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PREMIERE PARTIE

L'AUBE DES DIEUX

Dieu prit l'homme et l'établit dans le jardin d'Eden pour le cultiver et le garder.

(Genèse II,15)

P R O L O G U E

Callisto caressa son ventre gonflé par la petite vie qu'y avait déposée l'homme mystérieux dont elle avait réveillé les souvenirs quelques mois plus tôt. Confortablement installée sur la terrasse du palais, elle regarda au loin les montagnes couronnées de neiges étincelantes qui dominaient la vallée d'émeraude.

En cette saison, les jours duraient très longtemps. Le soleil ne se couchait pas plus de quelques heures. Lorsqu'il disparaissait, le manteau de la nuit constellée d'étoiles demeurait étrangement illuminé vers le nord. Parfois s'y déployaient, dans un silence impressionnant, les draperies scintillantes d'une superbe aurore boréale. Les Thuléens les appelaient "les Voiles de Fryggia". Tel était le nom qu'ils donnaient à la déesse-mère.

Ce phénomène avait intrigué Jehn, le jeune chasseur originaire des lointaines terres du Sud, lors de son arrivée. Mais il n'étonnait nullement le prince Astyan, celui qu'il était devenu depuis sa métamorphose*.

*. Voir le premier tome : Le Prince Déchu

A l'époque, Callisto avait redouté un moment qu'il ne voulût repartir sur-le-champ. Pourtant, il était resté. Il désirait attendre la naissance de leur fils avant de reprendre la mer, à la recherche de son royaume oublié.

Elle regarda avec tendresse la silhouette puissante et parfaitement proportionnée du jeune homme qui jouait au loin en compagnie de l'ourse Deïra et du loup, ce fauve à l'intelligence surprenante auquel il n'avait donné aucun nom. Il était "le Loup", tout simplement.

Jehn... Astyan...

Deux êtres différents, qui pourtant n'en formaient qu'un seul.

Il était né sous le nom de Jehn, jeune chasseur du village lointain de Trois-Chênes, dans le golfe de la Petite Mer, un pays où les hommes dressaient de hautes pierres afin de percer les secrets des étoiles. Il avait eu la révélation de son nom véritable, Astyan, au cours d'une hallucination mystérieuse qui n'avait cessé de le hanter depuis. Tout comme le visage de cette inconnue aux yeux verts, une femme qu'il aimait d'un amour exclusif.

Callisto, grâce à ses dons de divination, avait découvert ce nom étrange sans toutefois comprendre ce qu'il signifiait, sinon que ce n'était pas celui d'un être ordinaire. Même s'il l'ignorait encore, il n'était pas un mortel, mais un dieu.

Elle avait craint, après la transe singulière qui lui avait permis de retrouver sa véritable origine, que ce dieu inconnu ne révélât une personnalité inquiétante et dangereuse. Elle avait failli périr des conséquences de sa colère, quelques lunes auparavant, lorsque son épouse Myria, avait été victime d'un meurtre odieux. La puissance phénoménale d'Astyan, soudain libérée et incontrôlable, avait provoqué un raz-de-marée gigantesque qui avait englouti en quelques instants la sombre cité d'Yshtia où elle, Callisto, était retenue prisonnière depuis plus d'une année. Dans un accès de folie et de désespoir, il avait frappé la ville maudite de sa rage, au mépris même de sa propre vie. Il n'y avait eu que quelques dizaines de survivants. Astyan et elle n'avaient dû la vie qu'à un miracle. Cependant, effrayé par le pouvoir mental extraordinaire qu'il avait découvert au plus profond de son âme, il n'avait pas voulu demeurer parmi les siens, redoutant de céder un jour à une nouvelle crise de fureur.

Alors, parce qu'elle était la seule personne de sa race, il l'avait suivie dans son petit royaume de glace et de feu, où la vie était douce et lumineuse.

Elle fit glisser ses doigts sur la marque en forme de trident qu'elle portait au-dessus du sein droit. On disait qu'elle était le signe des dieux anciens; il possédait la même sur l'épaule gauche. Elle ignorait à quoi cette marque correspondait, sachant seulement que les êtres qui la portaient étaient dotés de pouvoirs surnaturels. Mais les siens ne pouvaient se comparer à ceux d'Astyan; de plus, elle les avait perdus depuis qu'elle s'était donnée à lui. Elle s'y attendait, et même l'avait souhaité. Connaître l'avenir ne lui avait apporté que des déconvenues.

A présent elle était heureuse. Bien sûr, elle savait qu'il la quitterait, et qu'elle ne pourrait rien faire pour l'en empêcher. Mais il était là, depuis trois lunes, surveillant avec délicatesse et inquiétude l'évolution du ventre de sa compagne. Comme n'importe quel futur père...

Tout ce qu'ils avaient vécu demeurerait à jamais gravé dans sa mémoire: son audace insensée lorsqu'il s'était aventuré, seul, dans l'inquiétante cité d'Yshtia, ses exploits, la mort de son épouse, tuée d'une manière abominable par la cruelle Asdahyat, le désespoir sans nom qui avait suivi, sa terrible vengeance.

Elle conserverait comme un joyau l'amour inconditionnel qu'elle lui portait, les nuits merveilleuses qu'ils partageaient depuis qu'elle s'était offerte à lui sous les eaux brûlantes des geysers de la vallée haute. Elle l'aimait de toute son âme, de toutes les fibres de son corps, elle aurait volontiers donné sa vie pour lui.

Elle espérait sans trop y croire que la naissance d'un fils pourrait le retenir près d'elle. Mais au fond, elle savait qu'un jour il partirait. Il désirait retrouver son royaume disparu, un royaume dont elle ignorait tout, sinon qu'il avait nom Poséidonia, parce que ses visions le lui avaient révélé juste avant de perdre ses pouvoirs divinatoires. Poséidonia, capitale de l'une des sept îles de l'Empire atlante. Cependant, elle n'avait aucune idée de ce que pouvait être cet empire. Les plus anciennes légendes évoquaient parfois un monde mythique, où régnaient ceux que l'on appelait les Dieux Anciens; mais certains récits plus ou moins oubliés affirmaient qu'il avait jadis été englouti par la fureur de l'océan.

Astyan refusait d'y ajouter foi. L'Atlantide n'était pas un mythe; c'était un grand archipel situé bien loin vers le sud. Callisto avait fini par se ranger à ses arguments; on savait si peu de choses sur le vaste monde.

Elle savait aussi qu'Astyan désirait par-dessus tout retrouver la femme mystérieuse qui hantait ses nuits depuis toujours.

Anéa...

Ce nom était apparu à Astyan immédiatement après la transe insolite qui lui avait permis de recouvrer une partie de sa mémoire. Sans doute était-elle une déesse, comme lui. Callisto n'en éprouvait même pas de jalousie. Il n'était pas destiné à rester près d'elle. Et nul ne pouvait lutter contre les décisions du Destin. Aussi jouissait-elle de chaque instant passé avec lui.

Elle se leva et le rejoignit. L'ourse vint se frotter affectueusement contre elle, imitée par le loup. Astyan la serra dans ses bras et l'embrassa avec tendresse.

- Comment se porte ma petite princesse aujourd'hui ?

- Jamais ma vie n'a été aussi merveilleuse, mon seigneur ! Je suis impatiente de mettre notre fils au monde. Et pourtant, je voudrais le garder pour toujours en moi, car je sais que tu me quitteras dès qu'il sera né.

Astyan prit le visage de la jeune femme entre ses mains.

- Je sais combien je vais te faire souffrir, ma douce Callisto. Pourtant, je ne peux agir autrement. Tu ne l'ignorais pas lorsque tu m'as demandé cet enfant.

- Et je suis trop faible pour te retenir.

- Je ne serai pas vraiment heureux avant d'avoir retrouvé mon royaume. Je dois partir.

Elle eut un rire qui ressemblait à un sanglot.

- Je sais. Je te prêterai même l'un de mes navires.

- Tu es une femme exceptionnelle, Callisto. Mais... ne pense pas à demain. Aujourd'hui, je suis avec toi. Et puis, même lorsque je serai loin, il restera entre nous le pacte des étoiles.

A travers ses larmes, elle sourit. Il n'avait pas oublié les deux constellations symbolisant l'amour qu'elle lui portait : l'ourse céleste, suivi de son petit. Ravalant sa peine, elle changea de sujet et s'écarta de lui.

- Arkas m'a donné quelques coups de pieds aujourd'hui. Ce sera un puissant gaillard.

Astyan lui prit la main et l'entraîna dans les jardins illuminés de fleurs multicolores, lupins mauves, étincelles jaunes et rouges du saule nain, épilobes écarlates. Il se pencha et cueillit quelques myrtilles bleues qu'il offrit à sa compagne. Tandis qu'elle les dégustait, il demanda:

- Lui diras-tu qui était son père ?

- Il faudrait que je le sache moi-même.

Il devint songeur.

- Tout demeure si confus en moi. La seule certitude que je possède à présent, c'est d'avoir été, ailleurs, à une autre époque, le prince d'un empire puissant et respecté. Un prince qui régnait depuis des siècles...

- Comment cela ? s'étonna-t-elle.

- Bien que ma mémoire ne soit pas encore tout à fait revenue, je sais que je possédais la faculté de me réincarner, pour renaître dans un corps que j'avais choisi à l'avance. Je ne suis pas un mortel, Callisto. Je suis... un Titan.

Il demeura un long moment silencieux, puis ajouta:

- Les Titans ne sont pas des hommes comme les autres. Nous sommes dotés de pouvoirs supérieurs, qui ont fait de nous les princes de l'Atlantide. Dix hommes et dix femmes, qui régnaient sur le plus bel empire qui se puisse imaginer : sept îles merveilleuses, partagées en dix royaumes immensément riches, qui ont conquis le monde et lui ont apporté la lumière de leur connaissance.

- Le monde ? Mais alors, comment se fait-il nous n'ayons jamais entendu parler de cet empire ?

Le visage d'Astyan devint soucieux.

- Justement, je ne comprends pas. J'ai bavardé avec les marins en provenance de Leoness. Certains étaient descendus très loin vers le sud.

Il serra les poings nerveusement.

- Aucun d'eux ne connaissait l'Atlantide.

Il s'insurgea.

- Mais c'est impossible! L'Atlantide est un empire puissant, qui a bâti des villes nombreuses et importantes.

- Peut-être sommes-nous trop loin vers le nord. En dehors de Leoness, je crois qu'il existe deux ou trois autres cités très anciennes, mais aucun de mes marins ne s'y est jamais rendu.

Astyan se prit la tête dans les mains et médita longuement. Puis il déclara:

- Tout me semble si étrange. J'ai étudié la position des étoiles : l'existence de Thulea est un défi aux lois de la nature. Cet océan devrait être recouvert par la banquise.

- Nous ne sommes envahis par les glaces qu'en hiver. Mais l'océan lui-même ne gèle pas, à cause des volcans.

- Je suppose qu'ils doivent protéger cette île.

Il se tut. Callisto respecta son silence. Soudain il reprit:

- Il y a autre chose.

- Quoi ?

- Les Titans vivent environ cent cinquante à deux cents ans. Avec le temps, nous avons appris à choisir l'instant de notre mort, et celui de notre résurrection. J'aurais dû renaître dans le corps d'un enfant marqué de ce signe mystérieux en forme de trident, comme cela s'est toujours produit au cours des nombreuses vies que j'ai traversées.

Il s'écarta d'elle et fit quelques pas, en proie à la nervosité.

- Au lieu de cela, je me suis réveillé dans le corps d'un chasseur d'une tribu inconnue, dans un monde qui n'a plus aucun rapport avec le mien. Et je t'ai rencontrée, toi, toi qui possèdes également ce signe. Pourtant tu n'es pas une princesse atlante, n'est-ce pas ?

- Non! répondit-elle, impressionnée. J'ignore d'où me vient cette marque. Mes parents ne la possédaient pas. C'est à cause d'elle que je fus élue reine de Thulea, à cause d'une tradition très ancienne.

- C'est une tradition atlante. Mais elle n'est pas ancienne, précisa-t-il avec force.

Il serra les dents pour masquer son trouble, puis déclara d'une voix qui tremblait:

- J'aurais dû renaître en Atlantide, comprends-tu ?

Il s'agenouilla près d'elle, les yeux brillants.

- Normalement, lorsqu'un Titan meurt, il ressuscite quelques années après, avec sa compagne.

- Avec...

- Bien sûr! Nous décidons nous-mêmes de l'instant de notre mort. Elle n'est qu'un passage vers une autre vie. C'est une expérience que j'ai vécue de nombreuses fois. Pourtant aujourd'hui je me retrouve loin de chez moi, à une époque que je ne parviens pas à situer.

Il ajouta, la gorge nouée:

- Et Anéa n'est pas là.

Il lui prit la main et la serra.

- Je ne peux même pas savoir depuis combien de temps je suis mort.

Effrayée, elle tenta de retirer son poignet.

- Tu me fais mal!

Il la lâcha aussitôt.

- Pardonne-moi!

Il comprit que sa douleur n'était pas seulement physique. L'évocation d'Anéa la faisait souffrir.

- Pardonne-moi, répéta-t-il.

Puis il enfouit sa tête contre la poitrine de la jeune femme.

- J'ai peur, ma petite princesse. Il s'est produit quelque chose d'anormal, quelque chose que je n'ai pu contrôler.

Elle le serra contre elle avec émotion. Comment aurait-elle pu lui en vouloir ? Peut-être disposait-il d'une puissance extraordinaire, peut-être était-il un dieu, un Titan, comme il l'affirmait. Mais il était aussi un être humain, avec ses faiblesses. Elle lui caressa le visage.

- Tu es vivant à présent. Je suis sûre que tu parviendras à comprendre ce qui est arrivé.

- Il le faut. Je dois retourner en Atlantide.

Il regarda en direction des volcans qui dominaient la vallée, bien loin vers l'ouest.

- J'ai cru que mes souvenirs se réveilleraient d'eux-mêmes, après que tu m'eus révélé mon origine. Mais toujours ils me fuient.

Il se tourna brusquement vers elle.

- Callisto, je dois m'isoler quelque temps. Dès demain, je vais partir pour cette montagne de glace. Un songe m'a révélé l'existence d'une grotte, où je désire m'enfermer afin de recouvrer entièrement la mémoire.

- Tu resteras absent longtemps ?

- Je l'ignore. Il faut que je sache enfin qui je suis, et d'où je viens. Pour cela, je dois demeurer seul. Ici, au milieu des tiens qui m'ont accueilli avec chaleur, je ne peux rien faire. Leurs esprits me troublent.

Elle lui prit la main.

- Agis ainsi que tu l'entends.

Dès le lendemain, Astyan, suivi du loup, quitta la petite cité baignée par la lumineuse brume matinale, et s'enfonça dans la forêt épaisse qui recouvrait la vallée. Bientôt les arbres s'espacèrent, puis disparurent, pour laisser place à une étendue de mousse et de lichens sur lesquels éclataient les taches polychromes des silènes acaules et des saxifrages, mêlés aux anémones et aux dryades d'un blanc éblouissant.

Il atteignit la limite des glaces. Un vent gelé balayait les hautes combes, lui brûlant la poitrine, il resserra la fourrure qui l'enveloppait et poursuivit sa marche. Enfin il découvrit la caverne, absolument identique à ce qu'il avait aperçu dans son rêve. Il y pénétra, accompagné du fauve.

A l'intérieur régnait une fraîcheur humide, qu'il chassa en allumant un feu de bois, sur lequel il jeta quelques fleurs de pavot boréal. Puis il s'assit en tailleur auprès du foyer et fixa les flammes, avant de fermer les yeux et de se laisser pénétrer par la sérénité du lieu et par les vapeurs parfumées. Il ignorait ce qu'il allait découvrir, et ne faisait qu'obéir à son intuition. Il eut une pensée émue pour le Man'sha de son village, Khallas, au souvenir de la nuit de l'Arundha : le pavot saurait-il remplacer le champignon aux taches de lune ?

Bientôt, sous l'effet des vapeurs hallucinogènes, une étrange somnolence s'empara de lui. Par concentration mentale, il se laissa glisser au plus profond de lui-même, tandis que le décor de roche et de glace s'estompait devant ses yeux. La sensation de froid disparut. Il perdit la notion du temps. Peu à peu, une foule d'images jaillirent du néant.

A SUIVRE...

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C’était l’affrayage, le dédommagement qui rachetait l’enlèvement de la fiancée, et qui permettait aux anciens, lorsque leurs forces déclinaient, de ne pas mourir de faim. Le père se réservait le droit d’accepter ou de refuser un prétendant, en fonction de l’importance des cadeaux qu’on lui proposait… et de la valeur du futur gendre. Jamais Haevya n’aurait songé à se révolter contre cette loi qui régissait la vie de la tribu depuis l’aube des temps.

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Parvenus sur la rive, tous se défirent de leurs vêtements et s’avancèrent dans l’étendue fangeuse, enduisant leurs corps de la boue bénéfique. Bientôt, une pellicule uniforme recouvrit les peaux nues. Par tradition, le langage humain était proscrit durant cette journée. Seuls étaient permis des grognements, des hurlements, comme ceux que poussaient les animaux. Chacun s’identifiait à son animal totem, et retournait ainsi à l’état primitif. C’était la communion sacrée avec la terre et l’eau, sources de toute vie. Seul le sik’aï, l’homme médecine investi des puissances de l’Esprit, avait le droit de s’exprimer, dans son langage sibyllin, afin d’attirer sur la tribu la bienveillance des dieux.

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Engourdie par la torpeur de l’après-midi océanique, elle prit son fils contre elle et se laissa glisser dans son rêve. Tout avait commencé avec la cérémonie sacrée, la Mushyaâ. Selon la légende, les anciens affirmaient que l’homme était né de l’union entre la déesse-mère, la Terre, et le dieu-océan, maître des Eaux. Il devait retourner vers eux après sa mort.

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Plus tard, réfugiées au sommet d’une haute falaise qui dominait la baie de Pos’Eïden, elles partagèrent les quelques lofios qu’elles avaient pu ramasser sur les longues plates-formes de stromatolithes qui s’avançaient dans l’océan comme des pavés posés par les géants peuplant les légendes. Les lofios étaient de gros coquillages noirs au goût discutable, mais qui avaient l’avantage de caler l’estomac. Les deux enfants s’en contentèrent sans se plaindre. Ils étaient habitués à ce rejet dont leurs mères et eux-mêmes étaient l’objet depuis toujours.

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Pris d’une colère soudaine, il s’avança d’une démarche saccadée et gifla la jeune femme à toute volée. Aussitôt le petit garçon, âgé de sept ans, se rua sur l’agresseur. Un coup violent le projeta au sol. Haevya eut un mouvement de révolte, mais l’ascendant des mâles sur les femmes joua pleinement, et elle ne put que ravaler sa fureur. L’autre, les yeux brillants de haine, n’espérait qu’un geste de sa part pour la frapper à nouveau. Elle se pencha sur son fils et le tira hors de portée de l’intrus, tandis qu’Ephyra réagissait à son tour.

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Haevya, dont le nom signifie « fille des eaux », écarta adroitement, à l’aide d’un morceau de bois, les braises du feu allumé un peu plus tôt. Relevant le nez, elle regarda au loin la silhouette de son fils, qui jouait au milieu des dauphins en compagnie de la petite Anéa. Elle sourit. Depuis leur naissance, sept années auparavant, les deux enfants étaient inséparables. Il existait entre eux une complicité et une tendresse extraordinaires. Souvent, ils paraissaient se comprendre sans avoir besoin d’échanger une parole.

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Elle se leva et le rejoignit. L’ourse vint se frotter affectueusement contre elle, imitée par le loup. Astyan la serra dans ses bras et l’embrassa avec tendresse. — Comment se porte ma petite princesse aujourd’hui ? — Jamais ma vie n’a été aussi merveilleuse, mon seigneur ! Je suis impatiente de mettre notre fils au monde. Et pourtant, je voudrais le garder pour toujours en moi, car je sais que tu me quitteras dès qu’il sera né.

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Elle espérait sans trop y croire que la naissance d’un fils pourrait le retenir près d’elle. Mais au fond, elle savait qu’un jour il partirait. Il désirait retrouver son royaume disparu, un royaume dont elle ignorait tout, sinon qu’il avait nom Poséidonia, parce que ses visions le lui avaient révélé juste avant qu’elle ne perdît ses pouvoirs divinatoires. Poséidonia, capitale de l’une des sept îles de l’Empire atlante. Cependant, elle n’avait aucune idée de ce que pouvait être cet empire. Les plus anciennes légendes évoquaient parfois un monde mythique, où régnaient ceux que l’on appelait les Dieux Anciens ; mais certains récits plus ou moins oubliés affirmaient qu’il avait jadis été englouti par la fureur de l’océan.

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Tout ce qu’ils avaient vécu demeurerait à jamais gravé dans sa mémoire : son audace insensée lorsqu’il s’était aventuré, seul, dans l’inquiétante cité d’Yshtia, ses exploits, la mort de son épouse, tuée d’une manière abominable par la cruelle Asdahyat, le désespoir sans nom qui avait suivi, sa terrible vengeance.

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