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Bibliothèque de ludwigjeansebastien : Liste d'argent

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Un homme de tempérament Un homme de tempérament
David Lodge   
A Londres, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, H.G. Wells, vieil écrivain malade et passé de mode, survit alors que les V1 s'écrasent alentour occasionnant incendies et ravages. Le grand auteur n'a pas voulu se réfugier dans son manoir à la campagne. Il se remémore son incroyable parcours. Issu d'un milieu très modeste, il fut apprenti dans le textile, puis enseignant. De santé fragile, il se tourna très vite vers le journalisme et la littérature. Son premier roman « La machine à remonter le temps » rencontra immédiatement un immense succès, ce qui, très vite, lui assura aisance et admiration de la gent féminine. Visionnaire, il avait annoncé avec plus d'un demi-siècle d'avance, la montée des totalitarismes, la guerre aérienne et même la bombe atomique.
Cette biographie, particulièrement précise et bien documentée, s'articule sur trois axes. Tout d'abord l'oeuvre du célèbre romancier, ami de G.B. Shaw et Henry James, qui fut un écrivain aussi célèbre que prolifique et ne se cantonna nullement à l'anticipation et à la SF (« La guerre des mondes ») car il aborda pratiquement tous les genres : roman social, sentimental, politique et même vulgarisation scientifique et encyclopédique. Ensuite la politique : anarchiste, athée, libertin et anticlérical, Wells fut un membre influent de la Société Fabienne, creuset aristocratique du socialisme anglais, avant de se retrouver rejeté car minoritaire en raison de ses idées trop en avance pour son temps. En effet, il appelait de ses voeux le socialisme intégral avec redistribution de toutes les richesses, la création d'une société des nations, un gouvernement mondial et plaidait pour la libération de la femme par l'amour libre bien avant mai 68. Et enfin, le sexe, omniprésent dans cet ouvrage. Wells, marié deux fois avec des femmes qui ne le satisfaisaient pas sur ce plan, fut un séducteur compulsif et impénitent, eut une collection incroyable de maîtresses toutes belles, vierges et très jeunes. Oeuvre intéressante pour qui s'intéresse à Wells quoiqu'un peu indigeste, monotone et manquant singulièrement de la légèreté, de la drôlerie et de l'humour promis en quatrième de couverture et qui pourtant ne manquent pas dans les autres titres de Lodge.
Citation : « Le sexe pour Wells était idéalement une forme de récréation, comme le tennis et le badminton, quelque chose que l'on faisait quand on était venu à bout d'une tâche, pour se défouler et exercer un moment son corps plutôt que son esprit... »
3,5/5
La nourrice sur place La nourrice sur place
Amédée Achard   
La jeune mère parisienne qui préfère les joies du bal, des fêtes et des réceptions préférera toujours confier son rejeton à une nourrice robuste et dotée d'une généreuse poitrine. Celle-ci pourra être une paysanne originaire de Normandie, de Bretagne ou du Bourbonnais. Elle fera merveille et évitera à la Parisienne de s'user la santé à l'ingrate tâche de l'allaitement. L'ennui, c'est qu'elle se rendra très vite compte de son pouvoir de nuisance et saura en jouer largement.
Ce court essai ne date que par le contexte. Il y a longtemps que les nounous ne viennent plus des campagnes françaises… Par contre, l'éternel féminin parfaitement croqué ne changeant pas, les remarques ironiques, acerbes et finement observées, n'ont pas pris une seule ride. Si on y ajoute une langue et un style impeccable, cela devient un vrai plaisir de retrouver le texte corrosif et un tantinet misogyne d'un auteur un peu oublié du XIXème siècle.
SAS, Tome 170 : Otages des Taliban SAS, Tome 170 : Otages des Taliban
Gérard De Villiers   
En Afghanistan, un couple d’humanitaires canadiens est capturé par un groupe de Talibans alors que celui-ci roule dans le désert. L’ennui pour les deux otages, Ron Lauder et Suzie Foley, c'est qu’ils ne sont en fait ni humanitaires, ni canadiens, ni en couple, mais américains et agents de la CIA. Comme rançon, les terroristes réclament qu’on leur livre un baron de la drogue déjà détenu aux Etats-Unis sans oublier une très forte somme d’argent. Les négociations s’annonçant extrêmement délicates, la CIA fait une fois de plus appel au célébrissime Malko Linge. Saura-t-il se sortir de cette situation périlleuse ? Arrivera-t-il à sauver la vie des otages ?
« Otage des Talibans » est un roman d’espionnage de facture tout à fait classique comme sait si bien en produire le prolifique Gérard de Villiers. Tous les ingrédients du genre sont réunis : une situation dramatique et embrouillée à souhait, un pays en proie à une guerre particulièrement cruelle, aux factions et bien sûr de belles et sensuelles intervenantes. Le cocktail alternant par strates violence et sexe, érotisme et sadisme, fonctionne à merveille. Les rebondissements, les attentats et les coups tordus ne manquent pas. Le suspens se maintient du début à la fin qui voit, comme prévu, une nouvelle réussite du héros indestructible. L’écriture est agréable et efficace. Un roman de divertissement qui plaira aux amateurs du genre.
L'aube du désert L'aube du désert
Jeanne D'Haem    Waris Dirie   
Née dans le désert somalien, la petite Waris a partagé la vie d'une tribu nomade particulièrement pauvre avant de s’enfuir pour ne pas être mariée de force avec un vieillard. Auparavant, elle avait dû subir une excision avec ablation des petites lèvres et d'une partie des grandes ainsi qu'une infibulation pour être rendue plus « pure » et pour respecter un précepte du Coran. Mère d'un jeune garçon et devenue un célèbre top-model à New-York, elle revient en Somalie plus de vingt années plus tard pour y retrouver sa mère vivant dans une hutte misérable en compagnie de quatre chèvres et son père devenu aveugle. La condition de la femme n’a malheureusement toujours pas changé. Elle ne peut toujours pas manger dans la même pièce qu’un homme, doit porter le voile et se draper dans la longue robe traditionnelle. Ses interventions à la tribune de l’ONU pour dénoncer les mutilations sexuelles n’ont pas suffi pour faire évoluer les choses…
« L’aube du désert » est un témoignage émouvant mais partiel sur un chemin de vie particulièrement atypique. En effet, si Waris raconte par le menu sa vie de petite fille et son retour au pays vingt ans plus tard, elle occulte complètement les circonstances de son arrivée aux Etats-Unis et ses débuts dans le métier. Elle préfère se focaliser sur la condition féminine, les humiliations subies par les femmes, la vie tribale traditionnelle, la situation économique et politique catastrophique de son pays, la misère endémique (ni eau courante, ni électricité, ni services de santé minimum dans les villages). Et pourtant, elle constate que les gens de sa tribu vivent dans la joie, le partage et l’entraide. Même si les faits sont présentés de façon un peu désordonnée, le lecteur se retrouve dans ce parcours et dévore ce livre honnête et rare qui lui permet de découvrir un monde à des années-lumière du sien.
Errances Errances
Carole Bergh   
Une femme fait une chute dans l’escalier de son immeuble. Arrivée dans la rue, elle ne reconnaît plus son environnement habituel… Sophie croit que Paul la trompe. Pour se venger, elle sabote les freins de sa voiture… Victime d’une agression, David, sonné, erre toute une nuit dans la forêt de Fontainebleau. Au matin, il est recueilli par un étrange homme des bois… Une chatte abandonnée est adoptée par une vieille dame bien gentille… Karine est jalouse de Yohann. Elle lui rend la vie si infernale qu’il en est réduit à se réfugier dans l’alcool… Victime d’un terrible accident de la route, Simon est éjecté de son véhicule. Il se retrouve dans un autre monde, sans avions, ni voitures…
« Errances » est recueil regroupant huit nouvelles sur le thème de l’étrange et du fantastique mais pas seulement car quelques-unes ne sont que de petits récits sur une tranche de quotidien très banal. Deux nouvelles traitent de jalousie maladive avec ses conséquences inattendues. Deux autres d’intrusion dans des univers parallèles. Ce sont à mon sens les meilleurs de cet ouvrage agréable à lire. Les personnages féminins ne sont pas particulièrement sympathiques mais bien pétris d’humanité. La plume de Carole Bergh est alerte, vive et de très belle qualité. Un bon moment de divertissement d’autant plus agréable que ce livre est en accès libre sur les plate-formes.
La Perle et la Coquille La Perle et la Coquille
Nadia Hashimi   
De nos jours, dans un petit village afghan, un ancien soldat des seigneurs de la guerre retrouve sa famille et se laisse aller à ses penchants pour la drogue. Il n’a que des filles qui sont harcelées sur le chemin de l’école. La solution sera de les confiner à la maison et de marier la très jeune Rahima à un homme de plus de soixante ans… Au tout début de l’autre siècle, Shekiba perd toute sa famille lors d’une épidémie de choléra. Elle tente de survivre seule sur la petite ferme familiale. Mais assez rapidement, ses oncles la placent comme garde du harem dans le palais du roi d’Afghanistan. Malheureusement, elle ne peut empêcher un homme de s’introduire à l’intérieur. Ce sera la suite de ses malheurs…
« La perle et la coquille » est le récit choral ou stéréophonique de la vie de deux femmes afghanes à un siècle de distance et en alternant les chapitres. Une longue suite d’épreuves, de drames et d’humiliations de toutes sortes pour ces femmes. Des vies d’esclaves consacrées aux travaux ménagers et vouées à la procréation si possible uniquement de garçons. Le lecteur découvre qu’au XXIème siècle rien n’a changé, Rahima a beau terminer adjointe parlementaire d’une députée de la « jirga » (assemblée nationale), elle est tout autant privée de liberté, exploitée et humiliée que son arrière-arrière-arrière grand-mère. Malgré quelques longueurs, ce gros pavé se lit assez rapidement tant ces mœurs d’un autre temps semblent exotiques et choquantes et donnent à réfléchir sur la condition de la femme dans ce pays. À conseiller pour nous aider à appréhender une réalité bien cruelle.
Vladimir ou le vol arrêté Vladimir ou le vol arrêté
Marina Vlady   
En 1967, dans un théâtre moscovite, Marina Vlady fait la connaissance de l’acteur, auteur-compositeur-interprète Vladimir Vissotsky. Elle est alors mariée et mère de trois garçons issus de deux unions différentes. Lui est dans une situation similaire mais avec deux enfants. Cela ne les empêche pas de tomber follement amoureux et de tout abandonner pour vivre ensemble. L’ennui c’est que Marina Vlady est une actrice de renommée mondiale qui a toute latitude de circuler partout dans le monde sans pouvoir s’installer durablement en Union soviétique alors que son amant, poète détesté par le régime mais idolâtré par le public, n’a pas le droit de sortir du pays. Le couple doit vivre caché et Marina faire des allers et retours incessants entre la France et la Russie. Tout se compliquera rapidement avec l’alcoolisme et l’addiction à la morphine de Vladimir…
« Vladimir ou le vol arrêté » est un témoignage en forme de déclaration d’amour à un artiste à la carrière météoritique. Les astronomes d’un observatoire de Crimée baptiseront d’ailleurs de son nom une nouvelle planète découverte entre les orbites de Mars et de Jupiter. Au-delà du côté sentimental et passionnel de cette liaison qui ne dura qu’une douzaine d’années, le lecteur découvrira surtout les tracasseries dans la Russie soviétique, les souffrances pour ne pas dire le calvaire de la compagne d'un drogué et d’un alcoolique en proie au mal de vivre sans oublier les plaisirs d’une existence de nantis passant d’un pays à l’autre, d’un palace au suivant, dans les endroits les plus chics et les plus romantiques de la planète, notre actrice ayant réussi à extraire son poète de sa prison à ciel ouvert. Intéressant et instructif même avec le recul du temps. De nombreux poèmes de Vissotsky agrémentent ce texte, écrit comme une adresse au disparu, qui donne envie de mieux connaître cet artiste tout à fait original.
Jill Une femme raconte son combat contre le cancer Jill Une femme raconte son combat contre le cancer
Jill Ireland   
Née en 1936, Jill Ireland est une actrice britannique d’abord mariée avec l’acteur écossais David McCallum avec qui elle a eu trois fils dont un adopté, Jason, mort d’une overdose en 1989. Sur le tournage de « La grande évasion », elle rencontre Charles Bronson, lui-même marié avec des enfants. Le couple aura une fille Zuleika, qui s’illustrera dans des concours hippiques. La famille possède une magnifique propriété à Bel-Air. Passe l’été au bord de l’océan dans une belle résidence de Malibu et l’hiver à faire du ski dans le Vermont. Leur bonheur serait complet si Jill ne s’était pas vue détecter un cancer du sein qui nécessita une ablation totale suivie d’une longue série de sept sessions de chimiothérapie particulièrement douloureuses. Dans ce livre, surtout centré sur les années 83 à 85, l’actrice relate par le menu son long combat contre cette terrible maladie.
« Jill, une femme raconte son combat contre le cancer » est le témoignage émouvant d’une femme qui décide de prendre les choses en main et de mettre toutes les chances de son côté. Elle ne se contente pas de mettre en œuvre les thérapies classiques. Elle se lance parallèlement dans la médecine holistique, dans l’électrothérapie et la méditation. Elle change sa façon de vivre, son alimentation (plus de laitages, de farineux, de sucre et de protéines animales) et jusqu’à son regard sur ses contemporains. Une leçon de courage et de dignité qui se termine sur des pages d’espoir et ne peut qu’être profitable au lecteur même si celui-ci sait que la triste réalité a rattrapé l’auteure cinq années plus tard et a eu le dernier mot…
Les innocents de Paris Les innocents de Paris
Gilbert Cesbron   
En 1923, à Paris, les anciennes fortifications avec leurs terrains vagues, leurs jardinets et autres cabanes en bois servent de terrain de jeu à une bande de gamins pauvres et plus ou moins livrés à eux-mêmes. Ces petits « Poulbots » se sont accaparés une vieille cabane dans laquelle ils se retrouvent et cachent leurs pauvres trésors, une boussole, quelques albums et diverses babioles. Il y a également un perroquet, un chat et un chien. Les enfants ne rêvent que d’aventures et d’expéditions plus ou moins risquées. Ainsi, l’un d’eux se perd dans un des souterrains de la petite Ceinture et y découvre un vieux wagon abandonné autrefois réservé aux voyages princiers. Leur soif d’aventures les pousse à se lancer à l’assaut du lointain Parc Monceau pour y affronter les gosses de riches. Mais l’aventure tourne court. Un des gamins placé un temps en garde à vue attire l’attention d’un véritable voyou…
« Les innocents de Paris » est un joli roman sur l’enfance et sur un monde disparu celui du vieux Paname, des fortifs et des titis parisiens. Nombre de personnages hauts en couleurs comme l’employé de l’octroi, le gardien du square ou l’ancien vétéran de la Commune, égayent cette histoire qui rappelle par moment la fameuse « Guerre des boutons » de Louis Pergaud. Le style de Gilbert Cesbron, finement descriptif, n’a pas pris une ride et est toujours agréable à lire. Même si cet ouvrage n’est pas le meilleur de l’auteur, il mérite néanmoins notre intérêt ne serait-ce que pour la connaissance du monde de l’enfance perdue et surtout pour la description glaçante des terribles évènements de la « Commune de Paris », page d’Histoire de France terrible au point d’être soigneusement édulcorée dans les manuels. C’est tout à l’honneur de Gilbert Cesbron de l’avoir évoquée de cette manière.
Puynègre Puynègre
Brigitte Le Varlet   
En 1840, Adeline Fabre, jeune veuve d’un général d’empire, gère Puynègre, une jolie propriété située en plein Périgord noir, quelque part entre Limeuil et Le Bugue. Son beau-fils, Jérôme, s’apprête à entreprendre un voyage en Orient, périple fort à la mode chez les nantis de l’époque. De vieilles amies demandent à Adeline de bien vouloir permettre à un certain Monsieur de Céré d’avoir accès aux ouvrages de la bibliothèque de Puynègre pour ses études sur l’architecture du cloître de l’abbaye de Cadouin. Mais le personnage en plus d’un intellectuel et d’un esthète est également un jeune et charmant dandy pétri d’idées romantiques qui vit la plupart du temps à Paris et fréquente les milieux intellectuels et littéraires. Adeline tombe vite amoureuse de ce beau ténébreux…
« Puynègre », suite de « Fontbrune », est un roman sentimental placé dans un contexte historique et de terroir particulier. Avec beaucoup de précisions et de détails très vraisemblables, l’auteur s’attache à faire vivre tout un petit monde provincial et parisien tout en déroulant une histoire d’amour assez classique au bout du compte. Au-delà de l’essentiel de ce gros roman principalement consacré aux émois et ébats de nos deux héros, l’accessoire, c’est-à-dire le contexte, la vie et les mœurs de la bourgeoisie et de la petite noblesse périgourdine très minutieusement décrits est sans doute le versant le plus intéressant de cet ouvrage bien écrit et fort agréable à lire. La plume de Mme Le Varlet a quelque chose de balzacien tout à fait plaisant.