Livres
626 775
Membres
734 238

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode

L'Héritier des Falconari



Description ajoutée par Underworld 2018-12-18T19:46:02+01:00

Résumé

Lorsqu’elle croise le regard de Caesar Falconari, Louise a l’impression que son cœur va s’arrêter de battre. Après toutes ces années, comment cet homme qui l’a rejetée et trahie peut-il encore la troubler à ce point ? Un trouble qui se change en colère lorsqu’il lui révèle son intention de revendiquer ses droits sur leur fils, Olivier, pour en faire son héritier. Paniquée, Louise comprend qu’elle n’a pas le choix. Si elle ne veut pas risquer de perdre la garde de son fils, elle va devoir accepter les terribles conditions de Caesar : l’épouser et venir vivre avec lui en Sicile. Une perspective d’autant plus inquiétante que la simple présence de Caesar suffit à éveiller en elle les brûlants souvenirs de la nuit inoubliable qu’ils ont autrefois partagée…

* * *

Description en VO :

A shocking Sicilian secret…

Louise Anderson's heart pounds as she approaches the imposing castello. Only the Duke of Falconari can grant her grandparents' dying wish—but this is the same man who said arrivederci without a backward glance after their night of unadulterated passion….

Caesar can't believe the woman who almost ruined his precious reputation still fiercely fires his blood. Discovering that their union created more than just salacious memories, he agrees to grant Louise's request…in exchange for a demand of his own.

That she wears his band of gold!

* * *

Louise Anderson's heart pounds as she approaches the imposing castello. Only the Duke of Falconari can grant her grandparents' dying wish – but this is the same man who said arrivederci right after their night of unadulterated passion…

Caesar can't believe the woman who almost ruined his precious reputation still fiercely fires his blood. But upon discovering that their union created more than just salacious memories, he will grant Louise's request in exchange for a demand of his own... that she wears his ring!

Afficher en entier

Classement en biblio - 26 lecteurs

extrait

Extrait ajouté par Underworld 2019-09-24T04:40:26+02:00

** Extrait offert par Penny Jordan **

1.

— Ainsi, vous prétendez que vos grands-parents ont exprimé le vœu que leurs cendres soient inhumées ici, dans le cimetière de l’église Santa Maria ?

La voix aux intonations viriles était aussi impénétrable que le visage dont le soleil qui jouait à travers les cyprès soulignait les traits, avec l’art consommé d’un Leonard de Vinci.

Louise songea que les hautes pommettes, la mâchoire volontaire, le nez aquilin, le teint hâlé ne laissaient aucun doute sur les origines de son interlocuteur.

Tout cela venait en droite ligne des peuples qui s’étaient succédé, au cours des siècles, sur les côtes de Sicile.

Spontanément, elle recula, soucieuse de se mettre à distance respectable, pour échapper à l’acuité de ce regard hautain.

Ce faisant, elle faillit trébucher contre la tombe qu’elle n’avait pas vue, derrière elle.

— Prenez garde !

Le geste était si vif que Louise se figea. Pareille à l’agneau terrifié qui voit fondre sur lui le faucon prédateur. Rapace qui, d’ailleurs, figurait aux armoiries de la famille Falconari.

De longs doigts fins se refermèrent sur son poignet, et Caesar Falconari la tira en avant d’un geste brusque. La chaude caresse de son haleine au parfum de menthe vint effleurer sa joue.

Incapable d’échapper à sa poigne d’airain, de prononcer la moindre parole, ni même de réfléchir correctement, Louise sentit une chaleur intense se propager dans ses veines. Comme si un flot de lave avait envahi tout son être, pour se répandre jusque dans les plus infimes de ses terminaisons nerveuses, la mettant au supplice.

Avec un haut-le-cœur, elle se reprocha d’être à ce point sensible au contact de cet homme.

Cela n’avait pas de sens ! se morigéna-t-elle. Pouvait-il lui inspirer autre chose qu’une parfaite indifférence ?

Lorsqu’elle retrouva sa voix, ce fut dans un souffle presque inaudible qu’elle lança :

— Lâchez-moi !

A son grand regret, sa requête tenait plus d’une supplication que d’un ordre impératif proféré par une femme maîtresse d’elle-même.

* * *

Il flottait autour de la jeune femme un parfum de rose anglaise et de lavande.

D’ailleurs, n’était-elle pas l’incarnation parfaite du sang-froid britannique ? En tout cas, c’était ce qu’elle avait montré jusqu’à ce qu’il pose la main sur elle et qu’elle révèle le tempérament de feu hérité de ses ancêtres siciliens.

— Lâchez-moi ! avait-elle ordonné.

Caesar pinça les lèvres pour ne pas se laisser envahir par les images que ces paroles avaient éveillées dans son esprit. Les souvenirs qui l’assaillaient étaient si douloureux qu’il ne pouvait que se cabrer instinctivement sous leur attaque.

Tant de souffrance ! Tant de culpabilité à porter !

Allait-il se résoudre à faire ce qu’il devait ?

N’était-ce pas prendre le risque d’accroître l’animosité de la jeune femme à son égard et son propre sentiment de culpabilité ?

Néanmoins, il n’avait pas le choix. Comme d’habitude, il lui fallait tenir compte d’intérêts supérieurs. Comme toujours, il devait avant tout penser à tous ceux qui dépendaient de lui. A sa famille, également, et à son nom.

Il sentit les coups sourds de son cœur résonner dans sa poitrine. Jamais il n’aurait imaginé être à ce point troublé par cette jeune femme à la fascinante sensualité. Comme le volcan qui dominait sa chère Sicile, elle était le feu sous la glace. Or, il y était bien plus sensible qu’il ne l’aurait voulu.

Pourtant, ce n’était pas les jolies femmes qui manquaient dans son entourage. Et toutes étaient plus que disposées à partager son lit. Il avait d’ailleurs laissé faire bon nombre d’entre elles, jusqu’à ce qu’il se voie contraint d’admettre que le plaisir que lui apportaient ces échanges était vide de sens et ne lui laissait qu’un sentiment d’amère frustration. Que n’aurait-il donné pour partager davantage !

Cependant, il n’ignorait pas que le genre de femme avec laquelle il serait en mesure de construire une relation suffisamment riche et gratifiante ne saurait se contenter du peu qu’il avait à offrir.

Ne lui était-il pas interdit d’aimer comme il le souhaitait ? N’était-il pas ligoté par le devoir ? Contraint de marcher sur les traces de ses ancêtres et de penser avant tout au bien-être de ceux qui comptaient sur lui pour assurer leur avenir ?

Depuis sa plus tendre enfance, on lui avait inculqué ce sens du devoir. L’orphelin d’à peine six ans, pleurant pour qu’on lui rende ses parents, s’était entendu répéter qu’il ne devait en aucun cas oublier son rang et ses obligations. Les villageois avaient même envoyé une délégation pour lui rappeler ce que signifiait la succession de son défunt père. Les étrangers ne pouvaient comprendre des croyances et des coutumes qu’ils devaient juger bien strictes, pour ne pas dire cruelles.

Petit à petit, il parviendrait à les faire évoluer. Il s’y employait de toutes ses forces. Mais il se devait d’avancer avec prudence, d’autant que le personnage le plus influent du conseil communal était arc-bouté sur les traditions, et farouchement hostile à tout changement.

Quoi qu’il en soit, Caesar n’était plus le frêle gamin de six ans. Il était décidé à faire changer les choses.

Un instant, il laissa dériver ses pensées.

Si seulement, rêva-t-il, il parvenait à imposer des transformations radicales…

Pourrait-il alors rétablir les droits de ceux qui avaient été autrefois lésés ? Trouverait-il la solution pour… ?

Il s’arracha à ces chimères, pour reprendre pied dans la réalité.

— Vous n’avez pas répondu à ma question, au sujet de vos grands-parents, rappela-t-il à Louise.

* * *

Louise avait beau détester ce ton autoritaire, elle n’en fut pas moins soulagée de se retrouver en terrain connu.

— C’est exact, répondit-elle sèchement.

Elle ne désirait qu’une chose : que cet entretien prenne fin au plus vite.

Etre obligée de ramper devant ce duc sicilien heurtait au plus haut point ses convictions profondes. Devoir tolérer ses manières autoritaires et arrogantes — lesquelles n’enlevaient rien à son charme ténébreux, et à son incomparable beauté —la révulsait.

Caesar Falconari régnait en maître sur les environs, ainsi que sur une partie non négligeable de l’île.

Pour tous ceux qui vivaient sur ses terres, il était le patrono — une sorte de père spirituel dans la culture locale. Que certains d’entre eux soient assez vieux pour être ses grands-parents n’y changeait rien. Ce rôle lui était échu en héritage, en même temps que le titre et les domaines.

Louise n’ignorait rien de tout cela.

Comment l’aurait-elle pu ?

Durant toute son enfance, elle avait entendu ses propres grands-parents évoquer la dure vie qui avait été la leur dans leur pays natal, au service de la famille Falconari, dont le dernier représentant se tenait devant elle, dans l’ombre paisible de ce petit cimetière.

En frissonnant, elle laissa son regard errer vers l’Etna, dont les vapeurs sulfureuses s’élevaient, menaçantes, contre le ciel d’azur.

Il n’était pas rare que, sur ses pentes escarpées, se forment soudainement de terribles et dangereux orages, capables de déchaîner leur redoutable puissance.

Une puissance semblable à celle de l’homme qui l’observait avec attention.

Louise détestait les orages.

* * *

La jeune femme qui le défiait ne ressemblait en rien à l’image que Caesar avait en tête.

Cette chevelure dorée comme les blés, ces prunelles vert d’eau, n’avaient rien de particulièrement sicilien.

Pourtant, il y avait dans son maintien toute la fierté des Italiennes. De taille moyenne, mince jusqu’à en paraître presque frêle — comme en témoignaient ses fins poignets à la peau mate —elle était d’une exquise féminité. Une impression que renforçait l’ovale délicat de son visage aux hautes pommettes.

C’était une très belle jeune femme, qui devait faire se retourner tous les hommes sur son passage.

La mère de Louise Anderson était la fille du couple de Siciliens dont elle voulait déposer les cendres dans ce tranquille cimetière. Son père était australien, bien que lui aussi d’origine sicilienne.

Caesar était intimement persuadé qu’il n’y avait rien de naturel dans le détachement olympien qu’affichait Louise.

Quant à ses propres sentiments, il ne s’était pas attendu à ce qu’ils soient aussi intenses lorsqu’elle paraîtrait à ses yeux.

Il se détourna afin de dissimuler son trouble. N’allait-elle pas trop aisément lire en lui ?

De par sa formation de psychologue, elle était habituée à voir clair dans l’âme de ses semblables, et à y déchiffrer leurs secrets les mieux gardés. Il ne fallait surtout pas qu’elle perce à jour ce qu’il dissimulait au tréfonds de lui-même.

Ne risquait-elle pas de déchirer le fin voile dont il s’était efforcé de recouvrir la culpabilité, mêlée de douleur, qui le taraudait depuis si longtemps ?

Cela faisait maintenant plus de dix ans qu’il vivait avec le poids du terrible fardeau de la honte. Et il continuerait ainsi, éternellement. C’était certain.

Il avait tenté de faire amende honorable. Une lettre était partie, écrite d’une plume trempée dans ce qui lui avait semblé être son propre sang. Une lettre dans laquelle il exprimait ses regrets, et ses espoirs. Mais elle était restée sans réponse. Le pardon lui avait été refusé.

Comment aurait-il pu en être autrement ? Ce dont il s’était rendu coupable était impardonnable.

Caesar savait qu’il porterait jusqu’à la fin de sa vie le souvenir douloureux de sa faute. C’était son châtiment. On ne pouvait effacer le passé, et rien ne rachèterait les erreurs commises.

La présence de Louise ne faisait qu’exacerber sa souffrance, jusqu’à la rendre tellement insupportable qu’il avait l’impression qu’un poignard se plantait dans son cœur chaque fois qu’il inspirait.

A sa demande, la conversation se déroulait en anglais. Quiconque aurait vu Louise s’entretenir avec lui, dans sa sobre robe bleu pâle et son modeste châle de lin blanc, aurait pensé qu’il s’agissait d’une touriste britannique en vacances en Sicile.

Dans la poche intérieure de sa veste, Caesar perçut le froissement de la lettre qu’il y avait glissée.

* * *

Comme si l’homme qui l’observait avait manipulé un ressort qu’il pouvait bander à sa guise, Louise sentit croître en elle une insupportable tension.

Il était de notoriété publique que les Falconari, à travers l’histoire, s’étaient toujours montrés capables de cruauté à l’égard de ceux qu’ils jugeaient plus faibles qu’eux.

Cependant, Caesar Falconari n’avait aucune raison de se comporter ainsi avec ses grands-parents, pensa Louise. Ni même avec elle.

Cela avait été un choc lorsque le prêtre auquel elle avait écrit pour lui faire part du souhait de ses grands-parents l’avait informée qu’il lui faudrait obtenir l’accord du duc — ce qu’il qualifiait de « simple formalité » —et qu’il avait fait le nécessaire pour lui ménager un rendez-vous.

Louise aurait largement préféré que l’entretien se déroule dans l’anonymat et l’agitation de son hôtel. Le cimetière était bien trop calme, trop chargé du souvenir muet de tous ceux qui y reposaient. Mais la parole du duc Falconari avait force de loi.

Cette pensée suffit à la faire reculer d’un pas. Cette fois, elle s’assura au préalable que rien ne ferait obstacle à sa retraite. Prendre un peu de distance lui permettrait peut-être d’échapper au charisme de cet homme. A son saisissant magnétisme viril. Du moins l’espérait-elle.

Un frémissement la parcourut tout entière. Elle ne s’était pas attendue à être à ce point bouleversée par la sensualité qui émanait de lui.

Beaucoup plus, en fait, que lorsque…

Louise se raidit pour ne pas laisser ses pensées s’engager sur cette pente fatale. La voix autoritaire de Caesar réclamant son attention lui parut constituer une heureuse diversion.

— Vos grands-parents ont quitté la Sicile juste après leur mariage pour s’établir en Grande-Bretagne. Pourquoi choisir d’être enterrés ici ?

Comme cela ressemblait au genre d’homme qu’il était ! Un seigneur arrogant, imbu de son pouvoir sur ses vassaux.

En son for intérieur, Louise s’indigna qu’il puisse contester les désirs de ses grands-parents, comme s’ils étaient encore des serfs, soumis au bon vouloir de leur maître.

Son sang ne fit qu’un tour à cette idée, et elle se réjouit presque qu’il lui donnât cette raison de lui en vouloir.

Comme si elle avait besoin de se justifier des sentiments qu’elle entretenait à son égard ! N’étaient-ils pas plus que légitimes ?

— Ils sont partis parce qu’il n’y avait pas de travail pour eux, ici. S’échiner à cultiver la terre pour vos parents, comme l’avaient fait bien des générations avant eux, ne leur permettait même pas de gagner de quoi survivre. Mais la Sicile est toujours restée leur patrie. C’est pour cela qu’ils tenaient tant à y reposer.

La virulence de ce réquisitoire ne laissait planer aucun doute sur la nature de l’attachement de Louise, songea Caesar.

— Je m’étonne, répliqua-t-il, l’air perplexe, qu’ils aient confié le soin de faire exécuter leurs dernières volontés à leur petite-fille plutôt qu’à leur descendante directe, en l’occurrence votre mère.

De nouveau, il sentit la lettre contre sa poitrine. Son sentiment de culpabilité se réveilla…

N’avait-il pas déjà formulé des excuses à l’intention de Louise ? Le passé était le passé. On ne pouvait réécrire l’histoire. Quant aux scrupules qui le tourmentaient, n’étaient-ils pas la marque d’une faiblesse qu’il ne pouvait se permettre ?

Surtout quand tant de choses étaient en jeu !

— Cela fait des années que ma mère vit aux Etats-Unis, à Palm Springs, avec son nouveau compagnon. J’ai toujours habité Londres.

— Avec vos grands-parents ?

Il avait lancé cette question d’un ton presque affirmatif, et Louise se demanda s’il était en train d’essayer de la faire sortir de ses gonds, afin d’avoir une bonne raison de repousser sa requête.

Il était bien capable d’une telle duplicité. Cependant, c’était peine perdue avec elle. Depuis longtemps, elle avait appris à cacher ses sentiments.

N’avait-elle pas acquis une solide expérience dans ce domaine ?

C’était indispensable, lorsqu’on se voyait accuser d’avoir attiré la honte sur sa famille… Même que ses propres parents s’étaient détournés d’elle, et cette accusation la poursuivrait jusqu’à son dernier jour, elle le savait.

— Oui, confirma-t-elle. Je suis allée vivre chez eux après le divorce de mes parents.

— Mais pas tout de suite après, n’est-ce pas ?

Ce fut comme si une décharge électrique mettait une nouvelle fois à vif des brûlures que Louise avait crues cicatrisées depuis longtemps.

— Non, admit-elle.

Incapable d’affronter le regard qui la dévisageait, elle détourna les yeux vers l’enfilade de tombes. Il n’était pas question que son interlocuteur perçoive son malaise.

— Au début, reprit Caesar, vous avez vécu avec votre père. N’était-ce pas assez inhabituel, pour une jeune fille de dix-huit ans, de choisir d’aller vivre avec son père plutôt qu’avec sa mère ?

Que Caesar Falconari en sache autant sur son histoire surprenait à peine Louise. Le prêtre auquel elle s’était adressée lui avait demandé de nombreux détails sur sa famille et sa vie. De plus, elle connaissait les habitudes de la communauté sicilienne établie à Londres, et les liens étroits entre ses membres. Elle ne doutait pas qu’une enquête habilement menée n’ait apporté son lot d’informations.

A cette pensée, l’angoisse lui noua l’estomac. Qui sait s’il n’allait pas lui refuser ce qu’elle demandait à cause de…

Quel choc cela avait été de se trouver face à lui, et non au prêtre comme elle l’avait imaginé !

A chacun des regards que Caesar lui décochait, à chacun des silences qu’il observait avant de poser une question, Louise se raidissait dans l’attente du coup auquel elle savait devoir se préparer. Son désir de tourner les talons pour s’enfuir à toutes jambes était si fort qu’elle en tremblait de tout son être.

Mais à quoi bon fuir ? Ce serait aussi vain que de prétendre retenir la lave s’écoulant d’un volcan. Tout ce qu’elle y gagnerait serait de se torturer encore davantage, en imaginant ce que le sort pouvait bien lui réserver de plus affreux.

Mieux valait faire face, et garder intacte son estime d’elle-même.

Il lui fallut un sérieux effort de volonté pour ne pas donner libre cours à ses sentiments. La nature des relations qu’elle entretenait avec sa mère ne regardait en rien Caesar Falconari !

Toutes deux n’avaient jamais été proches l’une de l’autre. Louise avait toujours su que sa mère se souciait davantage de ses nombreuses liaisons que de son enfant. Lorsqu’elle avait fini par annoncer son intention de s’installer à Palm Springs, Louise en avait presque été soulagée.

Quelques secondes s’écoulèrent avant qu’elle ne se résolve à répondre d’un air distant :

— Lorsque mes parents ont divorcé, j’étais en dernière année de lycée à Londres. Le plus raisonnable était que je m’installe avec mon père dans l’appartement qu’il avait loué après la vente de la maison familiale. Ma mère se préparait déjà à quitter l’Angleterre.

Pourquoi fallait-il qu’il lui pose des questions aussi indiscrètes ? s’indigna Louise en son for intérieur. C’était comme autant de coups de poignard qu’il lui portait à travers la cuirasse qu’elle s’était forgée pour se protéger contre ses souvenirs.

Cependant, il aurait été stupide de se mettre Caesar Falconari à dos en refusant de lui répondre. Elle ne pouvait prendre ce risque.

Qu’il cède à la supplique de ses grands-parents, et ensuite elle lui dirait son fait. Alors, seulement, elle serait en mesure d’enterrer le passé à jamais.

Une fois qu’elle aurait mené à bien la mission sacrée qui lui avait été confiée, elle pourrait enfin aller de l’avant.

Comme elle avait changé depuis ses dix-huit ans !

Comme la gamine indisciplinée, dominée par ses émotions, était loin ! Mais que le prix à payer pour ce changement avait été lourd !

Encore aujourd’hui elle détestait se remémorer ces années tumultueuses. Cette période où elle avait assisté à la séparation de ses parents, et en avait subi les conséquences.

Elle avait alors été ballottée entre leurs deux foyers, comme un paquet indésirable que l’on se renvoie. Et cela avait été encore plus vrai lorsque son père avait refait sa vie. C’était à ce moment-là qu’elle avait commencé à se comporter tellement mal que ses parents, par crainte du déshonneur, avaient pu se détourner d’elle sans le moindre scrupule.

A y repenser, elle ne pouvait tout à fait les blâmer de n’avoir vu en elle qu’une enfant rebelle qui ne savait quelle bêtise inventer pour susciter l’intérêt d’un père le plus souvent retenu loin du foyer par son travail.

Peut-être avait-elle perçu, à un très jeune âge, que celui-ci n’avait jamais souhaité ni son propre mariage, ni la naissance de sa fille ?

Jeune universitaire brillant, promis à un avenir prestigieux, il avait vécu comme une catastrophe d’être obligé d’épouser la jolie jeune fille qui s’était laissé mettre enceinte dans l’espoir d’échapper aux étouffantes contraintes de la tradition sicilienne.

Louise ne s’était jamais perçue comme étant héritière de cette tradition. Néanmoins, il coulait suffisamment de sang sicilien dans ses veines pour qu’elle se soit sentie humiliée de ne pas mériter l’amour de son père.

Dans la culture italienne, il est de règle que les hommes soient fiers de leur progéniture et aient une attitude très protectrice à leur égard.

Son père ne l’avait pas désirée. Il n’avait vu en elle qu’un obstacle l’empêchant de mener à bien ses projets. Petite fille, elle l’avait agacé par ses pleurs et son besoin d’affection. Adolescente rebelle, elle s’était attiré ses foudres. Pour cet homme, épris de liberté, le mariage et la paternité n’avaient été que des chaînes qui l’entravaient. Il n’était donc pas surprenant que toutes les tentatives de Louise pour obtenir son amour aient échoué.

Elle avait dix-huit ans lorsque ce père — certes fuyant, mais néanmoins adulé —avait révélé sa liaison avec sa secrétaire australienne, Melinda Lorrimar, à peine âgée de vingt-sept ans. Il n’avait pas fallu longtemps pour qu’une terrible rivalité surgisse entre l’adolescente qu’elle était et sa toute jeune belle-mère.

Louise était très jalouse de la ravissante Melinda, et des deux petites filles qu’elle avait eues d’un précédent mariage ; lesquelles avaient immédiatement occupé la chambre qui était à l’origine la sienne chez son père.

Comme d’habitude prête à tout pour gagner les faveurs de celui-ci, elle était allée jusqu’à se teindre en brune pour tâcher de ressembler aux trois intruses, dotées de chevelures d’un noir de jais. Pour faire bonne mesure, elle se maquillait outrageusement et s’était mise à porter des tenues aguicheuses.

Puisque la très sophistiquée Melinda avait réussi à le rendre fou d’amour, pourquoi ne serait-il pas aussi fier d’elle-même qu’il l’était de sa compagne, si elle parvenait à faire tourner les têtes ? avait imaginé Louise.

Elle n’avait pas tardé à se rendre compte que cette manœuvre était sans effet. Aussi avait-elle changé de stratégie, et entrepris de le scandaliser.

Tout valait mieux que son indifférence.

Torturée par le besoin dévorant de se sentir aimée, elle aurait fait n’importe quoi pour que son père cesse enfin de ne voir en elle que la simple évocation de la bévue qui l’avait précipité dans un mariage non désiré.

Cette obsession se doublait chez elle d’une candeur de gamine, qui lui faisait attendre un prince charmant de contes de fées.

— Pourtant, lorsque vous avez commencé vos études universitaires, vous demeuriez chez vos grands-parents, reprit Caesar. Vous n’étiez plus chez votre père.

La voix chaude du duc la ramena à la réalité.

Soudain, elle prit conscience du pouvoir qu’exerçait sur elle sa simple présence. Un frisson la parcourut. C’était à la fois inattendu et terriblement déstabilisant.

Des gouttes de sueur perlèrent sur son front et, sous la fine étoffe de ses vêtements, elle sentit son corps s’embraser.

Que lui arrivait-il ?

La panique mit ses nerfs à vif. Tout autant que si on y avait fait tomber des gouttes d’acide.

Tout cela n’était pas… acceptable.

C’était… injuste.

Louise se figea. Caesar Falconari ne devait surtout pas se rendre compte de l’effet qu’il lui faisait. Il prendrait trop de plaisir, sinon, à l’humilier. La seule chose qui devait l’alerter, le concernant, était le danger qu’il représentait pour elle.

L’adolescente immature était loin derrière elle, se sermonna-t-elle, en luttant pour reprendre pied dans le maelstrom d’émotions qui submergeaient ses sens, bien trop vulnérables.

— Vous semblez très renseigné sur ma vie. Aussi, je pense que je ne vous apprendrai rien en vous disant que mon père a fini par me mettre à la porte de chez lui. Il jugeait ma conduite à l’égard de sa future épouse particulièrement odieuse. Quant à celle-ci, elle redoutait que je ne perturbe ses deux fillettes.

— Il vous a jetée dehors.

Ce n’était pas une question. Plutôt une constatation.

De nouveau, Caesar sentit les affres de la culpabilité lui broyer le cœur comme dans un étau.

Lui qui, au cours des dix années passées, s’était employé à améliorer la destinée des siens, ne pouvait tolérer que ceux qui auraient dû aimer et protéger Louise lui aient fait subir un sort aussi cruel. Savoir cela ne faisait qu’alourdir la faute qui pesait sur lui.

Sentant le rouge lui monter aux joues, Louise voulut espérer que seul le sentiment d’injustice que ces souvenirs faisaient remonter en elle provoquait cette malencontreuse réaction.

Pourquoi n’était-elle pas davantage maîtresse d’elle-même, et de ses émotions ?

— Mon père et Melinda voulaient repartir de zéro en Australie, expliqua-t-elle. Garder l’appartement de Londres était impossible. De plus, j’étais majeure, et étudiante. Mais, oui, on peut dire qu’il m’a jetée dehors.

Dire, songea Caesar, qu’elle s’était retrouvée seule, sans personne pour prendre soin d’elle, tandis que lui-même était à des milliers de kilomètres, absorbé dans ses efforts pour améliorer la vie de gens qui étaient parmi les plus pauvres sur la planète !

Tout ça pour tâcher de se racheter en étant utile à d’autres.

Il n’aurait servi à rien d’expliquer cela à Louise. Elle lui en voulait trop pour être en mesure de l’entendre.

— Est-ce à ce moment-là que vous avez emménagé chez vos grands-parents ?

Mieux valait s’en tenir à l’évocation de détails pratiques, plutôt que de s’aventurer sur le terrain périlleux des émotions.

Les nerfs à fleur de peau, Louise s’insurgea intérieurement contre la façon dont Caesar s’obstinait à remuer des souvenirs douloureux pour elle. Ne lui avait-il pas assez fait de mal ?

Encore aujourd’hui, il lui était pénible de se remémorer ces moments qui l’avaient vue désespérée, abandonnée de tous.

Heureusement que ses grands-parents s’étaient trouvés là pour la recueillir et lui donner l’amour qui l’avait sauvée.

Elle s’était toujours promis que, quoi qu’il puisse lui en coûter, elle s’acquitterait de sa dette envers eux.

— Oui.

— C’était très courageux de leur part, étant donné…

— Etant donné ce que j’avais fait ? Oui, en effet, il leur a fallu du courage. Autour d’eux, il n’a pas manqué de détracteurs pour les condamner, tout comme ils m’avaient condamnée, moi. J’avais plongé ma famille dans le déshonneur, et par ricochet je risquais d’attirer l’opprobre sur toute la collectivité. Mais vous êtes parfaitement au courant de tout cela, n’est-ce pas ? Vous n’ignorez rien de ma conduite ignominieuse, et des ravages qu’elle a causés à ma réputation, et à celle des miens. Dans notre communauté, mon nom était devenu synonyme de scandale. Vous savez à quel point mes grands-parents en ont été affectés. Pourtant, ils m’ont soutenue. Alors, vous comprenez pourquoi, aujourd’hui, j’accepte de me présenter devant vous, pour subir cette nouvelle humiliation de votre part.

Caesar aurait tant souhaité pouvoir dire à quel point il était désolé ; rappeler qu’il avait, en son temps, présenté des excuses.

Malheureusement, c’était hors de question. Il lui fallait tenir bon face à Louise. Tant de choses étaient en jeu, qui allaient bien au-delà de leurs sentiments respectifs.

— Si je comprends bien, vous tenez à vous acquitter de votre dette envers vos grands-parents, en accomplissant leurs dernières volontés ?

— Reposer sur la terre de leurs ancêtres était leur souhait le plus cher. Bien sûr, c’était devenu encore plus fondamental pour eux après… le scandale. Etre acceptés dans cette église, où ils avaient été baptisés, où ils s’étaient mariés, était leur seule manière de réintégrer la communauté. Je suis prête à tout pour qu’il en soit ainsi. Même à me traîner à vos pieds.

La franchise avec laquelle Louise parlait d’elle-même décontenançait quelque peu Caesar. Il s’était préparé à ce qu’elle fasse preuve d’hostilité à son égard, à ce qu’elle l’agresse. Sa franchise le prenait au dépourvu.

Elle parvenait à toucher en lui l’homme moderne, cultivé et averti, qui faisait tout son possible pour conduire sur la voie du progrès les gens dont il avait la charge, sans pour autant renoncer à défendre leurs traditions.

La jeune femme qui était devant lui avait été victime d’un système de valeurs qui la condamnait pour avoir transgressé des règles archaïques.

Comme un fer incandescent, Caesar sentit la lettre pliée dans sa poche marquer sa poitrine d’une blessure cuisante.

Sous le regard perçant de son interlocuteur, Louise sentit qu’elle n’allait pas tarder à perdre son sang-froid. Elle s’affola. C’était hors de question !

Certes, il n’était pas surprenant que toutes les questions de Caesar Falconari la révulsent. Cependant, elle devait à tout prix résister à cette furieuse envie de l’envoyer promener.

Rien n’avait d’importance, sinon le devoir de reconnaissance qu’elle avait à l’égard de ses grands-parents. Personne ne se mettrait en travers de son chemin. Surtout pas cet arrogant Sicilien, qui ne lui inspirait que colère et dégoût.

Et que lui importait cette mortification supplémentaire, après tout ce qu’elle avait subi ?

Lorsqu’elle avait été recueillie par ses grands-parents, Louise était à bout de forces. Le traumatisme, la honte, la colère, avaient eu raison d’elle. Son seul désir avait été de se cacher de tous. Y compris d’elle-même.

Ce foyer qu’ils lui offraient avait été son sanctuaire. Enfin, on lui donnait l’amour que ses propres parents lui avaient toujours refusé. Ses grands-parents l’avaient accueillie quand tous la rejetaient. Au pire moment de sa vie.

Elle aurait tout donné pour échapper à ce voyage en Sicile, mais elle leur devait tant !

Elle s’était résolue à accepter tous ces sacrifices pour effacer le déshonneur dont son comportement avait entaché leur patronyme, en luttant pour obtenir satisfaction de leur vœu ultime.

Malgré tout, elle n’avait jamais envisagé qu’il lui faudrait justifier sa démarche devant Caesar Falconari.

A vrai dire, elle avait cru qu’il éprouverait les mêmes réticences qu’elle à l’idée d’une telle rencontre. Apparemment, c’était sans compter sur son incroyable arrogance.

— Vous n’êtes pas sans savoir que la réponse à votre requête ne dépend pas seulement de moi. Les sages du village…

— S’en remettront à vous, le coupa Louise. Ne me croyez pas assez stupide pour ignorer cela. Vous êtes le seul à avoir autorité en la matière et à pouvoir satisfaire le souhait de mes grands-parents. Leur refuser de reposer là où ils le désiraient serait cruel. Cela reviendrait à les punir injustement.

— C’est la règle dans notre société. Toute la famille porte le poids de la faute commise par l’un de ses membres. Je ne vous apprends rien.

— Vous trouvez que c’est équitable, peut-être ?

— Les habitants de cette région de Sicile continuent à se conformer à des lois et des coutumes séculaires. J’essaie de les accompagner sur la voie du changement, pour ce que je considère être leur plus grand bien. Cependant, ce changement ne peut s’effectuer que lentement, si l’on ne veut pas qu’il conduise au conflit et à la défiance entre générations.

Caesar n’avait pas tort, admit Louise, bien qu’il lui en coûtât. Il avait le pouvoir de faire évoluer les choses, et d’amener ces gens à s’ouvrir aux promesses de l’avenir. Mais il lui fallait au préalable les convaincre de laisser les fantômes du passé reposer en paix.

En attendant, c’était du repos éternel de ses propres aïeux qu’elle devait discuter avec lui.

— Mes grands-parents ont fait beaucoup pour leur communauté, dit-elle. Dès le moment où ils ont émigré, ils ont envoyé de l’argent sur l’île, pour subvenir aux besoins de leurs proches. Ensuite, ils ont donné du travail à tous ceux qui quittaient le village pour s’établir à Londres. Ils les ont hébergés et ont pris soin d’eux. Ils ont donné sans compter à cette église, ainsi qu’aux œuvres de charité. N’est-ce pas un juste retour des choses que de leur rendre grâce ?

Louise défendait la cause de ses grands-parents avec passion, et sa sincérité était indéniable. Caesar ne pouvait que le reconnaître.

Son téléphone portable vibra, lui rappelant qu’il avait un autre rendez-vous. Il n’avait pas envisagé que cette entrevue se prolonge ainsi. Malgré tout, il y avait encore bien des points qu’il devait éclaircir, bien des questions qu’il lui fallait poser.

— Je dois vous laisser, dit-il. On m’attend. Quoi qu’il en soit, cette discussion n’est pas terminée. Je vous contacterai.

Caesar tourna les talons. Visiblement, il n’avait pas l’intention d’apaiser ses inquiétudes dans l’immédiat, songea Louise.

N’était-ce pas là la marque d’une personnalité impitoyable et arrogante ?

Et n’étaient-ce pas des caractéristiques innées chez lui ?

Comment avait-elle pu espérer qu’il se comporte différemment ?

Ce sur quoi elle aurait plutôt dû s’interroger était le soulagement qu’elle éprouvait à le voir s’éloigner.

Ne lui fallait-il pas s’alarmer d’être aussi vulnérable face à cet homme ?

Il n’avait fait que quelques mètres lorsqu’il se retourna.

A travers les cyprès, les rayons du soleil jouèrent une nouvelle fois sur les lignes fermes de son visage.

Louise crut voir l’un des farouches guerriers qui peuplaient son arbre généalogique. Ce mélange sulfureux de Romain et de Maure était gravé dans sa physionomie.

— Votre fils, lança-t-il, l’avez-vous amené avec vous en Sicile ?

Afficher en entier

Ajoutez votre commentaire

Ajoutez votre commentaire

Commentaires récents

Commentaire ajouté par lou02 2016-09-18T12:36:51+02:00
Bronze

Une très belle histoire. Un enfant qui veut résolument un père et qui fait vivre un enfer à sa mère car il n’est pas comme tout le monde. Caesar et Louise se retrouve après 10 ans d’éloignement et vivent leur histoire d’amour.

Afficher en entier
Commentaire ajouté par jessyka 2015-04-27T03:09:59+02:00
Bronze

Je ne suis pas une fan des livres auquel l'homme oblige en quelque sorte une situation, malgré tout histoire simple, facile à lire et sympa...

Afficher en entier
Commentaire ajouté par NENETTE29 2014-10-28T13:19:58+01:00
Lu aussi

Ce livre est destiné à ceux qui aiment les romans à l'eau de rose, très peu de dialogue, des redites au cas ou le lecteur aurait perdu le fil et des introspections.

Lu en diagonale et cela était long.

Afficher en entier
Commentaire ajouté par Eloise07 2013-12-30T23:07:40+01:00
Lu aussi

Je n'ai pas vraiment accroché avec le livre ... C'est le premier que je lis de cette collection et je le trouve quelque peu baclé, on n'a pas le temps de s'attacher aux personnages qui ont des sentiments contradictoires, l'histoire un peu tirée par les cheveux. Tout se déroule beaucoup trop vite a mon gout et on tourne trop autour du passé de Louise. On n'a pas vraiment le temps de suivre l'évolution des sentiments de Louise & Ceasar.

Enfin, j'ai été vraiment décue par cette lecture.

Afficher en entier

Dates de sortie

L'Héritier des Falconari

  • France : 2013-09-01 (Français)
  • USA : 2012-05-22 - Poche (English)

Activité récente

Titres alternatifs

  • A Secret Disgrace - Anglais
  • Amargura Secreta - Portugais
  • Uno sguardo dal passato - Italien
  • Im sinnlichen Bann des Sizilianers - Allemand
  • Deshonra siciliana - Espagnol
  • Το Μεγάλο Μυστικό - Grec

Évaluations

Les chiffres

lecteurs 26
Commentaires 4
extraits 3
Evaluations 6
Note globale 6.33 / 10

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode