Livres
594 108
Membres
671 474

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode

Ajouter un extrait


Liste des extraits

Sous mon apparence réelle, je courais en silence entre les arbres, sur l’herbe épaisse et les pierres couvertes de mousse. J’étais si rapide qu’un œil humain ne pouvait distinguer qu’une vague forme mouvante.

Venir d’une planète située à plus de treize milliards d’années lumière était parfois assez génial.

Je doublai sans peine une voiture électrique qui remontait la route vers chez moi.

Je ne comprenais toujours pas comment ces engins fonctionnaient.

Et celui-là tirait derrière lui une remorque !

Enfin, bref.

Je ralentis et repris ma forme humaine tout en restant dans l’ombre des chênes. La voiture s’arrêta devant la maison vide qui se trouvait juste à côté de la mienne.

— Merde ! Des voisins !

Une femme sortit du côté conducteur. Elle avait sans doute la quarantaine. Elle se pencha pour s’adresser à quelqu’un assis à

l’intérieur. Elle rit et lança :

— Allez, viens.

Sans attendre, la femme referma la portière et gravit d’un pas léger les marches du perron.

Ce n’était pas normal. Cette maison était censée rester vide. Toutes les maisons du lotissement étaient censées rester vides. Vides d’humains, en tout cas. Cette route était le portail d’entrée et de sortie de la colonie Luxen au pied des rochers de Seneca et il était inconcevable que cette maison ait pu être mise en vente sans que ces crétins en costume de la Défense ne soient au courant.

C’était tout simplement impossible.

Des étincelles d’énergie pure parcoururent ma peau et le désir de reprendre ma forme originelle m’envahit. J’étais très agacé. Notre maison était le seul endroit où nous pouvions être nous-mêmes sans craindre à chaque instant d’être démasqués. Les connards du département de la Défense le savaient pertinemment.

Je serrai les poings.

Vaughn et Lane, mes deux baby-sitters personnels appointés par le gouvernement, avaient forcément été informés de cette invasion. Ils avaient dû oublier de me prévenir.

La portière côté passager de la Prius s’entrouvrit. Une silhouette s’extirpa du véhicule. Au départ, je ne distinguais pas ses traits, mais elle dépassa l’avant de la voiture.

— Merde !

C’était une fille.

Elle devait avoir à peu près mon âge, peut-être un an de moins.

Elle tourna lentement sur elle-même pour observer la forêt qui bordait les pelouses des deux maisons. On aurait dit qu’elle craignait qu’un puma enragé ne lui saute dessus.

Elle se dirigea vers le porche d’un pas hésitant, comme si elle n’était pas encore tout à fait sûre de vouloir entrer. La femme – sans doute sa mère, car elles avaient toutes deux la même chevelure sombre – avait laissé la porte ouverte. La fille s’arrêta sur le seuil.

Je m’avançai sans m’éloigner de la lisière de la forêt et sans la quitter des yeux. Elle était de taille moyenne et d’allure extrêmement banale avec ses cheveux châtain foncé noués en un chignon désordonné sur la nuque, son visage rond et pâle, ses formes ni trop généreuses ni trop longilignes – rien à voir avec ces filles maigrichonnes que je détestais – et ses… Bon, tout compte fait, elle n’était pas si banale que ça. Je ne pus m’empêcher de bloquer sur ses jambes, entre autres…

Bon sang, elles étaient incroyables !

Elle fit volte-face vers la forêt et croisa les bras juste au-dessous de sa poitrine.

Tiens, encore une partie de son corps qui ne passait pas inaperçue.

Elle scruta la ligne des arbres et son regard s’arrêta… juste là où je me tenais. Je desserrai les poings tout en restant parfaitement immobile. Elle me fixait.

Sauf qu’il était impossible qu’elle me voie. L’obscurité de la forêt me dissimulait parfaitement.

Quelques secondes s’écoulèrent avant qu’elle ne décroise les bras et se retourne vers la maison. Elle y entra, laissant la porte ouverte derrière elle.

— Maman ?

Au son de sa voix, je penchai la tête sur le côté. Elle n’avait pas d’accent qui aurait pu m’indiquer d’où elle venait.

En tout cas, elles n’étaient pas très prudentes, car ni l’une ni l’autre ne pensa à refermer la porte. Cela dit, dans cette région, la plupart des humains se sentaient en sécurité. Après tout, la ville de Ketterman, située près de Petersburg, en Virginie-Occidentale, était hors des sentiers battus. La police passait plus de temps à rattraper les troupeaux de vaches qui s’échappaient ou à s’inviter aux fêtes de village qu’à traquer le crime.

Pourtant, les humains avaient la sale habitude de disparaître sans laisser de traces par ici.

Pas seulement les humains, d’ailleurs. Dawson…

Quand je songeais à mon frère, la colère bouillonnait en moi comme la lave d’un volcan prêt à entrer en éruption. Il n’était plus là. Il était mort. Par la faute d’une humaine. Et voilà qu’une autre humaine s’installait juste à côté de chez moi.

Nous devions prendre l’apparence des humains, nous fondre parmi eux et agir comme eux, mais lorsque l’un d’entre nous s’approchait trop près d’eux, cela se terminait toujours en tragédie, par une mort ou une disparition.

J’ignore combien de temps je restai là, à fixer la maison. La fille finit par réapparaître. Tiré de mes sombres pensées, je la vis marcher vers la remorque. Elle sortit une clé de sa poche et ouvrit le hayon.

Du moins, elle essaya.

Pendant une éternité, elle se battit avec la serrure, puis avec le levier d’ouverture. Elle était écarlate et pinçait les lèvres : on aurait dit qu’elle allait réduire le tout en miettes. Bon sang, il ne fallait quand même pas si longtemps pour ouvrir une remorque… Ça devenait un véritable marathon. J’étais presque tenté d’aller l’aider.

Enfin, après un temps infini, elle réussit et déploya la rampe. Elle disparut à l’intérieur et réapparut avec un carton. Je la regardai le porter dans la maison. Puis elle revint pour en chercher un autre. À son visage, on aurait juré qu’il était plus lourd qu’elle.

Même d’où j’étais, je voyais ses bras trembler. Je fermai les yeux, agacé par… je ne sais pas ! Tout m’agaçait. Elle était maintenant au pied des marches et je savais déjà qu’elle serait incapable de les gravir sans tomber et se rompre le cou.

Je haussai les sourcils.

Voilà qui résoudrait une bonne partie de mes problèmes de voisinage.

Elle posa un pied sur la première marche et vacilla légèrement. Elle leva l’autre pied qui se cala sur la deuxième marche. Mon estomac gargouilla. J’avais faim, malgré les dix pancakes avalés à peine une heure plus tôt.

Elle était presque sur le palier. Elle ne s’en sortait pas si mal. Si elle tombait, elle ne se casserait sans doute qu’un bras. J’étais malgré moi assez impressionné par sa détermination. Alors qu’elle chancelait dangereusement, je marmonnai une série de jurons particulièrement vulgaires et levai la main.

Tout en visant le carton, je puisai dans la Source. Je me concentrai et la soulageai d’une partie du poids dans ses bras. Elle s’immobilisa comme si elle avait remarqué le changement, puis elle entra dans la maison en secouant la tête.

Je baissai lentement la main, choqué par ce que je venais de faire.

Certes, elle ne risquait pas de deviner ce qui s’était passé, mais bon sang, c’était complètement stupide de ma part.

Il y avait toujours un risque d’être découvert lorsqu’on utilisait la

Source, même pour un acte aussi insignifiant.

La fille revint sur le perron, le rose aux joues, et repartit vers la remorque en s’essuyant les mains sur son short en jean. Une nouvelle fois, elle en sortit avec un carton de la mort dans les bras. Où était sa mère ?

La fille trébucha et en tombant le carton émit un son cristallin. Aïe, de la verrerie !

Il faut croire que je participais au concours du plus gros crétin de l’univers, car je restai là, affamé, à l’aider à porter ses cartons les uns après les autres sans qu’elle le sache.

Quand (elle) nous avons eu fini de transporter tout le contenu de la remorque dans la maison, j’étais épuisé, mort de faim et sûr et certain d’avoir suffisamment tapé dans la Source pour avoir gagné un aller simple pour un laboratoire d’expérimentation où des chercheurs humains passeraient des jours à me disséquer le cerveau. Je me suis traîné jusque chez moi et je suis rentré sans bruit. J’étais seul ce soir-là et trop fatigué pour préparer à manger. Je me suis contenté d’avaler un demi-litre de lait directement au carton avant de me laisser tomber sur le canapé.

Ma dernière pensée a été pour cette voisine encombrante et j’ai imaginé un plan génial pour ne jamais la revoir.

La nuit était tombée et d’épais nuages noirs bloquaient la lueur des étoiles et de la lune. J’étais invisible. Ce qui était probablement une bonne chose.

En effet, je me tenais devant la maison voisine et une fois de plus on aurait dit un cinglé dans un thriller. Mon plan génial pour ne jamais revoir la fille aux cartons ne risquait pas de fonctionner.

Ça devenait une sale habitude. J’avais essayé de me convaincre que cette surveillance était nécessaire. Je devais en savoir plus sur elle avant que Dee, ma sœur jumelle, ne la croise et ne décide de devenir sa meilleure amie. Dee était ma seule famille à présent et j’étais prêt à tout pour la protéger.

Je jetai un coup d’œil vers chez moi en poussant un soupir agacé.

Est-ce que ce serait si terrible si, je ne sais pas, si je brûlais la maison des voisins ? Promis, je ne laisserais pas mourir les humains à l’intérieur. Ce ne serait pas si grave. Et du coup, plus de maison, plus de problème.

Ça me semblait assez simple.

Je ne voulais pas de problèmes supplémentaires. Ni moi ni aucun d’entre nous.

Malgré l’heure tardive, une lumière était allumée dans l’une des chambres à l’étage. Je savais que c’était sa chambre parce que quelques minutes plus tôt, j’avais vu sa silhouette passer devant la fenêtre.

Malheureusement, elle était habillée.

J’étais déçu et je ressemblais encore plus à un cinglé.

Pas de doute, cette fille posait un problème, mais toutes mes fonctions viriles étaient activées et parfois elles me faisaient oublier l’essentiel.

Avoir quelqu’un à côté de chez nous, une fille du même âge que nous, était tout simplement trop risqué. Elle n’était arrivée que deux jours plus tôt et il ne faudrait pas longtemps à Dee pour la repérer. Elle m’avait déjà demandé une ou deux fois si j’avais croisé les nouveaux voisins, si je savais à quoi ils ressemblaient. Je m’étais contenté de répondre avec un haussement d’épaules que c’étaient sans doute des retraités venus s’installer à la campagne, mais je savais que je ne pourrais pas contenir beaucoup plus longtemps la sociabilité naturelle de ma sœur.

En parlant du loup…

— Daemon… murmura une voix depuis l’ombre de mon porche.

Qu’est-ce que tu fabriques ?

J’hésite à réduire la maison des voisins en cendres la prochaine fois qu’ils s’absenteront pour faire des courses, qu’est-ce que tu en penses ?

Non, il valait mieux que je garde ces considérations pour moi.

Je me retournai en soupirant et rejoignis Dee sur le perron. Les graviers crissaient sous mes chaussures. Ma sœur était appuyée contre la rambarde, les yeux fixés sur la maison d’à côté. Elle plissait le nez pendant qu’une brise soulevait ses longs cheveux noirs.

Je fis un gros effort pour marcher à une allure normale.

Habituellement, je ne prenais pas cette peine. Quand j’étais chez moi, je me déplaçai à la vitesse de la lumière. Mais avec les nouveaux voisins, il était préférable de faire attention. Je devais reprendre l’habitude de me comporter comme un être humain.

Je m’appuyai à la rambarde, face à ma sœur et dos à la maison des voisins, comme si elle n’existait pas.

— Je faisais juste ma ronde.

Dee haussa un sourcil. Son regard émeraude – nous avions tous les deux les yeux de la même couleur – était sceptique.

— Ah oui ? On ne dirait pas.

Je croisai les bras sur ma poitrine.

— Comment ça ?

— On aurait plutôt dit que tu surveillais la fenêtre de la maison d’à côté.

— Tu crois ça ?

Dee fronça les sourcils.

— Alors, tu les as vus ?

Dee avait passé les deux derniers jours chez les Thompson, ce qui était une bonne chose, même si la savoir là-bas avec Adam, un extraterrestre de notre âge, ne me rendait pas super serein. Quoi qu’il en soit, elle n’avait pas encore rencontré nos nouveaux voisins. La connaissant, quand elle allait découvrir qu’il s’agissait d’une jeune fille humaine, elle réagirait comme si elle avait trouvé un chaton abandonné.

Mon silence la fit soupirer.

— D’accord, il faut que je devine ?

Je haussai les épaules.

Elle s’appuya contre la rambarde, le cou tendu, les yeux écarquillés, comme si elle pouvait voir à travers les murs. On possédait quelques pouvoirs plutôt sympas, mais pas la vision à rayon X.

— Ce ne sont pas des Luxens, s’exclama-t-elle soudain. Ce sont des humains !

Évidemment, elle l’aurait senti s’ils avaient été de la même espèce que nous.

— Oui, dis-je, ce sont des humains.

Elle secoua la tête.

— Comment c’est possible ? Ils savent qui nous sommes ?

Je repensai à la fille qui se débattait avec ses cartons deux jours plus tôt.

— Je dirais que non.

— C’est trop bizarre, pourquoi la Défense les laisserait s’installer ici ?

Mais elle ajouta immédiatement :

— Peu importe. J’espère qu’ils sont gentils.

Je fermai les paupières. Évidemment, Dee n’était pas inquiète, même après ce qui était arrivé à Dawson. Tout ce qui comptait pour elle, c’était qu’ils soient gentils. Le danger que représentait pour nous la proximité de ces humains ne lui traversait même pas l’esprit. Ma sœur était du genre à adorer les licornes qui vomissent des arcs-en-ciel.

— Comment sont-ils ? demanda-t-elle, déjà tout excitée.

— Je ne sais pas, mentis-je en rouvrant les yeux.

Elle se détacha de la rambarde en pinçant les lèvres. Puis, frappant dans ses mains, elle me dévisagea. Nous faisions presque la même taille et ses yeux verts pétillaient d’enthousiasme.

— J’espère que c’est un garçon !

Je serrai la mâchoire. Elle rit.

— Oh ! Peut-être que c’est une fille de mon âge ! Ce serait génial !

Et merde !

— Ça rattraperait notre été, surtout que tu sais comment Ash se comporte en ce moment…

— Non, je ne sais pas.

Elle leva les yeux au ciel.

— Ne fais pas l’innocent. Tu sais très bien pourquoi elle est aussi câline qu’un grizzly. Elle espérait que vous passeriez l’été ensemble à…

— … baiser ? l’interrompis-je pour la faire râler.

— Ah ! Mais tu es dégoûtant ! Ce n’est pas du tout ce que je voulais dire.

Elle frissonna et je dissimulai à peine mon sourire en me demandant si Ash lui avait raconté nos parties de jambes en l’air. Même si ce n’était pas arrivé depuis un moment. Ni même très souvent. Mais quand même.

— Non, elle se plaint que tu ne l’emmènes pas là où tu avais promis.

Je n’avais aucune idée de ce dont elle parlait.

— En tout cas, reprit-elle, j’espère que les nouveaux voisins sont cool.

Comme un hamster sur sa roue, le cerveau de Dee ne cessait jamais de tourner.

— Je pourrais peut-être aller les v…

— Ne termine pas cette phrase, Dee. Tu ne sais ni qui ils sont ni pourquoi ils sont là. Tu gardes tes distances.

Les mains sur les hanches, elle plissa les paupières.

— Comment veux-tu qu’on en apprenne plus sur eux si on garde nos distances ?

— Je les surveillerai et je te dirai si tu peux leur parler.

— Je n’ai aucune confiance en ton jugement concernant les humains, Daemon.

Elle me jeta un regard noir.

— Et moi, je n’ai aucune confiance en ton jugement, rétorquai-je.

Pas plus que je n’avais confiance en celui de Dawson.

Dee recula d’un pas et prit une profonde inspiration. La colère disparut de son visage.

— D’accord, je comprends pourquoi…

— Ne parlons pas de ça. Pas ce soir.

Je me passai la main dans les cheveux. J’avais besoin d’aller chez le coiffeur.

— Il est tard et je dois encore faire une ronde avant d’aller me coucher.

— Encore une ? Tu crois que… qu’il y a des Arums dans le coin ? murmura-t-elle.

Je secouai la tête. Je ne voulais pas qu’elle s’inquiète, mais en vérité, il y avait toujours des Arums pas loin. Ils étaient nos seuls prédateurs naturels et déjà nos ennemis à l’époque où notre planète existait encore. Comme nous, ils n’étaient pas terriens et sur de nombreux aspects, ils étaient nos exacts opposés, en termes d’apparence, mais aussi de pouvoirs. Contrairement à eux, nous n’étions pas des tueurs.

Pour puiser dans la Source, ils se nourrissaient des Luxens dont ils prenaient la vie. Un peu comme des parasites sous stéroïdes.

Les Anciens nous racontaient souvent que lorsque l’univers s’est formé, notre planète était faite de lumière pure. Les Arums, qui vivaient dans l’ombre, en sont devenus jaloux et c’est ainsi que la guerre entre nos peuples a débuté. Elle a pris la vie de nos parents et détruit l’endroit où nous vivions.

Les Arums nous ont suivis jusqu’ici, en utilisant des vaisseaux atmosphériques pour voyager sans se faire repérer.

À chaque pluie de météorites ou d’étoiles filantes, j’étais à cran. Les Arums profitaient souvent de ces phénomènes.

Les combats étaient rudes. On pouvait les éliminer en puisant directement dans la Source ou en utilisant une lame d’obsidienne. Cette pierre leur était fatale particulièrement après qu’ils s’étaient nourris, car elle fractionnait la lumière. Pour en trouver, ce n’était pas simple, mais j’essayais d’en avoir toujours une sur moi, généralement attachée à ma cheville. C’était aussi le cas pour Dee.

On ne savait jamais quand on allait en avoir besoin.

— C’est juste histoire de rester vigilant, dis-je en essayant de la rassurer.

— Tu es toujours vigilant, répliqua-t-elle.

Je lui adressai un sourire un peu crispé. Elle hésita avant de se mettre sur la pointe des pieds pour m’embrasser sur la joue.

— Tu as beau être un emmerdeur et un tyran, je t’aime quand même. Ne l’oublie pas.

Je ris en l’enveloppant dans mes bras pour une brève étreinte.

— Tu as beau être une pipelette assommante, moi aussi je t’aime.

Dee recula en me frappant sur le bras.

— Ne rentre pas trop tard, me lança-t-elle.

J’acquiesçai et la regardai rentrer à toute vitesse dans la maison.

Dee ne faisait jamais rien lentement. Dans notre fratrie, elle avait toujours été la volontaire, l’énergique. Dawson était le décontracté, celui qui trouvait toujours tout cool. Et moi… je ne pus réprimer un sourire… moi, j’étais l’emmerdeur.

Nous avions tous les trois le même âge.

Maintenant, il n’y avait plus que Dee et moi.

Je restai un long moment à fixer la porte derrière laquelle ma sœur avait disparu. Elle était la seule personne sur cette planète qui comptait pour moi. Je me retournai vers la maison voisine. Inutile de me voiler la face : dès que Dee saurait qu’une fille de son âge vivait à côté, elle se mettrait à la suivre partout comme un petit chien. Et personne ne pouvait résister à ma petite sœur. Dee était un rayon de soleil.

Nous vivions parmi les humains, mais pour tout un tas de raisons nous devions éviter de nous mêler à eux. Il était hors de question que je laisse Dee commettre la même erreur que Dawson. Je l’avais laissé tomber. Ce ne serait pas le cas avec Dee. Je ferais tout ce qui était en mon pouvoir pour la protéger. Tout.

Afficher en entier

— Les battements de nos cœurs… Ce sont les mêmes. Oh, mon

Dieu. Comment est-ce possible ?

— Oh, merde.

Je n’avais aucune envie d’avoir cette conversation avec elle maintenant. Je posai ma main sur la sienne. Je n’étais pas étonné. Ce que je sentais ne faisait que confirmer ce que je soupçonnais. Mais je savais peu de chose des conséquences de la guérison d’un humain par un Luxen. J’avais tout juste entendu des rumeurs.

— Ce n’est pas si terrible que ça, essayai-je de la rassurer. Je suis plus ou moins sûr de t’avoir transformée en quelque chose et cette histoire de pouls prouve qu’on est connectés.

— Qu’est-ce qui pourrait être pire, au juste ?

Sa voix avait pris une note aiguë. Je haussai les épaules.

— Nous. Ensemble. Ça pourrait être pire.

— Attends une seconde. Tu es en train de me dire qu’on devrait

être ensemble à cause d’un putain de pouvoir extraterrestre qui nous a reliés ? Alors qu’il y a deux minutes, tu te plaignais d’être coincé avec moi ?

— Mais non, je ne me plaignais pas. (J’avais seulement très mal choisi mes mots.) J’exposais seulement le fait qu’on était coincés ensemble. Ça, c’est différent… et tu es attirée par moi.

Elle plissa les paupières comme un chat en colère.

— Je reviens là-dessus dans une minute. Tu veux être avec moi parce que tu t’y sens… obligé ?

Je me trémoussai.

— Ce n’est pas exactement ça. Je… t’aime beaucoup.

Kat ne répondit pas, se contentant de me fusiller des yeux.

— Oh non, je connais ce regard. À quoi tu penses ?

Elle se leva.

— Je pense que c’est la déclaration la plus ridicule que j’aie jamais entendue. C’est vraiment nul, Daemon. Tu veux être avec moi à cause d’un truc étrange qui s’est passé entre nous ?

Je me levai à mon tour.

— On se plaît, c’est la vérité. Il faut arrêter de se voiler la face.

Elle secoua la tête.

— Et c’est le gars qui m’a laissée sur mon canapé les seins à l’air qui dit ça ? On ne s’aime pas.

— Bon, d’accord, je devrais sûrement m’excuser pour ça. Je suis désolé.

J’avançai vers elle avant de poursuivre :

— On était attirés l’un par l’autre avant que je te soigne. Tu ne peux pas le nier. J’ai toujours… Tu m’as toujours plu.

C’était la pure vérité, même si j’avais jusqu’à présent refusé de l’admettre.

Depuis ce jour où j’avais ouvert ma porte, depuis cette première dispute, cette première fois où elle m’avait traité de connard, cette première fois où j’avais pris conscience de son courage et de sa force, elle m’attirait. Je la désirais.

Je l’avais sans doute nié un peu trop vivement pendant tout ce temps.

— Être attiré par toi n’est pas une raison suffisante, c’est comme cette histoire d’obligation.

— Tu sais que ça va plus loin que ça.

Je me tus, réalisant que si, un an plus tôt, quelqu’un m’avait dit où je serais aujourd’hui, j’aurais été mort de rire sur place. Je repris :

— Quand tu as frappé à ma porte, j’ai tout de suite su que tu ne m’apporterais que des ennuis.

Kat émit un petit rire sans joie.

— Le sentiment était mutuel, mais qu’est-ce que ça a à voir avec ton côté schizophrène ?

Je hochai la tête.

— J’espérais que ça expliquerait les choses, mais apparemment non… Kat, je sais que je te plais. Je sais que tu…

— Ça ne suffit pas.

— On s’entend bien.

Elle me lança un regard dubitatif. Je me corrigeai en souriant :

— Parfois.

— On n’a rien en commun.

— On a plus en commun que tu ne le penses.

— Si tu le dis.

J’enroulai une mèche de ses cheveux entre mes doigts.

— Toi aussi tu veux être avec moi.

Elle hésita un instant avant de reprendre sa mèche.

— Tu ne sais pas ce que je veux. Tu n’en as pas la moindre idée.

J’aimerais un mec qui veut être avec moi pour ce que je suis, pas parce qu’il se sent obligé de le faire à cause d’un sens tordu des responsabilités.

— Kat…

— Non !

Elle serra les poings et inspira profondément.

— Non. Je suis désolée. Tu t’es conduit en parfait connard pendant des mois. Tu ne peux pas décider de m’aimer comme ça et croire que je vais oublier tout ce qui s’est passé jusqu’à présent. Je cherche quelqu’un qui m’aimera autant que mon père aimait ma mère. Et ce n’est pas toi.

— Comment peux-tu le savoir ?

Elle me dévisagea un moment, puis fit un mouvement comme si elle voulait partir. Mais cette discussion n’était pas terminée. Je filai me placer devant la porte.

— Mon Dieu, je déteste quand tu fais ça ! cria-t-elle.

Je la toisai.

— Tu ne peux pas continuer à faire semblant de ne pas vouloir être avec moi.

Elle me jeta un regard féroce et incroyablement sexy. Je l’aimais aussi pour ça. Mais soudain, la tristesse envahit ses yeux.

— Je ne fais pas semblant.

Bordel de merde.

Elle avait hésité avant de prononcer ces mots. Ils exprimaient bien plus que de la colère ou de la frustration. Elle avait peur et elle était malheureuse. Je pouvais la comprendre. Je m’étais mal comporté avec elle. J’étais impardonnable et j’aurais aimé trouver le moyen de réparer mes erreurs. Je l’avais compris dans ce champ l’autre nuit : je ne pouvais pas la laisser partir.

— Tu mens.

— Daemon.

Je posai mes mains sur ses hanches et l’attirai contre moi. La chaleur de son corps se diffusa dans le mien et je fermai brièvement les paupières en prenant une grande inspiration. Je sentis son odeur. Mes mains se serrèrent sur ses hanches et elle se colla à moi, me prouvant que ses paroles ne traduisaient pas ses envies les plus profondes. Je penchai la tête vers elle et elle frissonna.

— Si je voulais être avec toi, tu ne me rendrais pas les choses faciles, pas vrai ?

Elle me regarda.

— Tu ne veux pas être avec moi.

Je ne pouvais que la contredire.

— Moi, je crois que si.

Une jolie rougeur s’étendit à son cou. J’avais envie de la suivre avec ma bouche.

— « Croire », ce n’est pas « savoir ».

— Non, c’est vrai, mais c’est un début. Non ?

C’était bien plus que ça.

Elle secoua la tête et s’écarta de moi.

— Ça ne suffit pas.

Je soutins son regard et soupirai. Son obstination m’agaçait au plus haut point mais me plaisait presque autant. Pas de doute, j’étais tordu.

— Tu vas vraiment me compliquer la tâche…

Sans me répondre, elle se dirigea vers la porte. Cette fois, je n’essayai pas de la retenir.

— Kat ?

Elle se retourna.

— Quoi ?

Je souris et ses yeux gris étincelèrent.

— Tu as conscience que j’adore les défis ?

Elle émit un petit rire et me montra son majeur dressé avant de repartir vers la porte.

— Moi aussi, Daemon. Moi aussi, lâcha-t-elle par-dessus son épaule.

Je la regardai s’éloigner en me disant qu’elle était aussi belle de face que de dos.

Oui, j’aimais les défis. Et je ne perdais jamais.

Afficher en entier

- Tu t'es fait frapper par un bac à glace ?

- Oui.

- Mince, j'ai raté ça.

- Je suis sûr que Dee se fera un plaisir de recommencer pour toi.

Afficher en entier

Daemon, Kate et les stylos:

Je sortis le stylo que j’avais glissé dans la spirale métallique de mon cahier et le lui enfonçai dans le dos. Elle se tourna vers moi.

— Comment va ton bras, Kittykat ?

Son visage se ferma et elle me fixa droit dans les yeux.

— Ça va. On me retire l’attelle demain, normalement.

Je tapotai le bout de mon crayon sur mon pupitre.

— Ça arrangera sûrement les choses.

— Quelles choses ? demanda-t-elle, soudain inquiète.

Avec mon crayon, je suivis les contours de la trace qui l’environnait.

— Ton allure.

Elle plissa les paupières et je me rappelai qu’elle ne voyait pas cette aura lumineuse. Tant pis, sa tête était trop drôle. On aurait dit qu’elle était prête à me frapper avec son attelle.

(...)

Je devais m’en tenir à mon plan.

Je sortis mon stylo de mon cahier à spirale et l’enfonçai dans le dos de Kat. Elle ne se retourna pas. Je recommençai, un peu plus fort. Elle se retourna brusquement, faisant voler ses cheveux autour de son visage.

— Quoi ?

Son irritation m’arracha un sourire. Dans la classe, tout le monde nous observait du coin de l’œil. Ils avaient probablement peur qu’elle sorte une assiette de spaghettis de sa manche et me la renverse sur la tête.

— Tu me dois un tee-shirt.

Elle en resta bouche bée.

Afficher en entier

Kat murmura quelque chose et se pelotonna un peu plus contre moi, sa joie contre ma poitrine. Elle était collée à moi. Cuisse contre cuisse, sa main posée sur ma hanche. Je me mis à compter à rebours à partir de cent. A peine arrivé à soixante-dix, je me rendis compte que je fixais sa bouche.

Il fallait que j'arrête ça.

Elle fronça les sourcils et ses paupières tremblèrent comme si elle était en train de faire un cauchemar. Je réagis malgré moi à l'inquiétude qui marquait son visage et tendait son corps. Je traçais des cercles dans son dos avec mon pouce. Elle se détendit et sa respiration redevint régulière.

Mais combien de temps allait-elle rester plongée dans le sommeil ? Ça ne me gênait pas vraiment de rester comme ça pendant les prochaines heures. Étrangement, la tenir contre moi me détendait. Pourtant, en même temps, toutes les parties de mon corps étaient en état d'alerte maximale. Je sentais avec une acuité inhabituelle les endroits où sa peau touchait la mienne, où sa main était posée et la manière dont sa poitrine se soulevait.

C'était à la fois paisible et douloureux.

Après un long moment, qui m'avait semblé une éternité paradoxalement beaucoup trop courte, Kat commença à s'éveiller lentement. Ses muscles se tendaient, se détendaient, se tendaient de nouveau, puis elle se rendit compte... qu'elle était allongée sur moi.

Je n'ôtait pas ma main. Je savais qu'elle ne risquait plus de tomber, mais... je n'arrivais pas à me détacher d'elle. Je ne comprenais pas pourquoi et ma réaction m'agaçait.

Kat leva la tête.

- Que... s'est-il passé ?

Afficher en entier

- Où est la glace ?

Sa voix était tendue.

- Quelle glace ?

- Quelle glace ? répéta-t-elle lentement en secouant la tête. Le litre de glace au caramel et pépites de chocolat que j'ai acheté hier !

- Euh...

- Je n'arrive pas à croire que tu aies mangé toute la glace Daemon !

- Je n'ai pas tout mangé, protestai-je.

- Oh, alors elle a disparut comme par magie ? Ou peut-être est-ce la faute de la cuillère ? Oh, attends, je sais : c'est le carton qui l'a mangée.

- Pour tout te dire, je pense que c'est le frigo.

Afficher en entier

« Dans notre fratrie, elle avait toujours été la volontaire, l’énergique. Dawson était le décontracté, celui qui trouvait toujours tout cool. Et moi… je ne pus réprimer un sourire… moi, j’étais l’emmerdeur. »

Afficher en entier

(...) Fallait-il que je le lui avoue ? Que je lui dise que sa seule présence me donnait envie de sourire ? Que depuis qu'elle avait emménagé à côté de chez moi, j'étais plus heureux que je ne l'avais été depuis des années ? Devais-je lui expliquer que j'admirais son insolence et son sens de la répartie, sa façon de défendre son point de vue coûte que coûte, surtout contre moi et mes conneries ? Une chaleur se répandait dans ma poitrine, que j'étouffai aussitôt. (...)

Afficher en entier

Je ne l’avais vue que deux fois.

Le jour où elle avait emménagé, quand je l’avais aidée comme un crétin. Je méritais un bon gros coup de pied dans les testicules pour ça. Bien sûr, elle ne savait pas que je l’avais soulagée d’une grande partie du poids de ses cartons pour éviter qu’elle ne tombe dans l’escalier, mais j’aurais mieux fait de m’abstenir. Je l’avais vue une seconde fois hier. Elle sortait une pile de livres de la voiture de sa mère. Elle avait un tel sourire qu’on aurait dit qu’elle tenait des lingots d’or dans ses bras. J’avais trouvé ça super mignon… Hein ?! Qu’est-ce que je raconte ? Ça n’avait rien de mignon du tout !

Afficher en entier

Je sentais que cette fille ne pouvait nous attirer que des ennuis. Des ennuis dans un bel emballage avec un joli nœud sur le dessus.

Le pire, c'est qu'elle était exactement le genre d'ennuis que j'adorais.

Afficher en entier

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode