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Extrait ajouté par MaMt 2015-06-13T23:11:05+02:00

_ Quelles sont nos chances? lui demandai-je.

_ Nous allons gagner, dit-il, mais je serai blessé, sans doute dans le dos. Tu seras frappé par un carreau et tu risques fort d'en mourir. Brasti sera probablement tué par l'un des piquiers lorsqu'ils auront écarté le piètre rempart de son épée.

_ J'ai toujours adoré de travailler avec toi, tu sais? lui répliqua Brasti en modifiant sa garde.

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Chapitre 1

LE SEIGNEUR TREMONDI

Imaginez, juste un instant, que vous ayez réalisé votre vœu le plus cher. Pas juste le souhait raisonnable dont vous parlez avec vos amis. Non, le rêve bien caché près de votre cœur, celui que même enfant, vous hésitiez à formuler à haute voix. Imaginez, par exemple, que vous ayez toujours souhaité devenir un Manteau de gloire, l’un des légendaires magistrats qui arpentaient autrefois le monde, l’épée au côté, du village le plus modeste à la plus éclatante cité pour s’assurer que tous, hommes et femmes, nobles et paysans, obéissent aux lois édictées par le roi. Un protecteur pour beaucoup, et même un héros pour certains. Sentez le cuir épais du manteau qui enveloppe vos épaules, la légèreté trompeuse des plaques d’os qui en tapissent l’intérieur comme une armure, les dizaines de poches dissimulées qui regorgent d’outils, d’ingénieuses trouvailles, de pilules et de potions. Vous posez la main sur la lame qui bat contre votre cuisse, conscient qu’en tant que Manteau de gloire, vous avez appris à vous battre si nécessaire, si brillamment que vous sauriez vaincre n’importe quel adversaire en combat singulier.

Maintenant, imaginez que vous ayez réalisé ce rêve malgré toutes les improbabilités que vous ont opposées le monde et les actions malveillantes des saints et des dieux. Vous êtes devenu un Manteau de gloire. Non, voyez plus grand. Imaginez que vous êtes le Premier Cantor des Manteaux de gloire, flanqué de vos deux meilleurs amis. Maintenant, essayez de visualiser où vous vous trouvez, ce que vous voyez, ce que vous entendez, les torts que vous luttez pour redresser…

— Ils forniquent encore, déclara Brasti.

J’ouvris péniblement les yeux et jetai un regard fatigué sur le couloir de l’auberge, un passage à la fois sale et trop décoré qui semblait vouloir me rappeler que ce monde avait bien dû être un endroit plaisant… avant de se mettre à pourrir de tous les côtés. Kest, Brasti et moi montions la garde sur des chaises vermoulues empruntées dans la salle commune en bas des marches. En face de nous se trouvait la grande porte de chêne de la chambre louée par le seigneur Tremondi.

— Arrête avec ça, Brasti, grommelai-je.

Il m’adressa ce qu’il estimait être un regard noir, mais le résultat n’était guère convaincant. Brasti était séduisant, un peu trop pour son propre bien. Ou celui des autres. Ses pommettes saillantes et sa bouche sensuelle entourée d’une barbe courte d’un blond aux reflets roux mettaient en valeur un sourire qui lui permettait de se tirer de presque toutes les bagarres provoquées par sa langue trop bien pendue. Pour les autres, son talent à l’arc réglait rapidement le problème. Mais quand il tentait de vous lancer un regard assassin, il donnait simplement l’impression de bouder comme une donzelle.

— Avec quoi, veux-tu bien préciser ? reprit-il. Avec le fait que tu m’aies promis une vie de héros pour m’attirer parmi tes Manteaux de gloire alors que je me retrouve à vivre dans la pauvreté, honni de tous, contraint à accepter de misérables missions de garde du corps pour des marchands de passage ? Ou avec le fait que nous soyons assis dans ce couloir minable pendant que notre gracieux bienfaiteur, et j’utilise le terme avec libéralité sachant qu’il ne nous a pas versé une piécette de bronze sur notre salaire, mais passons, pendant donc qu’il culbute bruyamment je ne sais quelle demoiselle pour… quoi ? La cinquième fois depuis le souper ? Mais comment ce gros phacochère tient-il un tel rythme ? Je veux dire…

— Des herbes, peut-être, intervint Kest en étirant ses muscles avec la grâce nonchalante d’un danseur.

— Des herbes ?

Kest hocha la tête.

— Et que connaît aux herbes notre soi-disant plus grand escrimeur du monde ?

— Un apothicaire m’a vendu une décoction il y a quelques années, une potion censée assurer la puissance de votre bras armé même aux portes de la mort. Je l’ai utilisée pour combattre une demi-douzaine d’assassins qui cherchaient à abattre le témoin d’un crime.

— A-t-elle fonctionné ? demandai-je.

Kest haussa les épaules.

— Je ne saurais le dire. Après tout, ils n’étaient que six, ce n’était donc pas une expérience très probante. Cependant, j’ai dû supporter une érection spectaculaire pendant tout le combat.

Un grognement prononcé suivi de gémissements retentit derrière la porte.

— Par tous les saints ! Ne peuvent-ils conclure enfin et dormir ?

Comme en réponse, les grognements s’accentuèrent.

— Savez-vous ce qui m’interpelle le plus ? demanda Brasti.

— As-tu l’intention de te taire dans un avenir proche ? rétorquai-je.

Il m’ignora.

— Je trouve étrange que les sons émis par un noble qui fornique soient si similaires à ceux d’un homme qu’on torture.

— Parce que tu as déjà souvent eu l’occasion de torturer des nobles ?

— Tu vois ce que je veux dire. Gémissements, grognements et petits cris. N’est-ce pas indécent ?

Kest leva un sourcil.

— Et comment un accouplement décent devrait-il résonner, selon toi ?

Brasti eut un regard empreint de nostalgie.

— Davantage de cris de plaisir féminins, sans aucun doute. Et plus de texte. Par exemple : « Oh ! mon Brasti, continuez, comme cela ! Vous êtes si fringant de cœur et de corps ! » Celle-ci, reprit-il en levant les yeux au ciel, semble tricoter un pull pour l’hiver, ou découper la viande pour le dîner.

— « Si fringant de cœur et de corps » ? Les femmes disent-elles vraiment de telles choses au lit ? s’enquit Kest.

— Cesse de t’entraîner en solitaire avec ton épée et emmène une femme dans ta couche, tu verras. Allons, Falcio, soutiens-moi un peu, n’ai-je pas raison ?

— C’est possible, mais cela fait si longtemps pour moi que je ne suis pas certain de me souvenir.

— Oui, sans doute, saint Falcio, mais j’imagine qu’avec ta femme…

— Arrête, l’interrompis-je.

— Je n’ai pas… Je veux dire…

— Ne m’oblige pas à te frapper, Brasti, menaça Kest d’une voix douce.

Nous restâmes assis une minute ou deux en silence, tandis que Kest jetait un regard glacial à Brasti en mon nom, et que les bruits continuaient à résonner sans relâche dans la chambre.

— Tout de même, je n’arrive pas à croire qu’il tienne ainsi la distance, reprit Brasti. Falcio, je te le demande encore, que faisons-nous ici ? Tremondi ne nous a toujours pas payés.

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— Ils forniquent encore, déclara Brasti.

J’ouvris péniblement les yeux et jetai un regard fatigué sur le couloir de l’auberge, un passage à la fois sale et trop décoré qui semblait vouloir me rappeler que ce monde avait bien dû être un endroit plaisant… avant de se mettre à pourrir de tous les côtés. Kest, Brasti et moi montions la garde sur des chaises vermoulues empruntées dans la salle commune en bas des marches. En face de nous se trouvait la grande porte de chêne de la chambre louée par le seigneur Tremondi.

— Arrête avec ça, Brasti, grommelai-je.

Il m’adressa ce qu’il estimait être un regard noir, mais le résultat n’était guère convaincant. Brasti était séduisant, un peu trop pour son propre bien. Ou celui des autres. Ses pommettes saillantes et sa bouche sensuelle entourée d’une barbe courte d’un blond aux reflets roux mettaient en valeur un sourire qui lui permettait de se tirer de presque toutes les bagarres provoquées par sa langue trop bien pendue. Pour les autres, son talent à l’arc réglait rapidement le problème. Mais quand il tentait de vous lancer un regard assassin, il donnait simplement l’impression de bouder comme une donzelle.

— Avec quoi, veux-tu bien préciser ? reprit-il. Avec le fait que tu m’aies promis une vie de héros pour m’attirer parmi tes Manteaux de gloire alors que je me retrouve à vivre dans la pauvreté, honni de tous, contraint à accepter de misérables missions de garde du corps pour des marchands de passage ? Ou avec le fait que nous soyons assis dans ce couloir minable pendant que notre gracieux bienfaiteur, et j’utilise le terme avec libéralité sachant qu’il ne nous a pas versé une piécette de bronze sur notre salaire, mais passons, pendant donc qu’il culbute bruyamment je ne sais quelle demoiselle pour… quoi ? La cinquième fois depuis le souper ? Mais comment ce gros phacochère tient-il un tel rythme ? Je veux dire…

— Des herbes, peut-être, intervint Kest en étirant ses muscles avec la grâce nonchalante d’un danseur.

— Des herbes ?

Kest hocha la tête.

— Et que connaît aux herbes notre soi-disant plus grand escrimeur du monde ?

— Un apothicaire m’a vendu une décoction il y a quelques années, une potion censée assurer la puissance de votre bras armé même aux portes de la mort. Je l’ai utilisée pour combattre une demi-douzaine d’assassins qui cherchaient à abattre le témoin d’un crime.

— A-t-elle fonctionné ? demandai-je.

Kest haussa les épaules.

— Je ne saurais le dire. Après tout, ils n’étaient que six, ce n’était donc pas une expérience très probante. Cependant, j’ai dû supporter une érection spectaculaire pendant tout le combat.

Un grognement prononcé suivi de gémissements retentit derrière la porte.

— Par tous les saints ! Ne peuvent-ils conclure enfin et dormir ?

Comme en réponse, les grognements s’accentuèrent.

— Savez-vous ce qui m’interpelle le plus ? demanda Brasti.

— As-tu l’intention de te taire dans un avenir proche ? rétorquai-je.

Il m’ignora.

— Je trouve étrange que les sons émis par un noble qui fornique soient si similaires à ceux d’un homme qu’on torture.

— Parce que tu as déjà souvent eu l’occasion de torturer des nobles ?

— Tu vois ce que je veux dire. Gémissements, grognements et petits cris. N’est-ce pas indécent ?

Kest leva un sourcil.

— Et comment un accouplement décent devrait-il résonner, selon toi ?

Brasti eut un regard empreint de nostalgie.

— Davantage de cris de plaisir féminins, sans aucun doute. Et plus de texte. Par exemple : « Oh ! mon Brasti, continuez, comme cela ! Vous êtes si fringant de cœur et de corps ! » Celle-ci, reprit-il en levant les yeux au ciel, semble tricoter un pull pour l’hiver, ou découper la viande pour le dîner.

— « Si fringant de cœur et de corps » ? Les femmes disent-elles vraiment de telles choses au lit ? s’enquit Kest.

— Cesse de t’entraîner en solitaire avec ton épée et emmène une femme dans ta couche, tu verras. Allons, Falcio, soutiens-moi un peu, n’ai-je pas raison ?

— C’est possible, mais cela fait si longtemps pour moi que je ne suis pas certain de me souvenir.

— Oui, sans doute, saint Falcio, mais j’imagine qu’avec ta femme…

— Arrête, l’interrompis-je.

— Je n’ai pas… Je veux dire…

— Ne m’oblige pas à te frapper, Brasti, menaça Kest d’une voix douce.

Nous restâmes assis une minute ou deux en silence, tandis que Kest jetait un regard glacial à Brasti en mon nom, et que les bruits continuaient à résonner sans relâche dans la chambre.

— Tout de même, je n’arrive pas à croire qu’il tienne ainsi la distance, reprit Brasti. Falcio, je te le demande encore, que faisons-nous ici ? Tremondi ne nous a toujours pas payés.

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Extrait ajouté par MaMt 2015-06-13T23:12:26+02:00

Imaginez, juste un instant, que vous ayez réalisé votre voeux le plus cher. Pas juste le souhait raisonnable dont vous parlez avec vos amis. Non, le rêve bien caché près de votre cœur, celui que même enfant, vous hésitiez à formuler à haute voix. Imaginez, par exemple, que vous ayez toujours souhaité devenir un Manteau de Gloire, l'un des légendaires magistrats qui arpentaient autrefois le monde, l'épée au côté, du village le plus modeste à la plus éclatante cité pour s'assurer que tous, hommes et femmes, nobles et paysans, obéissent aux lois édictées par le roi. Un protecteur pour beaucoup, et même un héros pour certains. Sentez le cuir épais du manteau qui enveloppe vos épaules, la légèreté trompeuse des plaques d'os qui en tapissent l'intérieur comme une armure, les dizaines de poches dissimulées qui regorgent d'outils, d'ingénieuses trouvailles, de pilules et de potions. Vous posez la main sur la lame qui bat contre votre cuisse, conscient qu'en tant que Manteau de gloire, vous avez appris à vous si nécessaire, si brillamment que vous sauriez vaincre n'importe quel adversaire en combat singulier.

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Extrait ajouté par MaMt 2015-06-13T23:10:46+02:00

_ Tu recommences, Falcio, murmura Kest.

_ Quoi donc?

_ Tu parles quand tu devrais te battre.

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Extrait ajouté par MaMt 2015-06-13T23:10:00+02:00

_ Enfer, marmonna Kest à Brasti.

_ Qu'y a-t-il?

_ J'aurais préféré qu'il n'adresse pas un tel sourire à Falcio.

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Extrait ajouté par MaMt 2015-06-13T23:08:19+02:00

_ Le moment est venu, annonça Kest d'un ton pressant. Voilà comment ils vont détruire tout ce pour quoi le roi s'est battu. Explique-moi, donne-moi une raison, une bonne raison, pour laquelle je ne devrais pas étouffer la tempête avant qu'elle se déchaîne?

Je l'attrapai par l'arrière du cou et le tirai brusquement vers moi au point que nos nez manquèrent presque de se toucher. Je plongeai le regard dans le sien.

_ Parce que nous ne sommes pas de foutus assassins, dis-je en martelant chaque mot avec soin.

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Extrait ajouté par MaMt 2015-06-13T23:07:42+02:00

Il n'avait probablement encore jamais été vaincu. Mais moi, j'ai été défait quantité de fois, et il faut bien reconnaître que cela vous apprend quel est le véritable enjeu d'un combat. Ce n'est pas une représentation romantique, il n'est pas question d'amour ou de gloire. Un duel n'est pas toujours fondé sur l'adresse et la force. Parfois, souvent même, il s'agit de savoir lequel est prêt à encaisser un coup pour pouvoir en porter un pire encore à son adversaire.

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Extrait ajouté par Mondaye 2015-06-05T21:26:45+02:00

Kest, la prochaine fois que l'issue la plus optimiste que tu puisses envisager lors d'un combat est notre mort à tous sauf la tienne, continue de réfléchir, d'accord ?

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Extrait ajouté par Mondaye 2015-06-05T21:16:32+02:00

Un dicton de Pertine dit que "la vie est un accord passé avec les dieux".

Si vous voulez devenir soldat, vous jurez de vous battre âprement et sans réserves toute votre existence; vous passez un accord avec Guerre et répandez le sang en son nom. En retour, elle vous accordera un squelette solide et un sang épais. Si vous souhaitez être marchand, vous faites voeu de parcourir le monde et de ne pas trop tromper vos clients, et vous jurez fidélité à la Monnaie, qui vous accordera des trajets sans risques et des clients naïfs. Moi, je passais un accord avec Amour, et jurai fidélité à une femme pour toute ma vie. En retour, il m'accorda de doux sourires et des nuits de chaleur partagée...

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