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Myrina

Bon, je n’ai plus qu’un recours…

Invoquer le diable.

J’inspire profondément et, en visualisant son visage dans mon esprit, je murmure son prénom à deux reprises. Le sceau démoniaque est conçu pour cet office à l’origine.

J’attends son arrivée en larguant des coups d’œil anxieux autour de moi. Il n’y a que deux autres clientes dans le restaurant, des adolescentes Pécheresses qui gloussent à quelques mètres de moi, attablées devant leurs milk-shakes à la fraise.

Cinq secondes.

Les poings serrés sur mes cuisses, je focalise mon regard sur la banquette rembourrée qui me fait face.

Dix secondes.

Il est obligé de venir, non ?

Vingt secondes.

Il ne va pas me poser un lapin pour ma première invocation, quand même ?

Trente secondes.

BON IL VA SE BOUGER LE CUL, CE FILS DE PUTE ???

Un courant d’air chaud s’infiltre dans le resto et m’effleure le sommet du crâne, faisant voltiger plusieurs mèches de mes cheveux. Je vois alors plusieurs minces volutes de fumée rouge et noire glisser au-dessus de la table en serpentant pour aller s’agglomérer sur la banquette en face. Elles forment une silhouette vaporeuse et fluctuante.

Le voilà.

Cinq secondes plus tard, la fumée se solidifie et mon hôte apparaît, ses yeux mordorés arrimés aux miens. Mon cœur opère une embardée dans ma poitrine, ma langue se colle contre mon palais, mes phalanges craquent tellement je crispe les poings.

Pendant ces deux derniers mois, ma mémoire a occulté en partie une réalité aussi plaisante que déplaisante : ce putain de démon est d’une beauté apocalyptique qui pulvérise tout sur son passage. L’apercevoir à la télé est une chose, l’avoir devant soi en est une autre. L’écran ne rend pas justice à la profondeur étincelante de son regard, à la carnation cannelle de sa peau, à la perfection sensuelle de ses traits et à sa prestance presque souveraine. Ce type est certes le plus orgueilleux d’Infernum mais… il y a de quoi, hélas.

En outre, à la télé, il n’y a pas l’odeur. Et celle de cet homme d’une virilité indécente rampe sous ma peau comme un serpent de luxure invisible, jusqu’à asticoter les tréfonds de ma féminité.

Après un moment de flottement durant lequel nous nous observons mutuellement sans prononcer un mot et sans afficher la moindre expression, je remarque ses vêtements plus décontractés que ses costards habituels de politicien pété de fric. Tee-shirt gris clair à moitié trempé de sueur et près du corps qui moule ses muscles bien proportionnés aux veines saillantes.

Kelen Wills en tenue de sport. Quel tableau insolite.

J’expédie même un coup d’œil sous la table. Jogging noir, alors ça ! Et… pieds nus ? Sa gourde de secrétaire m’a dit qu’il était en rendez-vous, mais c’était un mytho.

— Tu t’entraînais ? questionné-je avec scepticisme.

— Oui, avec Sam, répond-il d’un ton posé en piochant une serviette en papier pour tamponner son front luisant.

— Dans cette tenue ?

— J’étais sous ma forme naturelle, Myrina. Mais quand tu m’as invoqué, j’ai repris mon apparence humaine et enfilé quelque chose sur mon corps au cas où tu te trouverais dans un endroit public. (Il lance un regard détaché autour de nous en balançant la serviette mouillée et froissée par-dessus son épaule sans une once de respect pour le personnel qui devra ramasser ça. Quel enfoiré.) J’ai eu du flair, visiblement. D’ailleurs, ça tombe bien que tu m’invites à casser la croûte, je suis toujours affamé après l’activité physique. Même si le cadre cheap laisse à désirer.

— Je ne t’invite pas, le démens-je d’un ton glacial alors qu’il feuillette la carte.

— Alors c’est moi qui t’invite, mon petit chat. Prends tout ce que tu veux, je suis d’humeur généreuse. J’ai même pensé à emporter ma carte Platine Supérieure avant de me téléporter, tu as de la chance. (Refermant le menu, il lorgne mon visage puis ma poitrine avec une réprobation ostensible, un pli sévère entre les sourcils.) Tu dois te remplumer. Tu as perdu trois kilos et une taille de bonnet.

J’écarquille les yeux d’indignation. Nom de…

— Mêle-toi de ton…

— Serveuse, nous avons choisi ! hèle l’Hybresang d’une voix puissante en claquant des doigts, une main impérieusement levée.

Tandis que je fulmine dans mon coin, une vieille femme voûtée en uniforme lilas qui mâche un chewing-gum avance d’un pas traînant vers notre table. Elle toise Kelen d’un air songeur.

— Mais… vous ne seriez pas le Fédérateur ? (Il grogne. La serveuse s’illumine d’un sourire béat.) Oh, monsieur Wills, c’est un honneur de vous rencontrer ! J’ai voté pour vous aux élections. Pourriez-vous me signer un autographe sur les seins ?

— Après le repas. Peut-être. Et certainement pas sur les seins, vous avez dépassé le seuil de gravité autorisé. Prenez notre commande. (Elle acquiesce en dégainant son bloc-notes et son stylo. Seigneur, il est encore plus odieux qu’avant, comment est-ce possible ?) Un monster burger triple supplément fromage et bacon, cuisson saignante, sans oignons, sauce au piment rouge, avec méga portion de frites. (Hein ? Ce burger gargantuesque réservé aux Appétants les plus voraces comporte huit steaks, mesure trente centimètres et pèse plus d’un kilo !) En plus de cela, un hot-dog moutarde-ketchup, des ailes de poulet au paprika, un bagel au poulet, une salade verte et un jus à l’ananas. Avec une paille. Et pour ma délicieuse amie, la même chose.

— Non, non, annulez pour moi, je ne veux pas de…

— La même chose, insiste l’Hybresang d’un ton dirigiste. Si tu ne peux pas tout manger, ce n’est pas grave, je terminerai ta part.

La serveuse repart lancer la commande en cuisine pendant que je secoue la tête, interdite. Je suis censée garder la tête froide, mais je bouillonne déjà. L’effet Wills.

— Tu as certes maigri, mais tu es toujours aussi torride, souligne-t-il en ébauchant un demi-sourire.

— Et toi, tu es toujours aussi con, répliqué-je du tac au tac.

— On ne change pas une équipe qui gagne, mon petit chat. Comment vas-tu ?

— Depuis deux minutes, j’ai une forte envie de vomir de la bile.

— Vraiment ? Ce n’est pas ce que notre lien me dit. J’aurais juré que tu étais subjuguée par mon sex-appeal animal.

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ATTENTION SPOILER !

— Lorsque tes yeux améthyste plongent dans les miens, tu me coupes la respiration et me voles mon oxygène, mon petit chat, déclare-t-il dans un murmure rocailleux tout en me fixant intensément. Dès que tu me touches, dès que tu me souries, mon cœur ne m’apparient plus. Je pense à toi sans cesse, parce que je t'ai dans la peau jusqu'à mes putains d'os. Ta présence est autant une source de bonheur qu'un puits de douleur. Voilà pourquoi je t'ai comparée à la Mort à travers ce poème. Tu me tues à petit feu. Et le pire dans l'histoire, c'est que je savoure chaque seconde de cette lente agonie. Voilà aussi pourquoi je ne peux pas te laisser. Je ne peux pas me passer de toi. J'ai essayé ces deux derniers mois, mais je ne peux pas. Et si tu daignais enfin me croire et écouter ton cœur, je te laisserais me marquer sans la moindre hésitation pour te prouver que tu es la seule et unique femme qui compte à mes yeux. Myrina Holmes...

Levant les mains, Kelen m’achève en esquissant lentement le symbole que je redoute le plus : il pointe l'index sur son propre cœur, croise les avant-bras sur sa poitrine en serrant les poings et, enfin, il me désigne avec son doigt.

Il vient de me dire en langue des signes qu'il m'aime.

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Dans la mutation, mon corps s'étire à la verticale et mes attributs démoniaques apparaissent : cornes arquées, dreadlocks noires et blanches, yeux vairons, écailles irisées, griffes démesurées, queue d'argent, ailes bicolores. En espérant que je ne sois pas trop fourbue après mon vol pour combattre, puisque je m'affaiblis plus rapidement que les autres démons à cause de mon hybridation...

Je dépasse à présent mon ami de plusieurs têtes : il a l'air tout petit vu de ma nouvelle hauteur.

Durée estimée du trajet si je me magne la rondelle : cinq minutes.

— Dieu Tout-Puissant, blasphème Aramiel, pâle comme un linge, tandis que je lui reprends mes armes des doigts.

— Tu peux m'appeler Myrina, répliqué-je en déposant un baiser vif sur le haut de son crâne.

Fait chier, même mes punch-line subissent l'influence arrogante pourrie de Kel.

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- Ça fait deux fois que tu lui allonges un coup de poing dans le visage, Holmes ! tonne Zagam. (En vérité mon cher, ça fait plus de deux fois) Ce coup-ci, il va sans doute porter plainte contre toi et je ne pourrai rien faire pour te sauver les miches, j'ai les pattes liées

- Non, il ne portera pas plainte contre moi affirmé-je en regardant l'Hybresang picorer mes seins de baisers lascifs, ce qui fait partir ma libido somnolente au quart de tour.

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— Je te déteste tellement, Wills.

Ah, le tutoiement revient. Il y a du progrès, non ?

— Nessal, reezath'allamak senhir, soufflé-je d'une voix douce en langue démoniaque.

« Et toi, tu me manques tellement. »

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Extrait ajouté par EloLML 2020-05-03T21:59:02+02:00

 Je suis agent du CIT, écarte-toi d’elle tout de suite ou je tire ! tonne Myrina en pointant son flingue sur le Modérant, qui bien sûr n’en a rien à foutre de sa sommation et continue de festoyer.

Je comprends ce type. Quand je mange, je ne tolère pas la moindre interruption. 

— Vas-y Myrina, bute-le. Avec de la chance, je n’aurai pas à payer l’addition.

— Mais ferme ta gueule, Wills !

Par Satan, qu’elle est malpolie. Je lui laverais bien la bouche avec ma langue.

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Extrait ajouté par Sindel 2020-11-11T14:50:56+01:00

Tu m’expliques ? claironne-t-il en s’éventant avec le poème. Il l’a lu, évidemment. Il ne peut pas s’empêcher de fourrer son nez dans mes affaires personnelles, celui-là. C’est pathologique. Il doit se sentir investi d’une mission divine : faire chier son boss jusqu’à ce que mort s’ensuive.

— Il n’y a rien à expliquer, bougonné-je. J’ai l’humain aujourd’hui. Les humains disent qu’ils ont le bourdon ou le cafard. Chez les démons, on dit qu’on a l’humain. CQFD.

— C’est un euphémisme. Aujourd’hui, hier, avant-hier… Tu as l’humain depuis deux mois, signale Sam en plantant son regard bleu perçant dans le mien. Mais j’espère que tu ne vas pas faire la bêtise de lui envoyer ça. — Pourquoi pas ? grondé-je en croisant les bras sur la poitrine. — Parce que ça ressemble à un genre de chantage au suicide, Kel. Un ricanement rugueux jaillit de ma gorge. Il délire, je cherche simplement à la faire culpabiliser. Si j’ai l’humain, c’est à cause d’elle.

— Ton interprétation est à côté de la plaque. Je m’aime beaucoup trop pour envisager de me suicider.

— C’est toi qui as inventé ces vers ?

— Non, inculte. L’auteur est le poète maudit Paul Verlaine.

— Et en plus, il n’est même pas de toi… Comment veux-tu qu’elle prenne ça ?

— Elle sera émue, puisque ce poème est émouvant.

— Il n’est pas émouvant. Il est glauque, morbide et ironique.

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Extrait ajouté par Sindel 2020-11-11T14:42:24+01:00

Attendez, c’est une plaisanterie ?

— Sam, il y a vraiment une taxe sur les Arcadus ? marmonné-je à l’oreille de mon ami, assis à ma droite.

— Oui, Kel. Depuis 1789.

— Et ce n’est que maintenant qu’on m’en informe ? C’est inadmissible.

— En tant que haute figure politique d’Infernum, tu es censé connaître ce genre de chose.

— Je paye des gens pour connaître ce genre de chose à ma place.

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(Myrina à elle même sous analgésique)

Pas de blague sexuelle inappropriée, Myri. Tu as été à deux doigts d'être bouffée crue par des Sans-Ames, tu as perdu ta jambe, tu es malentendante et unijambiste donc ça fait deux handicaps à ton actif, tu as eu un pied dans la tombe, tu as vu tes collègues mourir. Un peu de dignité, diantre

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Poème

Daignez souffrir qu'à vos genoux, Madame.

Mon pauvre coeur vous explique sa flammes.

Je vous adore autant et plus que Dieu,

Et rien jamais n'éteindra ce beau feu.

Votre regard, profond et rempli d'ombre,

Me fait joyeux, s'il brille, et sinon, sombre.

Quand vous passez, je baise le chemin,

Et vous tenez mon coeur dans votre main.

Seule, en son nid, pleure la tourterelle.

Las, je suis seul et je pleure comme elle.

L'aube, au matin ressuscite les fleurs,

Et votre vue apaise les douleurs.

Disparaissez, toute floraison cesse,

Et, au loin de vous, s'établit la tristesse.

Apparaissez, la verdure et les fleurs

Aux prés, aux bois diaprent leurs couleurs.

Si vous voulez, Madame et bien-aimé,

Si tu voulais, sous la verte ramée,

Nous en aller, bras dessus, bras dessous,

Dieu ! Quels baisers ! Et quels propos de fous !

Mais non ! Toujours vous vous montrez revêche,

Et cependant je brûle et me dessèche,

Et le désir me talonne et me mord,

Car je je vous aime, ô Madame La Mort !

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