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Extrait ajouté par amelsdu11 2017-05-12T17:12:09+02:00

Lettre CXLIV

Rica à Usbek

Je trouvai, il y a quelques jours, dans une maison de campagne où j'étais allé, deux savants qui ont ici une grande célébrité. Leur caractère me parut admirable.Le conversation du premier, bien appréciée, se réduisait à ceci: "Ce que j'ai dis est vrai, parce que je l'ai dit." La conversation du second portait sur autre chose: "Ce que je n'ai pas dit n'est pas vrai, parce que je ne l'ai pas dit."

J'aimais assez le premier: car qu'un homme soit opiniâtre, cela ne me fait absolument rien; mais qu'il soit impertinent, cela me fait beaucoup. Le premier défend ses opinions; c'est son bien. Le second attaque les opinions des autres, et c'est le bien de tout le monde.

Oh ! Mon cher Usbek, que la vanité sert mal ceux qui en ont une dose plus forte que celle qui est nécessaire pour la conservation de la nature ! Ces gens-là veulent être admirés à force de déplaire. Ils cherchent à être supérieurs, et ils ne sont pas seulement égaux.

Hommes modestes, venez que je vous embrasse: vous faites la douceur et le charme de la vie. Vous croyez que vous n'avez rien, et, moi, je vous dis que vous avez tout. Vous pensez que vous n'humiliez personne, et vous humiliez tout le monde. Et, quand je vous compare dans mon idée avec ces hommes absolus que je vois partout, je les précipite de leur tribunal, et je les mets à vos pieds.

De Paris, le 22 de la lune de Chahban, 1720.

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Extrait ajouté par amelsdu11 2017-05-10T17:51:35+02:00

Lettre CXXVI

Rica à Usbek, à ***

Je t'attends ici demain; cependant je t'envoie tes lettres d'Ispahan. Les miennes portent que l'ambassadeur du Grand Mogol a reçu ordre de sortir du royaume. On ajoute qu'on a fait arrêter le prince, oncle du roi, qui est chargé de son éducation; qu'on a fait conduire dans un château, où il est très étroitement gardé, et qu'on l'a privé de tous ses honneurs. Je suis touché du sort de ce prince, et je le plains.

Je te l'avoue, Usbek, je n'ai jamais vu couler les larmes de personne sans en être attendri: je sens de l'humanité pour les malheureux, comme s'il n'y avait qu'eux qui fussent hommes, et les grands mêmes, pour lesquels je trouve dans mon coeur la dureté quand ils sont élevés, je les aime sitôt qu'ils tombent.

En effet, qu'ont-ils à faire, dans la prospérité, d'une inutile tendresse ? Elle approche trop de l'égalité; ils aiment bien mieux du respect, qui ne demande point de retour. Mais sitôt qu'ils sont d"chus de leur grandeur, il n'y a que nos plaintes qui puissent leur en rappeler l'idée.

Je trouve quelque chose de bien naïf et même de bien grand dans les paroles d'un prince qui, près de tomber entre les mains de ses ennemis, voyant ses courtisans autour de lui qui pleuraient: "Je sens, leur dit-il, à vos larmes, que je suis encore votre roi."

De Paris, le 3 de la lune de Chalval, 1718.

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Extrait ajouté par amand0802 2016-08-23T12:12:08+02:00

Lorsque j'arrivai, je fus regardé comme si j'avais été envoyé du Ciel : vieillards, hommes, femmes, enfants, tous voulaient me voir. Si je sortais, tout le monde se mettait aux fenêtres; si j'étais aux Tuileries, je voyais aussitôt un cercle se former autour de moi : les femmes même faisaient un arc-en-ciel, nuancé de mille couleurs, qui m'entourait; si j'étais aux spectacles, je trouvais d'abord cent lorgnettes dressées contre ma figure : enfin jamais homme n'a été autant vu que moi. Je souriais quelquefois d'entendre des gens qui n'étaient presque jamais sortis de leur chambre, qui disaient entre eux : "Il faut avouer qu'il a l'air bien persan." Chose admirable ! je trouvais de mes portrais partout ; je me voyais multiplié dans toutes les boutiques, sur toutes les cheminées : tant on craignait de ne m'avoir pas assez vu.

Tant d'honneurs ne laissent pas d'être à charge : je ne me croyais pas un homme si curieux et si rare ; et, quoique j'aie de très bonne opinion sur moi, je ne me serais jamais imaginé que je dusse troubler le repos d'une grande ville où je n'étais point connu. Cela me fit résoudre à quitter l'habit persan et à en dosser un à l'européenne, pour voir s'il restait encore dans ma physionomie quelque chose d'admirable. Cet essai me fit connaître ce que je valais réellement : libre de tout les ornements étrangers, je me vis apprécié au plus juste.

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Extrait ajouté par CharlotteEaulnes 2015-09-15T15:59:28+02:00

Elle était bien vive ; car on se di­sait cor­dia­le­ment, de part et d’autre, des in­jures si gros­sières, on fai­sait des plai­san­te­ries si amères, que je n’ad­mi­rais pas moins la ma­nière de dis­pu­ter, que le sujet de la dis­pute

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Extrait ajouté par CharlotteEaulnes 2015-09-15T15:56:30+02:00

Les femmes de Perse sont plus belles que celles de France ; mais celles de France sont plus jo­lies. Il est dif­fi­cileb de ne point aimer les pre­mières, et de ne se point plaire avec les se­condes : les unes sont plus tendres et plus mo­destes, les autres sont plus gaies et plus en­jouées.

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Extrait ajouté par CharlotteEaulnes 2015-09-15T15:15:30+02:00

Il y a sept ou huit mois que j’étais dans la loge où vous me vîtes hier : comme je m’ha­billais en prê­tresse de Diane, un jeune abbé vint m’y trou­ver ; et, sans res­pect pour mon habit blanc, mon voile et mon ban­deau, il me ravit mon in­no­cence. [...] Avec cette dé­li­ca­tesse, vous jugez bien que ce jeune abbé n’eût ja­mais réussi, s’il ne m’avait pro­mis de se ma­rier avec moi : un motif si lé­gi­time me fit pas­ser sur les pe­tites for­ma­li­tés or­di­naires, et com­men­cer par où j’au­rais dû finir.

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Extrait ajouté par CharlotteEaulnes 2015-09-15T15:11:16+02:00

Quand vous re­le­vez l’éclat de votre teint par les plus belles cou­leurs ; quand vous vous par­fu­mez tout le corps des es­sences les plus pré­cieuses ; quand vous vous parez de vos plus beaux ha­bits ; quand vous cher­chez à vous dis­tin­guer de vos com­pagnes par les grâces de la danse, et par la dou­ceur de votre chant ; que vous com­bat­tez gra­cieu­se­ment avec elles de charmes, de dou­ceur et d’en­joue­ment, je ne puis pas m’ima­gi­ner que vous ayez d’autre objet que celui de me plaire ; et, quand je vous vois rou­gir mo­des­te­ment, que vos re­gards cherchent les miens, que vous vous in­si­nuez dans mon cœur par des pa­roles douces et flat­teuses, je ne sau­rais, Roxane, dou­ter de votre amour.

Mais que puis-je pen­ser des femmes d’Eu­rope ? L’art de com­po­ser leur teint, les or­ne­ments dont elles se pa­rent, les soins qu’elles prennent de leur per­sonne, le désir conti­nuel de plaire qui les oc­cupe, sont au­tant de taches faites à leur vertu, et d’ou­trages à leurs époux.

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Extrait ajouté par CharlotteEaulnes 2015-09-15T15:07:11+02:00

D’ailleurs, ce roi est un grand ma­gi­cien : il exerce son em­pire sur l’es­prit même de ses su­jets ; il les fait pen­ser comme il veut. S’il n’a qu’un mil­lion d’écus dans son tré­sor, et qu’il en ait be­soin de deux, il n’a qu’à leur per­sua­der qu’un écu en vaut deux ; et ils le croient.3 S’il a une guerre dif­fi­cile à sou­te­nir, et qu’il n’ait point d’ar­gent, il n’a qu’à leur mettre dans la tête qu’un mor­ceau de pa­pier est de l’ar­gent ; et ils en sont aus­si­tôt convain­cus. Il va même jus­qu’à leur faire croire qu’il les gué­rit de toutes sortes de maux, en les tou­chant,4 tant est grande la force et la puis­sance qu’il a sur les es­prits.

Ce que je dis de ce prince ne doit pas t’éton­ner : il y a un autre ma­gi­cien plus fort que lui, qui n’est pas moins maître de son es­prit, qu’il l’est lui-même de celui des autres. Ce ma­gi­cien s’ap­pelle le pape : tan­tôt il lui fait croire que trois ne sont qu’un ; que le pain qu’on mange n’est pas du pain, ou que le vin qu’on boit n’est pas du vin ; et mille autres choses de cette es­pèce.

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Extrait ajouté par CharlotteEaulnes 2015-09-15T11:35:26+02:00

Hélas ! on étei­gnit en moi l’ef­fet des pas­sions, sans en éteindre la cause ; et, bien loin d’en être sou­lagé, je me trou­vai en­vi­ronné d’ob­jets qui les ir­ri­taient sans cesse.

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Extrait ajouté par CharlotteEaulnes 2015-09-15T11:32:19+02:00

Qu’une femme est mal­heu­reuse d’avoir des dé­sirs si vio­lents, lors­qu’elle est pri­vée de celui qui peut seul les sa­tis­faire ; que, li­vrée à elle-même, n’ayant rien qui puisse la dis­traire, il faut qu’elle vive dans l’ha­bi­tude des sou­pirs et dans la fu­reur d’une pas­sion ir­ri­tée ; que, bien loin d’être heu­reuse, elle n’a pas même l’avan­tage de ser­vir à la fé­li­cité d’un autre ! or­ne­ment in­utile d’un sé­rail, gar­dée pour l’hon­neur, et non pas pour le bon­heur de son époux !

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