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Arrivée à notre rangée de sièges, je remarque que Lawrence et Gideon discutent à voix basse, et ce dernier a l’air d’apprécier ce qui vient de se passer dans les toilettes. J’ai bien peur qu’il s’agisse de mes derniers ébats durant ce voyage. Bizarrement, les frères sont paisibles. Je lis mon livre sans vraiment y prêter attention, perdue que je suis dans mes pensées.

— Vu que tu ne peux pas nous échapper, petite, commence Gideon, alors que je garde les yeux rivés sur les mots de la page, même si je ne les distingue plus, as-tu vraiment l’intention de ne plus nous revoir ? Pourquoi cette question ? Je garde les yeux fixés sur mon livre, mais je sens que Lawrence me dévisage également.

— Que veux-tu dire ? demandé-je, même si je le sais parfaitement, à savoir que je les refuserai comme clients s’ils contactent Léon.

— Tu sais pertinemment de quoi nous parlons, Maron ! s’en mêle Lawrence, et je ferme les yeux. Merci bien, Jane, on peut compter sur toi. Les jacasseries des femmes me tapent vraiment sur les nerfs, parfois !

— Pourquoi est-ce que je ne voudrais plus vous voir ? demandé-je sur un ton désintéressé avant de refermer mon livre.

— Arrête avec tes contre-questions et explique-toi, exige Gideon. J’observe son joli visage qui s’assombrit et ses yeux qui lancent des éclairs. Pourquoi me pose-t-il cette question maintenant ? Pourquoi dans l’avion ? À moins que… C’était ça leur plan ! Parce que je ne peux pas les éviter.

— Bien, je vais être honnête. Nous avons passé un agréable moment ensemble, mais vous et moi nous avons oublié de garder nos distances, commencé-je d’expliquer, bien que je ne sois pas tout à fait de cet avis. Il serait plus sage de faire une pause. J’ai d’autres clients, beaucoup d’autres clients, même, qui m’attendent et dont les rendez-vous ont déjà été annulés ou repoussés à cause de ce voyage. J’inspire profondément. Gideon ouvre la bouche comme pour dire quelque chose.

— Et je crois que ces derniers jours, nous avons complètement perdu de vue le fait que notre relation est une relation d’affaires. J’ai vraiment apprécié le temps passé avec vous, mais maintenant j’ai besoin de prendre du recul, essayé-je de leur faire comprendre.

Gideon grimace comme si je faisais une mauvaise blague.

— N’est-ce pas ton devoir en tant qu’escort girl de faire en sorte que nous nous sentions bien ? demande-t-il adroitement en haussant un sourcil.

— Et de faire en sorte justement que l’aspect commercial ne se fasse pas sentir, ajoute Lawrence. Tu sais que j’ai besoin de toi. Nous en avions convenu dès le début. Alors ne fais pas un tel cinéma.

— Ce n’est pas du cinéma, mais je ne suis pas naïve, Lawrence. Tu ne pourras pas tenir éternellement ton père à l’écart avec de belles promesses. Nous n’allons jamais emménager ensemble dans une maison. Et je ne peux pas me faire engager par tes frères, déclaré-je en regardant d’abord Gideon, puis Dorian qui écoute attentivement notre conversation. Je ne peux pas être vue avec eux en public. Vous devriez comprendre cela. J’ai adoré être votre compagne pendant ces vacances, mais les vacances sont finies. Les traits de Lawrence se durcissent, ses yeux gris se font aussi froids que de l’acier. Je soupire et m’enfonce plus profondément dans mon siège pour reprendre ma lecture.

— Nous verrons bien comment faire. Survis d’abord à tes examens, réplique Lawrence sur un ton de colère difficilement maîtrisée, et je sais qu’il n’a pas encore abandonné l’idée de faire appel à mes services. Je lui réponds d’un sourire amer.

— Pour l’instant, arrêtez de la tourmenter, conseille Dorian. Vous connaissez Maron, quand elle a décidé quelque chose, elle ne va pas changer d’avis la minute suivante. Elle sait toujours ce qu’elle veut et ce dont elle a besoin pour être heureuse. Je déglutis à ses mots car je sais qu’il fait allusion à la conversation que nous avons eue il y a quelques jours. J’espère vraiment ne pas commettre d’erreur, mais j’ai réellement besoin de recul, de distance et que les choses rentrent dans l’ordre.

— J’ai hâte de voir les choses se développer, déclare Gideon avant de s’enfoncer à son tour dans son siège pour essayer de dormir. Lawrence, quant à lui, n’a pas apprécié le petit monologue de Dorian. Il secoue la tête mais me laisse quand même tranquille. Je l’entends qui grommèle à voix basse :

— Nous verrons bien.

Quelques heures plus tard nous atterrissons à Marseille, et mon cœur s’accélère car le moment des adieux est arrivé. Je récupère mes bagages et me dirige vers le grand hall où j’attends que les autres aient eux aussi récupéré leurs valises sur le tapis roulant. C’est le début de la soirée, et le soleil est en train de disparaître derrière les immeubles.

— Où est notre chauffeur ? Quand on a besoin de lui… grogne Lawrence en tirant sa valise dans ma direction.

— Depuis quand une valise suffit-elle à t’affaiblir ? Surtout une valise avec des roulettes, remarqué-je, amusée.

amusée.

— Je ne suis pas faible, mon chaton, je suis énervé, c’est tout. Dorian lève les yeux au ciel en s’approchant de moi, bras dessus, bras dessous avec Jane. Elle pince des lèvres et coince une mèche de ses cheveux bruns derrière son oreille. Puis elle me rejoint en quelques pas et demande à Dorian de l’attendre avant de me prendre à part.

— Je suis désolée, Maron. Je ne voulais vraiment rien leur dire…

— Ne t’en fais pas, l’interromps-je. Je n’aurais jamais dû t’en parler. Je sais que je t’ai mise dans une situation précaire en le faisant. Surtout en t’annonçant en même temps que je ne voulais pas te revoir à Marseille. Mais peut-être que je vais changer d’avis. J’ai ton numéro de téléphone, alors ne t’en fais pas, Jane.

— Merci, tu es vraiment devenue une amie pour moi. Hum, j’ai beaucoup d’affection pour elle, mais ce serait vraiment exagéré de la considérer comme une amie. Une alliée serait plus exact.

— Et tu ne vas pas oublier d’y réfléchir ? insiste-t-elle en penchant la tête.

— Non, je n’oublierai pas. Après mes examens, j’aurai un peu plus de temps pour repenser à toute la situation. Mais ma décision est déjà prise. Et comme le dit si bien Dorian : « Je ne change pas d’avis une fois ma décision prise. » Jane et moi faisons partie d’univers totalement différents. Nous sommes comme la nuit et le jour, le feu et la glace, la pluie et le soleil. Je ne pourrais jamais l’avoir longtemps dans mon entourage et, à la longue, je regretterais d’avoir changé d’avis. Même si cela peut paraître cruel. Dorian s’approche d’elle. Il plisse ses yeux bleu de glace et hausse le menton comme un maître, mais en souriant largement. — Nous nous reverrons, je te le promets. Même si je dois botter ton joli derrière pour que tu acceptes un rendez-vous, menace-t-il d’un ton sévère.

— N’exagère pas, Dorian. Nous savons tous les deux que tu ne le feras pas. Je tourne mes yeux vers Jane qui glousse comme à son habitude.

— Mais moi si ! s’en mêle Lawrence. Tu ne m’as pas encore laissé la chance de manier le fouet. Il croise les bras en riant. Et l’image qu’il a fait naître dans mon esprit me fait sourire. Je ne peux vraiment pas me l’imaginer dans ce rôle. Je serais tout le temps en train de me contrôler pour ne pas éclater de rire. — J’aimerais bien voir ça, mon trésor. Il décroise ses bras puis m’attire contre son torse chaud et musclé. Il m’enlace, mais tendrement.

— Promets-moi de continuer ton entraînement, ma jolie. Je ne veux pas qu’un autre trou du cul ait l’occasion de te faire du mal. Je ferme les yeux et acquiesce d’un signe de tête.

— Je n’entends rien, résonne sa voix grave dans mon oreille.

— Je te le promets. Je n’ai aucune intention de donner à qui que ce soit l’occasion de me traiter encore une fois de la sorte.

sorte.

— Ça ne va pas être facile si tes clients sont tous des connards comme l’autre imbécile. Si quelque chose ne va pas, te paraît suspect, ou si tu ne te sens pas à l’aise, appelle-moi tout de suite. Certainement pas !

– pensé-je. Mais j’apprécie grandement son geste.

— C’était un ordre, mademoiselle. Et celui qui pose un problème, je lui casse la figure.

— Si cela peut te rassurer, Dubois est une exception. Je sais me défendre, et puis il y a Eduard.

— Le vieil homme ? s’étonne Gideon en secouant la tête. Fais plutôt confiance à Lawrence et appelle dès que quelque chose ne va pas. Je pousse un soupir exagéré.

— Bien, bien. Mais vous n’êtes pas mes protecteurs, vous êtes mes clients. On dirait que vous l’oubliez régulièrement. Lawrence me lâche, et un regard assassin me percute alors que je lève les yeux vers lui.

— Elle ne comprend rien.

— Elle se tient juste devant toi et a tout compris, craché-je.

— J’aimerais te parler seul à seul un instant, me dit Gideon, et Lawrence lui fait un signe de tête. Dorian, Jane et Lawrence empoignent leurs valises et les tirent en direction de la sortie. Du coin de l’œil, je les vois se mêler à la foule des autres voyageurs, puis ils tournent à droite et disparaissent.

Gideon fait un pas vers moi, pose une main sur ma hanche et soulève mon menton avec l’autre.

— Je sais que ces derniers jours t’ont plu, déclare-t-il en souriant un peu de travers de cette façon que j’aime tant. Et je sais aussi que tu as de nombreux problèmes auxquels tu vas devoir faire face. Mais, Maron, je ne veux plus jamais t’entendre dire que nous ne sommes que tes clients. J’ai passé beaucoup trop de temps à te convaincre du contraire. Il est temps que tu apprennes à faire la part des choses. Je ne sais pas quoi lui répondre.

— Nous restons en contact, et tu ne pourras rien faire contre. Oui, parce que tu sais où j’habite.

— Pourquoi es-tu tellement silencieuse ? me demande-t-il après quelques secondes, car je ne lui réponds pas. Je veux juste respirer une dernière fois son odeur, le sentir près de moi, savourer sa présence. Je le regarde droit dans ses yeux verts légèrement rayés de couleurs plus sombres. Je ne veux rien oublier de lui. Je pose une main sur sa nuque et monte sur la pointe des pieds pour l’embrasser, sans rien demander, mais sans lui répondre non plus. Il me rend mon baiser, d’abord tendrement, puis ensuite plus sensuellement. Tout me paraît si familier. Il m’attire plus près de lui, comme si je lui appartenais. J’enfonce mes doigts dans ses cheveux, et mon cœur bat à double vitesse. Mon Dieu, tu vas trop loin, beaucoup trop loin. Nos langues se tournent autour, et je ne veux plus le laisser partir

– mais je n’ai pas le choix.

— J’aimerais que tu me laisses assez de temps pour réfléchir à tout ceci et pour réussir mes examens. J’aimerais que tu m’oublies, mais je ne crois pas que tu le feras, même si je ne comprends pas pourquoi, dis-je contre ses lèvres.

— Non, je ne vais pas t’oublier. Tu as apporté un vent nouveau, et les dernières nuits que nous avons passées ensemble ne veulent plus sortir de ma tête. Tu ne peux plus rien y changer maintenant. Il sourit, une fossette apparaît sur son menton, puis il me libère.

— Au revoir, ma petite, et prends bien soin de toi. Je me contente d’un signe de tête car ma voix m’a abandonnée, et puis je ne suis pas douée pour les au revoir.

— Promets-le-moi. Il me prend la main, caresse mes phalanges avec son pouce. Je fixe sa main en lui répondant.

— Je te le promets. J’ai toujours pris soin de moi jusqu’à présent. Encore un dernier baiser, une dernière bouffée de son odeur de cèdre, une dernière pression sur ma hanche puis plus rien. Il me sourit encore une fois, presque tristement, avant de passer devant moi. Je suis des yeux sa grande silhouette mince. Je sens toujours son goût sur mes lèvres et j’aimerais tellement lui crier : « Attends ! » Mais je ne peux pas, je ne le pourrai jamais. Quand quelqu’un s’en va, il faut le laisser partir Je cligne une ou deux fois des yeux pour refouler les larmes, puis je saisis ma valise et cherche un ascenseur pour rejoindre le parking. Pendant que la cabine descend, je fouille mon sac à la recherche de mon ticket et de mes clés, tout en tapant nerveusement du pied le carrelage brillant. Plus j’essaie de le faire sortir de ma tête, plus j’essaie d’oublier ses paroles, plus ça fait mal. Calme-toi, redeviens toi-même et oublie ce voyage. Bientôt, tout sera redevenu comme avant. Un signal retentit et la porte de l’ascenseur s’ouvre. Je tire ma valise derrière moi et pars à la recherche de ma voiture, dans la zone A.

 

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— Pour être franc, petite, me susurre-t-il à l’oreille en m’embrassant discrètement sur les deux joues en guise de bonjour, je ne suis pas vraiment ravi de te rencontrer. J’ai évidemment choisi le mauvais restaurant pour inviter ces dames après un vol très intéressant. Tu n’es pas jolie aujourd’hui, plutôt peu appétissante, et même ordinaire. Très ordinaire.

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