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Commentaires de livres faits par MarieFontaine

Extraits de livres par MarieFontaine

Commentaires de livres appréciés par MarieFontaine

Extraits de livres appréciés par MarieFontaine

Les plus récents d'abord | Les mieux notés d'abord
date : 04-08-2014
S*** a beau être imaginaire, elle n'en possède pas moins une "réalité" rendue tangible par le pouvoir évocatoire de l'écriture de Françoise Nore. C'est une ville hybride, à moitié germanique par son romantisme noir, que n'aurait pas renié un "jeune Werther", et à moitié slave, par son pessimisme à fleur de pierre. Cette cité-état peut être considérée comme un personnage à part entière dans le récit, sans doute le personnage le plus important. Fortement enracinée dans le passé, elle semble immuable, construite pour durer ad vitam aeternam. Depuis des siècles, les hommes ne font que passer à travers elle : "On pouvait mourir, les pierres ne bougeraient pas."
Face à cette pérennité de la pierre, toute action humaine relève de la vanité. Et pourtant, il y a dans cette ville de S*** des hommes et des femmes qui se débattent, pauvres insectes, pour laisser une empreinte. Ils rivalisent pour une place au soleil en politique, se blessent au jeu de la domination-soumission, ou se perdent dans des actions terroristes qu'ils croient justes.
Tout au long de l'histoire s'opposent deux forteresses ; celle, immatérielle, du passé, avec sa cohorte de souvenirs que l'on ne doit pas laisser s'effriter — car leur mort signifierait le dépouillement ultime, menant droit à une insupportable solitude — ; et celle, bien réelle, de S***, décrite comme un fantôme de pierre prisonnier d'une nuit quasi perpétuelle, mêlée de brouillard, de pluie glacée ou encore de neige. La forteresse de pierre semble plus solide que celle du passé. En réalité, des menaces pèsent sur elle, qui pourraient la fragiliser, voire l'anéantir... Les attaques terroristes la blessent, les collines qui la surplombent, si elles s'écroulaient, la détruiraient entièrement. On ne peut s'empêcher d'y déceler un parallèle avec la destinée des hommes...
Les personnages empruntent à ce décor plutôt glauque leurs propres teintes grises et froides. Chacun d'eux est comme une facette taillée dans le matériau le plus sombre de l'âme humaine, chacun d'eux est une facette du même diamant noir. Mais ils ne le savent pas, ou ne veulent pas l'admettre.
Rivalités, luttes intestines et solitudes entrelacent leurs notes pour former la trame du récit. Si l'on tend attentivement l'oreille à la musique des mots, on en percevra d'autres, bien plus discrètes, mais qui participent tout autant à l'ensemble, en le cimentant d'une touche d'émotion nostalgique, engendrée par la nécessité de l'adieu à la jeunesse, partie intégrante du passé — et par conséquent, la nécessité de l'expérience de son deuil. Lorsque surgit comme une illumination l'idée de notre appartenance au monde des vivants, et par là même à celui de l'inconnu, on ne peut que se sentir presque condamné à renoncer au baume rassurant du passé, malgré le risque de solitude évoqué plus haut. Alors seulement on pourra redécouvrir le plaisir, "[...] nié pendant toutes ces années perdues dans l'illusion du passé." Être vivant, c'est connaître le plaisir...
En résumé, "Les Égarés" envoûtent aussi irrésistiblement que le chant d'une Loreleï. Jusqu'à la dernière phrase, on se délecte de la plume ciselée, ô combien poétique, inspirée et inspirante, de Françoise Nore.
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date : 21-11-2012
Le récit de "La légende du futur", premier roman d’Hélène Destrem, commence par l’irruption dans le passé d’Arwenia, scientifique de l’an 2134, un passé pour le moins extraordinaire : il s’agit en effet de celui qui a vu se forger la mythologie de la Quête du Graal. Dans le futur, son mystère demeure entier. Arthur et ses chevaliers ont-ils réellement existé ? Et tous les autres acteurs de cette incroyable histoire ? Pour les contemporains d’Arwenia, ce n’est qu’une légende. Mais la jeune femme à la chevelure d’un roux flamboyant, attirée depuis toujours par cette lointaine époque, s’est mis en tête de prouver scientifiquement l’existence des hommes et des femmes de ce haut Moyen Âge, qui vécurent plus précisément en 476. Dans les laboratoires du Centre Européen de Recherches Spatiales (CERS), elle vient de mettre au point un prototype de machine à voyager dans le temps. La patience n’étant pas son fort, sans attendre l’aval de ses supérieurs, elle décide de tester son invention sur elle-même. C’est ainsi qu’elle apparaît subitement aux yeux de centaines de guerriers, en pleine guerre du Mont de Badon. Là voilà immédiatement promue au rang de fée par ces hommes enclins à la superstition. Ce qu’elle ne sait pas encore, c’est qu’elle va sans le vouloir créer un paradoxe temporel qui va tout remettre en question, aussi bien dans le passé que dans le futur...
Sur l’échiquier de son histoire, l’auteur place avec une habileté diabolique les pièces de sa propre vision de la légende du Graal, non sans s’appuyer sur un travail de recherche qui force le respect, tant il est riche et détaillé. Camelot se matérialise sous nos yeux, on s’y promène, on y croise ses habitants, on hume ses odeurs, on régale nos yeux de ses couleurs, nos doigts de ses textures... L’immersion dans le récit est totale. Les icônes de la légende prennent vie. Magie de l’écriture... L’on devient l’espace de quelques heures les témoins privilégiés et émerveillés de scènes du quotidien intime d’Arthur et de ses chevaliers, de l’enchanteur Myrddin (forme galloise de Merlin), de la reine Gwenwhyfar (forme galloise de Guenièvre), de Viviane, la Dame du Lac, ou encore de Morgane, la sœur d’Arthur. C’est un réel enchantement de pouvoir les suivre ainsi au fil de l’écriture d’Hélène Destrem. Mais ce délice ne doit pas faire oublier l’histoire, romanesque à souhait. Entre mystères, complots, traîtrises et amours, tous les ingrédients sont réunis pour vous plonger au cœur d’une aventure incroyable, au cours de laquelle l’auteur reprend avec un plaisir évident chaque symbole de la légende arthurienne, pour nous en livrer sa propre explication. Mais que l’on se rassure, il ne s’agit que d’une interprétation, parmi d’autres existant déjà. Au final, le mystère reste entier, la magie de la légende, intacte.
Le passé médiéval est ouvert à l’imaginaire, l’air y est pur, les espaces, libres, presque sans limites. Le futur au contraire, est un monde étroit, confiné, qui emprisonne les êtres dans un réseau étouffant de règles et de contraintes. Entre les deux s’érige une zone d’incertitudes, noman’s land propice à une réflexion sur notre propre présent. Nous avons un peu trop vite oublié d’où nous venions et ne sachant pas où nous allons, il nous est si facile de dilapider les richesses de la terre, en toute inconscience. Il est certain que si nous continuons à ne pas nous soucier du futur, ce futur qui s’approche à grands pas pourrait se révéler semblable à ce cauchemar décrit par l’auteur.
Coup de cœur pour cet ouvrage alliant sens du romanesque et réflexion écologique et humaniste, ciselé dans une très belle écriture, pour un plaisir de lecture complet.
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date : 21-05-2012
Matthieu le fils, le court roman de Jean-Paul Belly, lauréat des « 5èmes Gouttes d’Or du roman » organisées par l’association Du Souffle sous la plume, s’ouvre sur la description d’un paysage contrasté, verte vallée humide au milieu de laquelle se dresse un causse désolé à la beauté sauvage, quelque part dans la région du Limousin, en 1938. Contrairement à une pratique littéraire qui tend de plus en plus à happer l’attention du lecteur par l’irruption d’un élément perturbateur dès les premières lignes d’un récit, l’auteur laisse ici le temps à son lecteur de s’imprégner d’abord de l’atmosphère envoûtante de ce décor âpre et vertigineux, soufflant le chaud et le froid sur les âmes qui s’entêtent à vivre accrochées à ses flancs.
Au cœur de cette nature souveraine, baignée de superstitions et de soupçons de sorcellerie, stigmates de son lointain passé celte, se dessinent lentement deux portraits, celui d’un homme, Matthieu le fils, et d’une femme, Jeanne la Bossue. Adam et Eve du causse, le pays d’en haut, tous deux vivent à l’unisson des forces telluriques qui partout murmurent dans les entrailles de la terre. Ils pourraient y être seuls au monde, seuls dignes de jouir de cet Éden primitif. Mais il y a les autres, ceux du pays d’en bas, des gens rudes, rustiques, à la violence chevillée au cœur. On a retrouvé un jour, au pied des murailles du causse, le corps sans vie, mutilé, profané, d’une jeune fille de seize ans, originaire du village de Nardaillac. Depuis, Matthieu le fils est poursuivi par les étranges apparitions d’une biche blanche, blessée au poitrail. Une angoisse insidieuse le ronge. Pour la première fois de sa vie, il connaît la peur.
Qui a commis cet acte innommable ? L’auteur éveille quelques soupçons, sans toutefois révéler l’entière vérité à son lecteur. Mais est-il vraiment important de la connaître ? Pas si l’on considère que Matthieu le fils n’est pas un thriller dans le sens classique du terme, mais plutôt un roman de guerre, celle qui se livre entre l’innocence et la barbarie. Innocence symbolisée par l’union de Jeanne et Matthieu, la biche blanche surnaturelle, ou encore la jeune fille insouciante de Nardaillac. Barbarie représentée quant à elle par la blessure de la biche, les ignobles traitements infligés aux enfants rebelles du pays, des scènes insoutenables d’équarrissage de bêtes dans les abattoirs ou l’assassinat d’une innocente. Une barbarie en fin de compte ordinaire, qui colle désespérément à la peau de l’espèce humaine, une barbarie préfigurant les futures horreurs de la guerre qui va ravager l’Europe et qui menace déjà aux frontières...
L’écriture de Jean-Paul Belly est aussi envoûtante que le pays qu’elle décrit. Fluide, élégante, poétique, mais également émaillée de discrètes pointes d’humour pour contrebalancer la noirceur du récit, elle nous emmène au cœur du causse corrézien et de ses mystères, aux côtés d’hommes et de femmes appartenant à un passé aujourd’hui révolu, mais dont les fantômes doivent encore, soufflés par un vent mauvais, arpenter ces terres inhospitalières qui ne se donnent entièrement qu’à ceux qui la méritent. Un vrai plaisir de lecture !
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date : 17-05-2012
Si la vie était "un long fleuve tranquille", la littérature n'existerait pas. C'est à partir de ce constat, si simple, et pourtant terrifiant, tant le vertige qu'il suppose semble sans fond, que s'est bâti, pierre après pierre, l'édifice universel de l'écriture. Vertige, en effet, lorsque l'on porte son regard sur le passé et que l'on prend la mesure de notre impuissance à parcourir tous les chemins déjà explorés par des écrivains aujourd'hui poussière... Une vie entière ne suffirait pas à en découvrir tous les trésors. Vertige, encore, lorsque l'on se projette vers demain et que l'on pressent l'infinité des voies qui restent à parcourir. Vertige, toujours, quand étant soi-même écrivain on se retrouve face à face avec notre plus chère ennemie : la page blanche.

La gageure pourrait, devrait, nous décourager par avance : n'entend-on pas trop souvent dire que tout a déjà été écrit ? Nous savons pourtant que rien ni personne ne nous empêchera de plonger corps et âme dans le frisson délicieux de cette spirale... Sabrina Bardot ne déroge pas à cette règle. On la sent passionnée,enragée, émue, tendre, révoltée, derrière chaque mot, chaque ligne de ses nouvelles. Elle écrit parce qu'elle vit. Cette jeune auteure ne triche pas. Son authenticité séduit d'emblée. "Ma route à moi est le long parchemin où j'écris mon histoire. J'irai au bout et j'en choisirai chaque mot sans vous laisser y poser vos ratures." [La fille de...] Voilà, le credo de Sabrina est lâché. Et c'est avec délice que l'on suit chaque histoire, pièce incontournable de ce "long parchemin" en pleine gestation.

Ces "voies détournées" mettent délibérément en scène les petits, les sans-grade, les différents. Car eux aussi méritent que l'on raconte leurs vies. Même si elles ne ressemblent pas à celles de ces personnages tout droit sortis d'un catalogue de mode dont nous abreuve jusqu'à plus soif une certaine littérature contemporaine... Les voies de Sabrina pourraient être les nôtres, celles que la vie place tout au long de notre propre "par-chemin", celles que l'on regrette peut-être de ne pas avoir empruntées, ou au contraire, celles que l'on se félicite d'avoir suivies, envers et contre tout.

Il y a donc un peu, beaucoup, de notre vie dans ces nouvelles. Une fois la lecture de ce recueil achevée, on se surprendra à marcher encore dans les pas de tous ces héros du quotidien, à entamer une réflexion sur notre moi le plus intime... C'est dire l'universalité du propos de Sabrina Bardot. A votre tour, n'hésitez pas à découvrir les premières histoires de cette auteure. Son écriture fraîche, tour à tour émouvante, dure, teintée de poésie et d'humour, vous emmènera bien vite au cœur de ses "voies détournées". Vous vous y perdrez peut-être, mais pour mieux vous (re)trouver, au bout du chemin...

A noter également la magnifique photographie de Jérémy Tacheau, qui parachève si bien ce recueil. Hommage soit ainsi rendu à tous ces talentueux illustrateurs, trop souvent dans l'ombre, mais grâce auxquels nos écrits s'ornent de ce fameux "supplément d'âme".
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date : 17-05-2012
Curieux objet littéraire que ce roman ultra court, vingt-six pages à peine, signé Catherine Lang.

Première lecture : une suite de sensations diffuses, chaotiques ; des images surgissent, se suivent, se télescopent, disparaissent. Impression étrange, angoissante, d'être tombé au coeur d'un labyrinthe, où chaque chemin suivi nous perd un peu plus, un peu plus loin.

Deuxième lecture : des êtres se détachent de ce méli-mélo sensoriel, un père, une mère, un frère, une soeur, jumeaux. Pour parler d'eux, l'auteur nous égare à nouveau. Ils sont tour à tour "tu", "il", "elle", "nous", "vous". Une ronde de pronoms personnels pour garder la distance, ne jamais s'identifier aux personnages. On suit leurs routes par bribes, échantillons, un peu comme lorsque l'on croise des inconnus en voiture, dans un bus, un train, etc., et que parfois notre regard s'attarde, cherchant à fouiller derrière les apparences, imaginant ce que pourraient être leurs vies.

Troisième lecture : les existences des quatre personnages mis en scène par Catherine Lang se dessinent, se précisent. Le frère est collaborateur d'un député, la soeur travaille pour une ONG. Le père trompe la mère, qui fait semblant de ne rien remarquer. Les fêlures de l'incommunication transpirent à chaque page, des fêlures qui vont pousser à commettre l'irréparable, à moins que cet irréparable ne soit que le fruit d'un gros délire onirique ? Au lecteur de deviner...

Oui, vraiment curieux que ce petit roman qui en dit si long, paradoxalement. A saluer : la prise de risque de l'auteur qui s'aventure sur des pistes littéraires atypiques. Une écriture expérimentale, dépouillée à l'extrême, faisant la part belle aux images, dans un style résolument cinématographique, qui pourra dérouter les amateurs de récits "classiques". Un sens aigu de l'observation, qui permet en un minimum de mots de brosser des portraits, des situations, des décors, en allant droit à l'essentiel, en extrayant le détail unique le plus significatif qui les fixera dans nos mémoires de lecteurs. Des images qui finissent par évoquer un dédale de voies qui se suivent en parallèle, se croisent et se décroisent, s'éloignent les unes des autres, comme une pelote de fils de vies qu'une main invisible s'amuserait à enrouler et dérouler...
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date : 17-05-2012
Il est des livres qui ne se contentent pas d’un « j’aime » ou « je n’aime pas » aussi expéditif qu’un clic réflexe sur le désormais célèbre « pouce bleu », apanage d’un certain réseau social sur internet. Il est des livres qui ne s’oublient pas facilement une fois refermés, leurs dernières pages lues. Ce qu’ils contiennent s’immisce irrésistiblement dans l’esprit, le malmène, l’interpelle, le fait douter. Les Microbes de Dieu, de Mélanie Talcott est assurément de cette veine-là.

Le livre s’ouvre sur la mort et la souffrance et se referme sur la renaissance et l’apaisement. Entre ces deux points le lecteur est invité à suivre de multiples chemins, jamais droits, avec chacun son lot de révélations, qui sont comme autant de barreaux à gravir pour s’élever sur l’échelle de la connaissance du monde, miroir de la connaissance de soi.

Tout commence par la chute, au sens propre et figuré, d’une jeune femme, Sasha, photographe de guerre. Son corps et son esprit finissent par craquer d’avoir trop côtoyé l’horreur. Dans l’hôpital psychiatrique où elle se retrouve hospitalisée, c’est une gifle qui lui fait prendre conscience qu’elle a le choix, la gifle de Shamaël, femme surnaturelle qui n’apparaît qu’à ceux capables de la voir, mémoire vivante de l’évolution du principe féminin au sein de notre monde. A travers elle, l’auteur devient archéologue pour remonter en creusant dans les strates de l’histoire, jusqu’aux sources du dérapage originel, responsable du déséquilibre actuel de nos sociétés. L’on découvre ainsi l’existence de l’ordre secret de Magdalena, émanation matérielle de ce principe féminin vital que l’humain s’acharne à détruire, mais qui œuvre malgré tout dans l’ombre depuis la nuit des temps à faire balancier face au mal. Sasha comprend donc qu’elle a le choix. Elle entreprend alors un long périple à travers le monde, au cours duquel elle rencontrera des personnes essentielles à sa volonté de renaissance.

Le voyage de Sasha est le prétexte au développement d’une galerie de personnages hors du commun, à commencer par Neill, homme juste et profondément bon, à qui incombe la charge de remettre sur les rails l’organisation d’une gigantesque association humanitaire, gangrénée de l’intérieur par la folie de ses propres profits. Mais cet assainissement n’ira pas sans réclamer son lot de sacrifices inhumains, paradoxalement.

Les personnages de Mélanie Talcott se confrontent le plus souvent par la parole. Il y a beaucoup d’oralité dans ce roman. Shamaël et Neill, entre autres, n’ont pas leur pareil pour pousser leurs interlocuteurs jusqu’au fond de leurs doutes, de leurs intimes contradictions. Ils favorisent chacun la prise de conscience en donnant la parole à autrui ; la réflexion est menée par le verbe, ce qui n’est pas sans évoquer la maïeutique de Socrate, cette méthode basée sur l’interrogation dont le but est de faire prendre conscience à l’interlocuteur de ce qu’il sait implicitement pour ensuite l’exprimer et l’évaluer. Le lecteur se prend très vite au jeu et finit par à son tour aboutir à sa propre réflexion. Un fait à saluer car force est de constater que peu de livres à l’heure actuelle peuvent se targuer de participer à l’élévation de l’esprit.

L’auteur se sert par ailleurs de la matière des mots de ses personnages pour ériger les piliers entre lesquels se tend la trame de son roman, à la fois historique, sociale, culturelle et spirituelle. Sans condamner ni juger, elle nous dresse à travers elle un état des lieux implacable de notre monde, entièrement dépourvu de la guimauve du politiquement correct. Les Microbes de Dieu n'hésite pas à remettre en cause de nombreuses institutions devenues incontournables dans notre paysage socioculturel, dont font partie certaines célèbres associations humanitaires ayant depuis longtemps oublié que « du bien-être de tous dépend celui de chacun ». Cela pourra choquer et pourtant... Mélanie Talcott est tout simplement une diseuse de vérités qui ne manque pas de courage pour oser écrire tout haut ce que certains, j’ose croire de plus en plus nombreux, pensent tout bas. L’on comprend dès lors l’importance capitale de son livre dans une société comme la nôtre, au sein de laquelle règnent la corruption et la mauvaise foi en maîtresses absolues. Mais pointer du doigt les aberrations de notre société ne suffit pas. C’est pourquoi l’auteur va plus loin en nous proposant un autre modèle, dans lequel chacun est au service de l’autre, pour une mise en pratique réelle de l’adage cité plus haut : du bien-être de tous dépendant celui de chacun, antithèse d’un individualisme galopant en passe de devenir la norme à l’échelle planétaire. Il s’agit de Ming Men, la Porte du Destin en chinois, vaste organisation imaginée et gérée par Neill. Elle remplace Bergama, malade de ses dérives accumulées au fil des ans. Ming Men utopique ? Peut-être... Quoi qu’il en soit, au point où en est arrivée l’humanité, cela vaudrait vraiment la peine d’essayer un tel modèle.

Le livre de Mélanie Talcott pourra décourager par son ampleur et son ambition, par la richesse et la densité de son écriture, qui vont délibérément à l’encontre de la simplification à outrance caractéristique de notre temps. Mais entreprendre ce long et sinueux voyage avec elle ne décevra pas ceux qui auront le courage de déchiffrer sa pensée effervescente, page après page. Car on sort de cette lecture incontestablement changé, on porte sur le monde, mais également sur notre propre intériorité, un autre regard, plus lucide et plus interrogateur, avec l’ineffable sensation d’avoir étanché une soif que l’on ne soupçonnait même pas avant de commencer à lire, en buvant à la coupe tendue par l’auteur. Je ne vous dirai pas qui sont les Microbes de Dieu qui donnent leur nom au roman, je vous laisse les découvrir par vous-mêmes et vous souhaite de garder à jamais au fond de vos cœurs l’émotion suscitée par les graines d’espoir qu’ils portent en eux, semées un peu partout à la surface de notre bonne Terre.
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Lewis Carroll mit sous le nez de son héroïne Alice un lapin blanc qui allait l'entraîner sous terre, à la découverte d'un extravagant Pays des Merveilles... Pas de lapin blanc pour Julien Lootens, mais son précieux calepin bleu, fidèle compagnon de ses années d'étude à Paris, gardien muet des impressions furtives, mais néanmoins marquantes, nées de ses rencontres avec les usagers du métro parisien.
L’exploration souterraine à laquelle nous convie l'auteur est elle aussi celle d'un monde des merveilles, résonnant d'un écho joliment nostalgique (l'enfance ?) à celui d'Alice : "J'aimerais vous faire entrer dans ce monde souterrain que j'ai fait mien et voir avec vous la poésie dont il est plein." nous annonce Julien dès les premières pages. Le ton est donné. Ici pas de critique virulente de la mécanisation symbolisée par le métro, qui préfigure celle du monde aérien, seulement des regrets de la part d'un homme qui voudrait communiquer mais doit se contenter de rester spectateur/observateur. Tous les voyageurs sous terre sont enfermés dans leurs bulles de silence et rarissimes sont les occasions où elles s'entrouvrent les unes aux autres...
L'œil toujours aux aguets, Julien note tout ce qu'il peut dans son carnet bleu. Pour ne pas oublier... Au fil des pages se dresse ainsi une galerie impressionniste de personnages hauts en couleurs, toujours croqués à la plume de la tendresse. Car il y a de l'humaniste dans cet homme qui se fond dans la masse des usagers du métro et garde silence pour mieux capter leur essence. Qui sont-ils ? Où vont-ils ? A quoi rêvent-ils ? Que désirent-ils ? Tant de questions qui nous renvoient inexorablement à nos propres questionnements. Mais ne comptez pas sur l'auteur pour vous donner les réponses : lui n'est qu'un guide qui vous invite à suivre ses traces dans un étonnant cheminement souterrain (cheminement dans les méandres de l'âme humaine ?), émaillé d'anecdotes amusantes, tendres, poétiques... Pour ne pas vous perdre, suivez le calepin bleu !
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date : 17-11-2011
Dans les pages de "Mamy Grand", de Sylvie Arnoux, pas d'actions se télescopant à un rythme effréné, pas de suspense diabolique, pas de jeune héroïne riche et belle ne sachant plus où elle en est de ses amours avec Pierre ou Paul... Non, rien de tout cela mais une histoire toute simple, écrite avec une plume trempée dans l'encre de la pudeur et de l'émotion, qui captive le lecteur dès les premières lignes.

Mamy Grand est maman, grand-mère et arrière-grand-mère. Elle vit ses dernières heures, dans une maison de retraite. Au cours d'une ultime nuit passée en sa compagnie, l'auteure entreprend un long et paisible voyage, entre présent et passé, en suivant le fil de ses souvenirs. C'est toute son enfance qui renaît, auréolée de ses senteurs et saveurs si familières... Un temps où l'on prenait le temps. De vivre. De découvrir. De partager. D'aimer.

Mamy Grand apparaît derrière chaque souvenir, lien incontournable entre les générations, mémoire vivante de tous les membres, décédés ou présents, qui tissent la toile de sa grande famille. Une femme forte, de caractère, à l'image de la rusticité authentique de son Ardèche natale. Ses doigts de fée savaient tout faire, elle s'intéressait à tout. Elle a pris le temps de transmettre ses savoirs, devenus cadeaux inoubliables pour ses petits-enfants...

Au-delà de ce beau portrait de femme, l'auteure nous offre également quelques émouvantes réflexions sur la mort, la vieillesse : "Quand descend-on du train de la vie pour s'asseoir sur le quai et regarder le temps défiler..." ; ou encore sur les relations si particulières qui unissent une petite-fille à sa grand-mère. Mamy Grand, ou l'invitation à un voyage, le dernier, dans la douce lumière de la pudeur des mots.

Mamy Grand de Sylvie Arnoux, aux éditions Kirographaires
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date : 23-05-2011
Le livre de Charlie Bregman commence par une phrase raturée. LA phrase raturée, à laquelle on pourrait consacrer une thèse, tant elle promet d’incursions dans le symbolique. Vraiment culotté ! Cet homme-là n’a pas froid aux yeux d’oser d’emblée utiliser l’écriture comme un matériau que l’on peut prendre à bras-le-corps pour le modeler, le découper, le ciseler, le rayer, à la manière d’un poète fourbissant ses vers... Passé le premier moment d’étonnement amusé, on se rend très vite compte de l’importance capitale de cette phrase reniée : elle n’est rien de moins que la « madeleine » de Charlie, dans laquelle il nous demande de croquer avec lui à pleines dents. Nous sommes tous cordialement conviés à une communion des saveurs miraculeusement retrouvées de l’adolescence. D’avance nous savons combien il va être bon de s’y replonger.
Cet ouvrage, après bien des balbutiements d’impatiences amoureuses (projet d’écriture initial), est le premier rendez-vous abouti de Charlie Bregman, écrivain, avec ses lecteurs. Comme pour n’importe quelle première fois, la nervosité est là, se sent dans l’écriture, un peu tendue du début, portée par le désir de bien écrire. Puis les chapitres défilent, une intimité, une complicité, se tissent et l’on découvre un Charlie plus détendu, confiant, qui finit par libérer ses mots pour notre plus grande gourmandise. En cela, je considère Vivement l’amour comme vraiment littéraire, le fond et la forme se mariant à merveille : la première fois amoureuse épouse la première fois scripturale.
Nous voici donc embarqués dans le vaisseau du temps pour un voyage dans le récent passé des années 80, afin de partager avec Charlie les (r)évolutions qui ont pimenté ses quinze ans. Cette incursion se révèlera des plus drôles, l’auteur maniant avec une folle dextérité le comique de situation. Il y joint une fraîcheur de ton digne des meilleurs Pagnol. Immergée dans Vivement l’amour, je me suis notamment souvenue du Temps des secrets de cet auteur provençal que j’apprécie tant. Les époques changent, mais les affres et la fièvre de la première fois demeurent les mêmes.

Ce livre est aussi l’occasion pour Charlie Bregman de dresser une savoureuse galerie de portraits étrangement familiers. Nous avons tous connu les mêmes profs, les mêmes camarades de classe, les mêmes frères et sœurs, ou encore les mêmes parents. L’auteur les ressuscite et les lie dans son récit par une analyse psychologique des plus fines, avec les rapports père-fils en point d’orgue. L’identification est immédiate, l’empathie certaine. Nous retrouvons pour quelques heures, avec beaucoup de nostalgie, quelques fantômes de notre propre passé : la « madeleine » de Charlie flirte joliment avec la magie de l’émotion du temps retrouvé.

Pour finir je vous cite quelques délectables titres de chapitres, à déguster en guise d’apéritif :

Aux sombres blaireaux de l’amer
Les sous-doués en latence
L’embêté en pente douce
A la poursuite de l’amant vert
A caus’ des caleçons
Trois hommes et un lapin

Ils donnent un aperçu du ton général du livre. Vous en voulez encore ? Dans ce cas, invitez-vous à votre tour dans ce jubilatoire opus et ne vous demandez plus « Mais où est Charlie ?» Il est dans chacune des lignes de Vivement l’amour. Il n’attend plus que vous.
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date : 29-04-2011
Lu, dévoré ! Une magnifique histoire contemporaine, qui met bien en lumière le thème de la fatalité, auquel je suis très sensible, étant moi-même issue du bassin méditerranéen. De rebondissements en rebondissements, on suit sans ennui le parcours de cette femme qui reste droite jusqu'au bout, jusqu'au dernier évènement qui vient de façon stupéfiante boucler la boucle. Un style simple et efficace, vivant, qui retient l'attention. La grande exploratrice des recoins de l'âme humaine que je suis regrette juste que les caractères n'aient pas été plus approfondis. Mais bien sûr, ce n'est pas mon livre ! A chacune notre "patte" :)
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date : 29-04-2011
Je viens de finir le roman d'Isabelle Nail et je me sens l'âme en paix... Voilà ce qui pour moi est un livre plein : on ne reste pas sur sa faim la dernière page tournée, les mots qui le composent nous rassasient bien longtemps encore après leur lecture. Pourtant, que cette histoire est cruelle ! Dès les premières pages, l'on pressent la tragédie qui ne manquera pas au rendez-vous final. Elle se faufile entre les rires et la bonne humeur des convives à la fête donnée pour le mariage de Charles et Célestine. Le XIXème siècle s'achève. Quelque part dans la campagne angevine, la noce bat son plein. Célestine ne sait pas encore qu'en disant oui à Charles, elle épouse la pauvreté et son lot de médiocrités quotidiennes. Une pauvreté insupportable qu'elle supportera pourtant, car la révolte ne fait pas partie de son éducation. Abel, le premier des fils, naît avec le nouveau siècle. Mais aussi avec l'indigence de ses parents, qui toute sa vie lui collera à la peau. Elle seule est responsable de sa première chute, le vol impulsif d'une montre, que la société va très chèrement lui faire payer : enfer de la prison en France, puis enfer des Bat' d'Af' au Maroc. De Charybde en Scylla, Abel va s'effacer progressivement de la mémoire de sa famille, trop honteuse de sa « faute ». Avec une écriture posée, poétique, tendre, Isabelle Nail nous emmène jusqu'au bout de cette descente aux enfers. Ce n'est pas sans émotion que l'on découvre au fur et à mesure que les mots se déroulent, que la voix d'Abel finit par se substituer à la sienne. Mais ce n'est pas pour crier sa haine, pourtant bien légitime. Le premier des fils n'aspire qu'à retrouver sa place parmi les siens, par-delà la mort et la souffrance, par-delà le bien et le mal. Au final, une magnifique leçon d'humanisme...

Marie Fontaine
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date : 20-03-2011
Un roman de Steinbeck très drôle ! Une galerie de personnages croustillants, inoubliables, dans la Californie prolétaire des années 30. C'est une excellente études de mœurs, qui nous en apprend, par son côté anecdotique, bien plus sur l'Amérique de cette époque, que nombre de livres d'histoire.
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Une remarquable enquête policière menée dans un monde futuriste. J'ai lu ce livre, il y a très longtemps, à l'époque où internet n'existait pas encore pour le grand public. Le monde décrit par Asimov paraissait alors impossible ! Songez un peu : des gens qui n'ont plus de relations physiques, qui communiquent uniquement par écran interposé... Voyez le monde aujourd'hui... Cela ne vous fait pas un peu froid dans le dos ?
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date : 20-03-2011
Que serait la vie des quatre derniers hommes sur la terre, après l'apocalypse ? Absurde, bien évidemment. C'est une vision très pessimiste de l'humain que nous livre Beckett, une humanité immobile, enfouie en elle-même, pourrissant sur place sans même s'en rendre compte. Il y a dans cette pièce un cinquième personnage, très important : le silence, tour à tour refuge, excuse, barrière, ami ou ennemi... Il fait ressortir à merveille l'insanité, la vanité des propos humains : si ce qu'ils ont à dire n'est pas plus beau que le silence, alors ils feraient mieux de se taire. L'espèce humaine dans son ensemble ne vaut rien. Mais l'auteur semble tout de même éprouver une certaine tendresse pour ces personnages si particuliers : cela passe beaucoup par l'humour. Pour arriver à apprécier le théâtre de l'absurde, ne pas hésiter à lire et relire ses pièces. Chaque lecture apporte son lot de découvertes...
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date : 14-03-2011
Un incontournable ! Un livre magique, car quel que soit l'âge auquel on le lit, on y trouvera quelque chose qui fera du bien à nos vies. A lire et relire au fil du temps qui passe...
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date : 14-03-2011
Beaucoup de ceux qui ont laissé ici des commentaires sur ce livre ont eu du mal à le comprendre...
Voici quelques pistes, pour vous aider à le découvrir "autrement"...
Tout d'abord, concentrez-vous sur la chaleur omniprésente qui est un personnage à part entière du récit. Cette chaleur écrasante, étouffante, qui engourdit, c'est la métaphore de la vie qui pèse de plus en plus sur les épaules de l'humain, une vie sans cesse alourdie par les us, les contraintes, les bons sentiments à adopter, même si on ne les ressent pas, et les mauvais à fuir comme la peste, même si ce sont ceux-là qui nous font vibrer. Cette vie-là que l'on veut de force vous imposer, est-ce vraiment celle que vous voulez vivre ? Beaucoup croient que Meurseault est un indifférent. En vérité il n'y a pas plus attentif que lui. Il est simplement et volontairement en dehors du schéma de vie que presque tous les humains partagent sur cette planète. Il est l'étranger, en somme...
Ensuite, on suit sa révolte pas à pas, même si elle n'est pas évidente, écrite noir sur blanc. Cette révolte, il faut aller la chercher dans ce qui n'est pas écrit, justement, et pour cela, on ne doit pas hésiter à aller creuser du côté de l'inconscient du texte...
Enfin, "l'Étranger" est le livre de l'éblouissement. Cette lumière vive que l'on se prend dans les yeux sans que l'on s'y attende le moins du monde. C'est une fraction de seconde en dehors du temps et du réel, au cours de laquelle tout peut basculer. En cet instant-là, nous ne maîtrisons plus rien. C'est ce moment que choisit le monstre pour éclater au grand jour. Car sous nos dehors lisses et policés, sommeille cette part monstrueuse de notre humanité, que jamais nous ne parviendrons à totalement éradiquer...
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date : 14-03-2011
Ce livre est une perle d'émotion... Cela passe indéniablement par la voix de l'auteur qui la prête à ses deux mères, la biologique, puis celle d'adoption, pour qu'enfin chacune d'elles puisse exprimer ce qui trop longtemps est resté enterré au fond de leurs âmes. La narration à la seconde personne du singulier en troublera plus d'un. Elle permet pourtant une immersion sans pareil dans l'écrit de cet homme tourmenté, en proie à ses doutes, ses désirs, ses vérités, mais aussi ses mensonges. La dernière partie nous livre une réflexion très poussée de l'acte d'écrire, que l'écrivaine que je suis partage avec rage et émotion. Si vous ne le connaissez pas encore, à lire d'urgence !
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date : 14-03-2011
L'histoire est originale mais hélas, l'écriture ne suit pas. Décevant de ce côté-là... Amélie Nothomb a trouvé un sujet en or, mais reste malheureusement à la surface du vertige abyssal qu'il aurait dû provoquer. Le lecteur ne fait que tourner en rond dans l'histoire et l'écrivaine aussi. On la sent à des lieues de son récit. Dommage... L'originalité seule ne suffit pas à faire un bon livre.
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"Lorsque j'étais une œuvre d'art" est un conte cruel contemporain. Le mal-être propre à notre société y atteint son paroxysme en la personne d'un jeune homme désespéré, candidat au suicide. Il est récupéré in extremis par un étrange Bienfaiteur, qui lui propose un marché non moins étrange : lui faire don de son corps vivant pour le transformer en œuvre d'art. Commence alors le long parcours de souffrance d'une âme qui se croyait perdue mais qui se reconstruit au fur et à mesure de la perte du corps auquel elle appartient.
On pourrait croire ce livre d'une tristesse sans borne. Il n'en est rien ! Nous sommes emportés tout au long de l'histoire par un humour cynique, jubilatoire.
Un excellent moment de lecture pour peu que l'on se laisse aller à partager sans complexe le délire de l'auteur.
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date : 11-03-2011
S'il y en a parmi vous qui aiment les histoires bien "tordues", je vous recommande le petit livre d'Eric-Emmanuel Schmitt, "La secte des égoïstes".
Il raconte la vie d'un gentilhomme du XVIIIème siècle, adepte de la philosophie "égoïste", persuadé qu'il est seul au monde et que tout ce qu'il voit autour de lui n'est qu'illusion... Le monde entier ne serait, selon lui, qu'un songe, créé par son esprit et entièrement adapté à sa seule personne. Cette histoire s'imbrique astucieusement dans une autre histoire, celle d'un chercheur essayant de percer l'énigme de cet homme du passé. Le récit devient vite vertigineux et la chute du roman, bouleversante d'humanité...
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date : 10-03-2011
Tatiana de Rosnay est une conteuse hors pair des temps modernes. Boomerang se présente comme une histoire de destruction(s), puis de reconstruction(s). D'abord sur un plan psychique : Antoine, la quarantaine, a été mentalement détruit par son divorce. Mais sa reconstruction devient possible à partir de sa rencontre avec une femme hors du commun. Ensuite, sur un plan physique : sa sœur est victime d'un grave accident de voiture qui la casse littéralement en miettes. Au fur et à mesure de la consolidation de ses os, elle apprend à consolider également sa vie. Ensuite encore sur un plan mémoriel : les souvenirs d'enfance d'Antoine et de sa sœur ont été volontairement détruits par les adultes de leur entourage afin de garder enterré un secret de famille jugé trop tabou. Mais tout finit par se savoir : les souvenirs reviennent par bribes, peu à peu, et se remettent tout naturellement à leur place, comme des pièces de puzzle manquantes. La dernière destruction est la pire de toutes, car irréversible : c'est celle provoquée par la mort. Mais même elle peut être momentanément reconstruite par la grâce des mains emplies d'amour d'une embaumeuse, maîtresse dans l'art de redonner leur humanité aux défunts (ses "patients") qui lui sont confiés. Ici intervient l'extraordinaire personnage d'Angèle Rouvatier. S'il n'existait pas, il faudrait l'inventer ! Un roman à fleur d'émotion, qui n'hésite pas à parler de la mort dans ce qu'elle a de plus crû, de plus insupportable. La fin agit comme un baume de l'âme. Longtemps après avoir refermé le livre, l'on pense à cette magnifique leçon de vie donnée par la mort en personne, dans un inoubliable baiser métaphorique...
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Il me tarde de pouvoir l'acheter pour le lire, car les quelques extraits que j'ai pu découvrir sont très bien écrits, ce qui est plutôt rare en fantasy. Le monde créé par Alan Spade est tellement bien décrit qu'on le croirait réel. Tout est mis en oeuvre pour une immersion complète du lecteur dans l'aventure...
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date : 09-03-2011
Diderot shoote allègrement dans la fourmilière bien classique du sacro-saint schéma narratif. Pour l'époque, c'est vraiment résolument moderne, inventif, culotté ! Et quel humour ! Une lecture en cours très agréable...
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date : 09-03-2011
Récompensé par:

"La Plume de l'espoir" décernée par la Société des Auteurs Savoyards.

"Le Prix du Roman" au festival du livre de montagne du parc du Queyras.
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date : 09-03-2011
Un flamboyant thriller à la française et plus encore, à la sauce du Nord. Avec de savoureux dialogues, une très intéressante visite guidée de ce département sinistré, où se côtoient les ors et les ordures. Une enquête policière longue, étalée sur une trentaine d'années, que l'on ne peut plus lâcher une fois que l'on a plongé un œil dans son engrenage. Un livre écrit avec un beau panache, digne du héros de Rostand si cher à Chagal, celui que l'on croit un monstre... mais qui n'en demeure pas moins une éprouvante descente dans les enfers de l'âme humaine d'un innocent qui aurait dû le rester. Une lecture qui ne laisse pas indifférent, nous obligeant à porter un autre regard sur une certaine criminalité. La trame des Dragons est si fascinante qu'elle pourrait se prêter sans aucun doute à une adaptation cinématographique. J'en rêve...
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date : 09-03-2011
Bien que je ne sois pas particulièrement friande de polars, je n'ai pas lu le livre de Jacques, je l'ai dévoré ! Je connais bien le cadre dans lequel il a choisi de faire évoluer aussi bien ses personnages que son intrigue, Montpellier et sa région :un gros plus pour la crédibilité de l'ensemble. J'ai été, dès le début, littéralement happée dans les fils de la double toile tissée par Jacques au fil des pages. Dans une logique diabolique. Rien n'est laissé au hasard, rien ne peut être pris en défaut. Autre point fort : l'humanité palpable des personnages. Ils sont bien plus que des créations manuscrites : des êtres beaucoup plus réels que certains humains que nous côtoyons au quotidien. L'empathie est quasi instantanée, provoquée par l'évocation de leurs fêlures (pour ne pas dire crevasses) intimes. Insoutenables. Ils vivent pourtant avec, belle leçon de vie. Les changements de point de vue dans la narration donnent à l'ensemble un style cinématographique très agréable. Je me prends d'ailleurs à rêver d'une adaptation au cinéma du "Cauchemar de Spinoza". Côté intrigue, il n'aurait rien à envier à un "Shutter Island" !
Je recommande donc chaudement la lecture de ce diamant noir, saupoudré tout de même d'un zeste d'humour salvateur. Et je suis épatée de constater que l'on peut encore conter de "belles" histoires dans ce genre plus que rebattu qu'est le polar. Heureusement, la fin est ouverte : je lirai volontiers la suite ! Patience...
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