Livres
473 193
Membres
446 763

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode

Ajouter un extrait


Liste des extraits

Extrait ajouté par ilovelire 2016-03-04T21:57:16+01:00

Elle parcourut l’espace jusqu’au bout pour ne découvrir que le désert. Un peu dépitée, elle revint sur ses pas et emprunta un autre embranchement, puis encore un autre. Elle avait croisé plusieurs rues sans que rien ne lui rappelât une bâtisse pouvant ressembler de près ou de loin à un marché de légumes. Autour d’elle, elle ne voyait que désordre et abandon. Comment se retrouver dans pareil capharnaüm?

Enfin, après une longue heure de marche, de multiples détours et l’impression qu’elle n’y arriverait jamais, une construction vaste, basse, au sol en terre battue, hâtivement rafistolée, se dessina comme une ombre gigantesque au milieu d’une plaine inculte.

La devanture largement évasée laissait voir sous le chapiteau des rangées de tables rectangulaires, enchaînement de planches en bois brut soutenues grossièrement par des tréteaux sur lesquelles s’étalaient quelques denrées. Des maraîchers étaient installés derrière et attendaient le bon vouloir des clients tout en bavardant avec leurs voisins. Derrière eux, le long des murs, des sacs de pommes de terre disposés en monticules jonchaient le sol.

Afficher en entier
Extrait ajouté par ilovelire 2016-03-04T21:57:11+01:00

Elle se retrouva dans la rue. De chaque côté sur les terre-pleins, la fraîcheur de la nuit montait des herbes, et un parfum de verdure effleurait ses narines. On était en juillet et, malgré l’heure précoce, déjà le soleil dardait le ciel de ses chauds rayons. La journée serait agréable. Elle avança un moment avec entrain puis, peu à peu, ralentit son allure. Son dos lui faisait mal. La blessure qu’elle s’était infligée lors du bombardement devant Brandenburg se réveillait encore parfois. Des contractions douloureuses raidissaient ses membres et elle claudiquait. Elle avait oublié combien tout son corps était rompu par cet infernal déplacement.

Afficher en entier
Extrait ajouté par ilovelire 2016-03-04T21:56:41+01:00

Elle coula un regard songeur sur la petite salle qui réunissait la famille pour les repas, sur Magnus et Rita qui trônaient chacun à un bout de la table, sur leur progéniture qui se chamaillait. Ainsi commençait sa nouvelle vie.

Déjà, la veille, elle avait compris dans les mots de Magnus, dans ses flottements, dans le mutisme de Rita, que leur charité obligée leur pesait plus lourdement encore qu’elle n’aurait cru. Elle décida de ne pas attendre d’être rétablie avant de réagir. Malgré son épuisement, elle se mettrait immédiatement à la recherche d’un emploi.

Afficher en entier
Extrait ajouté par ilovelire 2016-03-04T21:56:32+01:00

Encore, si elle avait pu discuter avec Magnus à propos du document qu’elle lui avait remis… Après les dangers qu’elle avait courus, il eût été normal qu’il lui en glisse un mot, qu’il la renseigne sur son contenu, mais il n’en avait rien fait. Sitôt son petit-déjeuner avalé, il avait gagné son bureau et n’en était ressorti que pour le repas de midi. Elle supposa qu’il en prenait longuement connaissance. Pendant toute la journée, elle espéra en vain qu’il la convoque dans sa pièce de travail. L’affaire était top secret, une affaire d’hommes, même pour elle qui avait pris tous les risques, et elle en était mortifiée.

Afficher en entier
Extrait ajouté par ilovelire 2016-03-04T21:56:07+01:00

Else passa une première journée à errer à travers la maison sans rien faire et elle s’ennuya à mourir. À l’agitation du petit-déjeuner avait succédé le silence. Les enfants étaient dehors et s’amusaient entre cousins. Rita s’était réfugiée dans la cuisine, Magnus s’était isolé dans son bureau et chacun avait fermé sa porte.

Désœuvrée, elle descendit à la cave et examina le lieu de séjour qui leur avait été assigné. Il était lourdement encombré. Elle devina que Magnus et Rita devaient y balancer tout ce qui ne faisait plus leur affaire plutôt que de s’en débarrasser, « au cas où cela pourrait servir », comme avait coutume de dire Magnus.

Afficher en entier
Extrait ajouté par ilovelire 2016-03-04T21:55:34+01:00

Rita posa les yeux sur eux. D’un trait, elle se pétrifia. Elle venait de remarquer la poussière qui couvrait les vêtements de sa belle-sœur, leur aspect défraîchi. Abasourdie à leur arrivée, elle n’avait rien vu. Poursuivant son examen, elle se pencha vers les enfants, considéra leurs pieds nus, leurs jambes écorchées et les pauvres hardes qui constituaient leur habillement. Une main aplatie sur le dossier d’un beau fauteuil recouvert de damas broché, l’autre levée fermement, elle signifiait à Else et à sa famille qu’ils devaient rester là où ils étaient, ce qui voulait dire ne pas franchir le seuil du salon.

Afficher en entier
Extrait ajouté par ilovelire 2016-03-04T21:55:25+01:00

Restée seule dans le hall avec les enfants, Else posa un regard discret autour d’elle. L’ensemble n’avait rien de Lindenbaum. Magnus, qui possédait un manoir en banlieue, l’avait vendu au début de la guerre pour s’installer dans cette partie plus centrale de la ville, et c’était la première fois qu’elle s’amenait dans le petit logis.

La pièce dans laquelle ils attendaient, minuscule et sombre, était sommairement meublée d’un fauteuil de style Empire encadré de deux guéridons. Des candélabres accrochés symétriquement aux murs dessinaient des silhouettes opaques sur les boiseries vernies, comme des ombres chinoises. Elle devina qu’ils devaient répandre une lumière bien falote, le soir, lorsqu’ils étaient allumés. À gauche, une porte était ouverte sur une pièce spacieuse et claire. Pourvue d’une table et d’étagères chargées de livres, elle supposa que c’était le bureau de Magnus. À droite, un salon et une salle à manger étaient disposés en enfilade de la fenêtre avant jusqu’à celle donnant sur la cour, et la cuisine occupait l’arrière gauche de la demeure. Au centre courait un long corridor interrompu par un escalier en chêne massif menant aux niveaux inférieur et supérieur.

Afficher en entier
Extrait ajouté par ilovelire 2016-03-04T21:55:14+01:00

Volubile, elle parlait, parlait, semblait ne rien savoir de la situation de guerre, partout la même en Allemagne, comme si le manoir Lindenbaum, dissimulé dans un endroit privilégié, avait été épargné, que les voitures et les trains y circulaient et qu’indemne, la famille de son beau-frère vivait dans le confort et la sécurité.

Else avait oublié à quel point Rita s’exprimait étourdiment, combien en l’absence de Magnus elle était impulsive et babillait d’abondance, pour, lorsqu’il était présent, se replier comme un petit chien soumis et lui laisser toute la place.

Afficher en entier
Extrait ajouté par ilovelire 2016-03-04T21:54:28+01:00

La porte s’entrebâilla avec une lenteur prudente.

Rita coula un regard évasif dans l’embrasure.

— Qu’est-ce que c’est?

Soudain, elle recula. Ses yeux s’arrondirent de surprise.

— Mon Dieu! ce n’est pas… Else, est-ce bien toi? Après ta réception de Noël, nous avons tenté vainement de communiquer avec vous, même que nous vous avons crus morts et, tout à coup, tu es là, devant moi, comme une apparition, avec tes quatre gosses. Je ne peux le croire.

Elle se tut brusquement. Les sourcils froncés, elle fit un pas et jeta vers l’extérieur des coups d’œil furtifs.

— Je ne vois pas Johann. Il n’est pas avec vous?

Elle revint vers Else.

— Ce que je suis bête, comment n’y ai-je pas pensé! Johann vous a éloignés de Berlin. C’est ce qu’il fallait faire. Avec ce que vous vivez là-bas, l’occupation par les Russes…, ce doit être terrible! Si, si, nous avons appris, insista-t-elle devant l’expression déconcertée d’Else, sa bouche ouverte dans une tentative pour introduire une réplique.

Afficher en entier

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode