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Les plus belles légendes du Moyen-Âge



Description ajoutée par siegrid 2010-12-19T16:02:20+01:00

Résumé

Tous ceux qui sont en quête de merveilleux seront littéralement enchantés par cette remarquable anthologie. Roland, Tristan et Yseut, Le roi Arthur, le roman de Renart… Ces légendes, sources vives de nos traditions culturelles, qui inspirent encore aujourd’hui les scénaristes du monde entier, sont commentées ici avec passion par un spécialiste de la littérature médiévale.

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Classement en biblio - 12 lecteurs

Extrait

HÉRITAGE DE L'ANTIQUITÉ

GRÉCO-LATINE

La civilisation médiévale n'a jamais renoncé à son passé gréco-latin. Il est vrai que l'idée de modernité est une invention médiévale : elle désigne le présent, saisi comme différent de l'Antiquité. Cependant, il n'y a jamais eu de rupture entre le passé et le présent. À la fin du Ve siècle, Gélase parle du présent comme étant la continuation naturelle de l'Antiquité ; le présent est conçu sans ressentiment. Quelques décennies plus tard, le moderne Cassiodore se pose la question : « Voulez-vous être moderne ? Lisez Aristote. » Ce qui domine alors n'est pas le sentiment de la rupture entre les âges, mais celui de la filiation et de leur continuité naturelle. Ainsi, l'histoire ne devient pas bipolaire : la tradition est une permanence et une conscience de soi. Un moderne ne peut tout remettre en question, car la tradition est un dépôt transmis de génération en génération.

Dans les écoles de haut niveau, plus tard à l'université — qui est une invention médiévale — on parle toujours la langue latine. Les clercs ont toujours accès aux textes latins. À partir du XIIe siècle, l'Antiquité est bien connue par le public : les romans de Troie, Enéas, Thèbes, Alexandre sont adaptés pour le grand public. Or, tout ceci n'empêche pas la redécouverte de la tradition celtique et germanique. Le monde antique était foncièrement méditerranéen, le monde moderne est transalpin : l'homme médiéval a pleinement conscience d'un transfert du pouvoir de l'est vers l'ouest. Cette idée se double d'un transfert du savoir : Othon de Freising affirmait que « même si nous sommes plus jeunes, nous nous appuyons sur nos devanciers et nous devons être plus perspicaces ».

Le Roman de Troie

Écrit au milieu du XIIe siècle, Le Roman de Troie est une adaptation en français de la guerre de Troie. Les sources de l'auteur, toutefois, ne sont pas directement Homère, mais des résumés tardifs en latin, qui émaneraient de témoins oculaires des événements. La ville de Troie est représentée de façon idéale et sert de modèle pour l'Occident médiéval ; elle est d'une beauté éclatante, comme en témoigne la description de la Chambre de beautés avec ses automates. Troie est aussi un modèle de gouvernement. Hector, seigneur de la guerre, est adulé par les femmes, la reine des Amazones notamment qui combat à ses côtés. À la fin, la cité modèle est anéantie, victime de la trahison et peut-être de la volonté des dieux, du destin.

Ce roman a connu un grand succès dès le XIIIe siècle, si l'on en juge par le nombre de ses adaptations et traductions.

Édition

Benoît de Sainte-Maure, Le Roman de Troie, traduction et présentation par Emmanuèle Baumgartner, UGE, 10-18, 1987, « La Chambre de beautés », vv. 14529-14958, pp. 154-163 ; « Les Amazones sur le champ de bataille », vv. 23302-23718, pp. 260-267 ; « La prise de Troie», vv. 25850-26240, pp. 287-295.

La Chambre de beautés

Dans les derniers jours de la bataille, Hector fut blessé au visage par une flèche d'une très grosse dimension qui transperça les mailles de sa ventaille. Il faillit bien être tué. Quinze jours durant, il fut immobilisé et ne put ni revêtir son haubert ni prendre part aux sorties. Du moment où il fut blessé au visage, et tant que dura la bataille, ses plus proches parents subirent de grandes pertes et eurent toujours le dessous. Chaque jour, on regrettait son absence. Et tous ceux qui assistaient à la destruction des leurs n'arrêtaient pas de pleurer pitoyablement. À plusieurs reprises, les Grecs rejetèrent les Troyens dans la ville ; ils battirent en retraite plus souvent qu'ils ne reprirent l'avantage. Ils avaient très nettement le dessous. Privés de leur chef, ils n'avaient plus de rempart ! Comme ils regrettaient sa prouesse ! Comme ils étaient pleins d'angoisse, de tristesse, d'affliction ! Comme ils se lamentaient !

Champs, vergers, jardins, tout était couvert de cadavres. Ceux qui les ramassaient affirmaient qu'il y en avait bien plus que lorsqu'on avait fait brûler les corps sur les bûchers et bien des gens disaient : « Il n'y en avait pas autant l'autre fois. » Les Troyens ne purent supporter plus longtemps cette situation : ils ne savaient plus où se réunir ; l'odeur, la puanteur des cadavres les mettaient en fuite. Il n'y avait plus un seul endroit de libre.

À cause de la blessure d'Hector, qui entraînait la perte des siens, et afin de pouvoir nettoyer les champs, le roi Priam demanda une trêve. Il voyait, dit l'Auteur, ses hommes mourir par milliers. L'absence de leur chef n'était que trop manifeste ! Le noble roi choisit comme messagers des hommes renommés, sages et courtois, et les envoya auprès d'Agamemnon mais leurs noms ne sont pas écrits dans ma source. Ils demandèrent une trêve de six mois, sans tir de flèche, sans jet de lance, sans coup d'épée. Elle leur fut accordée sans que personne ne s'y opposât et on échangea des serments de part et d'autre.

Les Troyens se mirent donc en grand nombre à élever des bûchers et à faire brûler les corps. Ils y passèrent des journées entières jusqu'à ce que tout fût achevé, les cadavres ensevelis, brûlés, ou mis dans des tombeaux. Tous, jeunes ou vieux, se réjouissaient de ce long répit. Beaucoup allèrent faire du fourrage : ils en avaient bien besoin et il leur fallut aller le chercher très loin.

Le jour où ils furent enterrés, les fils du roi furent longuement pleurés. On les mit dans de somptueux cercueils et ils furent tous deux ensevelis en grand honneur, auprès de leurs frères, et selon les coutumes troyennes.

Les Troyens jouirent ainsi de cette paix et de ce répit six bons mois, à ce que dit l'Auteur. Les malades et les blessés reçurent enfin tous les soins dont ils avaient besoin. Brut des Pouilles, le plus savant de tous ceux qui apprirent la médecine, l'art des onguents frais ou des emplâtres, opéra Hector dans la Chambre d'albâtre avec tant d'habileté qu'il ne ressentit pas la moindre douleur. Dames, jeunes filles, nobles demoiselles, toutes étaient auprès de lui nuit et jour. Les rois, les princes, les seigneurs, tous les plus valeureux et les plus renommés des Troyens vinrent également le voir. Polyxène est là, sa sœur, qui l'aime de tout son cœur, et ma dame Hélène, qui le sert et qui le lave et essuie sa plaie avec douceur et empressement. Bien souvent ils discutent pour savoir qui est la plus belle, d'Hélène ou de la jeune fille, mais ils n'arrivent pas à se décider et à trancher. Personne au monde ne serait au reste capable de se représenter et de décrire l'éclatante beauté et les attraits de la moins belle des deux.

Dans la Chambre d'albâtre étincellent l'or d'Arabie et les douze pierres jumelles que Dieu désigna comme les plus belles lorsqu'il les nomma « précieuses ». Ce sont le saphir, l'agate rouge, la topaze, le quartz vert, la chrysolite, l'émeraude, le béryl, l'améthyste, le jaspe, le rubis, la précieuse sardoine, l'éclatante escarboucle et la calcédoine. Ces pierres, partout répandues dans la Chambre, sont en si grand nombre qu'il n'y a pas besoin d'autre source de lumière : le plus beau jour d'été n'est pas plus lumineux que ne l'était la Chambre, même dans l'obscurité de la nuit. Les bordures sont faites de quartz vert, de sardoines et de beaux rubis et les châssis des fenêtres sont en or ciselé d'Arabie. De l'abondance des ciselures, des images, des sculptures, des peintures, des objets extraordinaires et des jeux que l'on pouvait voir disposés un peu partout dans la Chambre, je ne veux pas vous parler maintenant car ce serait ennuyeux à écouter.

S'élevaient en revanche dans les quatre angles de la Chambre quatre magnifiques colonnes. La première était en ambre jaune très précieux, la seconde était faite d'un quartz vert aux rares vertus, la troisième d'onyx et la quatrième de jais. La moins riche valait déjà, je pense, plus de deux cents marcs d'or pur. Il n'existe pas aujourd'hui au monde d'homme assez puissant pour acquérir ne serait-ce que les deux moins belles de ces colonnes. C'est trois savants, trois sages très experts en magie qui les avaient dressées, sculptant sur chacune d'elles une statue d'une très grande beauté. Les deux plus belles représentaient deux jeunes filles et les deux autres, les deux plus beaux jeunes gens du monde. Ces statues étaient si artistiquement colorées et d'une telle perfection de formes qu'on pouvait croire, à les regarder, que c'étaient des anges venus du Paradis.

La plus petite des jeunes filles présentait un miroir serti d'or rouge, plus brillant et plus resplendissant que les rayons de la lune ou du soleil. Quiconque entrait dans la Chambre pouvait s'y contempler, dans toute sa vérité. Le miroir ne trompait pas : il était offert à tous ceux qui pénétraient dans la Chambre. Leur image s'y reflétait et ils apercevaient aussitôt ce qui n'allait pas dans leur toilette ; ainsi, ils pouvaient immédiatement y remédier et se présenter avec grâce. Les jeunes filles pouvaient voir très distinctement si leur manteau, le bandeau retenant leurs cheveux, leur guimpe ou leur broche étaient bien mis. C'était là, il faut le reconnaître, une bien bonne chose : elles se sentaient plus sûres d'elles et perdaient beaucoup de leur timidité. Dans cette Chambre, il était bien rare qu'on vous reprenne pour une attitude ou un rire déplacés : maintien, attitude, couleurs, le miroir reflétait de chacun une image fidèle.

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Date de sortie

Les plus belles légendes du Moyen-Âge

  • France : 2009-10-01 - Poche (Français)

Activité récente

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Les chiffres

Lecteurs 12
Commentaires 2
Extraits 1
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Note globale 7 / 10

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