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Mon bien le plus précieux, en dehors d'un antique phonographe, était un canapé massif, bas, recouvert d'une housse bleue usée jusqu'à la fibre. Le brave et vénérable meuble avait connu son heure de gloire quelques années plus tôt lors d'une nuit de folie avec Levrette, une jolie catin que j'avais sortie d'une sale embrouille. En guise de merci, elle m'avait éreinté la nuit durant avant de se faire la malle avec tout mon argent, profitant de ce que je dormais comme un bienheureux, repu. La garce !

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Une foule est un mille-pattes sans tête.

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L'impitoyable Adenot rompit le silence de sa voix rauque et moqueuse.

"Finissons-en !"

Martin redressa la tête. Je perçus le mouvement de son coude replié comme il tirait mon Agatha de la serviette serré contre son coeur.

Bang ! La tête de Carloman explosa dans un grand jet de sang et cervelle !

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« Il semble après enquête que vous ne soyez pas impliqué dans ces crimes. Vous êtes connu pour votre absence de sens civique, mais aussi pour votre strict apolitisme. Nous vous savons en contact avec une certaine Griselda Martin que vous avez rejointe au Jardin des Plantes hier, et des informations complémentaires sont venues corroborer vos dires à propos d’une affaire d’adultère. En outre, le commissaire Ray vous juge trop paresseux, trop pleutre, trop attaché à votre pitoyable train de vie pour prendre le risque de participer à une entreprise criminelle. Nous en avons donc conclu que vous disiez la vérité en prétendant être à la Brasserie des Deux Clefs par hasard.

― Il a dit « pleutre » ?

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CHAPITRE II — Si, par hasard, tu croises le vent.

J’en étais à ma deuxième absinthe, quand survint un homme très droit, très raide, qui attira aussitôt mon regard.

Bon sang, qu’il était laid ! Corps maigrelet, face aigrelette, regard vinaigre, et le reste à l’avenant. Avec son complet veston gris orné d’une pochette surannée, sa montre à gousset (à chaîne en or, s’il vous plaît !), ses guêtres blanches et ses cheveux bruns plaqués sur son crâne, il était la vivante caricature du malfrat arrogant. Et pas du menu fretin, encore. Mon œil exercé nota la présence de quatre autres marlous. Des gueules de tueurs, postés à des emplacements stratégiques. Costume Gris n’était pas venu seul.

Il s’avança entre les tables à pas lents et mesurés, quasiment calibrés, pour finalement s’asseoir face à un client attablé en retrait. Après un instant de silence où les deux quidams semblèrent se jauger mutuellement, Costume Gris prit la parole. Calmement, lentement, méthodiquement, pourrait-on dire. Seules ses lèvres s’animaient. Son visage étroit restait de marbre, ses yeux ne cillaient pas, et ses cheveux luisants demeuraient parfaitement en place en dépit d’un vent joueur. Je soupçonnai cet affreux coquet d’utiliser un de ces produits en vogue, gomina de luxe ou gel coiffant magique, extra ! super fixant !

Adossé à la vitrine du café, son interlocuteur gardait la tête basse, visage indistinct dans l’ombre de son large chapeau de marchand mudzin. Je ne l’avais pas remarqué jusqu’alors, mais à présent toute mon attention se concentrait sur lui seul. Quel intriguant personnage, en vérité ! Du Mudzin, outre le couvre-chef, il arborait également les énormes bagues et les colliers voyants, les poulaines pointues, l’ample robe bleue traditionnelle et la remarquable corpulence. Tout était conforme, le déguisement était excellent, il ne lui manquait que l’essentiel, en somme. Car l’homme, trop statique, mutique, discret jusqu’à l’effacement, n’avait rien du nomade remuant, volubile et volontiers poseur des déserts centraux. Plus révélateur encore, il n’avait aucun des automatismes religieux qui ponctuent la gestuelle complexe des Mudzins.

Bien sûr, dans Panam l’hétéroclite, ce genre d’anomalies passait aisément inaperçue. Déceler la supercherie exigeait une attention un peu soutenue et un esprit versé dans les mimiques mudzines, cela dit sans me vanter. Le bonhomme avait dû juger le risque négligeable, et avec quelque raison, ma foi. Le Panaméen moyen n’est pas fol-lement porté sur les cultures exotiques.

Je tendis une oreille indiscrète, mais les deux hommes conversaient à voix trop basse pour être compris de quiconque. C’était surtout Costume Gris qui causait. L’autre se bornait à des mouvements de tête approbateurs ou à des réponses monosyllabiques. Ses mains foncées, larges, épaisses, ne quittaient pas le grand manteau posé en travers de ses jambes, comme s’il se tenait prêt à déguerpir à la moindre alerte, et il dardait sans cesse des regards furtifs de gauche et de droite. Je devais faire appel à toute mon habileté pour l’épier à la dérobée.

Il titillait ma curiosité, le bougre ! Qui pouvait souhaiter rester incognito au point de se travestir avec un tel soin ? Un des Ducs ? Peu probable... Il eût sans doute choisi un costume plus commun, un personnage plus simple à interpréter. Et puis aucun des trois Ducs n’avait la corpulence de cet inconnu. Non, plus vraisemblablement, il devait s’agir d’un criminel en fuite, quelque brigand célèbre dont la tête était mise à prix. Un bon prix.

Cela étant, quand bien même cet énigmatique individu eût-il joui de quelque renommée dans la cité, ou même dans le Royaume tout entier pendant qu’on y était, cela ne justifiait nullement une telle vigilance. Grimé comme il l’était, il ne risquait guère d’être reconnu. Je l’avais percé à jour, oui, et après ? Comme je l’ai dit, j’avais un peu plus de pratique que la moyenne. Non vraiment, cette attitude de bête sauvage sur le qui-vive était incrompréhensible.

Les Ombres s’avançaient lorsque, enfin, je vis la femme remonter la rue. D’allure discrète, vêtue simplement, elle cachait son visage derrière une épaisse voilette blanche. Rien que de très commun, à première vue, mais son port élégant, ses bras fins et ses mains blanches ne trompaient pas. Une aristocrate.

Elle s’engouffra dans l’hôtel et j’eus un soupir blasé. L’affaire était décidément des plus banales. Une Dame, oisive, lubrique, venait s’encanailler entre les bras du nain. Je voyais ça d’ici. Sans doute attirée par le mythe du nain au gros membre, la baronne venait assouvir ses pulsions charnelles en catimini, pulsions exacerbées à l’envi par l’excès de temps libre et l’ennui inhérents à sa condition d’utilité mondaine. Quant au nain, sans doute vivait-il là ses propres fantasmes d’un mètre vingt. Du sexe avec une inconnue, du sexe avec une Grande, du sexe avec une Dame. Hé, la luxure n’est pas l’apanage des aristocrates ! Le naïf comprenait-il qu’il était la chose de la noblesse polissonne ? Rien qu’un loisir, rien qu’un jouet ? Peut-être en était-il conscient, après tout, et profitait-il de l’aubaine avant de reprendre le cours de sa vie aux côtés de sa légitime.

Nain ballot. Je ne pouvais m’empêcher de penser qu’il méritait ce qui allait lui tomber dessus, celui-là... Car, en vérité, sa régulière était loin de gober ses mensonges maladroits. Pire, elle n’attendait plus qu’une preuve de ses infidélités pour lui concocter un divorce bien ruineux, preuve que je me faisais fort de lui apporter sous peu. Adieu maison Bigre, adieu carré de pelouse, adieu bonheur domestique. Et pour peu que le scandale parvienne aux oreilles des Ducs, ce serait l’hallali. Les Ducs ne transigeaient pas avec la morale de leurs officiers. Adieu émoluments, adieu emblème ducal, adieu intégration chérie. Ça sentait le retour aux montagnes natales, sans trompette ni fanfare. Destin somme toute banal. C’est l’histoire du nain qui rêve d’ascension sociale dans la grande ville des hommes, subit un cuisant échec et rentre piteusement chez lui. Un classique des farces boulevardières.

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Il s’agissait d’un Modèle B de chez Porf & Co®, le célèbre industriel nain. Le modèle le plus courant. B comme boule, sans doute, car le véhicule vert sombre évoquait une citrouille pas mûre montée sur quatre larges roues de bois cerclées de fer, avec au cul un moteur conique tout en cuivre et de cuir lacé. Une courte et étroite cheminée pointait vers le ciel, crachant par bouffées, moderne oriflamme, une fine fumée blanche. L’habitacle, coupole de verre, était une bulle spacieuse où un quatuor de jeunes gens bien mis riaient aux éclats dans les cahots.

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Martin. C’était son nom.

Martin le nain.

Il vivait en banlieue, à Saltrouville, dans une zone pavillonnaire de second ordre. Sa rue était un triste chapelet de maisons bâties sur le même moule, un cube posé sur un carré de pelouse. C’est simple, on se serait cru dans le catalogue des Maisons Bigre. Lui habitait page 23, le modèle « Harmonie », une mocheté dont il était, tenez-vous bien, le pro-pri-é-tai-re ! Un aboutissement, en quelque sorte.

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Pixel était un râleur, un fainéant et un glouton, mais il était aussi mon meilleur ami, mon presque frère. Depuis le commencement il était à mes côtés, loyal en dépit de tout ce que nous avions traversé. Nous n'avions pas toujours ri, ça non, surtout dans les débuts. Le Royaume des hommes était un endroit bien affreux pour deux natifs des Forêts elfiques. Les premiers pas que nous y fîmes nous ont laissé de bien sales souvenirs. Si je n'ai survécu à l'exil que grâce à Pixel, je n'ose penser à ce qu'il endura, lui, brutalement propulsé hors de son univers, seul et unique pillywiggin dans un monde hostile.

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