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Extrait de Les Kittymeans, HS : La Première Rousse ajouté par caizy 2017-02-27T18:43:32+01:00

Pourtant ce qui retint l'attention du Capitaine, ce fut la tête de ses propres troupes. Ses hommes avaient les traits étrangement tordus, dessinant une grimace peu commune sur leurs visages crispés.

Sven fronça les sourcils.

- Je peux savoir ce qui vous arrive ? leur demanda-t-il. Vous me faites tous une attaque là ou quoi ?

- C'es Mam'zelle Laura, lui apprit Henry, la bouche tordue. Elle nous a dit que la moindre des choses lorsqu'on s'apprêtait à tuer quelqu'un, c'était de lui sourire. Parait que c'est beaucoup plus rassurant pour le pauvre bougre qu'on abat...

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Cette nuit-là, Sven vécu la nuit la plus longue de toute son humble vie. Et pas seulement parce qu’en toute honnêteté, il était bien trop excité pour fermer l’œil.

Il eut droit à tout : coups de pieds, pousseries, bras balancés dans le visage pour cause de réflexes innocents (←quoi qu’il eut quand même quelques doutes à certains moments…), cauchemar avec somnambulisme offensif, quand ça n’était pas des effleurements furtifs incroyablement érotiques ou son souffle sur sa peau…

Le pauvre garçon eut tour à tour envie de l’étrangler, puis de l’attraper pour la toucher de partout, avant de vouloir de nouveau lui péter la tête contre le mur.

Une chose était sure, elle avait une sacrée chance qu’il n’ait jamais cautionné le viol. C’était certainement sa seule qualité en ce bas monde et comme l’avait prédit son propre père, alcoolo et mérite, c’était aussi elle qui était entrain de lui faire vivre un véritable enfer.

« Cherche pas à être quelqu’un de bien, Sven. Non seulement, c’est chiant d’essayer mais en plus ça fait mal », lui avait-il dit après une énième tentative ratée de sevrage.

Oh que oui, ça faisait un mal de chien, et à plus d’un endroit de son anatomie !

Il se rendit très vite à l’évidence : son seul espoir de garder un esprit encore sain résidait dans la fuite.

Malheureusement, au vu de l’épreuve de force qui était en jeu, pour avoir donné sa parole et pour être l’objet du pari de ses troupes sur « qui des deux gagnera le lit du Capitaine », il était trois fois obligé de rester là.

Hors de question de perdre face à elle !

Honnêtement, à cet instant, Sven pensait réellement que les choses ne pouvaient être pires. Et pourtant, alors qu’il avait presque réussi à se convaincre qu’il était en mesure de faire avec et de s’obliger à dormir, un bruit cauchemardesque s’éleva soudain à côté de lui.

Parce qu’elle ronflait en plus !

Et la mascarade se rejoua tous les soirs, tous les soirs, tous les soirs… Bien assez pour affecter sérieusement le sommeil (devenu quasi inexistant) du jeune homme.

Et fatalement, son humeur.

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— Même s’ils ne vous ont pas vu, gronda-t-il franchement contrarié, ils vont vous imaginer nue maintenant !

Elle lui lança un regard condescendant.

— Oh, alors c’était ça le problème ?

— Et ça vous amuse ?! vociféra-t-il.

— Bien sûr ! Ah Cap’taine, vous êtes vraiment trop mignon de penser qu’ils ne le faisaient pas déjà avant !

Bien décidé à avoir le dernier mot, Sven abattit un poing rageur sur son bureau.

— Et puis de toute façon, je refuse que mes hommes sentent la rose ! Nous sommes un navire pirate, pour l’amour du ciel ! Pas des fleuristes ! Comment voulez-vous qu’ils restent intimidants s’ils sentent l’huile de rose ?

— Un homme qui pue est une incitation au suicide, répondit-elle le plus sérieusement du monde. Ça n’a rien à voir avec de l’intimidation. Ça ne sert à rien de menacer quelqu’un qui se tient déjà en apnée en vous suppliant d’appuyer sur la détente pour abréger ses souffrances ! Et puis franchement, c’est quoi cette obsession pour la rose ?

— Je ne tiens pas à ce que mes hommes sentent bon ! s’entêta-t-il.

— Eh bien, moi oui ! Et si c’était à refaire, je ne changerais rien !

Ce fut à cet instant que Sven se sentit perdre pied. A cette seconde, il comprit qu’elle était sincère.

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— Mais c'est le propre de l'amour, mon chou ! Se découvrir complètement dépendant d'une personne qui peut vous échapper à tout moment... C'est excitant, non?

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Ce fut donc avec un sérieux appliqué que Sven évoqua la possibilité de laisser la jeune femme passer la nuit aux côtés des autres matelots. Dormir au plein cœur d’un troupeau d’hommes, déjà les uns sur les autres, dans un lieu inconnu, une hygiène toute masculine et sans aucune intimité… Voilà qui lui ferait les pieds !

En tout cas, en théorie.

Car avant que la jeune femme n’ait vraiment eu le temps de s’en faire et après un silence assourdissant ponctué de regards choqués et désapprobateurs en direction de leur Capitaine (faits complètement inédits pour ce dernier), ses hommes s’empressèrent de se tourner vers elle.

— Tout se passera bien, vous verrez…

— On fera un peu de rangement avant votre arrivée.

— Je vous passerais mon hamac, c’est le plus confortable et le plus propre.

— Je vous donne mon oreiller, c’est le plus moelleux !

— J’étoufferais les ronfleurs.

— Le premier qui pète sera tabassé par les autres.

— Si je prends les draps de l’infirmerie, réfléchit Doc, je suppose qu’il serait possible de faire des rideaux suffisamment opaques pour assurer votre intimité.

En moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire, les gars lui avaient déjà mentalement aménagé un petit nid douillet dans leurs quartiers (← détruisant par là même toute notion d’horreur dans le plan de Sven).

Au final, changeant de tactique (et surtout sur un coup de colère), Sven abattit violemment son poing sur la table, captant par la même toute l’attention de l’assistance.

— Ça suffit ! gronda-t-il. Elle dormira dans ma cabine, un point c’est tout !

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tout cela avait commencé dès la présentation de la demoiselle à l’équipage.

Loin de se laisser impressionner par la bande de loustics à l’allure peu fréquentable qui s’était réuni sur le pont pour écouter leur Capitaine, la jeune femme leur avait servi son plus beau sourire, creusant une adorable fossette dans sa joue.

— Enchantée, messieurs ! Je suis Laura. Il n’y a pas de raison pour que nous ne nous entendions pas alors passons une excellente traversée tous ensemble ! Je me place sous votre entière protection durant ce voyage…

Et voilà… A peine quatre petites phrases accompagnées d’un soupçon habile de flatteries et après un bref instant de silence assourdissant, les hommes qu’il avait personnellement recruté pour leurs allures de gros durs et leurs comportements parfois franchement psychopathes s’étaient transformés en de véritables lopettes pompées aux phéromones.

La dévorant tous du regard et jouant à qui mieux-mieux de leur pseudo-virilité, ils l’avaient immédiatement entouré, se battant littéralement entre eux pour savoir lequel aurait l’insigne honneur de lui faire visiter le navire (← Qu’elle avait en fait déjà visité toute seule, information qu’elle se garda bien évidemment de leur révéler).

Finalement, refusant habilement de scinder le groupe de ses nouveaux soupirants, la jeune femme avait dégainé une énième fois son adorable sourire.

— Enfin voyons, allons-y tous ensemble ! Comme ça, vous aurez tout le temps de me dire vos noms sur le chemin et nous pourrons ainsi apprendre à mieux nous connaitre...

— Quelle merveilleuse idée, Mam’zelle Laura !

Et c’est ainsi qu’elle avait disparu dans les dédalles du navire avec ses admirateurs, laissant le Capitaine et son Second sur le pont.

Figés presque malgré eux, les deux hommes étaient restés immobiles un long moment, comme pétrifiés.

— J’ai comme un mauvais pressentiment, tout à coup, avait marmonné Sven.

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Comme Sven s'y attendait, les retrouvailles entre Laura et l'équipage de l'Oasys furent dégoulinantes d'amour. Entourant d'autorité la jeune femme, exsudant une aura de bonheur presque ridicule, tous semblaient heureux de son retour comme s'il s'agissait de celui du Messie en personne. Et le pire était que Laura elle-même semblait incroyablement émue de les revoir.

- Mais c'est que vous êtes belle comme un ange, Mam'zelle Laura !

- On a pensé à vous tous les jours...

- On a même continué de prendre des bains !

- On a souri à chaque fois qu'on a tué quelqu'un !

- Quand vous êtes pas là, le Capitaine fout encore plus les jetons...

- Par pitié, souffla Pims les larmes aux yeux, ne nous quittez plus jamais ! La vie est beaucoup trop plate sans vous !

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Au diable les règles de bienséances, personne ne la toucherait ! Il allait se charger de sa petite rouquine lui-même !

La soulevant entre ses bras, Sven l’emmena dans l’un des salons privés. Alors qu’ils voyaient un géant débarquer avec une femme "sans vie" dans les bras, les personnes qui s’y trouvaient ne se le firent pas dire deux fois lorsqu’il les invita à déguerpir.

Comme la dernière femme passait la porte et la refermait derrière elle, Sven tourna la tête vers Laura.

— Il n’y a plus personne. Tu peux arrêter ta comédie.

Ouvrant les yeux, Laura lui lança un coup d’œil suspicieux entre ses cils.

— Cap’taine…C’est moi ou vous en avez profité pour me peloter ?

Sven lui décocha un regard suave.

— Noooon… Et puis même si c’était vrai, il me semble que coté intimité, on a déjà fait bien pire, rétorqua-t-il avec un sourire sarcastique.

Laura détourna le regard. Tentatives de viol, avait-il dit…

— Je suppose, en effet…

Comme elle essayait de descendre, Sven raffermit sa prise, la collant un peu plus contre lui et logeant d’autorité son sein droit au creux de sa paume.

— Je peux savoir ce que vous faites, Cap’taine ?

— Je croyais qu’on s’était mis d’accord pour dire que le pelotage était autorisé...

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Spoiler(cliquez pour révéler)A bord du Cassidy, Laura devinait que l’Oasys ne tarderait pas à ouvrir le feu sur le bâtiment. Aussi se résolue-t-elle à finir rapidement ce qu’elle était venue y faire.

Avoir passée ces derniers jours à déprimer ne l’aidait pas à réfléchir mais elle savait que très bientôt tout serait terminé. Oui, plus de tristesse, plus de doutes, plus de chagrin d’amour… tous couleraient avec ce navire. Peut-être ne saurait-elle pas tenir toutes les promesses qu’elle avait faites à Justin mais la vie était telle que les bonnes intentions n’étaient parfois pas suffisantes.

Sa cible entrait dans sa cabine lorsque Laura le vit capter du regard la plume noire déposée en évidence sur son bureau. De sa cachette, la jeune femme le vit s’approcher et prendre sa célèbre carte de visite entre ses doigts.

 

— Le Black Cat, l’entendit-elle murmurer.

— Bienvenue à vous, Monsieur Badster.

 

Surpris, l’homme se retourna vers l’origine de cette voix aux accents glaciaux. Il eut tout juste le temps de discerner sa silhouette fantomatique avant de se recevoir un trio de poignards dans chaque cuisse. Dans un cri de douleur, il s’effondra à genoux.

 

— Mais enfin qui êtes-vous ? finit-il par agoniser.

 

Laura s’approcha d’un rayon de lumière avant d’ôter sa capuche et de planter un regard froid dans lesien.

 

— Mais vous l’avez dit vous-même, je suis le Black Cat.

 

L’homme la dévisagea un instant, surement surpris de découvrir qu’une femme se tenait derrière ce pseudonyme. Mais retrouvant ses esprits plus vites que la moyenne (douleur oblige), Armon Badster la fusilla du regard.

 

— Et que me veut le Black Cat ?

— Le Duc de Winter… cela vous dit-il quelque chose ?

 

Dans les yeux de l’homme, une lueur de compréhension s’alluma assez vite. En dépit de la douleur, il baissa la tête et laissa échapper un rire sarcastique.

 

— Tiens donc… Pourquoi ne suis-je pas si surpris… Fillette, vous ne seriez pas sa fille par hasard ?

— Oui, je suis sa fille. Et vous, vous êtes l’homme qui les avez faits tué, ma mère et lui.

 

Pour s’être imaginée cet instant une bonne centaine de fois, la jeune femme s’était préparée à ce qu’il nie les faits. Et pourtant, ce fut sans honte aucune qu’il lança :

 

— En effet. L’ordre venait bien de moi.

Il y eut un silence. Puis, relevant la tête, il demanda :

 

— Voudriez-vous savoir pourquoi ? Oui, forcément. Vous voulez savoir ce qui m’a conduit à le faire tuer… Eh bien, c’…

— Je vous arrête tout de suite, l’interrompit-elle froidement. Je ne suis pas venue sur ce navire pour entendre vos pseudos raisons. Je n’ai pas besoin de les connaitre pour savoir qu’elles ne valent pas ce que j’ai perdu. Je suis la fille de ces deux personnes, de deux êtres humains dont vous avez hautainement méprisé la vie. Je les connais donc mille fois mieux que vous et je n’ai aucun besoin de vos lumières sur leur passé. Pour tout vous dire, je ne suis même pas venue pour vous extorquer des excuses.

— Alors quoi ? Que voulez-vous ?

— Le vengeur du sang, cela vous dit-il quelque chose ? demanda-t-elle d’une voix calme. Si vous voulez savoir, c’est dans la Bible. Vous voyez, il y a fort longtemps, lorsque quelqu’un se faisait tuer, la loi hébraïque autorisait son parent le plus proche à retrouver son assassin et à le tuer. C’était une sorte de tribu après le versement d’un sang innocent.

 

Méthodique, Laura tira de son manteau un couteau complètement différent de ses lames habituelles, et entreprit de le nettoyer avec un tissu.

 

— En temps normal, le vengeur du sang est censé être un homme mais mes parents n’ont eu qu’une fille, poursuivit-elle sur le ton de la conversation tout en continuant son ouvrage. Je me dévoue donc à la tâche. Et si je suis ici, c’est justement pour accomplir mon devoir et les venger.

 

S’interrompant un instant, elle contempla l’arme blanche.

 

— Ce couteau appartenait à mon père, murmura-t-elle. Je le trouve donc amplement de circonstances…

 

Face à elle et totalement silencieux, Armon vit la lumière se refléter dangereusement dans la lame.

Ce couteau était luxueux, et surement faisait-il à l’origine plus office de pièce de musée que d’arme. Mais la jeune femme l’avait entretenu pendant toutes ces années.

Oui, pendant douze ans… et rien que pour cet instant.

Sa lame était si affutée qu’elle faisait d’office de lui un engin mortel, capable de couper tout ce qui se retrouverait sur son chemin. Rien qu’en tombant par inadvertance, il pouvait facilement venir à bout d’une chaussure et d’un orteil.

Oui, n’importe qui aurait eu la jugeote de fait preuve d’un minimum de prudence dans sa manipulation.

Et pourtant, lorsqu’elle s’approcha tranquillement de lui, une main dans la poche de son manteau, ce fut avec une agilité surprenante qu’il vit Laura faire tourner distraitement le couteau entre ses doigts.

Plus de doutes possibles, il avait affaire à une professionnelle…

Incroyable, cette petite était réellement le Black Cat !

Se remettant de sa surprise, Armon se força à se concentrer. Il avait profité d’un court instant d’inattention de Laura pour tirer une lame de sa cuisse et la cacher dans sa main.

Le tout était qu’elle s’approche et qu’il attende le bon moment…

Mais alors qu’il s’apprêtait à attaquer, Laura le précéda. Retirant d’un mouvement fluide la main qu’elle avait conservé dans sa poche, elle lui lança la lame qu’elle avait dans les doigts. D’une précision redoutable, l’arme blanche s’enfonça d’autorité dans la paume de Badster, l’obligeant à lâcher prise.

Il poussait un énième hurlement de douleur, le membre transpercé, lorsque la jeune femme s’accroupie devant lui et lui tira la tête en arrière, apposant la lame aiguisée du couteau de son père sur son cou.

 

— D’ici moins de cinq minutes, ce navire va sombrer au fond de l’océan, lui murmura-t-elle les yeux dans les yeux. J’aurais pu vous laisser mourir dans ce naufrage mais je me suis rendue compte que cette méthode ne me correspondait pas vraiment. Il y a plus de dix ans, vous avez fait assassiner mes parents sous mes yeux. Je devais donc vous voir mourir de mes yeux. Quitte à y laisser ma vie… Alors, monsieur Armon Badster, je vous conseille de vous préparer parce que je vais vous tuer de mes mains.

 

Alors que l’homme déglutissait difficilement, Laura eut un sourire macabre, ses yeux bleus habités d’une triste résolution.

 

— Et ensuite, votre cadavre et celui du Black Cat sombreront avec le Cassidy.

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PROLOGUE

Le Chat Doré était bondé.

D’ordinaire déjà, la taverne emblématique du port affichait complet mais ce soir-là la pluie qui s’acharnait sur la ville depuis plusieurs heures avait rabattu de nombreux piétons à l’intérieur. Sa lourde porte de chêne n’avait cessé de s’entrouvrir au rythme des passants en quête désespérée d’un abri, si bien qu’en cette fin de soirée ce fut finalement une foule hétéroclite d’habitués, de marins et de simples voyageurs qui se retrouva à s’agiter entre ses murs. L’ambiance oscillait gentiment entre franche camaraderies, chahut, chants et jeux d’argent.

L’animation était telle que personne ne remarqua la silhouette encapuchonnée silencieusement reléguée dans un coin sombre. Et pourtant son immobilité avait de quoi détonner avec cette atmosphère mouvementée.

Attablée seule, sa large capuche cachant ses traits et le dessin de son visage, elle ressemblait à une statue fantomatique. Sa longue cape noire dissimulait les courbes de son corps, rendant indistincts son sexe et les mouvements de sa respiration régulière.

Impossible de remarquer les lames cachées au niveau de son buste, de sa cuisse et de ses bottes sombres. Impossible de discerner les doigts gantés de cuir qui étaient enroulés autour d’un pistolet chargé. Et impossible de capter le regard perçant qui se concentrait avec une intensité déconcertante sur l’un des hommes accoudés au bar.

L’inconnue n’avait encore rien commandé. Elle n’avait même adressé la parole à personne. Aucun ne se souvenait du moment de son entrée, tout comme aucun ne savait depuis quand elle se trouvait attablée à cet endroit stratégique, à l’écart et pourtant aux premières loges de tout ce qui se passait dans la salle. L’origine de l’excellente bouteille de rhum qui se trouvait devant elle était un autre mystère. Personne n’aurait su dire comment elle avait réussi à se la procurer.

En fait, en cet instant, elle était là sans être là, véritable fantôme au milieu et oublié des vivants.

Le pianiste entamait une nouvelle mélodie sur son piano mal accordé lorsque la porte d’entrée s’ouvrit brutalement. Habitée d’une puissance phénoménale au vu de son poids, elle alla claquer d’un mouvement leste contre le mur de pierres, faisant au passage sursauter le musicien. Perturbé, ses doigts se crispèrent sur une énième fausse note. Aussi choquée que lui, la salle fut plongée dans un silence soudain, son brouhaha ambiant se taisant d’autorité.

Durant quelques secondes improbables, le temps sembla se suspendre dans l’établissement. Tous les regards s’étaient tournés vers l’entrée, tous à l’exception d’une paire d’yeux affutés dissimulée sous une mystérieuse capuche. Résistant à la tendance populaire, cette dernière resta obstinément braquée sur le bar, le temps de s’assurer que sa cible ne profitait pas de cette diversion pour s’enfuir. Puis, rassurée, elle se décida à suivre l’attention de la foule avec un temps de retard.

A l’entrée, la scène se voulait irréelle. Troublé par cette nouvelle ouverture, l’air opaque et enfumé de la taverne donnait l’impression de tourbillonner avant d’être aspiré, comme englouti par ce puit d’air pur intempestif. Au dehors l’orage grondait, habitant les ténèbres nocturnes de sa présence menaçante et glaciale.

Et pourtant, l’explication du frisson qui parcouru l’assistance venait d’ailleurs.

Le danger lui-même était ailleurs.

A cet instant, la silhouette sentit les cheveux sur sa nuque se hérisser. Ce qui s’apprêtait à passer cette porte, ce trou noir nouvellement formé, avait une présence terrifiante. Elle ressentait la dangerosité de son aura avec une acuité incroyable.Bien sûr, elle aurait pu hurler de refermer l’entrée au plus vite, avant que des vies ne s’en trouvent perdues à jamais. A vrai dire, si les hommes présents dans la taverne avaient eu un tant soit peu de jugeote, ils se seraient déjà précipités pour clôturer la porte. Mais la clientèle du Chat Doré ne brillait malheureusement pas par son intelligence et il était de toute façon déjà trop tard.

Quoi qu’il arrive, ils allaient devoir faire face.

Bientôt, des ombres se profilèrent dans l’obscurité avant de se détacher dans la nuit. Une botte entra dans la lumière, puis une jambe, une cuisse musclée, et bientôt se fut un homme entier qui apparut sur le seuil. Puis un autre. Et encore un autre. Ils étaient grands, plus grands que tous les hommes déjà présents dans la taverne.

Et beaucoup, beaucoup plus redoutables.

Leurs musculatures étaient telles qu’un seul d’entre eux emplissait entièrement l’encadrement de la porte. Un détail qui les obligeait à entrer un par un et à courber l’échine pour ne pas se cogner contre le chambranle, même si en cas de choc, il était dur de savoir lequel des deux en auraient été amoché.

Oui, ces trois hommes étaient des monuments à eux tout seuls. Et pourtant, ils étaient loin d’égaler les deux spécimens qui fermaient la marche.

Le premier les dépassait d’une dizaine de centimètres. Il se trouvait moins musclé que ses prédécesseurs mais sa silhouette possédait une grâce athlétique qui leur manquait sérieusement. Là où ses compagnons utilisaient uniquement la force brute, lui combinait adroitement puissance, souplesse et flexibilité. Un trio encore invaincu si l’on en croyait l’incroyable assurance contenue dans chacun de ses gestes. Cet individu n’avait jamais connu la défaite, il suffisait d’observer la manière significative dont jouaient les muscles déliés de son torse et de ses cuisses, visibles par-delà son manteau ouvert et sa chemise fine trempés par la pluie, pour le comprendre.

Cet homme avait tout d’un prédateur hors pair, et lorsque la lumière de la taverne fit jouer des reflets dans ses boucles humides et ses yeux bruns, il devint clair pour tout le monde qu’il en était effectivement un. Un prédateur intelligent et redoutable, un loup dans toute sa splendeur : cruel en solitaire, plus fort au milieu des siens et incroyablement dangereux dans les deux cas.

Or il n’y avait qu’à voir la lueur farouche qui habitait son regard pour comprendre qu’il était justement là ce soir pour le bien de sa meute et qu’il ne reculerait définitivement devant rien pour réussir.

Cette pensée arracha une crispation de sourcils à la mystérieuse silhouette. Etait-il possible qu’ils soient venus au Chat Doré pour la même chose ? songea-t-elle alarmée.

Son mauvais pressentiment s’intensifiait encore lorsque le dernier visiteur entra enfin en scène.

Sans crier gare, alors qu’un éclair zébrait le ciel nocturne, le groupe des nouveaux arrivants se scinda en deux, laissant place à un énième compagnon qui quitta les ténèbres pour s’avancer à son tour dans la lumière. Son lourd manteau détrempé claquait sur ses cuisses puissantes au rythme de ses pas assurés.

Dès son apparition, la taverne entière retint sa respiration et la silhouette encapuchonnée elle-même se surprit à ravaler son souffle.

Cet homme était différent. Monstrueusement différent. Il incarnait à lui seul le danger réel de ce groupe.

Si le précédent était un loup alors celui-là était un lion. Il dépassait son second d’une bonne tête, ce qui en soit était déjà un exploit. Son grand corps basané était plus musclé que celui de son prédécesseur et pourtant rien qu’à ses déplacements, il était aisé de deviner qu’il était capabled’une souplesse égale à celle de son ami. Son attitude véhiculait une décontraction d’autant plus incroyable que l’air autour de lui vibrait d’une tension insoutenable. Ses boucles blondes ne prenaient pas la lumière, elles étaient la lumière. Quant à ses yeux qui rappelaient étrangement la poudre à canon, ils possédaient un pouvoir de séduction incroyable.

Oui, songea la silhouette à l’autre bout de la pièce, ses pupilles étaient capables d’attiser le feu dormant au sein de n’importe quelle femme. Et le pire était qu’il le savait parfaitement. Cet homme connaissait l’étendue de sa propre attraction et il était certain qu’il ne s’était jamais privé de s’en servir, quitte à l’utiliser comme une arme en se moquant des conséquences.

Car il n’y avait pas que sa beauté à être cruelle. Cet homme l’était tout autant. Non seulement il semblait du genre à ne reculer devant rien pour avoir ce qu’il désirait mais en plus il ne paraissait pas connaitre le sens du mot « Non ». Il était même à parier qu’on ne lui avait jamais rien refusé.

Pilleur, menteur, beau parleur, tueur, voleur… En un mot, cet homme était un pirate. Et comme tout pirate qui se respecte, il était à la recherche d’un trésor. Ici, au Chat Doré.

Contre toute attente, cette conclusion dessina un bref sourire sous la capuche. Tout cela devenait décidemment bien intéressant…

Planté devant ses hommes, le nouveau venu fit courir son regard dans la salle, embrasant tout ce qui se trouvait sur son passage. Sans avoir à demander, le jeune homme bénéficiait de l’attention studieuse de toute l’assistance. La taverne entière avait les yeux rivés sur lui. Pour le coup, même le pianiste complètement bourré avait dessaoulé en un éclair, au même titre que les autres clients.

Le tatouage morbide ancré dans la poitrine de l’homme et visible par-delà l’ouverture de sa chemise n’était qu’un indice de plus quant à son identité. Tout le monde avait bien compris à qui ils avaient affaire, leur réputation les ayant largement précédés.

Ils avaient devant eux ni plus ni moins que les quatre meilleurs hommes de l’Oasys, le navire pirate le plus redoutable et le plus recherché, tout océans confondus.

Ainsi que son terrible Capitaine…

Le vent de panique qui souffla dans l’assistance était à la hauteur du danger encouru. Tous savaient qu’on ne sortait pas vivant d’une entrevue avec l’équipage de l’Oasys. Jamais. Ces hommes tuaient pour le plaisir, quand ils ne tuaient pas pour passer le temps. Autrement dit, quelqu’un allait mourir ce soir. C’était une certitude.

Le tout était de savoir qui.

Soudain, les yeux du fauve s’immobilisèrent enfin et un bruit de verre brisé raisonna dans le silence ambiant. Le souffle court, l’ensemble de la taverne suivit son regard, curieux de découvrir l’identité du malheureux destiné à y passer en premier.

Il s’agissait d’un jeune gratte papier du comté, habitué du Chat Doré. Il avait fini son travail quelques heures auparavant et était passé comme à son habitude boire quelques verres dans sa taverne favorite, où il s’était accoudé au bar pour discuter avec le tenancier.

La silhouette encapuchonnée articula un juron silencieux. Elle avait vu juste dès le début : ils avaient la même cible. Certes la situation en devenait nettement plus intéressante, mais elle se compliquait aussi franchement...

Réfléchissant à une vitesse folle, l’inconnue sut qu’elle allait devoir revoir ses plans. Hors de question d’abandonner. Il lui suffirait juste d’aller à l’essentiel.

Autrement dit, le tout se jouerait sur le fil du rasoir.A l’autre bout de la salle, un sourire à la beauté cruelle étira les lèvres sensuelles du pirate.

 

— Messieurs, lança-t-il d’une voix forte avant de susurrer avec charme : Mesdames… Je suis dans le regret de vous informer que cet établissement vient de fermer…

 

Il y eut bref moment de flottement avant qu’un branlebas de combat sans nom n’agite l’assistance.

Il venait de lancer une invitation à s’éclipser ? On ne se le fit pas dire deux fois ! Quitte à choisir, un orage, aussi puissant soit-il, était bien moins dangereux à affronter !

Tout le monde se dirigea vers la sortie en prenant soin de contourner les nouveaux venus, y compris le tenancier qui ne montra aucun regret à délaisser son propre établissement.

Rares étaient les personnes qui avaient survécu à une rencontre avec les membres de l’Oasys. Aucun être censé n’était prêt à refuser une telle chance de s’en tirer.

A vrai dire, même leur cible tenta de profiter du mouvement de la foule pour s’enfuir mais la silhouette menaçante de l’un des pirates se matérialisa devant lui bien avant qu’il n’ait le temps d’atteindre la sortie.

Le Capitaine lui coula un coup d’œil franchement amusé.

 

— Sauf pour toi, évidemment, précisa-t-il avec une amabilité feinte.

 

Un frisson de terreur secouait le jeune homme lorsqu’il se fit légèrement bousculer. Quelques secondes plus tard, un calme plat régnait dans l’établissement. Tout le monde était sorti, à l’exception des pirates et de leur cible.

Une bourrasque glaciale s’engouffra à l’intérieur.

 

— Ils auraient pu refermer la porte derrière eux, remarqua le Second de l’Oasys en jetant un regard ennuyé à l’entrée laissée béante.

— Que veux-tu, Nick ? Les gens n’ont plus aucune éducation de nos jours. Pas vrai ?

 

Le Capitaine s’était tourné vers leur "invité". Ce dernier hocha tout de suite la tête, balançant sans le vouloir quelques gouttes de sueurs sur le plancher.

 

— Tu vois ! s’écria joyeusement le pirate en lui décochant une puissante tape dans le dos (ce qui l’envoya cogner contre la poitrine de l’homme qui lui barrait la route). Lui aussi il est d’accord !

— Qui ne le serait pas dans ces conditions, rétorqua son ami dans un soupir rationnel.

 

Abandonnant son amabilité bonne enfant, le Capitaine se tourna avec sérieux vers leur otage.— Bon ben, c’est pas le tout mais je propose qu’on en vienne au fait. T’as deux solutions, mon gars : soit tu nous donnes les clefs que j’ai si joliment entendu tinter tout à l’heure, soit tu passes dans l’autre monde tout de suite et on se charge de les récupérer sur ton cadavre. Dans les deux cas, j’ai envie de te dire qu’on aura ce qu’on est venu chercher… donc à toi de voir.

— S-si je vous les donne, je… j’aurais le droit de partir après ?

— Mais bien sûr.

 

La promesse avait été trop rapide et faites bien trop facilement. Malheureusement, elle constituait l’unique espoir du jeune homme depuis l’arrivée des pirates.

Ces derniers le regardèrent d’un air moqueur se dépêcher d’attraper le trousseau qui lui valait tous ces malheurs. Mais toutes envies de rire les quittèrent lorsqu’ils le virent, le teint brusquement blême, lancer des regards paniqués par terre, retraçant fébrilement ses déplacements des yeux.

Finalement, il s’immobilisa, une expression d’horreur incrédule sur le visage.

 

— Quoi ? lâcha le Capitaine d’un ton sec qui lui arracha un sursaut.

— Elles… elles ne sont plus là.

— Pardon ?

— Elles ne…

 

Il n’eut pas le temps de finir. Nick s’était déjà approché pour vérifier ses dires. Le Second de l’Oasys commença par le secouer sans ménagement pour essayer de retrouver le cliquetis des clefs mais changea rapidement de tactique lorsqu’aucun son ne se fit entendre.

Le jeune homme était deux fois plus petit que lui. Du coup, lorsque le pirate lui souleva la ceinture afin de jeter un œil à l’emplacement supposé du trousseau, le pauvre se retrouva perché sur une jambe, son autre pied quittant de plus en plus le sol au fur et à mesure que Nick haussait son pantalon. D’un point de vue extérieur, la scène avait un petit côté burlesque.

Pourtant les conséquences de cette situation étaient bien trop graves pour que l’un des hommes présents ne songe à sourire.

 

— Il a raison, souffla Nick horrifié. Il ne les a plus.

 

Il fit un léger signe de tête et deux hommes vinrent immobiliser le jeune homme. Puis, il se rapprocha de son Capitaine.

Ce dernier observait la scène les bras croisés. Son visage halé avait perdu toutes traces d’amabilité pour se refermer complétement, transformé en un masque d’un sérieux des plus effrayant.

Nick se plaça à son côté, épaule contre épaule, tournant ainsi le dos aux autres.

 

— Il les avait tout à l’heure, Sven, lui murmura-t-il.

— Je sais, répondit son meilleur ami d’un air sombre, le regard rivé sur ses hommes. Je les ai vu aussi.— Alors qu’est-ce que ça veut dire, bordel ?

— Capitaine !

 

Les deux hommes reportèrent leur attention sur leurs compagnons.

 

— J’ai trouvé ça parterre. Je crois que ça a glissé de la ceinture de son pantalon lorsque le Second l’a fouillé.

— C’est quoi ce truc ?

— Une plume noire, répondit son subalterne en lui apportant l’objet. Et je crois bien qu’il y a un bout de papier enroulé sur la pointe.

— Donne-moi ça, dit Sven en s’emparant de sa trouvaille.

 

Il examina la plume, la tourna et la retourna, avant de décoller puis déplier le petit mot. Il ne lui fallut pas longtemps pour s’exclamer :

 

— Oh, l’enfoiré !

— Quoi ? s’enquit Nick. Qu’est-ce qu’il y a d’écrit ?

 

Les yeux gris du Capitaine renvoyaient des éclairs.

 

— « Merci », voilà ce qui est marqué !

— « Merci » ? C’est tout ?

— Non, il y a des trucs en bas. Une signature je pense. K…B…C…

— Oh mon Dieu, je le savais ! Le Black Cat était ici…

 

Les cinq hommes se tournèrent de concert vers leur souffre-douleur. L’exclamation lui avait échappé, au même titre que ses forces si l’on en croyait la faiblesse qui venait de lui passer dans les jambes.

Il fallait le comprendre aussi : le nombre de personnalité du crime auquel il se retrouvait confronté depuis quelques minutes était tout bonnement ahurissant !

Il en serait volontiers tombé à genoux, si les pirates ne le tenaient pas déjà sous les aisselles.

 

— Le « Black Cat » ? répéta Nick, perplexe. C’est qui celui-là ?

 

Le jeune homme secoua la tête.— Je ne sais pas.

— Je te conseille de parler, l’avertit le Second de l’Oasys en jouant nonchalamment avec l’arme qu’il venait de tirer de sa ceinture.

 

La ferveur de leur otage se transforma en hystérie.

 

— Mais je vous jure, se hâta-t-il de préciser, je ne sais pas ! Personne ne le sait ! C’est un célèbre voleur qui œuvre depuis quelques années. Il fait partie des criminels les plus recherchés ici, sur terre. On dit qu’il peut voler n’importe quoi, à n’importe qui, n’importe quand. Personne ne sait à quoi il ressemble. Ce… C’est…

 

Il avala difficilement sa salive.

 

— Ce type est un fantôme.

 

Un fantôme ? Le regard farouche, les doigts de Sven se refermèrent sur la plume.

 

— Pas encore, gronda-t-il le poing crispé, mais tu peux me croire : il ne va pas tarder à le devenir.

*

Le fort de San Andreas était une véritable légende dans le domaine pénitentiaire. En l’espace de trois siècles, la prison avait su se construire une réputation quasi mythique de forteresse inviolable.

Malgré toutes les personnalités du crime qui s’étaient succédées entre ses murs au fil des années, aucune tentative d’évasion n’avait jamais porté ses fruits. Il se racontait aux quatre coins du pays que les portes des enfers elles-mêmes avaient laissé filtrer plus de détenus que les portes de San Andreas.

Située d’un côté au terme d’une colline au chemin escarpé et surplombant de l’autre une mer enragée, son emplacement y était pour beaucoup. La nature s’était elle-même chargée de protéger les accès de la prison. Tout assaillant par voie terrestre se retrouvait à la merci des troupes postées sur la muraille Ouest, tandis que ceux qui choisissaient la voie maritime se tenaient dans l’incapacité de s’approcher de la falaise, complètement impuissants face aux courants et récifs qui entouraient le bras de terre.

Par définition, San Andreas avait donc un système de sécurité inviolable.

Avant aujourd’hui, la silhouette avait souvent entendu les rumeurs concernant ce fort imprenable. Bien sûr, elle en connaissait les louanges, mais elle savait également ce qui se racontait sur sa chute inattendue.

Car, telle une Babylone invaincue, la prison était tombée en l’espace d’une nuit, avec une facilité aussi soudaine que déconcertante.

Il se racontait que cinq ans plus tôt, un navire pirate en avait défié la légende. Son capitaine et son équipage se consacraient alors à une chasse à l’homme depuis plusieurs mois. A cette époque et pour une raison qui n’appartenait qu’à eux (voir même sans aucune raison selon lesversions), ces pirates cherchaient inlassablement à liquider un homme. Cependant, ce dernier ayant des relations haut placées, le gouvernement s’était laissé convaincre de s’inquiéter de sa sécurité. Et au vu de la réputation de ses poursuivants, un seul endroit dans tout le pays pouvait se vanter d’être capable de le protéger : San Andreas.

Malheureusement, le gouvernement avait oublié de prendre en compte un détail : contrairement aux autres fois, San Andreas n’allait pas devoir subir une tentative d’évasion mais une tentative de meurtre, ces deux situations appelant des méthodes sensiblement différentes.

C’est ainsi que, faisant fi des dommages collatéraux, l’Oasys et son équipage, puisqu’il s’agissait de lui, se contenta simplement de lancer une salve de boulets de canons en direction de la prison. Le tout à une distance de sécurité suffisante pour ne pas tomber dans les pièges maritimes entourant la falaise.

Au dernier obus, San Andreas n’était plus. Les deux tiers de la prison s’étaient effondrées dans la mer en même temps qu’une bonne partie de la falaise censée la soutenir. Quant au tiers restant qui comprenait la muraille Ouest et son accès terrestre, il s’en trouva réduit à un amas de ruines fumantes et inutilisables.

L’histoire de la chute éclair de San Andreas fut portée par les rares survivants. Ce jour-là, seule une vingtaine de personnes survécurent à l’attaque de l’Oasys. Parmi eux se trouvaient principalement des prisonniers et bizarrement, en dépit du côté traumatisant de la chose, chacun garda de l’épisode un souvenir étrangement ému.

A vrai dire, quelles que soient leurs versions des évènements, tous tombèrent d’accord sur un point : le célèbre navire pirate était le héros de l’histoire. Non seulement ils avaient réussi à vaincre cette forteresse invaincue, cette véritable légende carcérale triple centenaire, mais en plus ils avaient offert à ses détenus une chance inespérée de recouvrer leur liberté.

Car il ne fallait pas oublier que la violence de leur méthode mise à part, l’Oasys et son équipage leur avaient tout de même fourni une occasion rêvée d’échapper à la potence. Pour des personnes qui en passant les portes de San Andreas avaient perdu tout espoir d’en sortir vivants, la démolition de la prison se faisait inespérée, et ce même s’ils étaient à l’intérieur au moment des faits.

Quant aux victimes du bombardement, leur date d’exécution s’en était simplement retrouvée avancée. Une aubaine qui leur avait au moins permis d’échapper à l’enfer de la potence et son humiliation publique…

 

Oui, la silhouette connaissait les histoires qui se racontaient sur San Andreas. Pourtant, debout au milieu des ruines, elle fut réellement frappée par la désolation des lieux.

La grande et forte muraille n’était plus qu’un tas de pierres usées par l’air salin, tout comme la majeure partie du bâtiment à vrai dire. La falaise, gravement touchée lors du bombardement, avait continué à se dégrader. Un nuage de poussière empoisonnait l’air, enveloppant le site d’un brouillard opaque qui prenait les visiteurs à la gorge.

Tout, absolument tout, n’était plus que ruines.

Et pourtant…

Si elle n’avait pas lu de ses yeux les rapports cachés dans le bureau du gouverneur, jamais elle n’aurait pu deviner qu’en ces lieux une partie de l’ancienne prison continuait de tourner.

 

Car ce que personne ne savait, c’était que quelque part, dans les tréfonds des vestiges de San Andreas, un groupe de cellules se trouvaientencore actives.

Et dans l’une d’elle se trouvait celui qu’elle était venue délivrer au péril de sa vie.

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