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Honnêtement, je ne sais combien de temps Jonah et moi restâmes debout dans ce couloir, seuls et dans un silence étrange. La tête baissée, je lui barrais toujours la route le poing levé et lui se contentait de me zieuter du coin de l’œil en attendant que je me décide à parler.

Sa patience infinie, si amusante à taquiner… elle allait me manquer.

— Dis-moi...c’est un adieu... pas vrai ?

J’attendis sa réponse. Attendis...Attendis... Paniquée, je cherchais en vain l’ultime courage, celui qui m’aurait aidée à relever la tête pour le regarder dans les yeux et lui poser LA vraie question. Celui qui m’aurait donné la force de lire la réponse, aussi douloureuse soit-elle, dans son regard honnête.

Mais j’avais beau ratisser tous mes fonds de placards psychiques, je fus incapable de le trouver et de faire autre chose que d’insister, au bord de la crise de nerf :

— S’te plait, réponds ! Réponds-moi franchem…

La fin de ma phrase se bloqua dans ma gorge dans un glapissement étonnamment féminin. Interceptant mon geste d’impatience, les doigts de Jonah s’étaient refermés sur les miens et il les garda dans les siens alors qu’il faisait demi-tour. La seconde qui suivit, l’esprit en compote et trop interdite pour protester, je le laissais m’entrainer à sa suite (ce qui m’obligea, au vu de ses pas énergiques, à presque trottiner derrière lui).

Quels couloirs il me fit emprunter, où il m’emmenait... Tout ça n’avait que peu d’importance. En cet instant, je n’avais conscience que de mes doigts au creux de sa grande main chaude, du contact apaisant de nos deux peaux à cet endroit stratégique et mon cœur se serra une première fois lorsque je réalisais qu’il s’agissait certainement de notre dernier attouchement, toutes natures confondues...

...et une seconde fois lorsque je réalisais qu’après m’avoir poussée à l’intérieur d’une pièce quelconque et adossée à sa porte close, il venait de ramener son visage près du mien, m’obligeant à croiser son regard sans aucun faux-semblant.

—Tu veux une réponse franche ? gronda-t-il. Pose une question franche.

— Ma question était franche ! me récriais-je en faisant mine d’être vexée.

Il plissa les yeux.

— Vraiment ? Alors tu voudrais juste que je devine si dans le futur nous serions amenés à nous rencontrer par hasard, c’est ça ? La probabilité que nos chemins se croisent de nouveaux... C’est vraiment tout ce qui t’intéresse ? insista-t-il comme je lui servais un silence obstiné.

Ce fut la goutte de trop. Je ne pus qu'exploser.

— Bien sûr que non ! m’agaçais-je en me défoulant de quelques tapes désespérées sur son torse. Je sais très bien que tu ne lis pas le futur, sombre idiot ! Ce qui m’intéresse c’est ce qui va se passer après…quand je ressortirais de cette chambre… que je ne serais plus la même et que je n’aurais plus besoin de toi… Entre nous… Oui, dis-moi ce qui se passera entre nous, quand tu te retrouveras sans aucune raison valable de me protéger... et de rester à mes côtés ?

Mes tapes s’étaient de plus en plus raréfiées au point qu’en soufflant ces derniers mots, mes doigts se crispèrent sur ses vêtements. J’étais pathétique. Pourquoi avais-je à ce point l’impression d’être démunie ? Pourquoi me sentais-je aussi vulnérable ?

C’était une sensation désagréable à souhait.

—Oh, alors maintenant tu n’as plus besoin de moi…

Je me figeais. Oh non… Moi qui croyais avoir déjà touché le fond ! Comment avais-je pu sortir une chose pareille ?

Dieu me vienne en aide, le puit de la déchéance semblait sans limite.

Décidemment, je ne pouvais vivre pire. Pas seulement parce que ma langue avait fourché mais parce qu’obligée d’endurer la pire des situations possibles, au pire moment, je ne pouvais même plus compter sur l’arme secrète qui m’avait toujours sauvée : mon cerveau. Comme choquée, je ne réfléchissais plus. Je n’y arrivais pas. Je ne me rappelais même plus comment faire.

J’entrouvris les lèvres pour tenter de me dédire et d’expliquer ce que je ressentais vraiment, mais je me retrouvais incapable de sortir un seul mot.

Je baissais les yeux sur mes doigts. Ils étaient crispés sur ses vêtements comme s’ils refusaient de le lâcher. C’était étrange... Comme si toute mon honnêteté avait déserté mon corps, excepté mes extrémités. Mes pensées avaient beau se trouver dans une confusion totale, mes doigts eux n’hésitaient pas un seul instant et s’accrochaient à lui en refusant de le laisser partir.

Mais d’un autre côté, qu’aurais-je pu faire d’autre ? Qu’aurais-je pu dire d’autre ? Que j’avais désespérément besoin de lui ? Que je détestais quand il était loin de moi parce qu’il me manquait atrocement et qu’immanquablement, les choses avaient tendance à partir en cacahuètes ? Que quoi qu’il arrive nous étions un duo, des partenaires indéfectibles et que je refusais de penser que nous puissions laisser la vie nous séparer aussi facilement qui plus est sans nous battre ?

Hors de question de le dire à voix haute. J’étais déjà assez désespérée comme ça, alors dans quel état me retrouverais-je quand je lui aurais avoué à quel point j’avais besoin de lui mais qu’il me dira être obligé de me quitter quand même ?

Car j’avais tout de même conscience d’une chose : ne m’en déplaise, quels que soient mes caprices, notre séparation était à présent inévitable. Même en sachant cela, même en devinant qu’il s’agissait certainement de ma dernière chance, je n’étais pas assez forte pour lui avouer la vérité.

Et je savais d’avance que j’allais me haïr le restant de mes jours pour cette faiblesse.

Comme s’il percevait toutes mes entraves, Jonah eut un léger soupir et se redressa, matérialisant sans le vouloir l’écart qui se creusait au fil des secondes toujours plus entre nous.

Mes doigts lâchèrent leurs prises. Mes bras retombèrent sur mes flancs.

— Kacey, je vais être franc avec toi. Je suis un Veilleur. Tout ce qui compte pour moi, c’est de veiller sur la vie de mon Elue. Tout le reste… n’a aucune importance.

Son Elue était Theyma, la mère de l’enfant aux yeux dorés. « Tout le reste », c’était moi. Accusant violemment le coup, je hochais vaguement la tête en détournant les yeux.

—Je vois, soufflais-je…

Glissant un doigt sous mon menton, il me força à croiser son regard.

—Tu en es sûre ? murmura-t-il. Est-ce que tu ne t’es jamais demandé pourquoi est-ce que j’avais à ce point insisté pour t’apprendre à survivre toute seule alors que je m’occupais déjà de ta sécurité ?

Bien sûr, que je me l’étais demandé. À cause de ma nature paresseuse, je ne manquais jamais de mesurer l’utilité réelle de mes actions afin d’éviter toutes dépenses d’énergie inutiles.

Mais que lui en parle maintenant... oui, ça en disait long.

Je sondais son regard. En fait, il l’avait toujours su… Peut-être même dès le début… qu’en empruntant cette route, nous nous retrouverions inévitablement à la croisée des chemins.

Et qu’un jour, nous nous séparerions.

Sa loyauté était l’une des qualités que j’appréciais le plus chez lui. La sienne allait entièrement à son Elue et je l’aimais encore plus pour cela. Même si je n’étais pas elle et juste « à côté ». Je comprenais parfaitement ce qu’il m’expliquait. En fait, ce qu’il essayait de me dire, ce n’était pas que je n’avais aucune importance. Au contraire, son regard m’avouait très clairement qu’il tenait à moi.

Mais à côté de ses responsabilités, de la vie de son Elue, ces sentiments n’étaient pas suffisants.

Nos regards verrouillés l’un à l’autre, je sentis le dos de ses doigts glisser avec une lenteur torturante sur ma peau. Dessinant d’une caresse le dessin de ma mâchoire, ils descendirent le long de mon cou, puis continuèrent leur chemin en descendant dans mon décolleté où ils trouvèrent ce qu’ils cherchaient.

La trace de la faucheuse. Les cicatrices des balles que j’avais reçues trois ans plus tôt.

Fronçant les sourcils, je baissais les yeux sur ses doigts avant de remonter pour chercher son regard. J’en fus abasourdie. Je ne l’avais quitté que quelques secondes, même pas, et pourtant, cela avait suffi pour que ses iris virent totalement de couleur.

L’or était à la fois solide… et en fusion. Des iris aussi profondes et dures que le fut le son de sa voix lorsqu’il murmura avec une détermination absolue :

— Ça, ça ne doit jamais se reproduire. Tu m’entends ? Jamais. Alors fais ce que tu as à faire sans te poser de questions. Et de mon côté, je ferais aussi ce que je dois faire. Et si pour ta sécurité, tu ne dois plus avoir de contact avec un membre de l’Organisation…moi compris … alors il n’y a rien à regretter.

Hochant la tête, je fermais les yeux. Pour l’empêcher de remarquer leur humidité ou éviter que les larmes ne coulent, je ne le saurais jamais.

Suivant le dessin de mon décolleté, je sentis ses doigts rejoindre mon épaule avant de se promener le long de mon bras. L’ensemble de mes terminaisons nerveuses se réveillèrent bien avant qu’ils ne viennent titiller l’intérieur de mon coude et qu’ils glissent plus bas, dans le creux chatouilleux de mon poignet. Ses doigts caressèrent ma paume et les miens se plièrent brièvement, comme dans un geste avorté. Comme si leur réflexe premier avait été de le retenir avant qu'ils ne reprennent leurs esprits et n'abandonnent d'eux-mêmes cette idée un peu folle.

Au même moment, quelque part dans le couloir, la voix d’Anatoli appela Jonah. Il le cherchait et même moi je savais que son chef de la sécurité ne l’aurait jamais fait sans une bonne raison.

Désespérée et amusée malgré moi, j’eus un hoquet ironique. Décidemment, aujourd’hui, il avait le chic pour arriver au mauvais moment celui-là ! A moins que ce ne soit l’univers qui s’acharne à nous interrompre en prenant tout ce qu’il trouvait sous sa main.

Tellement prévisible ce crétin d’univers...

Devinant sans peine ce qui allait suivre, je refusais d’ouvrir les yeux.

— Je vais devoir y aller, l’entendis-je murmurer, son souffle chaud près de mon visage.

— Je sais.

Ses doigts chatouillèrent le creux de ma paume puis ils effleurèrent les miens, se mêlant brièvement à eux, aériens et furtifs.

Seigneur, que c’était douloureux... Cette caresse…j’étais incapable de la retenir ou de la faire durer plus longtemps. Elle était insaisissable.

Cet homme l’était tout autant.

Et avant que je ne le réalise vraiment, sa peau quitta la mienne, me donnant l’impression que Jonah lui-même venait de me glisser entre les doigts.

Toute retournée par cet ultime contact, comprenant à la chaleur de son corps qu’il s’était éloigné de moi, je fis un pas de côté pour lui donner accès à la porte. Si je voulais conserver ma dignité et éviter de m’effondrer devant lui, je savais que je ne devais pas le voir partir. Les paupières closes, croisant les bras contre ma poitrine comme pour me protéger de mon propre chagrin, je me détournais à moitié, en attendant de deviner son départ.

Et pourtant en dépit de ces précautions, je ne pus retenir un sanglot étranglé lorsque comprenant qu’il avait fait demi-tour, je sentis la caresse qu’il apposa sur ma joue et le baiser furtif qu’il déposa dans mes cheveux.

— Surtout, prends bien soin de toi.

Et sur cette ultime recommandation, il ouvrit la porte derrière moi et se glissa silencieusement dehors.

— Je suis là, l’entendis-je répondre à Anatoli.

Sa voix était calme, anodine. Elle balaya mes derniers doutes au moment même où, me retrouvant seule, je sentis une première larme couler sur ma joue. Jonah était déjà en train de passer à autre chose. Il faisait déjà ce qu’il avait à faire et il ne me restait plus qu’à faire de même.

Oui, j’avais eu ma réponse.

Il s’agissait bel et bien d’un adieu.

Source : mysskiwy.com

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Et attention les yeux ( et les oreilles, aussi), je suis au regret de vous informer que l'élément le plus effrayant emprunté à la réalité… c'est que Justin Bieber existe pour de vrai...

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Contrairement à Will, Pretty n’avait pas eu à aller chercher elle-même les invitations. La petite princesse à son papa n’avait eu qu’à attendre bien sagement chez elle qu’on daigne les lui apporter.

Je me tournais vers elle lorsqu’elle entra dans la pièce où je venais de terminer de me préparer.

— Tiens, m’étonnais-je, c’est toi MalbowHood. Je croyais que c’était ta gouvernante.

— Pour une raison que je ne m’explique pas elle te considère comme une invitée de marque, soupira-t-elle. Pire, comme un être humain ! Elle ne va pas tarder à revenir avec du thé.

— Du thé ? répétais-je avec perplexité avant de claquer des doigts et de m’écrier : mais oui, j’aurais dû faire tout de suite le lien ! Un château, une gouvernante fana de thé, (je fis un léger signe de tête en direction de Pretty) une bête égoïste et mal aimée… on est en plein dans La Belle et la Bête ! Dis la Bête, tu me fais voir ta rose avant que Mrs Samovar ne revienne ?

Elle me lança une œillade vide.

— Va te faire voir, le Fou ! D’ailleurs, je vois que tu as écouté mon conseil. Tu comptes uniquement sur ta face de macaque pour faire illusion à la soirée costumée ?

— N’importe quoi. Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué MalbowHood, mon costume est tout autre.

Elle fit courir son regard perplexe sur la magnifique robe de soirée jaune clair qui épousait mes courbes à la perfection, pour finir par mes boucles de feu ramenées à quelques exceptions près en un chignon haut super classe.

— Je vais sûrement me répéter, se lança-t-elle, mais je dirais… un macaque ?

— Mais non, nouille aveugle ! Une bougie !

D’une main, je désignais mon corps drapé de jaune.

— La cire…

Puis je portais un doigt à ma coiffure enflammée.

— Et là, c’est la flamme !

Le regard hagard, Pretty me fixa quelques secondes avant de finir par soupirer.

— Bien sûr après Mrs Samovar, voilà Lumière ! me vanna-t-elle avant de me toiser et d’ajouter de mauvaise grâce : Et le pire c’est que t’as réussi à merveille ton délire…

— Merci pour le compliment, MalbowHood, m’étonnais-je. Je penserais à t’en faire un à l’occasion.

— Non, merci. Te connaissant, à tous les coups, tu vas y glisser une vacherie.

— Ah, ça, y’a des chances !

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Elle tournait distraitement la tête vers l’entrée lorsqu’elle me capta enfin. Nos regards se croisèrent une seconde avant que ma présence ne finisse par lui monter au cerveau. Il est très difficile d’en être sûre au vu du masque qui lui cachait les traits mais j’eus l’impression que ces derniers laissèrent entrevoir l’espace d’une seconde une joie et un soulagement intenses. Je vis même ses yeux bleus briller avant qu’elle ne plaque sur son visage son habituel masque d’exaspération énervée.

— Je peux savoir ce que tu fais là, Means ? demanda-t-elle en fonçant vers moi au pas de charge.

Peu impressionnée, je lui adressais un clignement d’yeux d’une platitude totale.

— Désolée, The Mask , mais comme je l’ai dit à la dame, je suis venue voir Pretty.

— Très drôle.

— Attends… Mais Pretty, c’est toi ! m’exclamais-je d’une voix suraigüe en simulant la surprise à la perfection. Tu m’excuseras mais je n’ai pas l’habitude de te voir aussi jolie. Ce teint caca d’oie te va à merveille ! Félicitations, je savais que tu finirais par muter, ma grande. Encore deux ou trois évolutions de ce genre et tu quitteras les macaques pour te fondre parmi les humains.

— Ton manque de connaissance en matière beauté ne m’étonne pas vraiment mais pour info, sache que ça, rétorqua-t-elle en pointant avec hauteur son visage peinturluré, ça s’appelle un masque et que ça sert à embellir les gens... ou en tout cas, ceux qui contrairement à toi ont du potentiel.

— Oh, mais je te l’ai dit, côté embellissement je suis d’accord pour dire que tu es cent fois mieux comme ça qu’au naturel ! Surtout n’écoute pas les recommandations qu’il y a d’écrites sur la boite. Dans ton cas, il ne faut surtout pas rincer.

Me fixant d’un regard éteint, elle fit un pas en arrière.

— Madame Hatcher, dit-elle à la gouvernante d’une voix atone, allez-y, fermez la porte.

Ahlala, ces riches… Incapables de s’en sortir tout seuls, même pour un acte aussi simple que de mettre quelqu’un dehors.

Je posais une main sur le battant avant qu’elle n’ait fini d’exécuter son ordre.

— Bon d’accord, tu as gagné, capitulais-je. J’en viens au fait. Figure-toi qu’aujourd’hui, c’est ton jour de chance, MalbowHood ! Tu vas pouvoir me rendre un service.

— Je la connais celle-là, tu me l’as déjà faite. Tu m’avais sorti la même chose – soit dit en passant, scandaleusement dépourvue d’humilité – avant de m’inviter à aller me faire pendre.

— Vraiment ? J’ai fait ça ? m’étonnais-je dans un sourire, sincèrement surprise. Décidément, même mon génie passé continue à m’éblouir. Mais aujourd’hui, c’est une vraie demande. J’ai vraiment besoin que tu me rendes un service. Je ne serais pas venue jusqu’ici sinon, tu penses bien...

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Elle répondit à ma concession avec un haussement de sourcil entendu et nous sûmes que quoi qu’il arrive nous arriverions à de grandes choses ensemble... ou face à face... ou les deux...

Et que surtout, quoi qu’il arrive, nous aurions une bonne poilade en perspective.

Comme son regard inquiet courrait entre nous deux, Anatoli se pencha vers Jazz.

—​Est-ce que les femmes sont toujours aussi effrayantes ? demanda-t-il en réprimant à moitié un frisson d’effroi.

—​Toujours, confirma Jazz, et ses locks s’agitèrent au rythme de ses hochements de tête résignés, fruits d’une sagesse centenaire.

—​Toutes ?

—​Toutes. Mais c’est juste que les spécimens qui nous entourent ont tendance à ne pas le cacher et à être franches sur leur envie de sang...

—​Et encore, souris-je, vous n’avez jamais vu ma mère lorsqu’elle se met vraiment en colère… Même mon père à les pétoches, c’est dire !

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Alors évidemment, que Close ouvre enfin les yeux sur son compte et tombe amoureux d’elle, n’était pas une surprise. Il était un homme après tout et le potentiel d’attraction de Sunny était ce qu’il était.

Mais que Sunny puisse éprouver quelque chose pour lui…

Impossible. Inimaginable. Invraisemblable. La perfection ne pouvait pas tomber amoureuse de la crétinerie ! La blanche colombe n’en pinçait pas pour le crapaud ! Esmeralda devait mettre un vent à Quasimodo ! (Oui vous l’aurez compris, je suis intarissable sur la question et j’ai beaucoup de comparaisons en stock.)

Bref, je refusais d’y croire.

S’il y avait ne serait-ce qu’un mot de vrai là-dedans, je devais immédiatement réunir un conseil avec Jamie et les garçons pour décider de comment nous allions nous débarrasser de Close. Les Kittymeans se devaient de protéger leur trésor familial et pour une fois, la nature excessivement protectrice des garçons à notre égard allait nous servir.

L’alerte se devait d’être lancée !

D’ailleurs après une nouvelle aussi explosive, je trouvais le calme de Kriss carrément aberrant.

— Je ne vois pas ce qu’il y a d’impossible, me lança-t-elle juste-ment avec une légèreté scandaleuse.

Je lui adressais un froncement de sourcils atterré.

— Quoi ? Mais c’est évident pourtant ! Enfin Kriss, il ne la mérite pas !

Elle eut un sourire ironique, le regard adouci.

— Enfin soyons sérieuses, Kacey : personne ne la mérite ! Nous parlons de Sunny ! Si on va par-là, la pauvre chérie sera obligée de rester célibataire toute sa vie juste parce qu’elle est trop bien pour tous les hommes de cette Terre, toutes catégories confondues.

— Et si on ne va pas par-là, tu voudrais qu’on aille où au juste ? rétorquais-je sèchement.

— Ne vois pas les choses en te basant sur Will mais plutôt en te basant sur Sunny. Tu ne penses pas qu’elle mérite d’avoir l’homme dont elle est tombée amoureuse ?

— Pas si c’est William Close !

— D’accord, vois ça autrement : Ne crois-tu pas qu’elle mériterait qu’on lui passe tous ses désirs ? Absolument tous ?

Me calmant brusquement, je plissais les yeux, la mine concentrée.

— Hmm, intéressant…, murmurais-je lentement. Tu voudrais donc qu’on considère Close comme une faveur, une sorte d’animal de compagnie indésirable…

Ne prenant même pas la peine répondre à cela, Kriss eut un roulement d’yeux lessivé, l’air désespéré. Une réponse implicite que je ne captais pas, perdue dans mes pensées.

Évidemment, vu comme ça, songeais-je de mauvaises grâce. Dire non serait comme refuser d’offrir un jouet à un enfant pourtant irréprochable. Ça n’avait aucun sens. Même si perso je trouvais le jouet en question d’une nullité aberrante, l’important était qu’il plaise à Sunny. Avec un peu de chance, elle jouerait un peu avec avant de s’en lasser.

Honnêtement, j’espérais que William Close ne soit qu’un simple caprice de sa part, le tout premier de Sunny JB Kittymeans. Et le plus simple était encore de le lui accorder le temps qu’il soit passé de mode et qu’elle passe à autre chose.

Oui, même si je détestais me l’avouer, d’une certaine manière, je comprenais où Kriss voulait en venir (←En fait pas du tout, j’étais à côté de la plaque mais bon tant pis).

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CHAPITRE 01

Ses cheveux bruns flottaient irréellement autour d’elle. Les bras en croix, elle tombait lentement en arrière, sa silhouette de poupée vaincue s’inclinant de plus en plus, pour se rapprocher inexorablement du sol.

Sa main…

Oui, il n’avait qu’à attraper sa main et il réussirait alors à la sauver. Il pouvait le faire. Il avait même le sentiment d’avoir reçu le pouvoir de la vitesse dans ce seul et unique but : la sauver elle, ici, maintenant, avant qu’elle ne soit totalement hors d’atteinte et qu’on ne la lui ôte à jamais. Hors de question de la perdre à nouveau. Il ne permettrait pas qu’on l’arrache une énième fois à la vie juste sous ses yeux. Quoi qu’il lui en coûte, il refusait de revivre ce cauchemar et cette fois, il aimait à croire qu’il y avait de l’espoir.

Soudain, elle tourna la tête vers lui. Ses joues étaient striées de larmes amères qui avaient tracé des sillons étincelants sur son beau visage un peu pâle.

Il aurait aimé lui dire de ne pas pleurer, que tout allait s’arranger. De ne surtout pas avoir peur parce qu’il était justement là pour la sauver et qu’il y arriverait quoi qu’il arrive. Mais il croisa son beau regard de quartz fumé et il sut qu’il s’agissait d’un mensonge. Dans ses yeux, il vit se refléter la triste réalité.

Tout n’allait pas s’arranger, bien au contraire. Elle allait lui échapper. Encore.

Poussé par un sursaut de rébellion, il accéléra l’allure dans un cri de rage, le bras obstinément tendu vers elle. Il était près, si près du but ! Il pouvait l’atteindre. Non, il devait l’atteindre.

Leurs doigts n’étaient séparés que de quelques millimètres lorsque soudain, avant qu’il n’ait réussi à la toucher, son corps se désintégra en des centaines de molécules lumineuses. Sous ses yeux horrifiés, il la vit s’effacer peu à peu, telle une image virtuelle désintégrée, rongée par un virus plus fort qu’elle. Le phénomène commença par ses extrémités avant de remonter ses membres et de contaminer le reste de son corps, la faisant peu à peu disparaître.

Oh non…. Ça recommençait. Son esprit avait beau la lui rendre encore et encore, la finalité restait inchangée. Il la perdait. Encore et toujours. Même ici, même dans le fort supposé inviolable de ses pensées, il échouait à l’arracher à l’inéluctable. La vérité avait fini par contaminer ses songes, il n’avait plus aucun refuge. Peu importe l’endroit, ses efforts, sa détermination inébranlable…la fatalité était en marche. Et à cause d’elle, il se trouverait incapable de protéger ce qu’il avait de plus précieux.

Elle lui échappait et lui ne pouvait strictement rien y faire.

Paralysé par une terreur irrépressible, il sentit son propre cœur se désagréger un peu plus à chaque partie d’elle qui disparaissait sous ses yeux. La douleur ne s’apaisait pas au fur et à mesure qu’il revivait cette épreuve, au contraire, elle s’intensifiait, se perfectionnait dans ce qu’elle avait de plus cruelle. Comme un bourreau ajustant toujours plus la qualité de ses soins. A chaque fois qu’elle lui échappait, il perdait un peu plus de lui-même, il le sentait. Son âme, sa raison… il ne comptait plus les parties de lui qui pâtissaient de cette torture interminable.

Et bien sûr, comme toujours, à la fin il ne resta plus que son joli visage.

Il y eut un instant de flottement irréel, où le temps sembla s’arrêter pour que leurs regards se rencontrent. Il la vit nettement battre des lèvres. Puis le temps reprit son cours et sous ses yeux impuissants, elle disparut complètement.

Dévasté, il ne put qu’observer l’espace vide qui se trouvait à présent devant lui.

Elle n’existait plus. C’était terminé. Tout ce qui restait d’elle était une dernière larme étincelante encore en lévitation et l’écho de son doux murmure. Dévasté, il observa la goutte d’eau salée capter ses derniers rayons de lumière avant de s’effondrer sur le sol, victime de la gravité.

Et voilà…Il venait de la perdre à nouveau. Il avait échoué. Encore…

Il aurait pu s’effondrer tout de suite sur le sol. Il aurait pu hurler et disserter jusqu’à plus soif sur l’injustice de ce jeu aussi tronqué que cruel. Au lieu de quoi, serrant les poings, il se retrouva habité d’une détermination sourde qui le fit trembler de tout son corps.

Deux mots… Deux petits mots…

Sauve-moi…

Voilà ce qu’elle avait murmuré. Et il était bien décidé à tenir parole.

***

Jamie se réveilla en sursaut. Son corps… Il résonnait tout entier d’une douleur insupportable. Il avait l’impression que chaque parcelle de sa peau, chaque cellule, chaque fibre de son être était en train de se désolidariser de lui pour se faire désintégrer à l’acide sulfurique. Honnêtement, il n’avait jamais connu ça. La douleur dépassait toutes les limites du supportable et réveillait des parties de son anatomie qu’il ne pensait même pas être vivantes, au point de le transformer en un amas de chairs agonisantes.

Affreusement crispé, le souffle coupé, il lui fallut une éternité pour réussir à émettre une pensée cohérente. La douleur lui engourdissait l’esprit, empêchant ce dernier de voir au-delà de ses limites incandescentes. Allongé sur le dos, dans le noir complet, il tenta de se rappeler depuis quand il vivait ce calvaire sans nom. Combien de temps avait-il passé à hurler à la mort, le corps fiévreux tendu par des convulsions innommables, l’esprit torturé par un cycle sans fin de cauchemars ? Des jours, des mois, des années… Le compte était approximatif mais tout cela n’avait pas grande importance.

La conclusion logique était qu’il le vivait depuis bien trop longtemps et qu’il était temps que tout cela s’arrête.

Tout autre être humain en aurait perdu l’esprit. Tout autre que lui aurait demandé à mourir pour échapper à ces sensations insupportables. Mais alors que son corps se tendait dans une énième crispation, Jamie serra les poings. En dépit de tout, il devait vivre, c’était ainsi. Peu importe cet enfer, il devait s’en sortir.

Parce qu’il avait une mission à accomplir.

Puis vint le temps où pour la première fois depuis une éternité, la douleur se mit à refluer. Tout à coup, il la sentit battre lentement en retraite, telle une vague se retirant doucement du sable d’une plage. Fourbu, haletant, il resta immobile un long moment, les yeux au plafond et son corps traumatisé engourdi par ses douleurs passées.

Seigneur, où était-il ?

Il avait passé tant de nuits interminables à hurler, crispé dans des séries ininterrompues de spasmes qu’il ne se l’était pas encore demandé. La pièce où il se trouvait était plongée dans le noir par d’épais rideaux opaques mais il réussit au bout d’un moment à en discerner les contours. C’était étrange. Sans qu’il sache se l’expliquer, elle lui était inconnue et pourtant étrangement familière. Comme une photo qu’on aurait bien trop retouchée pour qu’elle puisse encore prétendre ressembler à l’originale.

Encore haletant, il tourna la tête et son souffle s’enraya.

Là, à côté du lit, recroquevillée dans un fauteuil se tenait une silhouette féminine endormie. Honnêtement, il la reconnut tout de suite. Même fiévreux et proche de la mort, il n’avait pensé qu’à elle. Elle avait hanté ses rêves comme pour lui rappeler qu’il n’avait d’autre choix que de se battre pour survivre en dépit du mal qui tentait de l’aspirer. Complètement perdu, le souffle encore coupé, il tenta de juguler la vague de bonheur intense qui était en train de monter en lui.

Est-ce que cela voulait dire qu’il avait réussi ? Avait-il atteint la vitesse de la lumière et remonté le temps ?

L’avait-il sauvée ?

C’est alors que la jeune femme se réveilla en sursaut. Jamie la vit se tendre sur son siège, ses sens en alerte.

— Oh non…, murmura-t-elle horrifiée. Sa respiration….

La seconde suivante, elle était près de lui. Ou plutôt sur lui. Comme paralysé, il sentit l’une de ses mains se poser sur son torse, tandis que l’autre trouvait son visage, puis ses cheveux. Malgré l’urgence, ses gestes restaient doux et l’esprit de Jamie, tout comme son corps, faillit pendant un instant être submergé par l’émotion et par l’effet de ses caresses.

Jusqu’à ce qu’il comprenne.

Elle avait dû le veiller. Durant tout ce temps, elle l’avait vu hurler de douleurs et agoniser. Et lorsqu’il avait retenu sa respiration, elle avait cru qu’il venait de mourir.

Sa belle, sa courageuse Mingan…

Il n’eut pas à réfléchir très longtemps. La seconde qui suivit, il emprisonna sous la sienne la main qu’elle avait posée sur son torse à la recherche de ses battements de cœur. Surprise, Mingan sursauta. Puis après avoir observée leurs deux mains jointes pendant quelques secondes, il la vit tourner la tête vers lui et chercher son regard dans l’obscurité. Leurs visages étaient tellement proches qu’il sentait le souffle doux de sa respiration un peu anarchique sur sa peau.

Quelques secondes passèrent avant que sa jolie voix basse ne s’élève, incertaine.

— Jamie ?

Il sentit un sourire irrépressible monter sur ses lèvres.

— J’en ai bien peur.

Malgré les ténèbres, il perçut à son tour son sourire. Avec un sanglot étranglé, elle se jeta sur lui pour le prendre dans ses bras. Jamie sentit sur sa peau encore hypersensible le poids des larmes chaudes qui coulaient sans discontinuer de son visage.

— Oh, merci, l’entendit-il souffler près de son oreille. Merci, Seigneur…

Malgré la douleur, Jamie la serra contre lui.

— Mais de rien, sourit-il.

Le rire de Mingan se mêla à ses larmes.

— Abruti.

Le sourire du jeune homme s’élargit. La serrant un peu plus contre lui, il déposa sa tempe dans ses cheveux et sentit l’odeur si familière de son shampoing, déclenchant ainsi en lui une énième vague de bonheur dévastatrice.

— J’en ai bien peur, se désola-t-il.

Elle eut ce petit rire qu’il avait entendu des milliers de fois dans leur intimité et qu’il connaissait par cœur. Ils restèrent un long moment dans les bras l’un de l’autre. C’était une petite bulle de bonheur intemporelle et dans les circonstances actuelles, aucun d’entre eux n’avait envie qu’elle se termine trop tôt. Pourtant, au bout d’un moment, Mingan s’obligea à s’écarter de lui.

— Euh, Ja…

— Attends, l’interrompit-il, tu peux ouvrir le rideau, s’il te plait ? Je sais que c’est bête mais j’ai vraiment besoin de voir ton visage. Tu vois, sourit-il, une sorte de cerise sur le gâteau qui me rassurerait et me prouverait que tout ce cauchemar est enfin derrière nous.

Il y eut un silence. Un long silence. La main qu’elle avait levée pour s’essuyer les yeux resta en lévitation. A cause de l’obscurité, Jamie n’avait pas encore accès à son expression mais il sentit ses traits se figer sous les doigts qu’il avait tendrement posés sur son visage. Puis au bout d’un moment, elle soupira et sa main retomba sur le matelas.

— Bon, très bien, murmura-t-elle. Si tu insistes…

Quelques secondes plus tard, la lumière inondait la pièce, éblouissant Jamie au passage et déclenchant un sursaut tonitruant de sa migraine. Au début, son regard aveuglé s’égara dans la chambre, où il reconnut plus ou moins la décoration du manoir de l’Organisation. Puis, il dévia vers la fenêtre et fatalement sur Mingan. Comme elle lui tournait encore le dos, il n’eut accès pour commencer qu’à sa silhouette familière.

Plus tard, il mettra son inattention sur le compte de l’excitation et de la migraine grandissante qui lui battait les tempes. Et pourtant, s’il devait être honnête avec lui-même, il pourrait s’avouer que de dos déjà, il avait commencé à avoir quelques soupçons. En dépit de leurs conséquences, rien n’aurait pu empêcher Jamie de remarquer les détails parlants tels que ses cheveux plus courts et ses formes délicieusement plus généreuses à certains endroits stratégiques.

Oui, il connaissait sa femme sur le bout des doigts, si bien que son esprit avait déjà atteint la conclusion logique bien avant que son cœur ne se soit fait une raison et que la jeune femme ne se soit tournée vers lui, dévoilant ainsi les petites rides inédites qui décoraient ses yeux rieurs.

Oh bien sûr, il avait bien affaire à Mingan Kittymeans. Aucun doute là-dessus.

Mais ça n’était pas sa Mingan.

Elle croisa son regard atterré.

— Je suis désolée, Jamie. Vraiment désolée, dit-elle avec un sourire triste. J’aurais vraiment aimé pouvoir te dire ce que tu veux entendre… mais je pense que tu as déjà compris que je ne le peux pas.

S’il avait compris ? Honnêtement, plus il essayait et moins il réussissait à déchiffrer quelque chose dans ce merdier. Et pourtant, alors qu’il sombrait une nouvelle fois dans l’inconscience, il fut certain de savoir où voulait en venir la jeune femme.

Elle venait ni plus ni moins de lui annoncer que le cauchemar était loin d’être terminé.

Source : mysskiwy.com

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