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Léo leva les yeux au ciel, puis tourna tranquillement les talons.

— Quand Merripen en aura terminé, commenta-t-il, il ne restera plus rien de Rutledge.

S'arrêtant près de Winnifred, il lui glissa:

— Tu ferais mieux de t'en mêler.

— Pourquoi ?

—Parce que si Cam voulait simplement remettre les idées de Rutledge en place, Merripen a l'intention de le tuer. Et je ne pense pas que Poppy apprécierait.

—Pourquoi ne te charges-tu pas toi-même de l'en dissuader? suggéra Amelia d'un ton acide.

— Parce que je suis noble, expliqua-t-il. Nous autres, aristocrates, essayons toujours de faire faire les choses par les autres. Noblesse oblige *, conclut-il d'un air supérieur.

Mlle Marks fronça les sourcils.

— Ce n'est pas du tout la définition de noblesse oblige*.

— Peut-être, mais c'est la mienne, répliqua Léo, qui semblait ravi de la moucher.

Winnifred se dirigea vers son mari.

— Kev, dit-elle calmement, j'aimerais t'entretenir de quelque chose.

Merripen se tourna vers elle, interloqué.

— Maintenant ?

— Oui, maintenant.

— Ça ne peut pas attendre ?

— Non, assura-t-elle, puis, comme il semblait hésiter encore, elle lâcha : Je suis enceinte.

Merripen cligna des yeux.

— Pardon ?

— Je suis enceinte, répéta Winnifred. J'attends un bébé. Merripen pâlit brutalement.

— Mais comment... murmura-t-il d'une voix blanche.

— Comment ? répéta Léo, amusé. Merripen, aurais-tu oublié notre petite conversation avant ta nuit de noces ?

Tandis que son beau-frère lui adressait un regard d'avertissement, Léo s'approcha de Winnifred, et lui chuchota à l'oreille :

— Bien joué. Mais comment comptes-tu t'en sortir quand il découvrira que c'était une ruse ?

— Ce n'est pas une ruse, répondit-elle d'un ton joyeux.

Le sourire de Léo s'évanouit, et il se frappa le front avec sa main.

— Nom d'un chien ! s'exclama-t-il. Où est mon brandy?

Et il fonça dans la maison.

— Je pense qu'il voulait dire « félicitations », expliqua Beatrix, avec un grand sourire, avant de suivre les autres, qui retournaient également à l'intérieur.

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— Au fait, où est Marks ? Tu n'as pas parlé d'elle.

— Elle va bien, mais... euh, elle a un petit problème, ce matin, qui lui mine le moral. Ce qui n'a rien d'étonnant vu la nature du problème en question. Léo, je compte sur toi pour ne pas la taquiner.

— Oh, je t'en prie ! Comme si les problèmes de Marks pouvaient m'intéresser.

Il fit une pause, puis :

— Que lui est-il arrivé, au juste ?

Winnifred fronça les sourcils.

— J'aurais préféré ne pas en parler, mais comme c'est visible à l'oeil nu... En fait, Mlle Marks se teint les cheveux - ce que j'ignorais -, mais ce matin...

— Elle se teint les cheveux ? répéta Poppy, éberluée. Mais pourquoi ? Elle n'est pas vieille !

— Aucune idée. Certaines femmes ont la malchance d'avoir les cheveux qui blanchissent avant trente ans. C'est peut-être son cas.

— La pauvre, murmura Poppy. Je comprends qu'elle ait gardé le secret.

— Oui, la pauvre, répéta Léo, qui ne paraissait pas le moins du monde apitoyé. Mais raconte-nous donc ce qui s'est passé, Winnifred.

— Nous pensons que l'apothicaire londonien qui lui prépare habituellement sa teinture s'est trompé dans les proportions. Toujours est-il qu'en appliquant la mixture, ce matin, elle a eu une très mauvaise surprise.

— Ses cheveux sont tombés ? s'enquit Léo. Elle est chauve ?

— Non, pas du tout. C'est juste que ses cheveux ont pris une coloration... verte.

Léo arborait l'expression d'un enfant découvrant ses cadeaux au pied du sapin, le matin de Noël.

— Quelle nuance de vert?

— Léo ! le gourmanda Winnifred. Je t'ai demandé de ne pas te moquer d'elle. Nous avons essayé un onguent au peroxyde pour faire partir le vert, mais je ne sais pas si ça a marché. Quand je les ai quittées, Amelia l'aidait à se rincer les cheveux. Quel que soit le résultat, je compte sur toi pour ne pas faire de commentaires.

— Comment ! Ce soir, Marks s'assiéra à la table du dîner avec les cheveux couleur asperge, et je suis censé ne pas faire la moindre remarque ? Je ne suis pas sûr d'avoir la force de caractère suffisante.

— S'il te plaît, Léo, murmura Poppy en lui prenant le bras. S'il s'agissait d'une de nous, tu ne te moquerais as.

— Crois-tu que Marks aurait pitié de moi s'il m'arrivait la même chose? répliqua Léo, puis, voyant l'expression de ses soeurs, il leva les yeux au ciel. Bon, d'accord, je ferai un effort. Mais je ne promets rien.

Sur ce, il se dirigea vers la maison d'un pas nonchalant qui ne trompa pas ses soeurs.

— À ton avis, combien de temps lui faudra-t-il pour la trouver? demanda Poppy à Winnifred.

— Deux minutes, peut-être trois, répondit celle-ci. Et les deux jeunes femmes soupirèrent.

Il fallut très précisément deux minutes quarante-sept secondes à Léo pour localiser sa cible dans le verger derrière le manoir. Marks était assise sur un muret de pierres plates, les coudes posés sur les genoux. Elle avait sur la tête une grande serviette nouée en turban, qui dissimulait entièrement sa chevelure.

À voir sa silhouette légèrement voûtée, n'importe qui aurait été saisi de pitié. Mais pas Léo. Depuis qu'il connaissait Catherine Marks, elle n'avait jamais raté une occasion de le dénigrer, et il entendait bien lui rendre la pareille. Du reste, les rares fois où il lui avait dit quelque chose d'aimable - uniquement pour la tester, bien sûr -, elle avait délibérément mal interprété ses propos.

Il n'avait jamais compris pourquoi leur relation avait d'emblée mal commencé, ni pourquoi Mlle Marks semblait si déterminée à le détester. Et, plus déconcertant, pourquoi cela l'ennuyait. Cette femme secrète, guindée, à la langue trop bien pendue, méritait d'avoir les cheveux verts. Et qu'on la raille pour cela.

L'heure de la revanche avait sonné.

Comme il s'approchait tranquillement, Marks releva la tête. Le soleil se réverbéra sur les verres de ses lunettes.

— Oh, fit-elle d'un ton aigre. Vous êtes revenu.

À l'entendre, on aurait cru qu'elle venait de découvrir que l'allée était infestée de vermine.

— Bonjour, Marks, la salua Léo d'une voix enjouée. Hmm... Vous semblez différente. À quoi est-ce dû?

Elle le fusilla du regard.

— C'est une nouvelle mode, ce linge enroulé autour de votre tête ? s'enquit-il, avec ce qui ressemblait à un intérêt poli.

Marks demeura silencieuse. Léo savourait chaque seconde. Elle savait qu'il savait: elle avait rougi, preuve qu'elle était mortifiée.

— J'ai amené Poppy avec moi, reprit-il.

La jeune femme lui jeta un regard aigu.

— M. Rutledge était aussi du voyage ?

— Non. Mais je pense qu'il ne doit pas être loin derrière. Mlle Marks se leva et lissa les plis de sa robe.

— Il faut que je voie Poppy...

— Vous aurez tout le temps pour cela, assura Léo, lui barrant le passage. Mais avant que nous ne retournions à la maison, ne pourrions-nous pas échanger quelques nouvelles? Comment allez-vous, Marks? J'espère qu'il ne vous est rien arrivé de fâcheux récemment.

— On dirait un gamin de dix ans, rétorqua-t-elle avec véhémence. Toujours prêt à ricaner des mésaventures d'autrui. Vous êtes immature, méchant...

— Je suis sûr que ce n'est pas si terrible que cela, coupa Léo, suave. Laissez-moi regarder. Je vous dirai i...

— Écartez-vous ! aboya-t-elle.

Elle voulut le contourner, mais il n'eut aucune peine à lui bloquer de nouveau le passage. Un rire étouffé lui échappa comme elle essayait de le repousser.

— Allons, Marks ! Votre turban est de travers, laissez-moi vous aider à...

— Ne me touchez pas !

Une lutte s'engagea entre eux. Mais l'un des combattants ne faisait que s'amuser, alors que l'autre paniquait.

— Juste un coup d'oeil, la supplia Léo, qui avait réussi à dénouer le turban. Et après, je jure de vous...

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— Tu as promis de rester au moins jusqu'à la fin de la première danse, lui rappela Poppy.

Il soupira.

— C'est bien parce que c'est toi. Je déteste ce genre de soirée.

— Moi aussi, renchérit Mlle Marks, qui inspectait le hall du regard comme s'ils se trouvaient en territoire ennemi.

— Bonté divine ! Encore un point commun entre nous ! s'exclama Léo avec un sourire moqueur. Cela ne peut pas durer, Marks. Mon estomac ne le supporterait pas.

— N'employez pas de tels mots, rétorqua Catherine.

— Estomac ? Pourquoi ?

— Il est très indélicat de faire référence à votre anatomie, expliqua-t-elle d'un ton dédaigneux. En outre, cela n'intéresse personne.

— Vous croyez? Et bien, figurez-vous, Marks, que beaucoup de femmes, au contraire, s'intéressent à mon...

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— Patientez encore quelques minutes, le pressa Poppy. Ma soeur possède un don avec les animaux. Je suis sûre qu'elle parviendra à le capturer sans le blesser.

— Elle a une expérience des primates ? répliqua Harry, sardonique.

Poppy fit mine de réfléchir.

— Nous sommes à Londres depuis le début de la saison mondaine. Est-ce que ça peut compter, comme expérience ?

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— Je ne veux plus jamais être séparé de toi, dit-il en s'allongeant sur elle. J'achèterai une île rien que pour nous deux. Nous serons ravitaillés par bateau une fois par mois. Nous vivrons nus, nous mangerons des fruits exotiques et nous ferons l'amour sur la plage...

— Tel que je te connais, tu ne tarderas pas à monter un négoce d'exportation des produits locaux, lui rétorqua Poppy.

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— Je suis heureuse que ma famille ait l'occasion de te connaître, reprit-elle. Ils commencent à t'apprécier. Tu es charmant, pas le moins du monde condescendant, et tu ne fais pas un scandale quand tu trouves un hérisson sur un fauteuil.

— Je me garderai bien de disputer un siège à Médusa, dit-il.

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— Tout ce qui me rappelle notre enfance et notre petit cottage de Primrose Place me rend heureuse, murmura Poppy, l'air ailleurs. Ces tartelettes, par exemple. Tu te souviens des rideaux à fleurs ? Et des lectures des fables d'Ésope ?

— Oui. Je me souviens aussi du parfum des roses du jardin. Et du jour où Léo a attrapé des lucioles dans un pot et que nous avons tenté de nous en servir pour éclairer la table du dîner.

Poppy sourit.

— Je n'arrivais jamais à retrouver les moules à gâteaux parce que Beatrix s'en servait pour y loger ses animaux.

Amelia s'esclaffa.

— Et tu te souviens de cette poule qui avait tellement eu peur du chien des voisins qu'elle avait perdu toutes ses plumes ? Beatrix avait demandé à maman de lui tricoter un chandail.

Poppy but une gorgée de thé.

— J'étais mortifiée. Tous les villageois étaient venus voir cette poule qui picorait dans la cour en chandail.

— Pour autant que je sache, Léo n'a plus jamais mangé de volaille après cette histoire. Il disait qu'il ne se voyait pas avaler quelque chose susceptible de porter des vêtements.

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Mme Pennywhistle baissa la voix, afin de ne pas être entendue des filles de cuisine qui lavaient la vaisselle dans la pièce d'à côté.

— Il y a quelques doutes quant au fait qu'ils aient eu des relations conjugales à ce jour.

— Mais enfin... ! se récria Jake, outré qu'on puisse violer l'intimité de son employeur.

— Goûtez ça, mon ami*, coupa M. Broussard en lui tendant un gâteau à la pomme.

Jake s'assit avec les autres autour de la table, et s'empara d'une cuillère.

— Qu'est-ce qui vous fait croire que le patron n'a pas encore, euh... brouté le cresson? demanda le chef cuisinier à Mme Pennywhistle.

— Brouté le cresson ? répéta Jake, médusé.

— C'est une métaphore, expliqua M. Broussard d'un air supérieur. Et moins vulgaire que celles que vous utilisez, vous autres Anglais.

— Je n'utilise jamais de métaphore, marmonna Jake.

— Pas étonnant. Vous n'avez aucune imagination, rétorqua M. Broussard, et, reportant son attention sur la gouvernante: Pourquoi y a-t-il un doute concernant les relations conjugales entre M. et Mme Rutledge ?

— Les draps, expliqua succinctement Mme Pennywhistle.

Jake faillit s'étrangler avec son gâteau.

— Vous avez demandé aux femmes de chambre d'espionner les patrons ?

— Pas du tout, répliqua la gouvernante, sur la défensive. C'est juste que nos femmes de chambre sont vigilantes, et qu'elles me rapportent tout. Et quand bien même, il n'y a pas besoin d'être grand observateur pour constater qu'ils ne se comportent pas comme un couple marié.

M. Broussard afficha une mine soucieuse.

— Vous croyez qu'il aurait un problème avec sa carotte ?

— Cresson, carotte... Vous ne pensez donc qu'en termes de nourriture ? s'écria Jake.

Le chef haussa les épaules.

— Oui*.

— Quoi qu'il en soit, je connais un paquet d'anciennes maîtresses de Rutledge qui pourraient vous certifier qu'il n'a aucun problème avec sa carotte, lâcha Jake d'un ton irrité.

— Alors, c'est incompréhensible. Elle est belle. Il est viril. Pourquoi ne font-ils pas de salade ensemble ?

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— Je comprends, assura Winnifred en posant la main sur celle de sa soeur. Poppy, Amelia a-t-elle déjà eu... euh, une certaine conversation avec toi?

— Tu veux dire, à propos de ce qui m'attend pour ma nuit de noces ?

— Oui.

— Elle comptait m'en parler ce soir. Mais rien ne t'interdit de le faire de ton côté. De toute façon, grâce à Beatrix, je connais déjà les rites nuptiaux de plus d'une vingtaine d'espèces animales différentes.

— Bonté divine! s'exclama Winnifred, amusée. C'est peut-être toi qui vas m'apprendre des choses, dans ce cas !

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— Mangez au moins un peu de salade, conseilla Mlle Marks à Poppy. Histoire de sauvegarder les apparences. Et, de grâce, souriez.

— Comme cela ? fit Poppy, qui retroussa les commissures des lèvres.

Beatrix fit la moue.

— Ce n'est pas très joli. On dirait un saumon.

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