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Ce n’était pas comme si King n’avait jamais été en proie à un tel dédain auparavant. Il s’en était toujours moqué. Il avait même bâti sa réputation sur ce dédain.

Pourtant, face à cette femme, il avait l’impression d’être un insecte ; alors qu’il n’avait rien fait de mal.

— Parfait, déclara le médecin qui, oublieux de la discussion qui se déroulait à ses côtés, coupa le dernier fil d’une rangée de points impeccables. Une fois de plus, il prit King de court en s’emparant d’un pot de miel.

— C’est pour quoi ? s’enquit-il.

— Pour sa blessure, répondit simplement l’autre en étalant la pâte dorée sur la plaie comme si c’était la chose la plus normale du monde.

— Cette dame n’est pas une tartine.

— Les anciens Égyptiens s’en servaient pour combattre l’infection.

— Et ce serait une bonne raison de continuer à le faire de nos jours ?

— Vous avez une meilleure idée ?

King n’aimait pas cet homme.

— Cela fonctionne ?

Le docteur haussa les épaules.

— Ça ne peut pas faire de mal.

King cilla.

— Vous êtes fou

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— Pourquoi les livres ?

— Je vous demande pardon ?

— Pourquoi sont-ils votre vice ? Elle posa l’assiette et s’essuya les doigts sur sa jupe avant de s’emparer d’un ouvrage au sommet d’une pile de petits livres reliés de cuir. Elle le lui tendit.

— Allez-y.

— Allez-y, quoi ?

— Sentez-le. Il inclina la tête. Elle ne put s’empêcher de sourire.

— Faites-le. Il approcha le livre de son nez. Inhala.

— Pas comme cela, dit-elle. Sentez-le vraiment. Il haussa un sourcil, mais obéit. — Que sentez-vous ? s’enquit Sophie.

— Le cuir et l’encre ? Elle secoua la tête.

— Le bonheur. C’est ce que sentent les livres. Le bonheur. C’est pour cela que j’ai toujours voulu avoir une librairie. Qu’y a-t-il de mieux dans la vie que d’offrir du bonheur ? Il la scruta – suffisamment longtemps pour qu’elle se sente mal à l’aise – jusqu’à ce qu’elle reprenne sa tartelette.

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C’est alors que Sophie en eut assez de ce monde de règles, de hiérarchies et de dédain. Ce monde qu’elle n’avait pas choisi. Ce monde qu’elle haïssait. Déterminée à venger sa sœur, elle courut derrière son beau-frère. Il se retourna de nouveau, peut-être parce qu’il entendit avec quel désespoir sa femme appela sa belle-sœur ; ou peut-être parce que le bruit des pas d’une représentante du sexe faible lui fonçant dessus était assez étrange pour le surprendre ; ou peut-être parce que Sophie ne put s’empêcher de donner voix à sa contrariété dans un cri féroce qui retentit à travers toute la serre. Elle le poussa de toutes ses forces. S’il n’avait pas été en train de se retourner, déjà en déséquilibre… Si le sol n’avait pas été aussi glissant, grâce aux soins de jardiniers soucieux d’entretenir ce qui faisait la fierté des Liverpool… Si la comtesse de Liverpool n’avait pas eu un tel faible pour les poissons…

— Espèce de petite mégère ! s’écria le duc depuis la mare où il gisait, assis sur son postérieur, les genoux pliés, ses cheveux mouillés plaqués sur le visage, les yeux brillants de fureur. Je vous détruirai ! crut-il bon d’ajouter. Bras ballant au bord de la mare, Sophie toisa son beau-frère, d’ordinaire si imposant. Mais pas cette fois. Incapable de se retenir, elle sourit.

— Vous pouvez toujours essayer.

— Sophie, dit sa sœur, et elle entendit le désarroi, le regret et la tristesse dans sa voix. Sans cesser de sourire, Sophie se tourna vers sa sœur.

— Oh, Seraphina ! s’exclama-t-elle, ignorant les crachotements et suffocations de son beau-frère. Dis-moi que tu as au moins apprécié cette scène. Sophie n’avait jamais vécu de moment plus délicieux depuis qu’ils avaient emménagé à Londres.

— J’ai apprécié, répondit sa sœur d’un ton calme. Malheureusement, je n’étais pas la seule. La duchesse fixait quelque chose derrière Sophie, qui pivota, et se figea en découvrant le Tout-Londres de l’autre côté des immenses vitres de la verrière.

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Plusieurs heures plus tard, alors que l’auberge était plongée dans les ténèbres et le silence, Kingscote, marquis d’Eversley, futur duc de Lyne, vaurien notoire qui tirait une grande fierté de sa réputation de canaille, était allongé sur son lit, les yeux ouverts.Et très, très irrité.Elle avait gâché sa victoire.Et de toutes les choses au monde que King appréciait, aucune ne lui était plus chère que la victoire. Peu importait ce qu’il gagnait : des femmes, des bagarres, des courses, des parties de cartes. Il fallait qu’il gagne.Ce n’était pas une chose simple, que la relation de King avec la victoire. Ce n’était pas pour le plaisir, même si beaucoup en étaient persuadés. Cela n’avait que peu de rapport avec une distraction ou une récréation. Quand les autres hommes s’amusaient de gagner, King l’exigeait. Le frisson de la victoire lui était aussi essentiel que la nourriture qu’il mangeait, l’air qu’il respirait. Dans la victoire, il était enfin libéré.Dans la victoire, il oubliait ce qu’il avait perdu.Et il avait remporté cette course, triomphant d’une demi-douzaine d’hommes, tous meilleurs conducteurs les uns que les autres, fonçant sur la Great North Road à une allure hallucinante, les chevaux martelant la piste, l’exaltation et le danger se mêlant pour lui faire oublier le but de ce voyage vers le nord. Ce qui l’attendait quand il atteindrait sa destination finale.Oublier le passé.

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« Que les choses soient claires : je me rends dans le Nord pour échapper à ce que vous êtes et à ce que vous représentez. Vous êtes tout ce que je méprise dans l’aristocratie : arrogant, vain, oisif, comptant bien trop sur votre titre et votre fortune qui vous ont été accordés sans le moindre effort de votre part. Il n’y a pas une seule pensée digne de ce nom dans votre tête, car toute votre intelligence ne sert qu’à manigancer des séductions et remporter de stupides courses de voitures. Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, j’étais parfaitement à mon aise dans ces écuries jusqu’à ce que vous révéliez que je suis une femme. Et quand je suis partie, avec pour seul but de me rendre dans le Nord, c’est vous qui m’avez suivie ! Et je tenterais je ne sais comment de vous forcer à m’épouser ? »

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— Je ne peux pas garantir qu’elle ne mourra pas de ce qui suivra.

Sophie rouvrit les yeux et le dévisagea avec un petit sourire.

— Cela ne va pas lui plaire.

Le jeune homme lui rendit son sourire.

— Je m’en doute.

— Vous êtes très séduisant pour un médecin.

Il s’esclaffa.

— Merci, madame. J’aurais, bien sûr, préféré le compliment sans le « pour un médecin ».

Elle l’étudia un moment avant d’acquiescer.

— Certes. Vous êtes très séduisant. Point final.

Quand le médecin répondit, King eut envie de casser quelque chose.

— Voilà qui est beaucoup mieux.

C’était ridicule. King se moquait bien qu’elle flirte avec ce satané boucher. Elle pouvait passer le restant de ses jours ici, si ça lui chantait. Son existence en serait grandement facilitée. Il pourrait la laisser, poursuivre son voyage vers le nord et…

Le médecin posa la main sur le front de Sophie et King eut cette fois envie de frapper quelqu’un. Quelqu’un en particulier.

— Est-il absolument nécessaire de la toucher ainsi ?

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Elle devait avoir sacrément mal aux pieds.

Ses pieds non plus n’étaient pas son problème.

Pas plus que le lit où elle dormait.

Si elle dormait. Dans une grange. Entourée par toutes sortes d’hommes, parmi lesquels certains avaient dû immédiatement remarquer que leur compagnon était une compagne.

Des hommes qui, eux, ne devaient pas dormir.

Des émotions déferlèrent, aiguës, non désirées.

Remords. Peur. Panique.

— Et merde.

Il se leva, attrapa son pantalon de cuir qu’il enfila avant même que l’écho de son juron ne se soit tu.

[...]

Il pénétra dans les écuries quasiment au pas de course quand il entendit les hommes. Une demi-douzaine au moins, à en juger par les rires, les exclamations et les plaisanteries. Il s’immobilisa dans une zone d’ombre, s’efforçant de comprendre ce qui se passait, les mots qui étaient échangés.

C’est alors que sa voix claire et emplie de curiosité retentit par-dessus la cacophonie.

— Et donc, j’avale, c’est tout ?

King se pétrifia alors qu’un homme répondait :

— Exactement.

— Ça n’a pas l’air d’avoir très bon goût.

Dieu du ciel !

— Faut pas se fier aux apparences. Avale tout. D’un seul coup. Tu vas adorer.

— Si vous le dites, répliqua-t-elle.

Son scepticisme suscita un chœur de rires gras qui décida King à passer à l’action, sans se soucier du fait qu’à un contre six il s’exposait à certaines difficultés, d’autant que ces six-là étaient ivres et visiblement obsédés.

— Éloignez-vous de la dame, ordonna-t-il, menaçant, en s’avançant en pleine lumière.

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« Et voilà qu’en cette belle journée de la mi-juin, prenant en pitié la pauvre et pâlotte Sophie – la sœur Talbot qui n’était ni la plus jolie, ni la plus amusante, ni celle qui jouait le mieux du pianoforte –, lady Liverpool lui suggéra de rendre visite aux poissons qui prospéraient dans leur nouvel environnement.

Soulagée d’échapper à tous ces aristocrates narquois et à leurs regards qui les fuyaient soigneusement, sa famille et elle, Sophie accepta avec joie. Après tout, un regard n’est jamais aussi flagrant que quand il évite son objet. Ceci se révélant particulièrement vrai quand les objets en question étaient tellement impossibles à ignorer.

Les jeunes sœurs Talbot n’avaient cessé d’attirer l’attention. Mais leurs sorties en société – cinq en quatre ans – avaient chacune reçu un accueil moins bienveillant que la précédente. Les invitations se raréfiaient.

Sophie aurait préféré que sa mère renonce à son rêve impossible de faire de ses filles les coqueluches du Tout-Londres, mais cela n’arriverait jamais. En conséquence, elle se trouvait ici, s’efforçant de se fondre dans le domaine horticole des Liverpool en feignant de ne pas entendre les insultes si souvent chuchotées à propos de ses sœurs

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SOPHIE’S SOCIETY SPLASH

London

June 1833

If only the Countess of Liverpool hadn’t been such an admirer of aquatic creatures, perhaps things would have turned out differently.

Perhaps no one would have witnessed the events of the thirteenth of June, the final, legendary garden party of the 1833 season. Perhaps London would have happily packed itself into myriad coaches that would have spread like beetles across the British countryside into summer idyll.

Perhaps.

But one year earlier, the Countess of Liverpool had received a gift of a half-dozen pretty orange-and-white fish that were said to be direct descendants of those beloved of the Shogun of Japan. Sophie thought the tale wholly unbelievable—Japan being notoriously insulated from the rest of the world—but Lady Liverpool was exceedingly proud of her pets, caring for the things with near-fanatical passion. Six had turned into two dozen, and the overlarge bowl in which the creatures were delivered had been traded for a container that could only be described as pondlike.

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