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Conversation entre Griffin et sa soeur Margaret :

— Griffin, essaie pour une fois de mettre tes préoccupations de grand frère de côté.

Comment puis-je envisager d'épouser un homme qui semble épouvanté à l'idée de m'embrasser ?

— Comment sais-tu seulement qu'il songeait à t'embrasser ? Peut-être craignait-il que tu ne prennes froid ? Ou s'inquiétait-il pour ta réputation.

— Parce que je lui ai demandé !

— Quoi ? De…

— De m'embrasser, confirma Margaret. Et il a réagi comme si je lui avais demandé de lécher un calmar. Un calmar vivant.

Griffin se demanda s'il pouvait provoquer en duel un homme pour n'avoir pas embrassé sa sœur.

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La fille d'un duc apprend très tôt ce que préconise l'étiquette dans à peu près toutes les circonstances de l'existence. Dans quelle assiette servir des ortolans. Quand acquiescer aux propos d'une comtesse douairière et quand la remettre à sa place. Que porter pour une promenade en barque sur la Tamise, et comment repousser poliment les avances d'un comte désargenté durant le pique-nique qui s'ensuit.

Tout, à vrai dire, songea avec ironie, lady Hero Batten. Hormis comment aborder un gentleman occupé à forniquer avec une dame qui n'était pas son épouse.

— Hum, hum, essaya-t-elle, les yeux rivés sur les moulures du plafond.

Les deux amants vautrés sur le sofa ne parurent pas l'entendre. La femme laissait échapper des gémissements suggestifs sous son atroce robe à rayures grises et marron, présentement rabattue sur son visage.

Hero soupira. Ils se trouvaient tous les trois dans un petit salon faiblement éclairé de Mandeville House, et elle regrettait d'avoir choisi cette pièce pour remonter ses bas. Si elle s'était rendue dans le salon oriental, ses bas seraient déjà en place et elle aurait repris le chemin de la salle de bal - loin, très loin de cette situation fort embarrassante.

La jeune femme baissa discrètement les yeux. Le gentleman, affublé d'une perruque blanche, s'était débarrassé de sa veste de satin et besognait sa compagne en manches de chemise et gilet de satin émeraude. Son pantalon était baissé pour lui faciliter la manoeuvre, si bien qu'Hero apercevait ses fesses musclées. Le spectacle, du reste, ne manquait pas d'attrait. Quel qu'il soit, ce gentleman possédait des attributs physiques... pour le moins séduisants.

Hero tourna le regard vers la porte. En d'autres circonstances, personne ne lui aurait reproché de faire demi-tour et de quitter les lieux sur la pointe des pieds. D'ailleurs, elle ne s'en serait pas privée si elle n'avait pas doublé lord Pimbroke dans le couloir moins d'une minute plus tôt. Or, cette affreuse robe rayée ne lui était pas inconnue : Hero l'avait déjà remarquée un peu plus tôt dans la soirée - sur lady Pimbroke. Bien qu'elle n'eût pas la moindre envie de se retrouver dans une situation plus embarrassante encore, la jeune femme voulait par-dessus tout éviter un duel entre les deux gentlemen.

Forte de cette résolution, Hero détacha l'une de ses boucles d'oreilles en diamant et la lança sur les fesses du gentleman. Le bijou atteignit sa cible - Hero s'était toujours enorgueillie de savoir viser.

La réaction du gentleman ne se fit pas attendre : il poussa un juron et jeta à Hero un coup d'oeil par-dessus son épaule, avec les plus beaux yeux verts qu'elle ait jamais vus.

Son visage n'avait rien d'inoubliable - sa mâchoire était trop large, son nez trop recourbé et ses lèvres trop fines pour répondre aux canons de la beauté masculine -, mais son regard était capable d'aimanter celui de n'importe quelle femme, jeune ou vieille. Une fois le regard de la femme en question capturé, celle-ci devait se laisser facilement hypnotiser par la virilité arrogante qui émanait du personnage. À moins, bien sûr, que les circonstances présentes n'aient donné à son regard un éclat particulier.

— Vous ne voyez pas que je suis occupé ? lança-t-il, sa colère s'étant transformée en amusement quand il réalisa que c'était une femme qui l'avait dérangé.

Hero sentit le rouge lui monter aux joues. Elle s'obligea cependant à soutenir son regard.

— Je l'avais remarqué, figurez-vous, mais il se trouve que…

— Vous êtes du genre à aimer à regarder ? La coupa-t-il.

Hero avait maintenant les joues en feu. Mais il n'était pas question qu'elle laisse ce gredin avoir le dernier mot. Elle lui adressa un sourire suave.

— Je préfère les divertissements où je ne risque pas de m'endormir.

Elle pensait que l'insulte le mettrait hors de lui, mais pas du tout : il sourit en retour, et une petite fossette lui creusa le menton.

— Cela vous arrive souvent, mon ange ? Vous endormir, alors qu'on commence juste à s'amuser ? Ne vous blâmez pas. La plupart du temps, c'est la faute du gentleman, pas la vôtre.

Dieu du ciel ! Personne n'avait encore jamais parlé ainsi à Hero !

Elle haussa délicatement le sourcil gauche - une mimique qu'elle avait répétée des dizaines de fois devant son miroir, à l'adolescence, et qui faisait trembler les matrones. Mais le gredin ne cilla même pas.

— Avec moi, reprit-il, les femmes n'ont pas ce problème. Mais restez donc, et regardez. Je vous promets que cela sera instructif. Et s'il me reste des forces ensuite, je pourrai peut-être vous montrer.

— Lord Pimbroke est dans le couloir ! Lâcha Hero avant qu'il puisse terminer sa tirade insolente.

Un petit cri horrifié s'échappa de l'amoncellement d'affreux tissu rayé.

— Eustace est là ?

— Oui. Et il se dirige vers cette pièce, précisa Hero.

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— Permets-moi de ne pas être d'accord, répliqua-t-il, conscient d'être ridiculement pontifiant. Je suis le frère de Thomas, et l'homme avec qui tu viens de baiser.

Elle cilla.

— Je déteste ce mot. Ne l'emploie plus jamais en ma présence, s'il te plaît.

— Bon sang, Hero !

— Je dois y aller, à présent.

Et c'est ce qu'elle fit.

Hébété, Griffin fixa un long moment la porte qui s'était refermée sur la jeune femme.

Que s'était-il passé ? Qu'avait-il fait ?

Il se détourna et son regard tomba sur la courtepointe au centre de laquelle il y avait une petite tache de sang. Ce spectacle lui serra le coeur. Avec un juron, il flanqua un coup de poing dans le montant du lit.

Deedle arriva sur ces entrefaites, la mine réjouie.

— J'ai vu une dame très jolie passer dans le couloir, milord. Elle semblait pressée. Je pensais pas que vous auriez assez d'énergie pour la chose - si vous voyez ce que je veux dire - après la nuit que vous venez de passer !

— La ferme, Deedle, gronda Griffin en se laissant tomber sur le lit.

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Silence Hollingbrook fut réveillée par une petite main qui lui chatouillait les paupières.

Elle grommela et ouvrit les yeux, au grand ravissement de Mary Darling, la propriétaire de la petite main en question, enchantée de l'avoir tirée de son sommeil.

— Mamou !

Silence ne put s'empêcher de sourire à la toute petite fille qui partageait son lit.

— Combien de fois t'ai-je répété de ne pas toucher les yeux de Mamou, petite diablesse ?

Mary Darling gloussa joyeusement. À peine âgée de plus d'un an, elle ne comptait pour l'instant que trois mots à son vocabulaire : « Mamou », « Non » (qu'elle prononçait généralement avec emphase) et « Soo », pour le chat du même nom, qui ne partageait pas vraiment l'enthousiasme que Mary manifestait à son égard.

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