Livres
392 715
Comms
1 377 889
Membres
284 948

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode

Ajouter un extrait


Liste des extraits

Extrait de Maud Graham, tome 3 : Le collectionneur ajouté par Hrader 2011-03-04T00:31:39+01:00

« Le Collectionneur se gara rue d'Aiguillon. Il était trop tôt pour aller à la salle de billard. Il irait déjeuner avant, lirait les journaux ; il ne doutait pas qu'on parle encore de lui. Son désir d'écrire à Graham était capricieux, il disparaissait sans raison pour ressurgir avec une grande intensité. Il aurait voulu être présent quand l'inspectrice décachetterait sa lettre. C'était impossible. S'il l'avait déjà suivie jusque chez elle, il ne s'y risquerait plus désormais. Se déciderait-il toutefois à lui envoyer une photo de Frédéric ?

Il fallait d'abord le retrouver. Il frémit en crevant les jaunes de ses oeufs avec sa fourchette; la pointe métallique numéro 16 s'enfoncerait aussi aisément dans le cou de Frédéric. Il découpa le jambon en lamelles qu'il trempa dans le jaune d'oeuf avant de les déposer sur sa rôtie au pain brun. Il mâchait très lentement, car sa mère avait toujours dit que c'était la meilleure garantie pour une bonne digestion. Il but un seul café en lisant les journaux. Les reporters n'avaient pas grand-chose à ajouter à ce qu'ils avaient annoncé la veille. Les policiers refusaient de révéler comment progressait leur enquête, mais il y avait une entrevue avec Jean Casgrain. Après s'être lamenté sur son sort, ce dernier avait confié au reporter que Maud Graham était venue plusieurs fois à son club sportif. Il ne pouvait rien révéler de leurs conversations afin de ne pas nuire à l'enquête.

Avait-il peur? avait demandé le journaliste.

Oh oui! Il connaissait peut-être le Collectionneur. Les policiers avaient promis de le protéger. Pourttant, il tenait à le répéter, il ne savait rien. Rien de rien. Ne pouvait même pas deviner. N'essayait pas. Il laissait cela aux policiers. Lui rêvait seulement que le calme -- et ses clients -- revienne au gymnase.

Pauvre Casgrain! Il ne pensait qu'à son club sportif! Un minable, un borné, un idiot. Tant mieux ; il ne pourrait rien dire sur lui aux policiers. Il aurait aimé l'appeler pour en savoir davantage sur les visites de Graham. Savoir si cette femme commençait enfin à comprendre qu'elle perdrait la partie. »

Afficher en entier

Chapitre 1

Maud Graham éteignit le téléviseur d’un geste brusque, choquée par ce qu’elle venait d’apprendre. Un quinquagénaire promenait son chien quand il avait découvert un cadavre étrangement mutilé au parc du MontRoyal. L’hiver avait conservé le corps et même si les policiers avaient demandé aux journalistes d’être discrets, la population savait maintenant qu’on avait amputé un pied, un sein et un poignet à la morte.

Un reporter n’avait pas manqué de rappeler la similitude entre ce crime et celui d’une touriste québécoise, Diane Péloquin, commis trois ans auparavant, dans le Maine. La femme avait été étranglée et mutilée. Le meurtrier lui avait coupé le sein droit et le pied gauche. Il ne fallait pas oublier non plus cette pénible affaire, à Miami, vingt mois plus tard, qui avait peutêtre un lien avec ces deux crimes. On ne pouvait rien affirmer, car le cadavre était quasiment réduit à l’état de squelette, mais il manquait à ce macchabée le tibia, le péroné, le fémur, le tarse et le métatarse de la jambe gauche. On n’avait jamais pu identifier la victime et les journalistes l’avaient appelée Lucy, du nom d’une tornade qui avait ravagé la Floride la semaine précédente et ainsi déterré le squelette.

Personne n’avait alors parlé de tueur en série.

Jacques Mathieu y songerait avant la parution de son article, avant l’aube. Graham savait qu’elle lirait un éditorial alarmant sur les émules des assassins Jeffrey Dahmer et Ted Bundy, une colonne qui se terminerait par une question aux policiers : que feraientils pour démasquer le tueur et prévenir d’autres meurtres au Québec ? Le phénomène des serial killers était typiquement américain — même si les AngloSaxons avaient eu leur Jack l’Éventreur — et il devait le demeurer. Les touristes québécois redoutaient déjà la trop violente Floride, il était inconcevable que les monstres américains viennent les terroriser dans leur propre pays.

Graham plaignit ses collègues montréalais ; ils seraient critiqués et harcelés avant même d’avoir bougé. Louis Pelchat, le pro des relations publiques, devrait participer à vingt tribunes téléphoniques afin de calmer la population. Si la détective comprenait l’angoisse qu’une telle nouvelle pouvait susciter, si elle acceptait que les journalistes fassent leur métier et informent leurs lecteurs et leurs auditeurs, elle admettait mal qu’on saute aux conclusions avant même qu’une enquête ne soit commencée et qu’on condamne les policiers qui n’avaient pas découvert le cadavre juste après l’assassinat. Ils avaient en ce moment si peu d’indices qu’il faudrait un miracle pour trouver le coupable.

Maud Graham pensa au mari de cette victime, à ses amis, à ses parents qui pourraient enfin l’ensevelir. Ils n’exposeraient pas le corps, mais ils voudraient de vraies funérailles. Ils seraient furieux que les journalistes essaient d’y assister, même si leur présence et la photo de la tombe dans les journaux prouveraient que Muriel Danais était bien morte et bien enterrée. Elle les hanterait, mais ils n’erreraient plus. Ils sauraient. Ils ne regarderaient pas les lilas fleurir en se demandant si Muriel les voyait aussi, ou si elle avait été enlevée et emmenée loin de Montréal, forcée à se prostituer dans un pays où poussent des fleurs d’oranger, comment elle avait disparu — car tous rejetaient l’idée saugrenue qu’elle soit partie avec un autre homme —, si elle vivait toujours, où, comment et si elle reviendrait, si elle était devenue folle, si elle s’était enfuie, si elle mourrait du cancer, du sida, si on l’avait tuée, si on l’avait torturée avant de l’assassiner.

Oui, n’aimerait pas répondre Graham à ceux qui aimaient Muriel Danais, oui, on lui avait coupé un sein, un poignet et un pied. Et l’enquêtrice devinait qu’on l’avait piquée, comme Diane Péloquin.

L’été dernier, Graham avait reparlé du meurtre de cette touriste avec Rouaix, mais elle n’avait pas dit que l’instrument avec lequel on avait piqué la victime avant sa mort lui rappelait l’outil dont on usait jadis pour déceler la marque diabolique chez une sorcière. Les inquisiteurs enfonçaient le long stylet plusieurs fois dans le corps de leur victime jusqu’à ce qu’ils trouvent ce qu’ils cherchaient. Ou non. Ça ne changeait rien ; la femme était exécutée. La Femme.

Estce que le tueur détestait les femmes autant que les inquisiteurs moyenâgeux ? Les torturaitil avec le même plaisir ?

Croyaitil, lui aussi, obéir à une loi divine ? Ou, mieux encore, être audessus des lois ?

Et voulaitil en tuer des dizaines, des centaines ?

Rouaix avait déclaré qu’un meurtre commis aux ÉtatsUnis ne les concernait pas, même s’il s’agissait d’une compatriote : on avait assez à faire au Québec. Graham avait acquiescé, mais elle ne pouvait chasser de son esprit l’image du corps meurtri, semblable à celui des milliers de sorcières condamnées sans procès.

Elle y repensait quand Léo miaula. Elle souleva son chat gris et le tint contre son épaule en lui grattant le cou. Lui au moins ne finirait pas au bûcher. Graham effleura les vibrisses en constatant qu’elles avaient pâli. Léo vieillissaitil ? Son poil avait légèrement bruni durant l’hiver. Un interminable hiver ; il n’était sorti qu’une douzaine de fois. Quand Graham partait travailler, il la regardait s’éloigner par la fenêtre en la plaignant sincèrement d’affronter des froids pareils.

— Je t’ai acheté des éperlans, mon beau Léo. Juremoi de ne pas les cacher sous le tapis de la salle de bains ! Jure !

Le matou passa une patte derrière son oreille ; il pourrait toujours dire qu’il n’avait rien entendu.

— Les lilas seront en fleur dans deux mois, Léo. Te rendstu compte ?

Afficher en entier
Extrait de Maud Graham, tome 3 : Le collectionneur ajouté par Hrader 2011-03-04T00:31:39+01:00

« Graham hocha la tête; les photos aériennes pouvaient être utiles quand il s'agissait de meurtres en série. Et c'était le cas, elle n'en doutait guère. On devait ramasser le maximum d'informations sur le terrritoire de chasse de l'assassin, photographier sous tous les angles la victime. Les images aériennes, comme la vidéo qu'on devait tourner à l'instant, révéleraient peut-être certains détails quand on les comparerait aux photos du meurtre précédent. Le tueur déposait-il ses victimes dans le même genre d'endroit? Y avait-il toujours des arbres dans les environs immédiats? À quelle distance de la rue se trouvait-il? Combien de temps pouvait-il mettre à venir de la route en portant un cadavre?

-Je me demande où il l'a tuée, dit André Rouaix. Et pourquoi il a déposé le corps ici; c'est discret, sans plus.

-Je sais. Et l'assassin était déjà dans un endroit plus discret pour tuer et mutiler sa victime. Il avait besoin de temps et de calme pour la découper. Qu'est-ce qui l'a incité à la changer de place? Y a-il des témoins?

-Non, que des curieux qui ne savent rien. Pour l'instant. Trop tôt. Il y aura peut-être des voisins qui se souviendront de quelque chose. Mais rien n'est moins sûr. Les plus proches sont encore bien éloignés. La marina, c'est plutôt désert. Nos gars commencent pourtant à faire le tour du quartier. »

Afficher en entier