Livres
528 657
Membres
548 824

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode

Ajouter un extrait


Liste des extraits

"Nous ne serions pas dans cette situation déplorable, déclare le plus jeune et le plus longiligne des deux monsieurs en grande discussion dans ce petit salon feutré, si vous ne vous étiez mis en tête, à toute force, de la placer dans un pensionnat !"

Sec comme un coup de trique, les traits taillés à la serpe, il arpente le parquet ciré à longues enjambées d'échassier. Son costume noir de la tête aux pieds - jaquette à queue de pie, pantalon à pli, souliers étincelants - fait de lui un grand héron sévère.

"Mon très cher frère..." Douillettement enfoncé dans les capitons d'un fauteuil de cuir pleine peau, le plus âgé des deux -et le plus plantureux - lève bien haut des sourcils pareils à des broussails en hiver. " Pourquoi tant d'âpreté ? Cela ne vous ressemble guère."

Il s'exprime en toute placidité, car ce lieu est son club, son territoire attitré, son espace pour échanges privés. Et c'est en salivant d'avance à la pensée de l'excellent rosbif qui va suivre qu'il poursuit, affable :

"Même s'il est indéniable que la jeune écervelée se trouve seule dans ce chaudron de ville et qu'elle pourrait fort, à l'heure qu'il est, s'être déjà fait dépouiller de tous ses biens, si ce n'est pire, je ne vois là aucune raison de vous laisser emporter par vos émotions.

- Et le moyen de faire autrement ?" Pivotant sur ses jambes sans fin, l'arpenteur jette à son ainé un regard d'aigle. " C'est notre soeur ![...]

- Une soeur tellement plus jeune qu'en tout et pour tout, dans votre vie, vous avez dû la voir deux fois !"

L'échassier s'arrêta net.

"Une fois aura suffit."

Sa voix s'est radoucie. Ce n'est pas son aîné qu'il regarde, mais le lambris de chêne ou plutôt, par-delà le lambris, un point invisible, quelque part dans l'espace et le temps. Et il reprend à mots lents : "Elle me rapelle l'adolescent que j'étais à son âge. Tout enb ras et en jambes. Trop de nez, trop de menton. Gauche et solitaire, à sa place nulle part...

- Ridicule ! Elle est de sexe féminin. Son intellect est peu développé, elle a besoin de protection... Votre comparaison ne vaut pas." Pareille insulte au sens commun assombrit l'homme d'autorité, mais, en fin diplomate, il se fait conciliant. "Interroger le passé de la sorte ne sert rigoureusement à rien, croyez-moi. La seule question de bon sens à se poser pour l'heure est celle-ci : comment comptez-vous la retrouver ?"

Avec un effort manifetse, le cadet s'arrache à sa contemplation lointaine et ses yeux gris perçants se tournent vers son aîné. Après un silence, il dit sobrement : "J'ai un plan.

- Je n'en attendais pas moins. Peut-être même allez vous m'en faire part ?"

Silence.

L'aîné se renfonce dans son fauteuil avec un sourire pincé. "Toujours ce besoin de vous draper de mystère, hein, Sherlock ?"

Alors le cadet - que d'autres nomment "le grand detective" - hausse les épaules éloquemment. Il a retrouvé son flegme, plus coriace encore que celui de son aîné.

pages 7 - 11

Afficher en entier

Le seul moyen de rester libre, en tout cas jusqu'à nouvel ordre, est de vivre comme mon prénom le suggérait. Seule.

Afficher en entier

Un intrus? Ici?

Mais tandis qu'il allume le lustre afin d'y regarder de plus près, il est pris d'un étrange soupçon. Il a même, d'avance, une sorte de certitude, et un chagrin aigu lui perce le cœur sans prévenir.

Il serre les poings, ravale un juron. Non loin de la cheminée gît un tas de chiffons noirs : une tenue de religieuse, il le sait déjà. Que quelqu'un a envisagé de faire brûler dans la cheminée, semble-t-il; avant d'y renoncer, sans doute, s'avisant que l'odeur de chiffon brûlé donnerait l'alerte.

Quelqu'un.

Il sait d'avance, aussi, que l'un de ses déguisement a disparu de l'armoire. Sa jeune sœur, cette petite renarde, vient de lui échapper des mains après avoir passé la nuit chez lui, le dernier endroit de Londres où il aurait eu l'idée d'aller la chercher.

Il peste tout bas. Ce culot! Pis que du culot, de l'effronterie. De l'impudence.

Mais alors même qu'il fulmine face à cette évidence - une fois de plus, sa jeune sœur s'est jouée de lui -, ses grandes mains se détendent, ses lèvres minces esquissent un sourire. L'instant d'après, il se laisse aller et rit de grand cœur, d'un rire de jeune homme, presque joyeux.

Afficher en entier

-Même s'il est indéniable que la jeune écervelée se trouve seule dans ce chaudron de ville et qu'elle pourrait fort, à l'heure qu'il est, s'être déjà fait dépouiller de tous ses biens, si ce n'est pire, je ne vois là aucune raison de vous laisser emporter par vos émotions.

- Et le moyen de faire autrement ?

Pivotant sur ses jambes sans fin, l'arpenteur jette à son ainé un regard d'aigle.

- C'est notre sœur !

- Une sœur tellement plus jeune qu'en tout et pour tout, dans votre vie, vous avez dû la voir deux fois !"

L'échassier s'arrêta net.

- Une fois aura suffit.

Sa voix s'est radoucie. Ce n'est pas son aîné qu'il regarde, mais le lambris de chêne ou plutôt, par-delà le lambris, un point invisible, quelque part dans l'espace et le temps.

Afficher en entier

- J'ai un plan.

- Je n'en attendais pas moins. Peut-être même allez vous m'en faire part ?

Silence. L'aîné se renfonce dans son fauteuil avec un sourire pincé.

- Toujours ce besoin de vous draper de mystère, hein, Sherlock ?

Alors le cadet - que d'autres nomment "le grand détective" - hausse les épaules éloquemment. Il a retrouvé son flegme, plus coriace encore que celui de son aîné.

Afficher en entier

Masses laborieuses, il est temps de se rebeller! L'Empire est bâti sur le dos du peuple. Nous sommes exploités par les capitalistes! Les ennemis de l'ordre! Le droit des travailleurs. Nous devons réclamer ce qui nous revient de droit. L"opium du peuple! C'est par décret divin, à ce qu'ils disent, que les travailleurs doivent s'échiner... Tandis qu'une poignée de fainéants... entourés de femmes de chambre et de valets de pied, qui passent leur temps à ne rien faire, à part se changer cinq fois par jour... Par deux fois, nous nous sommes rassemblés ici. La loi nous y autorise. Et la police nous a chassés! La prochaine fois, nous ferons flotter les drapeaux de la révolution.

Afficher en entier

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode