A découvrir...

http://notrecarnetlecture.blogspot.fr/2016/12/les-enchanteresses-tome-1-un-petit-coin.html#more

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Lu aussi

Je me suis ennuyée : beaucoup de descriptions de paysages, de détails sur la vie morne et insipide de l'héroïne (des descriptions de chacun de ses repas), des dialogues que j'ai trouvés plats et scolaires. Le personnage masculin manque lui aussi de charisme et certaines situations me laissent perplexe : alors qu'ils ont été attaqués par un ennemi puissant et inconnu, qui rôde autour d'eux, nos personnages partent faire du tourisme dans la région...Dommage, car le titre "les enchanteresses" promettait des heures de lecture magique.

La couverture manque également de "magie".

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Or

Il y a quelques mois, j'ai découvert L’éveil, le tome 2 de la série les enchanteresses que j'avais adoré. Et aujourd'hui, j'ai dévoré le premier tome que j'ai tout autant aimé. Ces deux tomes peuvent être sans problème être lus séparément car les histoires sont indépendantes et totalement différentes.

Ce roman porte très bien son nom car en découvrant le lieu où vit Émilie, on comprend à quel point c'est un lieu paisible, un endroit où personnellement j'aimerai vivre. Notre héroine a une vie tranquille: elle habite dans une jolie petite maison isolée à la campagne, elle est traductrice de livre et à la chance de travailler à son propre rythme et chez elle. Cependant, nous apprenons vite qu'en réalité elle est une enchanteresse (une magicienne) et qu'elle a fait le choix il y a deux ans de faire une coupure avec le monde de la magie. Mais cette dernière va la rattraper. Des évènements étranges vont arriver dans cette campagne si tranquille et vont l'amener à enquêter sur des choses malfaisantes.

Mais ce n'est pas tout, elle va faire la rencontre d'un vampire. D'ordinaire ce sont des êtres dangereux, les ennemis des enchanteurs qui eux œuvrent pour le bien. Mais étrangement, face à ce dernier, Anton, elle ne ressent aucun danger, bien au contraire.....

Leur relation va être très belle, hors du commun car ce sont deux personnes qui ne sont pas ordinaires...Les vampires imaginés par l'auteur sont un peu différents de ceux que l'on a l'habitude de voir.

Comme dans le second tome, l'action va crescendo et nous avons droit à un combat final époustouflant et une fin qui nous laisse songeur et rêveur.

Quand on termine ce roman, on se sent bien et paisible. J'ai retrouvé avec plaisir le style de l'auteur notamment sa particularité pour les descriptions qui ne sont ni superflues ni trop lourdes mais qui au contraire sont une des origines de ce sentiment de sérénité.

Les personnages sont très attachants et j'ai apprécié que pour une fois c'est la femme la plus puissante du couple!!!!

Ps: j'ai bien aimé le principe de l'école de magie et j'espère que nous en apprendrons un peu plus par la suite.

Boulimique des livres

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Diamant

Quand j'ai commencé ce roman, j'ai eu comme un coup de béatitude, je me suis sentie transporter dans l'univers de Marcel Pagnol, avec ses romans emprunts de nostalgie des petits villages de nos campagnes.

Emilie, traductrice de documents et de romans, s'installe dans un petit village de campagne pour se ressourcer et surtout pour changer d'environnement. Elle a vécu, depuis la mort de ses parents, dans une école d'enchanteurs ou enchanteresses où elle enseignait à de jeunes apprentis.

Ses pouvoirs sont liés à la nature et l'univers campagnard lui permet aussi de restaurer son énergie.

Elle va faire des rencontres plutôt inattendues dans ce petit village et tomber sous le charme d'un personnage qui devrait lui faire peur, Anton. Mais même s'il appartient au monde obscur, Anton est différent et Emilie va apprendre à le connaître et à lui faire confiance.

Mais, dans ce petit village et aux alentours, des mutilations atroces de bétails vont inquiéter Emilie, ainsi que d'étranges disparitions. Grâce à ses pouvoirs, elle sent qu'une force obscure et maléfique rôde dans les environs.

Anton n'est pas, comme dans beaucoup de roman, un homme ténébreux et dangereux, mais un homme très attachant qui tombe sous le charme d'Emilie sans même savoir qui elle est en réalité.

Il ne cherche qu'à la protéger et ses manières sont d'un autre âge, très prévenantes. Leur relation et leur échanges amoureux sont décrits avec beaucoup de romantisme et de sensualité sans jamais tombé dans l'érotique,. J'ai énormément apprécié.

J'avoue que je n'avais encore jamais lu un roman avec cet environnement rural et j'ai été agréablement surprise par l'écriture de l'auteure qui grâce à ses descriptions des lieux, ses analyses des sentiments et des impressions d'Emilie, arrive à créé une atmosphère très particulière qui nous plonge dans un univers magique et angoissant, sans jamais tomber dans le glauque ni la peur.

Je n'ai pas dévoré ce roman, je l'ai savouré comme on déguste un met rare.

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