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Extrait ajouté par Ellana06 2018-10-16T22:39:24+02:00

Haletante, elle se figea.

Les deux hommes gisaient sur les pavés.

La rue était déserte et silencieuse.

Perplexe, elle observa les corps inertes. Était-ce un piège pour l’inciter à s’approcher ?

Tendue, tous les sens en alerte, elle avança d’un pas prudent tout en veillant à demeurer hors d’atteinte. Le scalpel avait laissé une estafilade sanglante sur la joue du costaud, mais cela n’expliquait pas qu’il ait perdu connaissance. Il y avait aussi une marque rouge sur sa tempe, nota-t-elle.

Quant au rouquin, il saignait du nez. Il y avait gros à parier que celui-ci était cassé.

Interdite, elle fouilla la rue du regard et, une fois de plus, eut l’étrange impression qu’on l’observait. Quelqu’un devait être tapi non loin. Ces deux soldats ne s’étaient pas assommés tout seuls.

Bien que se sentant un peu bête, elle cria :

— Montrez-vous ! Je sais que vous êtes là. Cela fait des semaines que vous me suivez.

— Seulement le mardi, répondit une voix.

Garrett pivota vivement sur ses talons. Elle entrevit un mouvement dans l’embrasure d’une porte et brandit la baïonnette.

Un inconnu émergea de l’ombre. Grand, athlétique, il portait une veste ouverte sur une chemise ordinaire, un pantalon gris, et une casquette plate semblable à celles des dockers. Il s’immobilisa à quelques pas et enleva sa casquette, révélant des cheveux bruns coupés très court.

— Encore vous ? s’exclama-t-elle.

— Docteur Gibson.

Il la salua d’un hochement de tête avant de recoiffer sa casquette. Ses doigts touchèrent brièvement la visière en signe de respect.

Ethan Ransom était inspecteur à Scotland Yard. Garrett l’avait déjà croisé à deux reprises, la première deux ans plus tôt, quand elle avait accompagné lady Helen Winterborne dans un quartier dangereux de Londres où Ransom les avait suivies sur ordre de Rhys Winterborne, le mari d’Helen. Et le mois dernier – il était passé à la clinique lorsqu’elle avait opéré Pandora, la sœur cadette de lady Helen, après une agression au couteau.

Ransom était si discret qu’il serait facilement passé inaperçu. Sauf que son visage n’était pas de ceux qu’on oubliait : des traits nets, bien dessinés, une bouche ferme, un nez fort dont l’arête était un peu épaisse – une ancienne fracture ? –, et des yeux perçants frangés de cils sombres sous d’épais sourcils. Elle ne se souvenait pas de la couleur de ses iris. Noisette, peut-être ?

Elle l’aurait trouvé séduisant sans cette dureté implacable qui émanait de lui, et donnait l’impression que sous le vernis civilisé un voyou dépourvu de raffinement était tapi.

— Et qui vous a payé pour me suivre, cette fois ? s’enquit Garrett d’un ton tranchant.

Elle fit pirouetter sa canne avant d’en poser la pointe sur le sol d’un geste affirmé. Un peu démonstratif, sans doute, mais elle ressentait le besoin d’afficher ses talents.

— Personne, répondit Ransom, une lueur amusée dans le regard.

— Alors que faites-vous ici ?

— Vous êtes la seule femme médecin de toute l’Angleterre. Ce serait dommage qu’il vous arrive malheur.

— Je n’ai pas besoin de protection. Et si c’était le cas, ce n’est pas vous que j’engagerais dans ce but.

Ransom la gratifia d’un regard indéchiffrable avant de s’approcher de l’homme qu’elle avait bastonné. Du bout du pied, il le fit rouler sur le ventre. Puis, tirant une longueur de corde de sa poche, il entreprit de lui lier les mains dans le dos.

— Comme vous pouvez le constater, je n’ai eu aucun mal à me débarrasser de cet importun, reprit-elle. Et j’aurais fait mon affaire des deux autres sans problème.

— Vous vous trompez, rétorqua-t-il d’un ton neutre.

Agacée, elle insista :

— Je me suis entraînée au kendo avec le meilleur maître d’armes de Londres. Je sais me battre contre plusieurs adversaires.

— Vous avez commis une erreur.

— Laquelle ?

Il tendit la main vers la lame de baïonnette. À contrecœur, elle la lui remit. Il la glissa dans sa gaine de cuir, qu’il attacha ensuite à sa propre ceinture.

— Lorsque vous lui avez fait lâcher sa lame, vous auriez dû l’envoyer au loin d’un coup de pied. Au lieu de quoi, vous vous êtes baissée pour la ramasser. Ce faisant, vous avez tourné le dos aux deux autres. Si je n’étais pas intervenu, ils se seraient jetés sur vous.

Il reporta son attention sur les deux autres soldats qui commençaient à remuer en grognant.

— Si l’un de vous bouge une oreille, je vous castre comme des chapons et je jette vos attributs dans le Grand Égout.

Son ton était d’autant plus glaçant qu’il était désinvolte.

Les deux hommes se turent.

— Une séance d’entraînement chez le maître d’armes n’a rien à voir avec un combat de rue, poursuivit Ransom. Les ruffians n’attendent pas poliment leur tour. Ils attaquent en bande. Et tous vos beaux moulinets de canne n’auraient servi à rien.

— Je sais viser les points faibles, figurez-vous.

Il revint vers elle, s’immobilisa à moins d’un mètre. Son regard acéré glissa sur elle. Bien qu’en alerte, Garrett ne recula pas d’un pouce. Elle avait du mal à cerner Ransom qui, à bien des égards, lui semblait presque inhumain. Puissant, à la fois longiligne et musclé, il se déplaçait avec une fluidité et une rapidité stupéfiantes. Même lorsqu’il était immobile, on percevait chez lui une énergie explosive.

— Essayez avec moi, lui proposa-t-il d’une voix douce.

Elle écarquilla les yeux.

— Vous voulez que je vous frappe avec ma canne ? Mais je ne veux pas vous blesser.

— Cela ne risque p…

Il n’avait pas fini sa phrase qu’elle l’attaquait d’un geste agressif. Aussi rapide soit-elle, il le fut davantage encore. D’un simple pivotement du buste, il évita la canne qui ne fit que lui raser la cage thoracique. Il l’empoigna à mi-longueur et tira brusquement tout en poursuivant son mouvement de rotation. De son bras libre, il ceintura Garrett et lui arracha la canne aussi aisément que s’il avait confisqué un jouet à un enfant.

Furieuse, elle se retrouva le dos plaqué contre lui et totalement impuissante. Son cœur s’était mis à battre à tout rompre, ce qui expliquait peut-être la sensation étrange, presque cotonneuse, qui l’avait envahie, et semblait émousser le contour de ses pensées et sa perception de l’environnement. Tout à coup le monde semblait s’être réduit à cet homme qui l’encerclait de ses bras d’acier dans une étreinte brutale. Uniquement consciente du parfum légèrement citronné de son haleine, de la dureté de son torse et de son propre souffle haletant, elle ferma les yeux.

Le sort fut rompu lorsque les vibrations du rire de Ransom se répercutèrent dans son dos. Elle se débattit pour se libérer.

— Je vous interdis de vous moquer de moi.

Il la relâcha prudemment et s’assura qu’elle avait repris son équilibre avant de lui rendre sa canne.

Une lueur espiègle dans les yeux, il leva les mains.

— Je ne me moquais pas de vous. Je suis juste amusé que vous ayez réussi à me prendre par surprise.

Les joues en feu, Garrett sentait encore ses bras autour d’elle, comme si leur empreinte s’était gravée dans sa chair.

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