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Commentaires de livres faits par MARQUISE66

Extraits de livres par MARQUISE66

Commentaires de livres appréciés par MARQUISE66

Extraits de livres appréciés par MARQUISE66

Les plus récents d'abord | Les mieux notés d'abord
date : 26-04
À présent. , cette chose m’écrase et la douleur est insupportable, mon corps est totalement emprisonné dans une gangue de pierre , mais pour mon malheur, je suis encore consciente, j’entends même la musique qui s’échappe de la maison, c’est sûrement ma sœur qui comme tous les soirs, fait encore hurler son tourne-disque...
Et donc mon Dieu pour mériter une si horrible fin?
Que leur ai-je donc fait ?
Je ne veux pas mourir, je n’ai que vingt ans,
Oh Maman , j’ai si peur...
J’étouffe , j’étouffe,
Maman , je ne peux plus respirer...Maman...
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date : 25-04
Ma peur redouble, je suis terrifiée.
Je me lève d’un bond , mais je ne peux plus avancer.
Mes pieds sont cloués au sol.
J’essaie de crier pour appeler à l’aide, mais aucun son ne sort de ma bouche .
Ma bouche paralysée.
Mes bras, que j’ai levés vers le ciel dans un geste de désespoir , ne m’obéissent plus.
Ils restent tendus vers les nuages, les nuages qui filent à toute allure dans un ciel sans lune.
J’ai juste le temps d’entendre le grondement de l’océan avant que quelque chose de monstrueux ne vienne m’enserrer la poitrine.
J’étouffe , je ne peux plus respirer.
Je sais pas ce qui vas ce passe , mais je vais mourir...
Les larmes coulent comme une rivière sur mon visage et ma dernière pensée est pour mon enfant,ce bébé qui ne verra jamais le jour.
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date : 29-11-2018
Murmures 245
L'amour c'est quand une personne connaît tes blessures et reste pour les cicatriser.
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date : 29-11-2018
Murmures 105
Je regarde la vie comme un livre
Se dérouler et se poursuivre.
Ce qui maintenant me rend ivre
C'est que tu fais partie de mon livre.
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date : 29-11-2018
Murmures 103
- Pourquoi tu m'aimes ?
- Parce que c'est toi.
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date : 29-11-2018
Murmures 85
Dans ton silence , je devine tes mots.
Mots suaves,maladroits,insensés,enjoués,apaisants,
inconvenants,ravissants,touchants...
Nul besoin de me dire,je le sais,je les ressens.
Et pourtant j'aime t'entendre me les murmurer.
Instant de grâce et de volupté.
Parce que tes mots sont tes caresses...
Emprunts d'une infinie tendresse.
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date : 20-10-2018
Elle avait emporté le livre dans son lit et avait sacrifié l’une des précieuses chandelles de sa mère à la lecture d’un poème au sujet d’un amour romantique qui trouvait son accomplissement la veille de la Sainte -Agnès.
Elle en connaissait encore par cœur ses vers préférés, et elle se mit à réciter tout bas leur musique onirique à la nuit :
_____ « Elle lui avait dit comment,la veille de la Sainte -Agnès,
Les jeunes vierges pouvaient avoir des visions exquises
Et recevoir la douce adoration de leurs amoureux
Vers l’heure de miel du mitan de la nuit,
Si elles savaient accomplir les rites propices !
Sans souper, elles devaient reposer leur beauté,
La face tournée vers le ciel, tels des lys purs ;
Sans regarder en arrière , ni ailleurs, mais requérant
Du ciel, les yeux levés, tout ce que désirait . »
Lizzie sourit et glissa une main dans sa poche.
La fleur s’y trouvait toujours, fanée mais entière.
Jetant un coup d’oeil à la ronde pour s’assurer que personne ne la regardait, elle la jeta à la Tamise et articula silencieusement les paroles de la ritournelle :
______ « Douce Agnès, belle Agnès,
Reviens-donc ici ;
Montre-moi,
Agnès jolie,
Mon futur mari ! »
La fleur se posa sur l’eau
Et disparut rapidement sous la surface.
Sa prière avait commencé comme un jeu, dans un moment de sotte rêvasserie.
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date : 09-09-2018
Yokohama Akita avait deux passions.
Le haïku.
Et la neige.
Le haïku est un genre littéraire japonais.
Il s’agit d’un court poème composé de trois vers et de dix-sept syllabes.
Pas une de plus.
La neige est un poème.
Un poème qui tombe des nuages en flocons blancs et légers.
Ce poème vient de la bouche du ciel, de la main de Dieu.
Il porte un nom .
Un nom d’une blancheur éclatante.

Neige
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date : 07-09-2018
« Tu voulais un poème du Japon , en voici un pour toi, et pour nous , si tu le désires : comme les eaux rapides dont un rocher entrave le cours et par lui fendues : même si l’on nous séparait, nous finirions par nous rejoindre . »
- C’est un haïku ?
-Non , c’est une forme de poésie plus traditionnelle, beaucoup plus régulée.
On appelle cela un waka.
Celui-ci a été écrit par un empereur dont j’ai oublié le nom.
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date : 07-09-2018
Satoko se laissa aller par la suite lorsque je l’attirais vers moi , ma main se perdant dans l’ébène moussue de son épaisse chevelure :
« Viens sur mon cœur, âme cruelle et sourde, tigre adoré, monstre aux airs indolents ; je veux longtemps plonger mes doigts tremblants dans l’épaisseur de ta crinière lourde... »
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date : 07-09-2018
Le lendemain, après les cours, je préparai quelques crêpes,forçant quelque peu sur la fleur d’oranger afin de leur donner un parfum caractéristique.
Puis, après avoir beaucoup cherché, je trouvais une feuille d’un papier plus beau qu’a l’ordinaire, et de mon écriture épouvantable je recopiais le plus lisiblement possible ces lignes écrites voici plus de mille ans par la poétesse Sei :
« À la demoiselle de la nuit. Je vous présente un paquet de gâteaux roulés comme on en offre selon l’usage. Celui qui vous envoie ces gâteaux avait l’intention d’aller, lui-même, vous les porter ; mais comme il pense qu’il est trop laid pour se montrer en plein jour, il n’y va pas. »
Je signais, en notant mon adresse.
Selon l’ancien usage de la cour impériale de Heian, je roulais ensuite la lettre, en tordis les extrémités, que je liais avec un petit fil .
Pour parfaire mon œuvre, il aurait fallu que je fixe ce message à un rameau de cerisier, mais je ne pouvais en disposer.
J’enveloppai quelques crêpes dans du papier aluminium, puis ce dernier dans une forte enveloppe brune, et je liai ma lettre par-dessus.
Avec ce bagage, j’allais chez Sadako.
Sans m’enquérir de sa présence, je glissais le tout dans sa boîte aux lettres.
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date : 29-05-2018
Mon présent et mon futur penchés sur le même livre.
Pourquoi va-t-on vers des livres comme on va vers des gens ?
Pourquoi sommes-nous attirés par des couvertures comme nous le somme par un regards, une voix qui nous paraît familière, déjà entendue, une voix qui nous détourne de notre chemin , nous fait lever les yeux, attire notre attention et va peu-être changer le cours de notre existence?
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date : 15-06-2016
J’ai rencontré l’amour. Elle était blonde, aux yeux bleus explosé. Je l’ai trouvée dans les toilettes de l’école, un peu détruite, un peu perdue, avec un sourire comme milles étoiles, quand elle m’a vu elle a sursauté, m’a prise dans ses bras et puis elle a tournée, et a fait quelques pas de danse. Je l’ai laissée faire parce-que ça m’amusait, et que j’étais un peu con, aussi, tu vois, sauf qu’ensuite elle s’est mise à pleurer et m’a demander pourquoi je l’avais quittée. Je ne la connaissais pas, peut-être que sa conscience me confondait avec un autre connard, je ne savais vraiment pas quoi dire, mais je lui ai quand même répondu, je t’ai quittée parce-que tu es la plus belle chose que j’ai jamais vu, et une œuvre d’art comme toi ne mérites pas de pourrir dans un grenier avec un brouillon comme moi.
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Extrait de : Manitou - L'Intégrale


Prélude Le téléphone vibra doucement. Sans lever les yeux, le Dr Hughes tendit le bras et se mit à chercher l’appareil sur son bureau. Sa main tâtonna parmi des feuilles de papier, des bouteilles d’encre, des journaux vieux d’une semaine et des emballages froissés de sandwichs. Il trouva enfin le combiné et décrocha.
Le Dr Hughes appliqua l’écouteur contre son oreille. Ses traits étaient tirés et il avait l’air fatigué, comme un écureuil qui éprouve quelques difficultés à faire sa réserve de noisettes.
— Hughes ? Ici McEvoy.
— Oui ? Je suis désolé, Dr McEvoy, mais je suis très occupé.
— Je ne voulais pas vous interrompre dans votre travail, Dr Hughes, mais j’ai affaire à un patient dont l’état devrait vous intéresser.
Le Dr Hughes renifla et ôta ses verres sans monture.
— Quelle sorte d’état ? demanda-t-il… Écoutez, Dr McEvoy, c’est très gentil de votre part de m’appeler, mais j’ai de la paperasse à mettre en ordre ! J’ai devant moi une pile de dossiers aussi haute qu’une montagne, et vraiment je ne peux pas…
McEvoy ne fut pas découragé pour autant.
— Euh, je pense réellement que cela vous intéressera, Dr Hughes. Vous êtes un spécialiste des tumeurs, n’est-ce pas ? Eh bien ! nous sommes ici en présence d’une tumeur auprès de laquelle toutes les autres tumeurs sont insignifiantes !
— Qu’a-t-elle de si terrible ?
— Elle est située à la nuque. Le patient est une jeune femme de vingt-trois ans, de race blanche. Elle ne se souvient pas avoir jamais eu de tumeur, bénigne ou maligne.
— Et alors ?
— Elle bouge, dit le Dr McEvoy. La tumeur bouge véritablement, comme s’il y avait quelque chose de vivant sous la peau.
Le Dr Hughes dessinait des fleurs avec son stylo à bille. Il fronça les sourcils un moment puis demanda :
— Les radiographies ?
— Résultat dans vingt minutes.
— Palpitation ?
— Identique à n’importe quelle autre tumeur. Sauf qu’elle bouge.
— Avez-vous essayé d’inciser avec une lancette ? C’est peut-être simplement une infection.
— Je préfère voir d’abord les radiographies.
Le Dr Hughes suçait le bout de son stylo d’un air songeur. Son esprit parcourait rapidement les pages de tous les ouvrages médicaux qu’il avait lus jusqu’à ce jour, à la recherche d’un cas semblable, ou d’un précédent – ou même de quelque chose...
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date : 02-01-2015
La fumée, acre, lui brûlait les yeux et la gorge. Un court instant, elle se demanda si ces vapeurs n'étaient pas responsables de son évanouissement. Elle avait perdu connaissance un long moment, elle s'en souvenait. Elle savait aussi qu'il faisait nuit alors que le soleil brillait. On l'avait transportée dans les airs ; elle croyait sentir encore le vent et la pluie glacée. C'était l'un des mystères qui la déconcertaient.
La douleur de ses poignets la ramena à la réalité. Elle était attachée, suspendue à une poutre, le corps étiré. Les cordes lui sciaient la peau. Soudain, elle réalisa qu'elle était nue. Son cri se perdit dans une toux déchirante. Elle gémit. Pourquoi ?
Autour d'elle, il y avait ces feux d'herbe humide et ces lumières tremblantes, innombrables. Une odeur d'église et une humidité de tombeau. Elle avait chaud, puis elle avait froid. Sa nuque était douloureuse. Le sang avait coulé et séché sur son épaule. Lorsqu'elle bougeait, ses pieds provoquaient des craquements. On aurait dit qu'ils piétinaient des branches mortes ou des ossements, un amoncellement de squelettes pâles, infâmes. Apeurée, elle replia les jambes en dépit du chanvre qui lui arrachait la peau. Aussitôt, elle les laissa retomber : elle n'avait plus la force de se débattre. Elle sentit la bile remonter dans sa gorge. Depuis quelque temps, l'envie de vomir la prenait. Les nausées la dénonçaient.
Au même instant, elle aperçut leurs silhouettes noires et leurs masques grimaçants. Huit démons. «L'enfer, pensa-t-elle. Je suis en enfer !» Cette vision expliquait la douleur, la peur, l'impudeur de son corps écarte lé. Morte en état de péché mortel ? Son instinct lui affirmait le contraire, ses seize ans, son amour, sa volonté de vivre. Certes, elle avait menti en confession, cédé à la tentation, nuit après nuit. Mais, quand il avait su la vérité, son amant avait promis de l'épouser, il l'avait juré. Elle avait toute la vie pour se racheter. Toute la vie, n'est-ce pas ? Ces démons immobiles...
- Parlez-moi ! Qui êtes-vous ?
En réponse, la fumée devint plus épaisse comme s'ils avaient alimenté leurs feux pour étouffer ses prières. Et les cordes se tendirent afin de la faire souffrir davantage, ou bien son corps épuisé devenait plus pesant. Tout à coup, elle sentit une piqûre entre les épaules, celle d'un insecte géant aux ailes vrombissantes.
- Pas ça, non !
Leurs yeux de braise la brûlaient. Huit, ils étaient bien huit. Entre deux sanglots, elle récita la prière que sa grand-mère lui avait apprise : «Mon Dieu miséricordieux, ne m'abandonnez pas...» Mû par son invocation, l'un des démons bougea. Elle en fut soulagée, puis épouvantée. Au lieu de s'approcher d'elle, il restait au-delà du cercle des cierges. C'étaient bien des cierges, ces tiges courbées comme des fleurs. Elle voyait les ailes sombres du démon passer au-dessus des flammes. Elle l'entendait gratter avec une sorte de fureur. De temps en temps, il s'accroupissait, puis se relevait. Son ombre, déformée par les flammes, dansait. Il marmonnait, grinçait des dents, un bruit plus effrayant que le crépitement du feu qui léchait ses pieds nus, par instants.
Et puis le tintement du métal. Peut-être préparait-il les outils de son supplice. Dans les livres que lui montrait son maître, les démons maniaient des fourches et des lames de fer rouge.
Mon enfant... Elle aurait voulu le protéger, placer ses mains sous ses seins gonflés comme elle le faisait parfois, au risque de se trahir. Sans le secours de sa robe et de ses jupons, à présent, son ventre s'arrondissait d'une manière indécente. C'était le but de cette exhibition cruelle. L'humiliation.
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date : 26-10-2014
Poésie:
"Plus d'un mois... Je le sais.
Mais je ne me défais pas de toi ,
Plus d'un ange, je le sais,
M'a croisée sans que je dise quoi que ce soit...
Tous les protecteurs du monde,
Pourraient me serrer dans leurs bras,
Essayer que ma tristesse s’effondre ...
Tous les anges, oui ,sauf toi...
Mais moi, c'est toi que je veux,
Tes mots ta douceur, tes yeux,
Des messages jusqu'à pas d'heure,
Et un espoir de bonheur,
Une main tendue, un simple sourire,
Juste un espoir d'avenir..."
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date : 25-06-2014
Extrait du prologue

Espace aérien parisien
La Défense
24 décembre - 07 h 06

La tempête faisait rage.
Le pilote était mort.
L'avion en chute libre.
Parfait.
Après avoir examiné le tableau de bord du jet - un Falcon 900XL -, un homme aux traits asiatiques écarta d'une manchette la tête blonde qui s'y était écrasée et procéda à une rapide manipulation.
Pilotage automatique.
Procédure pour atterrissage retardé.
Presque imperceptiblement, l'appareil se stabilisa et commença à reprendre de l'altitude. Désormais programmé pour attendre l'autorisation d'un hypothétique aéroport enneigé ou saturé, il amorça un vol giratoire. Quelques minutes de gagnées avant que l'avion ne percute l'une des tours de La Défense...
Un éclair traversa le ciel de Paris. Puis la foudre s'évanouit et l'horizon retrouva ses teintes de marbre noir et cendré. La pluie frappait en rafales le fuselage du jet de luxe.
L'Asiatique rebroussa chemin vers la cabine et jeta un regard circulaire à la scène qu'il retrouvait. Affalé entre les fauteuils de cuir crème du premier carré, un garde du corps africain, le visage bleui, semblait encore étonné de la rapidité avec laquelle la vie venait de lui être ôtée. À sa gauche, tordu sur un comptoir d'acajou où était gravé le logo de la multinationale Galaxim, un second colosse, pâle et chauve, agonisait, cherchant désespérément à retenir de ses mains une pomme d'Adam depuis longtemps enfoncée dans ses chairs.
Derrière eux, suffoquant sur l'épaisse moquette, le généticien Jacques Levine rampait vers le fond de l'avion.
L'Asiatique s'immobilisa devant le garde du corps encore vivant et se mit à dodeliner de la tête d'une manière curieuse. Comme un athlète s'échauffe. Ou comme un cobra avant de fondre sur sa proie.
D'un mouvement du coude fulgurant, il lui enfonça l'arête nasale dans la boîte crânienne. Il n'eut pas un regard pour le cadavre qui s'avachissait à ses pieds et reprit sa marche vers le vénérable scientifique. La carlingue tanguait à s'en disloquer. En quelques pas assurés, il fut sur lui, le saisit par son col de blouse et le souleva comme un lapereau.
Transi de peur, ses derniers cheveux blancs rabattus et collés sur le visage, Levine n'osait fixer son agresseur. Ce dernier l'examina sans émotion et le déposa sur l'un des fauteuils du second carré. Il tira de son treillis noir une trousse en kevlar, y prit une ampoule et une seringue. L'injection prête, il écarta les pans de la blouse du professeur et fit sauter les premiers boutons de sa chemise. Épuisé, Levine ne chercha pas à se défendre.
L'Asiatique planta l'aiguille en plein cœur et pressa.
Ce fut comme si le vieil homme avait reçu une décharge électrique : il se cambra sur son siège avant de retomber, la bouche ouverte, les yeux exorbités.
- Pas de crise cardiaque, dit le Cobra calmement en anglais. Pas maintenant.
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date : 16-06-2014
«Il y avait quatre d'entre nous là-bas pour les trente-deux premiers mois et onze jours de notre captivité. Et puis, très soudainement et sans avertissement, il y avait trois. Même si la quatrième personne n'avait fait aucun bruit du tout dans plusieurs mois, la salle s'est très calme quand elle a disparu. Pendant longtemps après, nous nous sommes assis dans le silence, dans l'obscurité, se demandant qui d'entre nous serait le prochain dans la boîte ".
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Défense d'entrer à Midwich

Ma femme a épousé un homme né un 26 septembre ; ça pourrait être sans grande importance, mais en l'occurrence il s'agit d'un sacré coup de chance. Sans cela, nous aurions sûrement passé la nuit du 26 au 27 chez nous à Midwich, ce qui eût entraîné des conséquences qui, Dieu merci, lui ont été épargnées.
Comme c'était mon anniversaire, et que d'autre part il se trouvait que la veille j'avais reçu et signé un contrat avec un éditeur américain, nous partîmes dans la matinée du 26 pour fêter à Londres l'une et l'autre circonstance. Ce fut charmant. Quelques visites utiles, homard et chablis chez Wheeler, ensuite un spectacle – la dernière extravaganza d'Ustinov –, et après un souper fin, le retour à l'hôtel où Janet, ma femme, ne manqua pas de s'extasier sur le confort de la salle de bains, ce qu'elle fait toujours hors de chez elle.
Sans nous presser, le lendemain, nous rentrâmes à Midwich. Non sans s'arrêter chez l'épicier à Trayne, notre centre de ravitaillement le plus proche. Nous reprîmes ensuite la route principale traversant le village de Stouch, puis nous virâmes à droite en direction de… Mais non. Au milieu de la route était dressé un écriteau : « Route barrée ». Près du poteau se tenait un policier. Il leva la main.
Je stoppai. Le policier avança vers ma portière, je le reconnus, il était de Trayne.
« Désolé, monsieur, mais la route est barrée.
— Vous voulez dire qu'il faut que je fasse le tour par la route d'Oppley ?
— J'ai bien peur qu'elle ne soit aussi fermée, monsieur.
— Mais… »
Derrière nous, un coup de klaxon.
« Serrez à gauche, s'il vous plaît, monsieur. »
Assez décontenancé, j'obtempérai, et un camion militaire de trois tonnes nous dépassa. Des jeunes gens en kaki se penchaient sur les côtés.
« Une révolution à Midwich ? demandai-je.
— Manœuvres, me répondit-il. On ne peut pas emprunter la route.
— Les deux routes ? Vous savez, monsieur l'agent, nous habitons Midwich.
— Je le sais, monsieur, mais on ne peut pas y aller maintenant. Si j'étais vous, monsieur, je retournerais à Trayne, jusqu'à ce que la route soit libre. Je ne peux pas vous laisser stationner ici à cause de la circulation. »
Janet ouvrit la porte et ramassa son panier à provisions.
« J'irai à pied et tu me rejoindras quand la route sera libre », me dit-elle.
L'agent hésita. Puis il baissa la voix.
« Puisque vous habitez là-bas, madame – mais ce que je vous dis est en quelque sorte confidentiel –, il est inutile d'essayer, madame, personne ne peut aller à Midwich, je vous l'assure. »
Nous le regardâmes bouche bée.
« Mais, au nom du ciel, pourquoi ? demanda Janet.
— C'est justement ce qu'ils sont en train de chercher à savoir. Maintenant, à votre place, j'irais à l'Auberge de l'aigle, à Trayne, en attendant ; je m'arrangerai pour vous faire savoir quand la route sera libre. »
Janet et moi nous regardâmes.
« Eh bien, dit-elle au policier, tout cela paraît bien étrange, mais si vous êtes tout à fait certain que nous ne pouvons pas y aller…
— Je le suis, madame. Je ne fais qu'obéir aux ordres ; nous vous tiendrons au courant. »
Si on avait voulu lui chercher querelle, c'eût été peine perdue. Cet homme ne faisait que son devoir, avec toute l'amabilité possible.
« Très bien, acquiesçai-je. Je m'appelle Gayford. Richard Gayford. Je dirai à l'Auberge de l'aigle de prendre pour moi le message, au cas où il arriverait en mon absence. »
Je fis marche arrière jusqu'à la route principale et, croyant sur parole l'agent de police quant à l'impossibilité d'emprunter l'autre route, je retournai là d'où nous étions venus. Après avoir retraversé le village de Stouch, je quittai la route et m'engageai dans un chemin vicinal.
« Tout cela, dis-je, me paraît bien curieux ; si nous coupions à travers champs pour voir ce qu'il en est ?
— L'attitude de ce policier était aussi bien étrange, allons-y », me dit Janet en ouvrant sa portière.

Notoirement, jamais rien ne se passait à Midwich, ce qui rendait les choses encore plus étonnantes.
Après y avoir vécu plus d'une année, Janet et moi pensions qu'en cela résidait sa principale caractéristique. À vrai dire, personne ne se serait étonné de trouver à l'entrée de ce village un avertissement inséré dans un triangle rouge portant la mention :
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Son pinceau en poils de martre posé au bord de la lucarne, Marquise caresse la truffe humide de Gaspard. Elle verse un filet d'eau dans une jatte de faïence, l'épagneul se précipite. Un rai de lumière éclaire au passage une toile inachevée : un cerf aux abois cerné par une meute au bord d'un étang.
Marquise mélange des pigments de lapis-lazuli pailleté d'or à du jaune d'oeuf, un soupçon d'huile de lin. Elle éclaircit l'échappée bleutée au loin, examine de près la tête de Gaspard, au premier plan, un faisan dans la gueule. Le nez sur la toile, elle peaufine les oreilles.
On entend des chevaux hennir place Royale. Le chien pisse sur le pied d'une chaise percée. Elle claque des mains. Il la défie, bondit et, d'un coup de queue, balaie la peinture fraîche. Elle pousse un cri, lui botte le train.
Plus rien. Il ne reste plus rien de ce fichu cabot copié poil par poil depuis ce matin. Plus rien non plus de Blanche, d'Athénaïs, ni de Louise. Seul Louis a survécu au massacre. Gaspard s'est réfugié sous le lit. La tête entre les mains, Marquise s'effondre dans son fauteuil.
Elle a passé des heures à fignoler cette scène. Il y a un mois, Armand avait vanté ses talents à Nicolas Desmarets, son patron, venu souper. Le contrôleur général des finances s'était pâmé devant les portraits des enfants, Clarissa et Alexandre, avant de lui commander un tableau de chasse pour son manoir de Sologne. Marquise avait rosi. Armand y voyant une occasion de se faire valoir, elle n'avait pas voulu le décevoir. Le lendemain, elle avait fouiné sur le Petit-Pont dans les caisses des marchands à la recherche de croquis de loups ou de canards sauvages. Dieu l'avait sauvée. Au Grand Monarque, Antoine Dieu lui avait dégoté la copie d'une esquisse d'Oudry dont elle s'était inspirée. Dans son atelier sous les combles, elle avait plongé une toile de chanvre dans de l'apprêt, l'avait tendue, clouée, brossée, décatie, avant de l'enduire de colle chaude de peau de lapin pour la couvrir de blanc de Meudon. Le décor ébauché à la mine de plomb, elle s'était mise à la peinture, soignant avec une brosse fine l'encolure, la crinière et le garrot des chevaux.
Le tableau était attendu avant l'été. «Je vous en donnerai soixante livres. Ne soyez pas gênée», avait lancé Desmarets, un rien condescendant. Un bon début, cette première commande. Son amie Henriette aurait voulu qu'elle peigne son chat, Marquise s'était réfugiée derrière un : «Plus tard, je ne suis pas encore prête.»

Un cafard glisse le long de la commode de palissandre sur laquelle sont alignés ses pots de pigments. La queue basse, misérable, l'épagneul rampe vers elle. Marquise l'attrape par les oreilles, le fixe, droit dans les yeux.
- Pourquoi as-tu fait ça, crétin ? La toile aurait dû rester sur son chevalet, toi, à la niche. Jamais je ne pourrai retrouver les traits pâlichons de Louise de La Vallière, l'allure de la Montespan ou le minois de maman, yeux en bouton de pivoine, moue dégoûtée. Jamais, tu entends ? Pour la peine, tu seras privé de boulettes.
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date : 15-03-2014
Nul au village n'ignore que l'automne est proche. La lumière et les feuilles se font rousses, aux pâturages les troupeaux attendent de regagner les étables. Dès la fin du mois d'octobre on rentre boeufs, moutons et porcs, on calfeutre portes et fenêtres, on amoncelle le bois dans les bûchers, on compte et recompte les tonneaux de viande salée, de lard, les sacs de pois et de haricots secs. L'hiver s'impose vite en Gévaudan avec ses vents aigres, son froid mordant, ses nuages lourds annonciateurs de neige, le hurlement des loups qui se regroupent.
Pour confectionner les balles des fusils de chasse, les hommes fondent du plomb et enferment la poudre dans des carrés de papier. Les enfants cueillent des baies, des simples, des herbes curatives qui sécheront au coin de l'âtre, les femmes sarclent choux et raves dans les potagers. Pendant cinq mois il faudra vivre en autarcie, même quand la nécessité forcera quelques téméraires à s'aventurer sur les layons forestiers, les sentiers traversant les landes où le silence glace le sang. Le plus grand péril n'est pas les loups, on est en leur compagnie depuis la nuit des temps, on sait quand la faim les pousse à rôder près des villages ; on n'ignore pas non plus qu'un bâton, un chien de berger les font fuir. En cette fin du XVIIIe siècle, chassés, traqués, ils ne constituent plus comme autrefois de bandes imposantes. Dans les pâturages, les loups n'en veulent pas aux bergères mais à leurs moutons, leurs gorets, leurs veaux, dont ils détectent la présence à plus d'une lieue alentour. Non, ce que craignent les paysans, c'est le Diable, les esprits mauvais, les hôtes des ténèbres.
Même au coeur de l'hiver, les habitants de La Besseyre-Saint-Mary et des environs se glissent dans l'antre du père Chastel pour acheter ses amulettes protectrices, les malades pour en obtenir des herbes curatives, les estropiés pour qu'il remette en place une épaule ou un genou démis, pose une attelle sur un membre brisé. On le respecte, il fait peur aussi. Parce qu'il cause peu, ne demande jamais de service à personne, on l'appelle le Masque. Ses deux fils lui ressemblent. Depuis la mort de leur mère, le cadet, Antoine, devenu garde forestier, se fait de plus en plus sauvage. Au cabaret il avale sans dire mot un gobelet ou deux d'eau-de-vie ; sa barbe, ses cheveux hirsutes tiennent les autres à distance. L'aîné, Pierre, cultive les terres du père. Plus civil, il bavarde parfois avec les garçons de son âge. On le voit même échanger quelques mots avec des filles. Ni sorcier comme Jean ni farouche comme Antoine, il est cependant différent. Son regard, le ton de sa voix peut-être, l'impression qu'il donne de garder des secrets.
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date : 25-02-2014
Chapitre premier
Plongée dans l'obscurité


Il fut un monde où les couleurs se ternissaient jour après jour. Un monde où les sentiments devenaient les armes d'une lutte entre les villes et la nature.
Dans ce monde, nul ne s'apercevait de l'obscurité qui s'installait progressivement sur les cieux et dans les cœurs. Nul sauf, peut-être, quelques hommes et une fillette aux cheveux blonds.
C'est dans ce monde qu'est née Alya, la princesse au bandeau.
Chant du bandeau, premier couplet
Interprété à la Cour par Terathiel,
ménestrel officiel de Yildiz.



Six ans.
Tout devient noir. Je ne vois plus rien. Je le savais, on me l'avait dit, mais je ne veux pas. Je serre les poings pour éviter de me frotter les yeux. « Tu ne dois pas pleurer, ni crier, ma petite, ne l'oublie pas. Il y va de ton honneur et de celui de ton père. » Je mordille mes lèvres. Nethy sera furieuse si je désobéis. Mais ce noir, ce vide… J'ai peur, j'ai si peur, toute seule !
Un éclat de rire me fait sursauter. Je me souviens des gens autour de moi. Des grandes personnes. J'entends des bruits que je connais. Un chat miaule et une enfant lui parle. On dirait qu'elle n'a pas envie qu'on l'entende. Pour ne pas déranger la cérémonie ? Plus proche, je reconnais un souffle irrégulier, celui d'un adulte, avec un parfum de lavande. Je sais, c'est ma nourrice, ma Nethy ! Pourquoi elle ne m'aide pas ? Elle m'a dit… Elle m'a dit que je devais être une grande fille, que personne ne me guiderait aujourd'hui. Que je ne devais pas avoir peur. Mais moi, j'ai peur quand même. Je déteste le noir. Je veux juste voir la lumière… Si je bouge, je vais tomber. Comment je vais retrouver la salle du repas si on ne m'aide pas ? Je compte dans ma tête jusqu'à dix le plus vite possible pour ne pas me mettre à pleurer devant tout le monde. C'est interdit.
Je sens une odeur de pain chaud. D'où elle vient ? Peut-être que je vais trouver à manger là-bas ? Je fais un pas en avant. Je tâtonne le vide autour de moi. Tout ce que je connais est parti dans le noir. Je manque de tomber. J'ai envie de hurler pour que Nethy vienne me chercher, comme quand je me fais mal. Personne ne me caresse pour me consoler, personne ne me parle avec tendresse pour me rassurer. Qui viendra me réveiller quand je ferai un cauchemar, dans cette Nuit ? Je me sens toute petite au milieu des gens dont je devine la présence : ils doivent se moquer de moi, attendre que je trébuche pour rire tout haut. Ils me regardent. Je le sais, on me l'a dit : « Tout le monde te regardera, ma petite. Tu devras être courageuse ». Mais dans le noir, je ne suis pas courageuse, Nethy ! Pitié, quelqu'un, quelque chose, rendez-moi mes couleurs !
Marcher. Tomber. Me relever. Marcher encore. Écouter. Respirer lentement, ne pas pleurer. Avancer. Peut-être que là-bas, au bout du chemin, une lumière m'attend ?

La fête est finie, les invités sont partis. Papa aussi. Il est retourné dans son cabinet après le repas sans me parler. Peut-être qu'il est déçu parce que je suis tombée et que j'ai pleuré ? Je n'ai pas fait exprès… Quand je suis arrivée dans le couloir qui part de la salle de la cérémonie, j'ai trébuché sur un tapis. J'ai perdu l'équilibre et je ne voyais pas où me rattraper. Je ne savais pas quand je toucherais le sol, j'ai presque été surprise quand j'ai senti le choc contre mes mains et mes jambes. Pourtant, j'étais déjà tombée, avant, mais là c'était différent.
Nethy n'est pas venue me chercher. J'ai dû me relever toute seule, alors que j'avais mal au genou. Après, je ne savais plus où j'étais. J'ai demandé de l'aide et personne ne m'a répondu, alors j'ai pleuré même si je n'avais pas le droit. Nethy me réconforte toujours quand je pleure. Cette fois, elle n'a rien fait. Elle m'a abandonnée. J'ai fini par m'asseoir pour attendre que quelqu'un se décide à m'aider. Le sol était très froid. J'ai marché à quatre pattes jusqu'au tapis parce que c'était désagréable. Une main m'a relevée brusquement, et j'ai eu mal au bras là où elle m'a serrée. J'ai senti dans son geste la menace de me punir si je recommençais. J'ai eu peur.
Il y avait plein d'odeurs autour de moi, je n'arrivais pas à les reconnaître pour trouver de l'aide. Elles se mélangeaient toutes : la lavande avec le cuir, le pain avec l'huile qu'on met dans les cheveux. Finalement, j'ai avancé au hasard pour qu'on ne me gronde pas de rester immobile ; j'ai essayé de retenir mes larmes mais je n'y suis pas arrivée. Le bandeau sur mes yeux était trempé mais je n'ai pas osé le toucher parce qu'on me l'a interdit, alors que je n'avais qu'une envie : l'arracher. C'est pas ma faute si j'ai peur du noir ! Je leur ai dit. Ils n'ont pas réagi, ils ont attendu que je trouve mon chemin. J'ai continué à avancer tout droit dans le couloir en me tenant au mur pour ne pas tomber. La tapisserie était douce sous mes doigts. J'ai entendu des froissements de tissu derrière moi, et aussi des murmures. Quand j'ai hésité, j'ai même entendu un rire moqueur juste à ma droite, un rire qui puait le vin.
À un moment, j'ai senti le creux dans le sol devant la salle à manger, celui dans lequel je me suis foulé la cheville quand j'étais petite. J'ai tourné pour trouver la porte, toute fière. Je me suis trompée de sens. Je voulais m'appuyer sur la poignée mais mes mains n'ont touché que du vide et j'ai encore trébuché. Cette fois, je me suis relevée seule, j'ai fait demi-tour et je suis rentrée dans la salle du repas, comme on m'avait demandé. La bouffée de chaleur à l'odeur de bois brûlé qui m'a accueillie m'a confirmé que je ne m'étais pas trompée. J'ai dessiné dans ma tête la grande table au centre de la pièce, avec des chaises de chaque côté et la cheminée tout au fond, sur le mur plus sombre que les autres. J'ai essayé de me souvenir où étaient les meubles avec la jolie vaisselle mais je n'ai pas réussi. J'ai eu peur de casser quelque chose si j'avançais encore.

Heureusement, les invités ont applaudi et j'ai de nouveau senti le parfum de lavande à côté de moi. Nethy m'a aidée à m'asseoir sur une chaise pour le repas, elle m'a dit que j'étais une grande fille maintenant, que je n'aurais plus peur du noir. Papa, lui, n'a rien dit.
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date : 02-01-2014

Extrait chapitre 13

[...] Pour retrouver la trace du successeur, Saucona utiliserait la mémoire de l’eau. Mais cela n’était pas chose aisée. Elle devait prélever de petites quantités d’eau à divers endroits et en visionner le contenu. La quantité déterminait la durée de mémoire comprise. Plusieurs paramètres étaient à prendre en compte, comme la zone de prélèvement ou le débit du cours d’eau. Une dose tirée d’une source née d’une infiltration livrerait des informations déjà anciennes, liées à l’épaisseur de roche traversée ; alors qu’une autre, prise dans un nuage, témoignerait de faits nettement plus récents, surtout si un vent fort sévissait ce jour-là. Dans chaque ponction, il lui faudrait donc tenir compté du temps écoulé, puis reconstituer la chronologie de chaque événement visionné. En outre, elle ne pouvait se risquer à prendre d’importantes quantités d’eau. Une brusque baisse du niveau ou un courant soudainement inversé ne manquerait pas d’attirer l’attention. Il lui faudrait donc multiplier les saisies en maintenant une discrétion maximale. Le nombre de reflets constituait déjà à lui seul un danger potentiel s’il devenait trop important. Manipuler la mémoire de l’eau était une chose. Analyser et suivre les données en était une autre. Et même si elle parvenait à retrouver la trace du successeur, elle n’aurait pas encore atteint son but car celui-ci avait pu changer de lieu entretemps.

Attendant l’arrivée des premières prises, elle se familiarisa avec l’eau de ce ruisseau pour la différencier de celle qu’elle faisait venir. Elle apprécia sa personnalité, son essence propre. Chaque source possédait sa propre substance, sa signature. Peu après les volumes retenus affluèrent. Dépourvus de corps à déplacer, ils avaient voyagé beaucoup plus rapidement. La plupart d’entre eux vinrent de l’aval et révélèrent une image au contact de Neeru. Lorsque tous les prélèvements furent là, elle les étala en éventail devant elle d’un geste de la main puis elle les passa en revue. Elle vit de nombreuses choses qui s’était déroulées là où les portions d’eau avait été prises : des femmes lavant le linge, des hommes à la pêche, des oiseaux volant dans un ciel sans nuage, des animaux en train de paître, etc. Bien des scènes bucoliques, mais aucune trace ni indice laissant deviner la présence du successeur. La trouver si vite aurait relevé du prodige. Elle savait que la tâche serait ardue. Elle renouvela la manœuvre en prélevant de l’eau à différents endroits, mais toujours dans les fontaines de la ville. Elle patienta un instant et vit apparaître sur sa droite de nouveaux reflets qui remontèrent jusqu’à elle. Avant même de les observer, elle désigna d’autres échantillons à déplacer pour perdre le moins de temps possible. Alors, commença un long défilé d’images se succédant les unes aux autres.

A la fin de la journée, Saucona parvint à trouver une vision du convoi en partance pour le sud. Bien qu’elle n’ait vu son visage qu’un instant, elle identifia aussitôt la jeune femme. Elle se trouvait bien à sa place au moment du départ. Elle ressemblait en tout point à ce qui lui avait été révélé. De longs cheveux noirs, des yeux bleus en amande et des traits fins. Qu’était-elle devenue ? [...]
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date : 02-01-2014
Extrait
Alice était une jeune femme élancée et blonde, que sa grossesse avait illuminée.
Mince, musclée, les cheveux flamboyants et ondulés, le visage aigu et les yeux verts en oblique, sa mère inquiétait les bonnes gens. Outre ses incontestables dons de rebouteuse, on lui prêtait des pouvoirs occultes. D'où son surnom, la Talaurina, la salamandre en patois, la bête diabolique qui survit aux flammes. Elle ne détestait pas cette méfiance qui la garantissait contre les mauvais payeurs et autres malveillants.
Elle arriva essoufflée à la maison de sa fille, une bâtisse de granit à l'élégance fruste.
- Alice ! cria-t-elle. Alice, où es-tu ?
- Ici, dans la grande salle... Je crois que ça y est. J'ai mal.
- Je suis là. Je vais te délivrer. Le loup, il pourrait rameuter les hommes, poursuivit-elle, une pointe de rancoeur dans la voix.
Elle n'aimait pas Jean Charzol, son gendre, ex-capitaine de l'Empire démobilisé en 1816 comme des milliers d'officiers, avec traitement réduit. Un «demi-solde», disait-on. Elle n'appréciait pas davantage ses compagnons de travail, eux aussi anciens soldats, plus ou moins estropiats. Mais un accouchement comportait des risques. Il lui fallait de l'aide. La Mère Puchat, qui tenait la maison de Largnac ? Elle l'avait vue passer devant chez elle avec le char-à-banc, allant vers La Chaise-Dieu. La matrone de la Souchère, alors ? Sa présence ne serait pas un luxe, mais comment la prévenir ? Le village était au bord de la Dorette, en contrebas, à un quart d'heure de marche par les bois. Personne pour aller la chercher. Aucun de ces incapables n'était là.
- Quelle heure est-il ? demanda la parturiente.
- L'angélus va bientôt sonner.
- Alors, ils vont rentrer pour le repas.
Dans son état, pas question de faire monter Alice dans sa chambre au premier étage. Et puis, il valait mieux se trouver près du feu et de la pierre d'évier, pour l'eau chaude. Sa fille accoucherait là. Les contractions avaient dû commencer des heures auparavant. Pourquoi donc avait-elle attendu le dernier moment pour prévenir ? La Talaurina poussa la grande table des repas contre le mur et y installa sa fille, le dos calé dans des oreillers. Elle la déshabilla, la palpa. Son ventre n'était pas rond comme la veille, mais bosselé. Rien de plus normal puisqu'elle avait perdu les eaux, mais la rebouteuse, dont les mains devinaient tout des corps vivants, ne parvint pas à déterminer si l'enfant s'était bien retourné. (...
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date : 01-12-2013
« Après coup, il regrettait toujours. Et puis il se jurait chaque fois qu’il ne jouerait plus à ce jeu. Avec personne. Jusqu’à présent il avait chaque fois rompu ce serment. Mais ce n’était pas sa faute. Ce n’était la faute de personne. »
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date : 26-10-2013
Prologue

La puanteur de la chair en décomposition imprégnait les murs.
Nathan Prieur avala sa salive avec beaucoup de difficulté. Peu à peu ses yeux s'habituèrent à l'obscurité et la pièce prit vaguement forme. Il s'adossa au mur lépreux, à bout de souffle, enveloppé d'une sueur froide et effleura son visage avec le bout de ses doigts. Sa peau n'était plus qu'une souillure de sang, de boue et de larmes. Son oeil gauche était à moitié fermé. Deux de ses dents cassées. Son front ouvert. La vie lui avait joué un de ses sales tours comme elle savait si bien le faire. L'horreur l'avait happé, sans ménagement, sans pitié. Il se maudissait de n'avoir pu empêcher toutes ces atrocités. De n'avoir rien vu, rien compris.
Le mal tournait autour de lui depuis trop longtemps. Le mal corrupteur des esprits, générateur de folie. Personne n'aurait pu prévoir ce qui allait arriver. C'était peut-être ça le plus terrifiant. Le mal le pourchassait à présent, incontrôlable et dévastateur.
Nathan Prieur s'efforça de respirer en silence lorsqu'il sentit quelqu'un se déplacer sur sa gauche. À quelques mètres de lui. Il ne bougea pas et écouta. Le mal l'avait-il trouvé ? Un bruit. Comme le râle d'une bête blessée. Il contracta ses muscles.
Quelque chose marchait dans les ténèbres. Le sol de pierre crissait sous ses pas. Le mal était là et il souhaitait en finir avec cette mascarade grotesque. Le mal était tout près de lui, à présent. Il pouvait sentir son souffle brûlant se déposer sur sa nuque puis une main glacée caresser son front. Il écouta la respiration rauque et frémit.
Une voix grave, dure fissura l'obscurité.
- Tu as mis du temps à comprendre.
Nathan Prieur ferma les yeux et ne répondit pas. La voix reprit :
- Maintenant tu sais.
Prieur se mit à respirer de plus en plus fort, essayant de calmer les tremblements de ses mains. En vain. Tout son corps tremblait maintenant. Cette vérité. Terrible.
Il respira un grand coup, ouvrit les yeux et sentit que le mal lui faisait face, l'observait.
Il y a des vérités que l'on ne devrait jamais découvrir. Jamais.
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