Votre profil Booknode a été créé !

Vous êtes  
 
Votre année de naissance  
 
Découvrez
vos lectures
de demain
Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !
En cliquant sur "Je m'inscris" j'accepte les CGU de booknode
- Créez votre bibliothèque en ligne
- Découvrez des livres proches des vos goûts
- Partagez votre passion avec d'autres lecteurs
Lire la suite...
<< Voir tous les extraits
Par AnnaTriss le 08-04 Editer
Myrina Holmes, Tome 2 : Cadavres exquis
Myrina

Bon, je n’ai plus qu’un recours…
Invoquer le diable.
J’inspire profondément et, en visualisant son visage dans mon esprit, je murmure son prénom à deux reprises. Le sceau démoniaque est conçu pour cet office à l’origine.
J’attends son arrivée en larguant des coups d’œil anxieux autour de moi. Il n’y a que deux autres clientes dans le restaurant, des adolescentes Pécheresses qui gloussent à quelques mètres de moi, attablées devant leurs milk-shakes à la fraise.
Cinq secondes.
Les poings serrés sur mes cuisses, je focalise mon regard sur la banquette rembourrée qui me fait face.
Dix secondes.
Il est obligé de venir, non ?
Vingt secondes.
Il ne va pas me poser un lapin pour ma première invocation, quand même ?
Trente secondes.
BON IL VA SE BOUGER LE CUL, CE FILS DE PUTE ???
Un courant d’air chaud s’infiltre dans le resto et m’effleure le sommet du crâne, faisant voltiger plusieurs mèches de mes cheveux. Je vois alors plusieurs minces volutes de fumée rouge et noire glisser au-dessus de la table en serpentant pour aller s’agglomérer sur la banquette en face. Elles forment une silhouette vaporeuse et fluctuante.
Le voilà.
Cinq secondes plus tard, la fumée se solidifie et mon hôte apparaît, ses yeux mordorés arrimés aux miens. Mon cœur opère une embardée dans ma poitrine, ma langue se colle contre mon palais, mes phalanges craquent tellement je crispe les poings.
Pendant ces deux derniers mois, ma mémoire a occulté en partie une réalité aussi plaisante que déplaisante : ce putain de démon est d’une beauté apocalyptique qui pulvérise tout sur son passage. L’apercevoir à la télé est une chose, l’avoir devant soi en est une autre. L’écran ne rend pas justice à la profondeur étincelante de son regard, à la carnation cannelle de sa peau, à la perfection sensuelle de ses traits et à sa prestance presque souveraine. Ce type est certes le plus orgueilleux d’Infernum mais… il y a de quoi, hélas.
En outre, à la télé, il n’y a pas l’odeur. Et celle de cet homme d’une virilité indécente rampe sous ma peau comme un serpent de luxure invisible, jusqu’à asticoter les tréfonds de ma féminité.
Après un moment de flottement durant lequel nous nous observons mutuellement sans prononcer un mot et sans afficher la moindre expression, je remarque ses vêtements plus décontractés que ses costards habituels de politicien pété de fric. Tee-shirt gris clair à moitié trempé de sueur et près du corps qui moule ses muscles bien proportionnés aux veines saillantes.
Kelen Wills en tenue de sport. Quel tableau insolite.
J’expédie même un coup d’œil sous la table. Jogging noir, alors ça ! Et… pieds nus ? Sa gourde de secrétaire m’a dit qu’il était en rendez-vous, mais c’était un mytho.
— Tu t’entraînais ? questionné-je avec scepticisme.
— Oui, avec Sam, répond-il d’un ton posé en piochant une serviette en papier pour tamponner son front luisant.
— Dans cette tenue ?
— J’étais sous ma forme naturelle, Myrina. Mais quand tu m’as invoqué, j’ai repris mon apparence humaine et enfilé quelque chose sur mon corps au cas où tu te trouverais dans un endroit public. (Il lance un regard détaché autour de nous en balançant la serviette mouillée et froissée par-dessus son épaule sans une once de respect pour le personnel qui devra ramasser ça. Quel enfoiré.) J’ai eu du flair, visiblement. D’ailleurs, ça tombe bien que tu m’invites à casser la croûte, je suis toujours affamé après l’activité physique. Même si le cadre cheap laisse à désirer.
— Je ne t’invite pas, le démens-je d’un ton glacial alors qu’il feuillette la carte.
— Alors c’est moi qui t’invite, mon petit chat. Prends tout ce que tu veux, je suis d’humeur généreuse. J’ai même pensé à emporter ma carte Platine Supérieure avant de me téléporter, tu as de la chance. (Refermant le menu, il lorgne mon visage puis ma poitrine avec une réprobation ostensible, un pli sévère entre les sourcils.) Tu dois te remplumer. Tu as perdu trois kilos et une taille de bonnet.
J’écarquille les yeux d’indignation. Nom de…
— Mêle-toi de ton…
— Serveuse, nous avons choisi ! hèle l’Hybresang d’une voix puissante en claquant des doigts, une main impérieusement levée.
Tandis que je fulmine dans mon coin, une vieille femme voûtée en uniforme lilas qui mâche un chewing-gum avance d’un pas traînant vers notre table. Elle toise Kelen d’un air songeur.
— Mais… vous ne seriez pas le Fédérateur ? (Il grogne. La serveuse s’illumine d’un sourire béat.) Oh, monsieur Wills, c’est un honneur de vous rencontrer ! J’ai voté pour vous aux élections. Pourriez-vous me signer un autographe sur les seins ?
— Après le repas. Peut-être. Et certainement pas sur les seins, vous avez dépassé le seuil de gravité autorisé. Prenez notre commande. (Elle acquiesce en dégainant son bloc-notes et son stylo. Seigneur, il est encore plus odieux qu’avant, comment est-ce possible ?) Un monster burger triple supplément fromage et bacon, cuisson saignante, sans oignons, sauce au piment rouge, avec méga portion de frites. (Hein ? Ce burger gargantuesque réservé aux Appétants les plus voraces comporte huit steaks, mesure trente centimètres et pèse plus d’un kilo !) En plus de cela, un hot-dog moutarde-ketchup, des ailes de poulet au paprika, un bagel au poulet, une salade verte et un jus à l’ananas. Avec une paille. Et pour ma délicieuse amie, la même chose.
— Non, non, annulez pour moi, je ne veux pas de…
— La même chose, insiste l’Hybresang d’un ton dirigiste. Si tu ne peux pas tout manger, ce n’est pas grave, je terminerai ta part.
La serveuse repart lancer la commande en cuisine pendant que je secoue la tête, interdite. Je suis censée garder la tête froide, mais je bouillonne déjà. L’effet Wills.
— Tu as certes maigri, mais tu es toujours aussi torride, souligne-t-il en ébauchant un demi-sourire.
— Et toi, tu es toujours aussi con, répliqué-je du tac au tac.
— On ne change pas une équipe qui gagne, mon petit chat. Comment vas-tu ?
— Depuis deux minutes, j’ai une forte envie de vomir de la bile.
— Vraiment ? Ce n’est pas ce que notre lien me dit. J’aurais juré que tu étais subjuguée par mon sex-appeal animal.
Inscrivez vous !
▶ Crééz votre propre bibliothèque virtuelle.
▶ Découvrez des conseils de lecture.
▶ Echangez avec des milliers de passionnés de lecture.