Livres
505 203
Membres
512 781

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode

Ajouter un extrait


Liste des extraits

- Sidonie ? murmura-t-il, craignant de la faire disparaître s'il parlait trop fort. Son cœur battait si violemment qu'il s'étonna que le bruit ne l'ait pas réveillée. S'il avait bu, il aurait douté de ce qu'il voyait ou aurait cru être devenu fou. Sidonie Forsythe n'était pas partie. Elle avait préféré s'allonger sur les deux chaises les plus inconfortables du hall. Elle remua quand elle entendit son nom, mais ne se réveilla pas. D'une main incertaine, il leva sa chandelle pour l'observer. La joue appuyée sur sa main, elle était lovée, tel un chat, sous un de ses vieux pardessus. Les cils épais qui ombraient ses joues pâles lui conféraient un air de parfaite innocence, et le désir qu'elle lui inspirait lui donna l'impression d'être un véritable satyre. Malédiction ! Il aurait dû lui laisser un message pour lui dire qu'elle était libre de partir. La nuit précédente, il lui avait adressé des milliers de mots en pensée. Et parce qu'il ne pouvait pas en dire assez, il avait préféré ne rien dire du tout. Il avait cru qu'elle comprendrait qu'il renonçait à exercer la moindre emprise sur elle. Pourquoi diable n'était-elle pas partie ? On le tenait généralement pour un homme courageux, mais il n'était pas certain d'être assez courageux pour renvoyer Sidonie alors qu'elle se trouvait à portée de main. Le redoutable Jonas Merrick n'était finalement qu'un lâche.

- Sidonie, répéta-t-il avec plus d'insistance.

Elle entrouvrit les yeux et posa sur lui un regard ensommeillé. L'espace d'un instant ébloui, il fut happé par l'infini obscur de ses yeux, et il fut si heureux de la revoir que le reste du monde aurait bien pu aller au diable.

Afficher en entier

« — Enlevez au moins votre veste.

Sidonie pinça les lèvres. Pourquoi percevait-elle encore la saveur de sa bouche après ces mets raffinés ? Allait-elle se souvenir de ces maudits baisers jusqu’à son dernier jour ?

— En guise de prélude, avant d’enlever tout le reste ?

— Si vous en ressentez le besoin urgent, ne vous gênez surtout pas pour moi, répondit-il, le regard luisant de malice. »

Afficher en entier

« — Mon Dieu, soupira-t-elle en levant vers lui un regard plus mordoré que brun.

Il sourit, mais il craignait que son sourire ne s’apparente davantage à la joie pure qu’à l’amusement cynique qu’il réservait habituellement au monde.

— Si j’avais su qu’un baiser pouvait faire cet effet…

— … vous auriez embrassé tous les hommes de votre entourage ?

D’une main tremblante, elle écarta les cheveux de son visage. Il la vit reprendre progressivement contact avec la réalité, se rendre compte avec un certain embarras qu’elle avait bel et bien succombé à son baiser.

— Tous ceux de moins de quarante ans, peut-être.

— Voulez-vous que nous recommencions ?

Elle lui décocha un regard désapprobateur.

— Je ne parviens plus à réfléchir quand vous m’embrassez.

— Tant mieux.

— J’ai besoin de réfléchir. »

Afficher en entier

« — Peste ! Vous êtes toujours excessivement vêtue.

Elle était libre de s’enfuir ; il ne la retenait plus. Mais elle eut beau ordonner à ses pieds de s’animer, ceux-ci refusèrent obstinément de lui obéir.

— Je ne trouve pas cela gênant le moins du monde.

— Encore un signe de votre innocence. Un jour, vous serez reconnaissante de mes enseignements.

— S’agirait-il d’un service public ? 

Elle aurait préféré ne pas apprécier autant le rire de Merrick. Chaque fois qu’elle entendait ce profond grondement musical, c’était comme si une brique se détachait du rempart qui la protégeait.

— Nous avons tous un devoir envers notre prochain.

— On vous remettra sans doute une médaille, dit-elle d’une voix faible quand ses mains encadrèrent son visage.

Elle retint son souffle et s’ordonna d’être forte, s’appliqua à redresser l’échine quand son épine dorsale manifestait une regrettable tendance à s’incurver vers lui.

— Un titre de chevalier, au moins ! renchérit-il.

— Pour services rendus à la gent féminine…

Elle avait voulu adopter un ton sarcastique, mais ses mots émergèrent dans un halètement. Les yeux gris de Merrick étincelèrent.

— Oh, j’ai la ferme intention de vous servir, bella.

Elle n’eut pas le temps d’imaginer une nouvelle protestation que ses lèvres se posaient déjà sur les siennes. »

Afficher en entier

- Vous avez mon accord, monsieur. Il me tarde de quitter cette demeure d’ici une semaine, ma fierté et ma vertu intactes.

- Et il me tarde de partager des nuits de plaisir inouï dans vos bras, ma chère mademoiselle Forsythe, répondit-il, son sourire s’élargissant tandis que les trompettes de la victoire retentissaient à ses oreilles. Que le meilleur gagne.

Elle le toisa d’un fulminant regard de dégoût.

- Que la meilleure gagne, monsieur Merrick.

Afficher en entier

- Avez-vous songé à un prénom ?

Elle regarda le bébé avec une tendresse infinie.

- Bien sûr. Pas vous ? Ajouta-t-elle en levant vers lui un regard étincelant d’humour. Richarda ? Camdenette ?

- Non, répondit-il, tout en sachant que le fait de compter Richard Harmsworth et Camden Rothermere parmi ses amis était un grand privilège.

Afficher en entier

- Vous êtes vraiment un bâtard.

- N’en doutez jamais.

Afficher en entier

Angleterre, côte sud du Devon, 1826

L’orage fendait les cieux le soir où Sidonie Forsythe filait droit vers sa perte.

Les chevaux hennirent quand la frêle voiture de louage tangua sur ses essieux avant de s’immobiliser.

Le vent soufflait si fort que le véhicule continua de se balancer même quand il fut à l’arrêt. Sidonie n’eut que quelques secondes pour reprendre son souffle avant que le cocher, enveloppé de son ciré luisant, n’émerge des ténèbres pour lui ouvrir la portière.

— Vous voici rendue au château Craven, mademoiselle, cria-t-il afin de se faire entendre par-dessus le crépitement de la pluie.

L’espace d’un instant, elle resta paralysée de terreur à l’idée de ce qui l’attendait à l’intérieur. Château Craven – le château de la lâcheté… Le nom du lieu semblait prédestiné.

— Je ne peux pas faire attendre mes canassons, mademoiselle. Il faut descendre.

Une petite voix lui souffla de supplier le cocher de la ramener en sécurité, à Sidmouth. Elle pouvait encore partir. Personne ne saurait qu’elle était venue là.

Mais qu’adviendrait-il de Roberta et de ses enfants ?

Le danger qui menaçait sa sœur finit par pousser Sidonie à l’action. Elle saisit sa valise et descendit de voiture. La rafale de vent qui l’accueillit la fit chanceler, et elle dut lutter pour garder l’équilibre sur les pavés glissants. Puis elle leva les yeux, haut, très haut, vers le sommet du sombre édifice qui se dressait devant elle.

Elle avait cru avoir froid dans la voiture mais, une fois dehors, le climat était polaire. Elle grimaça quand le vent pénétra sous sa cape de laine, aussi aisément qu’un couteau dans une motte de beurre. Comme pour confirmer qu’elle venait d’entrer au royaume des horreurs gothiques, un éclair déchira le ciel.

Un claquement de tonnerre retentit ensuite, faisant remuer nerveusement les chevaux dans leur harnais.

Malgré son envie bien compréhensible de retrouver le monde civilisé, le cocher s’attarda encore un instant.

— Êtes-vous bien certaine d’être attendue, mademoiselle ?

Le hurlement du vent n’empêcha pas Sidonie de percevoir l’appréhension dans sa voix. Une appréhension qui faisait écho à la sienne.

Elle se redressa autant qu’elle le put dans la bourrasque.

— Oui. Je vous remercie, monsieur Wallis.

— Je vous souhaite bonne chance, alors, répondit-il avant de se hisser sur son siège.

Il fouetta ses chevaux, qui se remirent en route d’un trot incertain. Sidonie souleva sa valise et gravit les marches du perron pour gagner l’impressionnante porte d’entrée, surmontée d’une arche pointue qui n’offrait qu’une protection dérisoire contre la pluie. L’éclat d’un nouvel éclair lui permit de localiser le heurtoir de métal en forme de tête de lion. Elle le souleva de sa main gantée et le laissa retomber.

Le choc s’entendit à peine dans le rugissement du vent. La température sembla baisser encore de plusieurs degrés pendant qu’elle se crispait sous la pluie battante. Que diable ferait-elle donc si la maison se révélait inhabitée ?

Quand la porte s’ouvrit en grinçant, révélant une vieille femme, Sidonie claquait des dents et tremblait comme si elle avait la fièvre. Un brusque coup de vent fit vaciller la flamme de la chandelle que tenait la domestique.

— Je suis… commença Sidonie d’une voix forte, pour avoir une chance d’être entendue.

Mais la femme lui avait déjà tourné le dos.

Désemparée, Sidonie s’élança à sa suite, pénétrant dans un hall immense peuplé d’ombres. Des tapisseries brunâtres pendaient le long de hauts murs de pierre, et l’âtre éteint d’une cheminée monumentale renforçait le caractère inhospitalier des lieux. Sidonie frissonna quand le froid des dalles de pierre transperça la semelle de ses bottines. Derrière elle, la porte se referma lourdement, scellant son destin. Saisie, Sidonie jeta un coup d’œil derrière elle et découvrit un autre domestique, un homme d’un âge avancé, occupé à faire tourner une très grande clé dans la serrure.

Au nom du Ciel, que m’a-t-il pris de venir dans cet endroit oublié de Dieu ?

Une fois la porte refermée, le silence qui régnait à l’intérieur lui parut encore plus lugubre que la tempête qui hurlait au-dehors. Le seul bruit perceptible était celui des gouttes d’eau qui s’écoulaient de sa cape trempée. La peur, sa fidèle compagne depuis que Roberta lui avait confié ses ennuis, pesait aussi lourd que du plomb au fond de son ventre. Quand elle avait accepté d’aider sa sœur, elle avait cru que le tourment, si affreux soit-il, aurait tôt fait de se dissiper. Mais à présent, dans cette sinistre forteresse, elle se sentait gagnée par l’effrayante prémonition qu’elle ne reverrait jamais le monde extérieur.

Tu te laisses emporter par ton imagination. Ressaisis-toi.

Cette pensée ne parvint pas à calmer le flot de panique qui tournoyait en elle. Un flot de bile remonta dans sa gorge tandis qu’elle suivait la vieille domestique mutique dans des couloirs qui n’en finissaient pas. Elle avait l’impression qu’un millier de fantômes malveillants rôdaient dans les coins. Raffermissant l’étreinte de ses doigts gourds sur la poignée de sa valise, elle se rappela le calvaire que devrait endurerRo berta si elle échouait.

Je peux le faire.

Mais le plan était risqué. Désormais seule et vulnérable, elle ne pouvait s’empêcher de penser que le stratagème conçu à Barstowe Hall relevait de la bêtise pure et simple. Ah, si seulement elle avait pu trouver un autre moyen de sauver sa sœur…

La vieille gouvernante trottinait toujours devant elle. Sidonie avait tellement froid qu’elle devait faire un effort pour forcer ses jambes à avancer. L’autre domestique n’avait pas proposé de se charger de sa valise, ni de la débarrasser de sa cape. Quand elle regarda de nouveau derrière elle, elle découvrit qu’il avait disparu aussi discrètement que s’il comptait parmi les fantômes du château.

Sidonie et sa compagne silencieuse approchaient à présent d’une porte presque aussi imposante que la porte d’entrée. Quand la femme tourna la poignée, le battant pivota aisément sur des gonds parfaitement huilés. Sidonie retint son souffle et pénétra dans un soudain flamboiement de lumière et de chaleur.

Tremblante, elle s’immobilisa à l’extrémité de la longue table rectangulaire, bordées de chaises en chêne massives et brunies par l’âge, qui occupait le centre de la salle. C’était une pièce conçue pour une joyeuse assemblée, mais quand elle fit lentement remonter son regard le long de la table, Sidonie se rendit compte qu’il n’y avait qu’une personne présente dans la pièce.

Jonas Merrick.

Un bâtard dont la naissance avait causé un scandale. Un homme riche comme Crésus. L’éminence grise de puissantes personnalités. Et un débauché qui, dès ce soir, ferait du corps de Sidonie ce que bon lui semblerait.

— La dame est arrivée, Maître.

L’homme nonchalamment avachi sur le fauteuil à l’allure de trône daigna lever la tête.

Sous son regard, Sidonie sentit son souffle se bloquer dans sa gorge. Ses doigts engourdis laissèrent échapper la poignée de sa valise, qui tomba par terre.

Elle s’empressa de baisser les yeux, dissimulant son trouble sous sa capuche.

Roberta l’avait prévenue. William, son beau-frère, avait été impitoyable dans le portrait au scalpel qu’il lui avait peint de la personnalité et de l’apparence de Merrick. Et, bien sûr, Sidonie connaissait comme tout un chacun la légende qui lui était attachée.

Mais rien n’aurait pu la préparer au spectacle de ce visage ravagé.

Elle se mordit la lèvre jusqu’à sentir le goût du sang et lutta contre l’envie de tourner les talons pour se sauver dans la nuit. Elle ne pouvait pas s’enfuir.

L’enjeu de son séjour ici était trop important. Roberta était la seule personne à l’avoir protégée quand elle était enfant. C’était désormais au tour de Sidoniede s auver sa sœur.

Elle leva un regard hésitant vers son hôte à la réputation sulfureuse. Merrick portait des bottes, des hauts-de-chausses et une chemise blanche au col déboutonné. Détachant les yeux de la naissance de son torse musclé, elle se força à regarder son visage.

Peut-être décèlerait-elle sur ses traits une faille dans sa détermination, une once de pitié qui le ferait renoncer à son ignominieux projet…

Elle l’examina plus attentivement. Une chevelure d’un noir d’encre, un peu plus longue que ne l’exigeait la mode, dont quelques mèches retombaient sur son front. Des pommettes saillantes. Un menton ferme qui dénotait la confiance en soi. Et des yeux profondément enfoncés qui la considéraient avec un air d’ennui qui l’effraya bien plus que n’aurait pu le faire le désir.

Non, espérer la moindre pitié de sa part était vain.

C’était Merrick qui avait eu l’idée de ce marché démoniaque, et il n’allait pas changer d’avis alors que sa récompense se trouvait à portée de main.

L’homme n’avait jamais été beau, pas même avant qu’un agresseur de son mystérieux passé ne s’avise de porter un coup de lame en travers de son visage. Une cicatrice aussi large que le pouce de Sidonie courait depuis son oreille jusqu’au coin de sa bouche. Une autre, plus fine, brisait l’arc d’un de ses arrogants sourcils noirs.

Une de ses longues mains blanches s’enroula gracieusement autour d’un lourd verre en cristal. À la lumière des chandelles, le rubis qui ornait sa chevalière étincela d’un feu malveillant.

— Vous êtes en retard, déclara-t-il d’une voix grave.

Sidonie s’était attendue à ressentir de la peur, certainement pas de la colère. Mais le parfait manque d’intérêt de cet homme pour sa victime éveilla en elle un sentiment d’indignation aussi puissant qu’une vague purificatrice.

— Le voyage a duré plus longtemps que prévu, répondit-elle, si furieuse que ses mains ne tremblaient plus quand elle rabattit sa capuche en arrière. À croire que le climat lui-même désapprouve votre odieux stratagème, monsieur Merrick.

Comme elle lui révélait ses traits, elle eut la triste satisfaction de voir l’ennui déserter son expression, remplacé par une curiosité stupéfaite. Il se redressa et la fusilla du regard.

— Qui diable êtes-vous donc ?

Afficher en entier

Quand Sidonie pénétra dans la salle à manger ce soir-là, Merrick se leva de son fauteuil en forme de trône situé en bout de table. En veste et cravate, il était assez élégant pour fréquenter un salon londonien, pour peu que l'on veuille bien ignorer les cicatrices de son visage. Il n'était guère surprenant qu'il envisage la vie comme une bataille. Il avait payé chèrement tout ce qu'il possédait - et pourtant, la plus grave de toutes les injures qu'il avait subies demeurait. On l'avait déclaré bâtard. Rien ne pouvait changer cela. Rien, excepté l'information que détenait Sidonie et qu'elle ne pouvait lui révéler sous peine de nuire à ceux qu'elle aimait.

Afficher en entier

« — Je n’en serais pas aussi sûr, à votre place, répondit-il d’un ton sec. C’est un bien vilain tour à jouer à son hôte que de se sauver sans même le prévenir.

— Nous n’avons rien à nous dire.

— Croyez-vous ? répliqua-t-il avant de se tourner vers Mme Bevan. Dites à Hobbs qu’il ne sera pas nécessaire d’atteler la berline.

— Monsieur Merrick… commença Mlle Forsythe d’un ton de mise en garde.

Il n’était pas question qu’ils continuent cette conversation quand les oreilles de sa gouvernante traînaient dans les parages.

— Vous préférerez sans doute poursuivre cette discussion dans la bibliothèque.

— Ce que je préfère, c’est quitter votre demeure et faire comme si ces heures lamentables n’avaient jamais eu lieu.

— Que de véhémence, dès l’aube, rétorqua-t-il d’un ton d’ennui feint. C’est légèrement fatigant.

— Seulement pour un homme de votre âge, rétorqua-t-elle.

Brava ancora. Elle devait être terriblement embarrassée de se retrouver en sa présence après ce qui s’était passé – et ce qui ne s’était pas passé – entre eux la veille. Elle avait pourtant encore le courage de se battre.

— Permettez-moi au moins de reposer mes vieux os dans un fauteuil pendant que vous me sermonnez.

Elle se contenta de le dévisager avec méfiance. »

Afficher en entier

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode