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"Il plut trois jours durant. L'orage déversa sur les Terres Noires des trombes d'eau sillonnées d'éclairs et de fracas, puis il passa mais la pluie persista, dessinant cordes, seaux, hallebardes...

Le premier jour, Claris s'occupa. Elle lava son linge, rangea sa tente et son sac. Elle entretint son feu, lut mangea, dormit, lut à nouveau.

Le second jour la trouva tout à fait prête à reprendre le tour du lac. C'était sans compter sur l'obstination de la pluie qui ne désarmais pas. Claris passa la journée à s'impatienter, vérifiant toutes les demi-heures si la pluie avait diminué. Elle dormit mal, tournant et retournant dans sa tête des questions sans réponse.

Le troisième jour, avant d'ouvrir les yeux, elle sut au son des gouttes martelant la pierre que la pluie tombait toujours. Elle fit quelques mouvements d'Unir, mangea froid pour économiser son fagot qui diminuait à vue d'oeil, essaya de lire mais n'y parvint pas. Agacée, elle finit par s'asseoir le menton posé sur les genoux relevés et regarda la pluie tomber. Pluie, arrête-toi, arrête-toi...

Les Vifs de l'Eau ralentirent leur danse un instant, attentifs au désirs de la fille. Ramsk soit maudit, arrête-toi donc ! Les Vifs n'obéissaient pas à la mauvaise humeur ou à la colère, seulement au désir positif et à la volonté ferme. Ils reprirent leurs jeux, glissant de goutte en goutte, abreuvant la terre.

Claris changea de position et chercha son carnet dans sa poche. Elle fixa la page blanche en suçant son crayon à mine de charbon. Rien. A son doigt, la bague scintilla.

Au mot « enregistreur », le bijou se transforma en petite tablette. Elle tapota le signe de la « bouche » mais la surface demeura terne. Excédée, elle l'examina de près, la surface mate réfléchissant son visage :

- Mais Ramsk à la fin, à quoi sers-tu ?

La tablette émit un soupir de soulagement et Claris entendit une voix de femme dire distinctement :

- Je croyais que jamais tu ne demanderais cela.

Claris ramassa l'objet que la surprise lui avait fait lâcher. Elle avait du appuyer sur le mauvais symbole, pourtant elle ne reconnaissait pas sa voix. A tout hasard, elle répéta sa question :

- A quoi sers-tu ?

- Je te sers, toi.

C'était tellement absurde que Claris pouffa.

- C'est ça, comme dans Aladin et la lampe magique !

Le symbole du livre scintilla en bas de la tablette.

Les femmes aiment se souvenir

Claris passa le reste de l'après-midi et une bonne partie de la soirée à manipuler la tablette pour essayer d'en comprendre le fonctionnement. Certaines fonctions semblaient très simples : lorsqu'elle tapotait sur le symbole du livre et prononçait un titre, la bague récitait le livre. L'Iliade et l'Odyssée, Aladin, La Maison aux esprits, Harry Potter, La Quête d'Ewilan, elle connaissait tous ceux que Claris lui cita. Mais, hormis l'Iliade qu'elle restitua de bout en bout, elle les récitait de façon erratique, parfois le premier chapitre, parfois le dernier, ou des extraits, des phrases. Si elle passait le doigt sur le symbole de la bouche, la petite tablette enregistrait ce qu'elle dictait et il suffisait d'effleurer le signe de l'oreille pour entendre ce qui était enregistré. Cependant, cela ne marchait pas à tous les coups et d'autres symboles demeuraient mystérieux et muets. Par ailleurs, ils apparaissaient et disparaissaient sans qu'elle comprenne comment les provoquer. Et surtout, elle ne parvenait pas à réentendre la voix qui lui avait dit qu'elle la servait. Jusqu'à ce qu'elle repose la question :

- A quoi sers-tu ?

Un symbole qui ressemblait à une pelote de laine se déroulant apparut.

- Je te sers, toi.

Claris éclata d'un rire amer.

- Quoi ? Il suffisait de demander exactement la même chose pour que tu répondes ?

- Il suffit souvent de demander pour obtenir les réponses.

Une autre voix féminine. Plus douce que la première.

- Qui es-tu ? Peux-tu m'aider à rejoindre le Nomadstère ?

- Je ne donne pas de conseils. Je ne dis pas la vérité. Je n'existe pas.

- Génial... Mais si je ne suis pas devenue complètement dingue, je parle bien à quelqu'un là ou à quelque chose ?

- Je suis le réceptacle des souvenirs de la lignée des femmes de ta famille maternelle.

Claris réfléchissait. Un réceptacle de souvenirs ? Cette machine était complètement saugrenue. En même temps, on peut s'attendre à tout avec ces objets des Temps d'Avant... Autant la questionner tant qu'elle me répond.

- Pourquoi seulement les femmes ?

La tablette émit un éclat.

- Les femmes aiment se souvenir.

- Pourquoi ne dis-tu pas la vérité ? Est-ce que ça veut dire que tu mens ?

- Les souvenirs sont toujours mêlés de mensonges involontaires, de rêves déçus, de projets avortés.

- Rien que de la scorie...

- Les souvenirs sont aussi la vérité des émotions, les rêves secrets, l'expérience de toute une vie, la connaissance...

- Ouais mais rien de pratique...

L'écran lui offrit l'image d'un homme bizarrement accoutré, avec un haut chapeau ridicule qui cassait des œufs dans un saladier.

- Qui est-ce ?

- Le meilleur cuisinier du XXIe siècle. Ton arrière-arrière-grand-mère ne perdait aucun de ses programmes de totalvision. Très pratique quand on a quatre enfants et qu'on ne sait pas quoi leur faire à manger, lui répondit la première voix.

- Qu'est-ce qu'il fait ?

- Un carpaccio de saumon sur son lit de ratatouille à la martienne.

Claris haussa les épaules.

- A quoi veux-tu que me serve cette recette ? Je n'ai aucun des ingrédients !

L'écran s'éteignit."

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