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Cinq semaines plus tard, j'étais prête.

Pour être précise : au regard du monde, j'étais prête à partir en pension.

Dans ma tête, j'étais prête pour un tout autre départ.

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S'il est une chose que j'aimerais savoir, c'est pourquoi ma mère m'a nommée "Enola".

Enola, qui a l'envers se lit alone, seul en anglais.

Mère avait toujours eu un goût marqué pour les messages codés, les énigmes à décrypter. Peut-être avait-elle une sorte de pressentiment ? Peut-être m'accordait-elle là, fée penchée sur mon berceau, un don équivoque ?

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"- (...) jamais je n'irai parfaire mon éducation dans un pensionnat de jeunes filles.

- Vous irez (...)

- Je n'irez pas. Donnez-moi une gouvernante s'il le faut, mais je n'irai pas dans un pensionnat. Vous ne pouvez m'y forcer.

Il radoucit le ton, mais ne céda pas.

- Je le peux et je le ferai.

- Et comment donc ? En m'enchaînant pour m'y traîner ?

Il leva les yeux au ciel.

- Bien comme sa mère, dit-il au plafond, puis il riva son regard sur moi, d'un air de persécuté si certain d'être dans le vrai que j'en eus le frisson. Sa voix se fit plus douce encore :

- Ecoutez-moi bien Enola. Je suis votre tuteur légal - et celui de votre mère aussi, d'ailleurs, c'est la loi qui l'affirme. Je peux, si je le veux, vous enfermer dans votre chambre jusqu'à ce que vous vous rendiez à la raison. Je peux prendre toute autre mesure nécessaire pour parvenir à l'objectif souhaité. Qui plus est, en tant qu'aîné, j'ai une responsabilité morale envers vous. Or il tombe sous le sens que depuis trop longtemps vous êtes livrée à vous même. J'interviens peut-être juste à temps. Et vous m'obéirez.

A cette seconde, il me sembla comprendre - comprendre immensément - ce qu'avait dû ressentir Mère au temps de cette brouille avec ses fils, à la mort de mon père. Et comprendre aussi pourquoi jamais elle n'avait parlé d'aller voir mes frères à Londres ni de les recevoir à Ferndell.

A cette seconde, il me sembla comprendre ce qui l'avait poussée à soutirer des fonds en cachette, des années durant, à son fils aîné."

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Je me jetais dessus.Le recueil de messages à décripter que Mère avait confectionné pour moi.

ALONEEDRAGERSNADAMELLIMOMAC

Telle était la première énigme, tracée de la main de ma mère, de sa grande écriture élancée.

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nouvel extrait

Sortir. Il me fallait sortir. Le grand air rafraîchirait mes pensées en fièvre. Ne ralentissant le pas que le temps de pprendre ma boîte à dessin, celle que j'avais reçu en cadeau l'avant-veille, je sortis en hâte par la porte de la cuisine, traversai le potager, l'écurie désaffectée, la garenne à flanc de coteau. Un peu hors d'haleine, je m'avançai sous les chênes et me sentit déjà mieux.

Apparemment, le bois était désert. Les hommes chargés de la battue poursuivaient leurs recherches plus loin, sur le coteau d'en face, vers les champs et la lande.

...

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Il devait être plus de midi, et j'avais passé au crible un cinquième de nos terres à peine, compte non tenu des terres de fermage. Si Mère gisait quelque part, blessée, elle risquait de rendre son dernier soupir avant que j'aie réellement des chances de la retrouver par mes seuls moyens.

Vaincue, je tournai bride et regagnai le manoir.

Les époux Lane fondirent sur moi comme deux pigeons sur le pigeonneau qui rentre au nid, lui s'empressant de reprendre mon parapluie, mes galoches et mon imperméable ruisselant de pluie, elle me poussant vers la cuisine pour m'y réchauffer. Son statut de domestique lui interdisait de me réprimander, mais elle tenait à me faire connaître le fond de sa pensée.

"Il faut vraiment être sans cervelle pour rester des heures sous la pluie", disait-elle au poêle de faïence en le regarnissant de charbon. "Quand on prend froid, on attrape mal. Et ça, qu' on soit de la haute ou pas", informait-elle la bouilloire en la plaçant sur le poêle. "La phtisie, ça lui est bien égal, qu'on ait ses raisons." Cette remarque pour la boîte de thé.

De mon côté, je n'avais pas à répondre, puisque ce n'était pas à moi qu'elle s'adressait. Jamais elle ne se serais permis de me parler en ces termes.

[...]

Je me levai.

"Il faut que j'écrive un ou deux billets.

- Il n'y a pas de feu dans la bibliothèque, Miss Enola. Je vais apporter les affaires pour écrire ici, à la table, si vous permettez."

Si je permattais ? J'aimais mille fois mieux. Tout plutôt qu'aller m'asseoir dans cette grande pièce lugubre, sur un fauteuil de cuir glacé.

Mrs Lane apporta donc dans la tiédeur de la cuisine le papier à lettres frappé du blason familial, le porte-plume et l'encrier, ainsi que du papier buvard.

Je trempai la plume dans l'encrier et, sur le papier crème, griffonnai quelques mots à l'intention de la gendarmerie du bourg, afin d'informer ces messieurs que ma mère semblait s'être perdue et de les prier de bien vouloir lancer des recherches.

Puis, sans quitter ma chaise, je réfléchis un moment.

Le fallait-il ? Le fallait-il absolument ?

Hélas oui. Je ne pouvais différer.

Alors, lentement, mordillant mon porte-plume, je rédigeai quelques mots de plus - quelques mots qui, très bientôt, allaient parcourir des dizaines de lieues et finir imprimés de la sorte :

LADY EUDORIA VERNET HOLMES DISPARUE DEPUIS HIER STOP PRIERE ENVOYER CONSEIL STOP ENOLA HOLMES

Ce télégramme était destiné à Mr Mycroft Holmes, Pall mall, Londres. Et le même message adressé à Mr Sherlock Holmes, Baker Street, Londres également.

Mes frères.

Chapitre 1, pages 19-22

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