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Les Soeurs Banning, tome 2 : Irrésistible



Description ajoutée par Gkone 2011-02-25T09:20:38+01:00

Résumé

Hugh Battancourt contemple avec mépris la femme qui gît à ses pieds. Capturer cette créature maléfique n'a pas été une mince affaire ! Par deux fois, elle a bien failli lui échapper. Mais il n'était pas question de laisser filer cette diablesse : Sophie Towbridge, dangereuse espionne au service de Napoléon, détient un paquet de lettres dérobées à son amant, membre du ministère de la Guerre. Si les informations qu'elles contiennent tombaient aux mains des Français, les conséquences seraient catastrophiques. Il faut coûte que coûte récupérer ces missives... " Si c'est une question d'argent, je suis prête à payer le prix pour que vous me libériez ". Hugh sursaute en entendant la voix de sa prisonnière. D'un geste, celle-ci écarte la masse de cheveux noirs qui cachait son visage et Hugh se retrouve devant la femme la plus étourdissante qu'il ait jamais rencontrée..

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Classement en biblio - 30 lecteurs

Extrait

Janvier 1813

Si par malheur ils l'attrapaient, elle était vouée à

une mort certaine.

— Où diable a-t-elle pu passer, cette garce ?

L'homme était si proche que sa voix désincarnée lui parvenait malgré le grondement des vagues qui déferlaient en contrebas, sur la plage. Ses poursuivants

étaient sur ses talons. Le chemin était traître, mais elle accéléra le pas. Il fallait à tout prix qu'elle les sème...

— Gare à toi si je te mets le grappin dessus, ma belle!

La voix semblait résonner juste au-dessus de la tête de Claire, qui leva furtivement les yeux. Dans le ciel nocturne, la lune blanche luisait tel un disque de glace.

Grâce à sa lumière diffuse, la jeune femme distinguait vaguement la silhouette d'un homme dans le brouillard dense venu de la mer. Elle frissonna. Son coeur battait

à tout rompre tandis qu'elle tentait de maîtriser son souffle haletant pour ne pas céder à la panique. Le chemin tortueux qu'elle avait emprunté était dangereux mais constituait son unique échappatoire. L'étroite langue de terre que ses poursuivants quadrillaient se terminait en effet par un à-pic de près de cent mètres sur l'océan déchaîné. En restant sur ce promontoire rocheux, Claire aurait été forcée de rebrousser chemin et serait tombée nez à nez avec eux.

—Tu vas regretter d'avoir voulu me ridiculiser, ma belle! Je te le garantis...

Claire comprit avec effroi qu'il savait, ou du moins soupçonnait, qu'elle était tout près. Sinon, à quoi bon la menacer ? N'osant lever la tête de crainte qu'il ne la voie, elle avança à tâtons, la peur au ventre.

Son pied glissa sur les pierres. Réprimant un cri, elle se raccrocha de justesse à la paroi rocheuse. Elle demeura un instant immobile, plaquée contre le granit, le coeur battant, le souffle court, et ferma les yeux.

Si elle tombait, du moins n'aurait-elle plus à se soucier de ses poursuivants, songea-t-elle amèrement.

Sa fin serait rapide...

La perspective de s'écraser sur les rochers escarpés, en contrebas, la figea de terreur. Puis elle imagina le sort que lui réservaient ses agresseurs. Ligotée sur une paillasse crasseuse, au fond d'une fermette, elle les avait entendus évoquer leurs funestes projets. À l'aube,

à l'heure où les honnêtes gens dorment encore et où

les autres savent détourner les yeux, ils avaient prévu de la jeter à la mer, pieds et poings liés. D'une voix à

vous glacer les sangs, et avec une désinvolture effrayante, le chef de la bande avait parlé d'elle comme s'il s'agissait de noyer un chaton. À ce souvenir, Claire frémit.

Ces brutes qu'elle ne connaissait ni d'Ève ni d'Adam voulaient la tuer. Pourquoi ? Elle avait beau tourner et retourner cette question dans sa tête, elle ne trouvait aucune réponse. Mais depuis qu'elle avait persuadé

son geôlier de défaire ses liens le temps de satisfaire un besoin naturel avant de l'assommer à l'aide d'un pichet, Claire ne s'interrogeait plus. Elle était trop occupée à sauver sa peau. Si elle survivait à cette mésaventure, elle aurait tout le loisir de réfléchir.

—Eh, Briggs! Qu'est-ce que tu fiches? Tu lui fais peur, à cette pauvre petite !

Cette seconde voix était aussi distincte que la première.

Claire reconnut le chef de la bande. Cette fois, elle ne put s'empêcher de lever la tête. Deux silhouettes d'hommes se découpaient au bord du précipice,

à une dizaine de mètres au-dessus d'elle.

D'après leur posture, ils semblaient observer leurs complices qui continuaient les recherches. Claire baissa les yeux. Dans la brume, elle distinguait à

peine les vagues ourlées d'écume. Elle savait cependant qu'il lui restait une quinzaine de mètres à parcourir en terrain difficile avant d'atteindre la relative sécurité de la plage.

Ces hommes connaissaient-ils l'existence de ce chemin ? Savaient-ils qu'elle l'avait emprunté pour se cacher un peu plus bas ? Se livraient-ils délibérément

à quelque jeu cruel, tels des chats traquant une souris ? Cette perspective macabre fit courir un frisson le long de son échine.

Elle ne voulait pas mourir. Pas ce soir. Pas dans ces conditions, alors qu'elle n'avait que vingt et un ans...

Ses jambes commencèrent à trembler. « Ressaisistoi, s'ordonna-t-elle. Non, tu ne vas pas mourir! » Tout au long de sa courte vie, elle avait déjà surmonté bien des épreuves : la mort prématurée de sa mère, une enfance malheureuse sous la férule d'un père cruel, un mariage prometteur qui se révélait morne et sans amour, et enfin cet odieux enlèvement suivi d'une évasion rocambolesque. Elle n'avait pas survécu à tout cela pour mourir maintenant !

Décidée à lutter envers et contre tout, Claire avança d'un pas incertain sur les pierres glissantes. Elle trébucha de nouveau mais parvint à étouffer son cri. Les dents serrées, elle poursuivit sa progression. Avec un peu de chance, ses ravisseurs supposeraient qu'elle s'était réfugiée plus haut sur la falaise et ne penseraient pas à regarder en bas.

Elle s'arrêta pour reprendre son souffle. Le château de Hayleigh, la résidence de sa belle-famille, était à

moins d'une heure de marche de la plage. Elle avait toujours détesté cette imposante bâtisse à tourelles, mais, en cet instant, elle aurait tout donné pour s'y trouver. Ironie du sort, son mari ignorait tout des dangers qui la menaçaient. Elle ne distinguait pas encore la forme massive du château qui, tel un faucon de pierre, était perché sur un promontoire, au-dessus de l'océan en furie, mais elle en sentait la lugubre présence.

La falaise sur laquelle se dressait Hayleigh était la première d'une série bordant une large baie. À l'est s'étendaient des marécages jalonnés de torches, que les habitants allumeraient si, par malheur, Napoléon

Bonaparte décidait d'envahir l'Angleterre. Heureusement, il était pour l'heure occupé en Russie. À l'ouest, la falaise surplombait les eaux furieuses de l'Atlantique.

Pour y accéder, Claire n'avait d'autre choix que d'emprunter l'un des sentiers qui serpentaient au milieu des rochers. On les appelait chemins de contrebandiers, car ils étaient à présent utilisés par les trafiquants de tous poils qui profitaient du blocus français pour se livrer à un florissant marché noir.

Ce soir-là, elle se réjouit de leur existence, parce qu'ils pouvaient lui sauver la vie.

—Allons, milady, soyez raisonnable. On ne vous fera pas de mal ! cria le chef de la bande avec un fort accent du Sussex.

De toute évidence, les deux hommes se doutaient qu'elle était dans les parages.

— On va vous ramener chez vous saine et sauve, comme prévu, reprit-il. On attendait simplement la rançon, qui vient d'être payée.

Milady ? Une rançon ? Ces brigands savaient donc qu'elle était Lady Claire Lynes, épouse de l'héritier du duc de Richmond, l'un des hommes les plus riches du royaume ? Mais David, son oisif de mari, ne pos- sédait pas de fortune personnelle. Il ne serait riche que lorsqu'il hériterait du duc, si cela devait se produire un jour. Le duc actuel, qui vivait à l'étranger, n'ayant ni femme ni enfants, David caressait ce secret espoir. Pour l'heure, il n'avait pas de quoi payer une rançon. Et puis, l'enlèvement était trop récent...

Mais non. Ce n'était sans doute qu'un mensonge destiné à la faire sortir de sa tanière. Malgré son envie de les croire, elle n'était pas stupide au point de tomber dans leur piège. Elle les avait entendus

échafauder leur plan. Ils étaient déterminés à la tuer.

Son évasion n'y avait certainement rien changé.

«Vous ne m'aurez pas facilement, messieurs», leur promit-elle silencieusement.

Elle poursuivit sa lente progression. Le moindre faux pas pouvait lui être fatal, elle le savait. Elle avait les mains moites, les jambes tremblantes et son coeur cognait sans relâche dans sa poitrine ; tous les éléments

étaient réunis pour qu'elle coure droit au désastre. Pour se calmer, elle se concentra sur le bruit régulier des vagues. Elle s'humecta les lèvres et trouva qu'elles avaient un goût salé. C'est alors qu'elle se rendit compte qu'elle était trempée par les embruns. Elle ne sentait plus le froid. Ses mains étaient glacées au point d'être insensibles. Sa robe de laine fine à

manches longues et à col haut n'offrait aucune protection contre les éléments déchaînés. Quant à ses élégantes bottines, elles n'étaient pas conçues pour l'escalade. Leurs semelles de cuir souple glissaient sur les pierres humides. Claire n'avait pas même une cape. Tous ses effets étaient restés dans la voiture qui la ramenait de chez sa soeur, dans le Yorkshire.

—Si je dois lancer les chiens à vos trousses, milady, l'épreuve n'en sera que plus pénible pour vous ! gronda le chef de la bande d'un ton menaçant.

Claire risqua un regard apeuré vers le sommet de la falaise. Les deux hommes n'avaient pas bougé. Ils tournaient le dos à l'océan, mais celui qui venait de parler brandissait à présent une lanterne dont la lueur dorée vacillait dans la nuit.

C'est ainsi que la jeune femme s'aperçut que sa main saignait. Elle réprima avec peine un sanglot de désespoir. Si par malheur ces hommes se retournaient et se penchaient, ils ne manqueraient pas de la voir.

Elle avait déjà parcouru plus de la moitié du chemin qui menait à la plage, se rappela-t-elle tandis que ses mains se cramponnaient à la paroi rocheuse.

Les paupières closes, elle appuya le front contre le granit froid. Elle n'osait pas bouger de peur d'attirer l'attention de ses poursuivants.

Après avoir respiré un grand coup, elle trouva le courage de se remettre en marche.

—Très bien, milady. Tant pis pour vous ! lança le chef, furieux.

L'estomac noué, Claire l'entendit interpeller ses hommes :

—Si on ne la retrouve pas, on va tous le payer très cher ! Briggs, va chercher les chiens de Marley !

—D'accord.

À présent, il ne restait plus qu'une seule silhouette au bord de la falaise. Le dénommé Briggs avait disparu.

Il n'allait pas tarder à revenir avec une meute qui la traquerait comme du gibier. La jeune femme faillit céder à la panique.

Pourquoi diable lui voudrait-on du mal ? Cela n'avait aucun sens. S'agissait-il d'un malheureux concours de circonstances, comme elle l'avait tout d'abord cru ? Ou au contraire d'un plan machiavélique dirigé contre elle, ce dont elle était de plus en plus persuadée ? Plutôt que de passer Noël avec son mari et sa belle-mère, elle avait rejoint sa famille, dans le Yorkshire, arguant du fait qu'elle voulait être au côté de sa soeur aînée dont la grossesse se révélait difficile. Leurs parents

étaient morts. Leur père, le comte de Wickham, un homme sévère et impitoyable, avait trépassé trois ans plus tôt, et sa troisième épouse, d'origine modeste, peu après la naissance de Claire. Il ne restait plus à celleci que ses deux soeurs et son beau-frère, et elle les aimait tendrement. Entourée des siens, elle avait passé

le Noël le plus agréable qu'elle ait connu depuis son mariage avec David. Une semaine plus tard, elle avait

à contrecoeur cédé au souhait de son mari de la voir revenir au château de Hayleigh où l'attendaient des invités. Elle avait donc pris congé de sa soeur deux jours auparavant.

Peu avant la nuit, presque arrivée à destination, elle avait senti son moral sombrer à la perspective de retrouver son mari. C'était une journée morne et grise, qui reflétait parfaitement son état d'esprit. Il allait encore pleuvoir. Soudain, dans un bois, à quelques kilomètres du château, des brigands masqués avaient surgi et obligé le véhicule à s'arrêter. Ils avaient abattu le cocher qui tentait de sortir son arme. La portière de la voiture s'était ouverte avec fracas et deux hommes trapus s'étaient penchés à l'intérieur. Malgré sa détermination

à faire face avec courage, Claire n'avait pu s'empêcher de hurler aussi fort qu'Alice, la femme de chambre qu'elle avait ramenée de chez sa soeur Gabby.

Recroquevillée sur son siège, elle avait cherché à

échapper aux mains puissantes de ses agresseurs. En vain. Les deux femmes avaient été tirées hors du véhicule.

Les cris d'Alice avaient cessé dès qu'un des hommes avait posé sur la bouche de Claire un tampon dégageant une forte odeur. Elle s'était réveillée ensuite sur une paillasse, dans une ferme. Seule.

—C'est votre dernière chance d'être raisonnable, milady ! prévint le chef de la bande, la ramenant brutalement

à la réalité.

Claire leva les yeux. Elle ne le voyait plus. Il devait s'être éloigné du bord de la falaise. Seules sa voix et la lueur de sa lanterne trahissaient encore sa présence.

De toute évidence, il ignorait l'existence de ce sentier.

À moins qu'il ne l'ait oublié. Par chance, la jeune femme se trouvait dans un environnement familier.

Elle avait en effet passé les mois suivant son mariage à

Hayleigh. C'est David qui lui avait fait découvrir ce chemin caché qui descendait vers la plage.

L'océan rugissait furieusement à mesure qu'elle s'en rapprochait. Dans le brouillard, elle distinguait les vagues écumantes qui se fracassaient contre les rochers. Ensuite, l'océan formait une masse noire qui se fondait dans la nuit.

Plus que cinq ou six mètres, se dit-elle en reprenant espoir. Une fois sur la plage, elle s'enfuirait comme si elle avait le diable aux trousses, ce qui risquait fort d'être le cas.

Elle aperçut soudain un minuscule point lumineux sur les eaux noires. Elle écarquilla les yeux et trébucha. La lueur s'éteignit. Le front plissé, Claire scruta l'horizon. Puis elle releva le bas de sa robe et dévala les rochers en direction du rivage. Était-ce une illusion ? Non, elle ne se trompait pas. La lueur avait réapparu.

Ses poursuivants avaient-ils décidé de la chercher en bateau ? Non. Ils se trouvaient toujours au sommet de la falaise. La lanterne était encore visible dans le brouillard.

Pourtant, elle avait bien vu quelque chose. Une

étoile filante, peut-être, songea-t-elle en tremblant.

Elle atteignit enfin le sable. Les marécages de la région étaient connus pour leurs mirages nocturnes.

On y apercevait des guirlandes de lumière, prétendaient les gens du cru. Il s'agissait peut-être d'un pêcheur, ou plus vraisemblablement de contrebandiers...

Un craquement sourd se fit entendre derrière elle.

Elle sursauta et fit volte-face. Trop tard. Une sombre silhouette se détachait des ombres mouvantes au pied de la falaise, si près qu'elle aurait presque pu la toucher. Elle était perdue. Elle allait mourir...

Elle n'eut même pas le temps de crier. Un objet dur la frappa à l'arrière du crâne et elle s'effondra en silence.

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Commentaires récents

Bronze

J'ai bien aimé, par contre le début est un peu long, mais ces divertissant tout de même

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Date de sortie

Les Soeurs Banning, tome 2 : Irrésistible

  • France : 2004-01-02 - Poche (Français)

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