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Commentaires de livres faits par naya511

Extraits de livres par naya511

Commentaires de livres appréciés par naya511

Extraits de livres appréciés par naya511

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Prologue

Je ne suis pas allergique à l'achat, loin s'en faut. Je connais cette frénésie, cette impulsion qui fait que, la tout de suite, on serait capable de se farcir une heure de métro pour aller dans le magasin où ils ont encore la dernière paire de ballerine en 37 ou un robot multifonction en rouge.
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date : 24-03-2016
Un salon bourgeois. Des fleurs sur un guéridon. Un tableau contre un mur. Une table dressée pour trois. Un portable oublié quelque part sonne. Un homme arrive en caleçon et chemise, en train de nouer sa cravate. Il saisit le portable et répond.

PDG – Oui, Jérôme… Non, sa directrice de cabinet vient de m’appeler, il est toujours à Matignon, il ne sera pas là avant une demi-heure. Heureusement, je suis encore en calbute. J’espère que ce n’est pas un mauvais présage. Pourquoi ? Mais parce que si on n’arrive pas à lui faire signer ce putain de contrat ce soir, c’est comme ça qu’on finira tous les deux, mon vieux : en calbute ! Moi, le PDG, et vous le Directeur Général. Qu’est-ce que vous voulez, c’est la crise, et les actionnaires veulent toujours une croissance de leurs dividendes à deux chiffres ! Vous vous êtes bien occupé de la fille ? Elle devrait déjà être là, je ne sais pas ce qu’elle fout. Il faut quand même que j’aie le temps de la briefer un peu avant que le ministre arrive… Oui, un sacré chaud lapin, à ce qu’on dit. C’est pour ça que j’ai repensé à votre idée d’escorte pour lui tenir le stylo… Le stylo ! Pour signer le contrat ! Je reconnais qu’au début, je n’étais pas très pour. Mais depuis que j’ai vu votre… Annabelle à l’œuvre. Super classe ! Pas du tout le genre stripteaseuse vulgaire pour enterrement de vie de garçon bon marché, si vous voyez ce que je veux dire… C’est capital. Le ministre ne doit absolument pas se douter que c’est une professionnelle. Parce que figurez-vous qu’en plus, ce vieil obsédé se prend pour un grand séducteur ! Non, il faut que tout ça ait l’air parfaitement naturel… Qu’il ait l’impression que c’est son charme qui a encore opéré… Mais bon, je la sens bien, cette fille… Vous vous souvenez quand vous avez loué ses services pour l’arbre de Noël de la société ? Histoire de pimenter le réveillon du délégué CGT qui nous menaçait d’une grève pour le nouvel an… Eh ben vous allez rire, mais quand j’ai vu cette fille à côté de vous en arrivant, j’ai cru que c’était votre femme… Et c’est votre femme que j’ai prise pour une pute ! Enfin, vous savez ce que c’est, pendant ces fêtes de fin d’année… Toutes les femmes se croient obligées de s’habiller en sapin de Noël ou en putes. (Un bruit de sonnette se fait entendre) Excusez-moi une minute, il faut que j’aille ouvrir la porte. Ça doit être elle…

Le PDG, toujours en caleçon, va ouvrir la porte.
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Un salon ordinaire d’aspect plutôt désuet, meublé principalement d’un canapé et d’une table basse. Antoine, la quarantaine passée pouvant aller jusqu’à l’aube de la soixantaine, en jogging d’intérieur, arrive de la chambre avec une pile de copies qu’il pose sur la table. Il met un 33 tours de musique classique ou de jazz sur un électrophone hors d’âge et s’installe sur le canapé pour corriger ses copies. Juliette, sensiblement le même âge, arrive depuis l’entrée, venant de l’extérieur. Elle porte un imperméable et tient un vieux cartable en cuir à la main. La musique étant assez forte, Antoine ne remarque pas l’arrivée de Juliette qui arrête l’électrophone pour se faire entendre.

Juliette – Mais qu’est-ce que tu fais ?

Antoine – Je corrige mes copies ! Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?

Juliette – Je te rappelle qu’on a des invités… Ils arrivent dans une demi-heure ! Tu aurais pu commencer à préparer…

Antoine – Ah…

Juliette – Ne me dis pas que tu avais oublié ?

Antoine – Oublié ? Mais pas du tout ! Disons qu’à cet instant précis, ça m’était sorti de la tête… Mais ça me serait sûrement revenu à un moment donné…

Juliette pose son cartable et ôte son imperméable.

Juliette – Quand ils auraient sonné à la porte, par exemple.

Antoine – En même temps, ce n’est qu’un apéritif. Ça ne demande pas des heures de préparation. C’est bien pour se simplifier la vie qu’on ne les a pas invités à dîner, non ?

Juliette – Justement… Déjà qu’on ne se foule pas trop… Qu’ils aient au moins l’impression en arrivant qu’on a fait un minimum d’efforts pour les recevoir… Allez range tes copies, et aide-moi un peu !

Antoine range ses copies et commence à s’affairer lui aussi avec Juliette pour mettre un peu d’ordre dans la pièce et poser sur la table le nécessaire pour prendre l’apéritif.

Antoine – Ç’aurait quand même été plus simple que Sonia soit là avec nous pour les recevoir… Ce sont ses futurs beaux-parents, après tout ! C’est elle qui va devoir se les colleter pendant le restant de sa vie, pas nous.

Juliette – Elle s’est dit qu’on serait plus à l’aise pour faire connaissance si elle n’était pas là avec son fiancé, ça se comprend. Et puis ce n’est pas une corvée, non plus. On ne reçoit jamais personne…

Antoine – Avoue que c’est un peu embarrassant d’accueillir chez soi des gens qu’on n’a jamais vus de sa vie…

Juliette – Qu’est-ce que tu voulais qu’on fasse ? Qu’on les invite à prendre un pastaga au bistrot d’à côté, pour nous éviter le dérangement ?

Antoine – Ils auraient pu nous inviter, eux.

Juliette – Ils habitent à Lyon ! Si c’était eux qui nous avaient invités, on était bon pour quatre heures de TGV aller-retour. Je ne suis pas sûre qu’on aurait gagné au change…

Antoine – Ne me dis pas qu’ils font le déplacement depuis Lyon juste pour prendre l’apéro avec nous ?

Juliette – Ils ont eu la politesse de dire à Sonia qu’ils avaient prévu de passer le weekend à Paris de toutes façons, mais bon… Ça ne m’étonnerait pas qu’ils fassent le voyage spécialement pour nous rencontrer. Alors s’ils arrivent et qu’ils voient qu’on n’a même pas pris la peine de mettre quelques olives sur la table…
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date : 24-03-2016
Un bureau d’aspect sobre mais imposant : une grande table sur laquelle trône seulement un téléphone faisant aussi office d’interphone, muni d’un voyant vert et un autre rouge, un fauteuil directorial à roulettes rembourré et pivotant, un guéridon sur lequel est posé une sorte de thermos en aluminium, surplombé par le portrait d’un homme dans un cadre. Dominique, l’assistante, caricature de la secrétaire maniérée et dévouée, entre dans la pièce, un dossier à la main, suivie par Jérôme, visiblement mal à l’aise dans le costume étriqué, assorti d’une cravate défraîchie, supposé le faire passer pour un cadre.

Dominique – Par ici, je vous en prie… Voici votre bureau, cher Monsieur.

Jérôme (épaté) – Mon bureau ? Vous êtes sûre ?

Dominique – C’est un peu austère, je sais. Mais si vous souhaitez égayer un peu tout ça en accrochant quelques tableaux contre les murs.

Jérôme – Pourquoi pas…

Dominique – En revanche, je vous déconseille tout ce qui est pots de fleurs ou vase.

Jérôme – Ah, oui…

Dominique – Bref, tout ce que quelqu’un pourrait avoir envie de vous jeter à la figure.

Jérôme (surpris) – Bien sûr…

Dominique – Évidemment, pas question non plus de laisser traîner un coupe-papier sur le bureau, ou même une agrafeuse.

Jérôme – Ma femme aussi déteste que je laisse traîner mes affaires…

Dominique – Enfin tout ce qui pourrait être utilisé comme une arme de poing.

Jérôme lui lance un regard inquiet.

Dominique – Madame Claude vous expliquera.

Jérôme – Madame Claude…?

Dominique – La chef de service. C’est elle qui vous a recruté. Elle n’est pas là pour le moment, mais elle ne devrait pas tarder à arriver…

Jérôme – Très bien… Mais votre activité, c’est…

Dominique – Gestion de patrimoine.

Jérôme – Tout à fait…

Dominique – Disons que nous aidons les gens riches à le devenir davantage.

Jérôme – Noble mission… Et ça marche ?

Dominique – Pas à tous les coups, malheureusement… C’est un peu pour ça que vous êtes là, n’est-ce pas ?

Jérôme – Ah, oui ? Je ne sais pas trop, en fait. C’est l’ANPE qui m’envoie… Mais… vous êtes sûre qu’il ne s’agit pas d’une erreur ?

Dominique – Une erreur ? Quelle drôle d’idée… Et pourquoi ça ?

Jérôme – Disons que je n’ai pas l’impression de correspondre vraiment à…

Dominique – Aucune erreur, rassurez-vous, Monsieur Charpentier.

Jérôme – Carpentier…

Dominique – J’ai ici votre dossier, et votre profil correspond parfaitement à ce que Madame Claude attend de la personne destinée à occuper ce poste…

Jérôme – Mon profil… Je ne savais même pas que j’en avais un… Il faut dire que d’habitude, il n’intéresse pas beaucoup les employeurs potentiels…
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Le salon du château délabré de Casteljarnac. Mobilier d’époque mais en piteux état. Murs cachant leur décrépitude derrière quelques portraits de famille accrochés de travers. Marika de Casteljarnac arrive, peu gracieuse et mal fagotée.

Marika – Maria ? Où est-elle encore passée, cette idiote ? Maria ! Mais c’est tout à fait insensé !

Entre la baronne Carlota de Casteljarnac, sa mère, femme plutôt pulpeuse, très maquillée, et d’une élégance un peu voyante. Elle porte un plateau de petit déjeuner.

Marika – Ah, bonjour mère… Mais où est donc la bonne ?

Carlota – Elle vient de partir…

Marika – Partir ? Mais où ça ? Et quand reviendra-t-elle ?

Carlota – Pas de si tôt, je le crains…

Marika – Comment ça ? Mais j’ai besoin d’elle ! (Prise d’un doute) Ne me dites pas qu’elle est encore partie en congé au Portugal ?

Carlota – Pire que ça…

Marika – Vous voulez dire qu’elle a pris congé tout simplement ?

Carlota – C’est malheureusement ce qui finit par arriver avec les domestiques lorsqu’on ne leur paie pas leurs gages…

Marika – Ces gens n’ont vraiment aucune éducation… Elle aurait au moins pu me servir mon petit déjeuner avant de s’en aller… Enfin, une bonne de perdue dix de retrouvées… De toute façon, elle était incapable de faire cuire correctement un œuf à la coque…

La baronne pose le plateau sur une table.

Carlota – Tenez, aujourd’hui exceptionnellement, c’est moi qui vous l’ai préparé… Bon anniversaire ma chérie !

Marika – Vous y avez pensé ? Vous êtes un amour, maman…

Carlota – Pour le cadeau, on verra ça un peu plus tard. Vous savez qu’en ce moment, nous avons quelques problèmes de trésorerie…

Marika s’assied et commence à déjeuner, en attaquant l’œuf à la coque.

Marika – Ne vous tourmentez pas pour ça, mère. En tout cas, le vôtre est très réussi, bravo !

Carlota – Le mien ?

Marika – Votre œuf à la coque !

Carlota – Ah, oui, bien sûr… Au moins, si nos finances venaient à se dégrader encore un peu plus, je pourrais toujours chercher à me placer comme gouvernante dans un château alentour…

Marika – Vous êtes drôle.

Carlota – J’ai engagé une autre bonne, mais si nous n’avons pas de quoi la payer, je crains qu’elle ne reste guère plus longtemps que la précédente…

Marika continue à déjeuner, mais elle remarque bientôt le regard attentif que sa mère pose sur elle.

Marika – Tout va bien, mère ? Vous avez l’air soucieuse… Si c’est au sujet de Maria, ne vous inquiétez pas. Je peux me passer de camériste pendant un jour ou deux.

Carlota – Marika, il faut que je vous parle sérieusement.

Marika – Vous me faites peur… Ça m’a l’air sérieux en effet… Mais je vous écoute…

Carlota – Marika, vous n’êtes plus une enfant. Il y a maintenant des choses que vous pouvez comprendre… Comme vous le savez depuis votre sortie du Couvent des Oiseaux, notre situation financière est des plus délicates. Nous ne pouvons plus payer le personnel, et ce château tombe en ruine.

Marika – Je voulais justement vous en parler. Vous connaissez ces vers célèbres de Chantal Goya : « Il pleut dans mon cœur comme il pleut sur la ville » ?

Carlota – C’est de Verlaine, je crois.

Marika – Quoi qu’il en soit, en ce qui me concerne, ce serait plutôt : « Il pleut dans ma chambre quand il pleut sur le toit ».

Carlota – Eh bien Marika, j’ai peut-être trouvé le moyen de colmater durablement les brèches dans notre trésorerie, et de faire restaurer ce château avant qu’il ne s’effondre sur nos têtes.

Marika – Vous pensez à un de ces jeux de la loterie nationale dont on fait la publicité sur les ondes, qui peut faire d’un manant un parvenu en un seul tirage ?

Carlota – C’est à un autre genre de tirage que je pensais, ma chère enfant. Et plutôt aux jeux de l’amour qu’à ceux du hasard. Croyez-en mon expérience, c’est beaucoup plus sûr…

Marika – Je crains de ne pas comprendre…

Carlota – À votre âge, il serait temps de vous chercher un mari… Vous n’y avez jamais songé ?

Marika – Ma foi…

Carlota – Je sais, de nos jours, pour une jeune fille de bonne famille, il n’est pas si facile de trouver un prétendant digne de ce nom. Surtout lorsque l’on met la barre un peu haut. La fille de la Baronne de Casteljarnac ne peut pas se marier avec n’importe qui !

Marika – C’est clair.

Carlota – Un jour, c’est vous qui hériterez de mon titre de baronne. Je crains d’ailleurs que d’ici là, ce ne soit tout ce que j’ai à vous léguer…

Marika – Allons, nous n’en sommes pas encore là… Quoi qu’il en soit, comme vous le dites, de nos jours les princes charmants ne courent pas les rues…

Carlota – Et c’est précisément pourquoi en cette matière, l’intervention discrète d’une mère peut être utile…

Marika – Vraiment ?

Carlota – Une mère… un peu aidée par les nouvelles technologie de la communication, bien sûr…

Marika – Vous m’avez inscrite à mon insu sur un de ces sites de rencontre ?

Carlota – Un site très haut de gamme, je vous rassure. Même si j’ai dû pour cela gonfler un peu votre dote potentielle et retoucher votre portrait avec Photoshop…

Marika – Ma photo ?

Carlota – Fort heureusement, notre nom est en lui même un capital inaliénable. Beaucoup d’hommes fortunés seraient flattés d’épouser une Baronne de Casteljarnac, même sans le sou, afin d’atteindre par cette alliance à une respectabilité que l’argent ne suffit pas à acquérir.

Marika – Mais enfin, mère… Vous voulez donc me marier avec un roturier ?

Carlota – Hélas, il faut se rendre à l’évidence, ma chère enfant. Les gens de notre condition sont tout aussi fauchés que nous…

Marika – De là à caser votre fille avec un parvenu pour redorer le blason de la famille…

Carlota – Malheureusement, je ne vois pas d’autre solution… J’ai cherché sur Google un site du genre « J’adopte un noble point com » mais je n’en ai pas trouvé… Croyez-moi, nous n’avons plus le choix…

Marika – Ne pourrions-nous pas vendre quelque chose ?

Carlota – J’ai déjà utilisé tous les expédients possibles, je vous assure… C’est cela ou nous défaire de Casteljarnac. Le château de notre famille depuis sept générations…

Marika – Mais je ne veux pas vous quitter, mère !

Carlota – Vous pourriez habiter ici avec votre mari. La château est grand. Il suffit de trouver quelqu’un d’assez accommodant… Et aussi riche que peu regardant…
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date : 24-03-2016
Un appartement sentant la vie de bohême, et meublé principalement de cartons, visiblement en prévision d’un déménagement. Nicolas, la trentaine, look de looser, fait les cent pas, pensif. Il se décide, décroche le téléphone, et attend nerveusement pendant que ça sonne à l’autre bout du fil.

Nicolas (avec une amabilité surjouée) – Allo, Brigitte Paradis ? Vous avez bien fréquenté l’École Saint-Sulpice de Villiers-sur-Marne dans les années 90…? (Se laissant aller petit à petit) Vous êtes brune, avec des yeux noisette, et une poitrine plutôt…? (Brusquement) Excusez-moi, j’ai dû faire un faux numéro. Je cherche une rousse aux yeux gris avec des petits seins…

Il raccroche, et pousse un soupir de soulagement satisfait, interrompu par la sonnerie de la porte d’entrée. Nicolas va ouvrir. Antoine arrive, look prof.

Nicolas – Salut Antoine, entre…

Antoine – Nicolas ! Eh ben… Si je t’avais croisé dans la rue, je t’aurais reconnu… Ça fait au moins dix ans, non ?

Nicolas – Neuf.

Antoine – Eh oui ! L’année du bac… Tu te souviens ? Les grèves ! On avait passé tout le mois de mai à draguer sur les pelouses… Ce n’était pas soixante-huit… ni même soixante-neuf, mais bon… On n’avait rien foutu, et ils ont donné le bac à tout le monde…

Nicolas – Oui… Je dois être le seul à l’avoir raté, cette année-là…

Antoine (feignant l’embarras) – Je suis désolé, je n’ai rien amené… Je voulais prendre une bouteille en passant, mais la supérette d’en bas était déjà fermée…

Nicolas – Ah ouais…? Normalement, ils ferment à huit heures…

Antoine jette un coup d’oeil sur l’appartement sordide de Nicolas.

Antoine (faux-cul) – Tu es bien installé, dis donc…

Nicolas – Mmm… Ça vient d’être classé logement insalubre…

Antoine (ne relevant pas) – Toujours célibataire ?

Nicolas – Ouais…

Antoine – Veinard ! Tu ne sais pas la chance que t’as… Et tu fais quoi, maintenant ?

Nicolas – Je suis comédien…

Antoine – Ce n’est pas vrai ? T’as continué, alors ?

Nicolas – Quand on a le virus… Et toi ? Tu as laissé tomber ?

Antoine (emphatique) – Errare humanum est, perseverare diabolicum !

Nicolas – T’es prof de latin ?

Antoine – De gym… Je suis marié, mon vieux ! J’ai deux gosses. Alors le théâtre, tu penses bien… Et toi, ça marche ?

Nicolas – Tu as vu le dernier épisode de Navarro ?

Tête d’Antoine signifiant qu’il ne sait pas trop.

Nicolas – Dans la scène avec le légiste, là, c’est moi…

Tête étonnée d’Antoine.

Antoine – Le légiste de Navarro, c’est toi ?

Nicolas – Pas le légiste… Le cadavre…

Antoine – Ah ouais, d’accord… Je ne t’aurais pas reconnu, dis donc… Je me suis toujours demandé comment ils faisaient pour ne pas bouger, comme ça… Ça ne doit pas être évident, hein ?

Nicolas – C’est un métier… Enfin, c’est surtout le maquillage, qui prend beaucoup de temps…

Antoine – Et Navarro, il est sympa… Enfin, je veux dire Roger Hanin…

Nicolas – Tu sais, je ne l’ai pas beaucoup vu, hein… Comme j’avais les yeux fermés…

Antoine – Ah, ouais… Et sinon, tu as d’autres projets…?

Nicolas – Pour l’instant, je suis en arrêt maladie…

Antoine – Ah… (Tentant de plaisanter) Ce n’est pas contagieux, au moins…?

Nicolas (sinistre) – Non, non, rassure-toi… C’est mortel, mais c’est pas contagieux…

Antoine prend évidemment cela comme une blague à froid. Il jette un regard intrigué autour de lui et constate l’absence de tout autre invité et de tout préparatif de fête. Il remarque aussi les cartons…

Antoine (inquiet) – Tu déménages…?

Nicolas – Euh… Non… Enfin, pas tout de suite…

Antoine (soulagé) – J’ai eu peur… J’ai cru que tu m’avais fait venir pour charger le camion…

Antoine ne dit rien et semble préoccupé. Antoine commence à se demander ce qu’il fait là. Il regarde Nicolas en essayant de faire bonne figure, mais ne sait plus très bien quoi dire.

Antoine – Ça sent le fauve, ici, non…? Tu as un chat ?

Nicolas – Un iguane.

Antoine – Un iguane ?

Nicolas – Non, mais rassure-toi, il est enfermé dans la salle de bain…
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date : 24-03-2016
A
u centre le bar. Au
-
dessus un grand panneau Café des S
ports. D’un côté un flipper, de
l’autre deux tables. Derrière le bar, Ginette, la patronne, fait les mots croisés du Parisien.
Dans la salle, Josiane, la femme à tout faire, passe la serpillière.
Gine
tte
(relevant la tête)
-
Il faut des pièces pour y jouer... En sept lettres...
Josiane s'interrompt pour réfléchir avec elle.
Josiane
(avec un air inspiré)
-
Flipper...?
Ginette la regarde, étonnée par cet accès de génie. Elle compte sur ses doigts jusq
u’à sept
et son visage s’illumine. Pleine d'espoir, elle se penche sur sa grille. Mais elle est déçue.
Ginette
-
Et merde, ça commence par un t...
Une factrice à l’ancienne arrive
(uniforme, casquette, sacoche, pinces à vélo). La factrice
pourra être jou
ée par la même comédienne qui interprétera plus tard la sourde muette et
aussi Blanche (on s’attachera alors à bien différencier ces trois personnages par le costume,
le maquillage et le type de jeu). La factrice, elle, a tout de l’idiote du village. Ginet
te lève les
yeux de sa grille.
Ginette

Tiens, voilà la factrice...
Factrice

Salut Ginette. Tu as encore un courrier de Ministre, aujourd’hui...
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date : 24-03-2016
Ce qui ressemble à une terrasse. Deux personnages, hommes ou femmes, arrivent. Ils se mettent à fumer. Et rêvassent en observant les volutes qui sortent de leurs cigarettes éventuellement électroniques.

Yaël – Tu savais que les particules peuvent se trouver à deux endroits différents en même temps ?

Alex – Les particules ?

Yaël – Les particules élémentaires ! Les photons, si tu préfères. D’après les lois de la physique quantique, en tout cas.

Alex – Tu es sûr que c’est de la nicotine, que tu es en train de fumer ?

Yaël – Non, je t’assure. J’ai entendu un truc là-dessus, hier, à la radio.

Alex – Ouais. Ben moi, ça m’arrangerait d’être une particule, tu vois. Je pourrais être à la réunion de planning qu’on m’a collée aujourd’hui à cinq heures, et en même temps à la sortie de l’école pour récupérer ma fille.

Yaël – C’est vrai que ce serait pratique, le don d’ubiquité. Tu imagines ? Le samedi matin, on pourrait faire la queue à la caisse à Auchan avec sa moitié. Et en même temps traîner au lit avec son illégitime dans un petit hôtel de charme à la campagne.

Alex – Et en rentrant, le frigo serait plein. On serait insoupçonnable.

Yaël – Même plus besoin d’alibi.

Alex – Est-ce qu’on pourrait même encore parler d’infidélité ?

Yaël – L’adultère, ça suppose la concomitance. On n’est pas infidèle avec les partenaires qu’on a connus avant ou après son mariage. Or la physique quantique décrit un état de la matière où c’est la notion même de temps qui est suspendue.

Alex – Donc les particules ne sont jamais cocues. C’est vrai que ça fait rêver.

Yaël – Plus de temps, donc plus de causalité et par conséquent plus de culpabilité.

Alex – Ce n’est pas très catholique, tout ça.

Yaël – Il faut croire que Dieu ne régit pas l’infiniment petit. La physique quantique, c’est une théorie de la partouze généralisée.

Alex – Malheureusement, mes particules à moi, elles ne relèvent pas des lois de la physique quantique.

Yaël – Tu as raison… Nous on relève plutôt de la loi de l’emmerdement maximum.

Alex range sa cigarette électronique.

Alex – D’ailleurs, il faut que j’y retourne, parce que je ne suis pas sûr que mon patron soit très versé dans la physique quantique. Tu vas rire, mais il est encore persuadé que quand je suis en pause, je ne suis pas en train de bosser.

Yaël – Ce qui démontre toute l’étendue de son inculture. S’il savait le très haut niveau des conversations qui peuvent avoir lieu pendant une pause cigarette.
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date : 24-03-2016
La lumière se fait peu à peu. Un couple dort sous un drap. Brusquement, on entend un martèlement suivi des trois coups (comme au théâtre). Il émerge, en sursaut et tombe du lit. Vêtu d’un pyjama rayé (évoquant une tenue de bagnard ou de prisonnier d’un camp), il écarquille les yeux et se frotte les côtes en grimaçant, avant de jeter un regard autour de lui, semblant ne rien reconnaître. Il regarde son pyjama, étonné. Il se lève et parcourt la pièce, à la recherche d’une issue, mais ne trouve rien. Il se fige en apercevant les spectateurs qui le regardent. Secouant la tête comme pour chasser un mauvais rêve, il revient vers le lit, et tombe nez à nez avec elle, également en pyjama rayé, qui a aussi commencé à se réveiller pendant qu’il avait le dos tourné. Ils poussent ensemble un cri de terreur en se découvrant l’un l’autre.

Elle et Lui – Ah !!!

Elle met ses mains contre sa poitrine dans un geste de pudeur.

Elle – Qu’est-ce que vous faites là ?

Lui – Et vous ?

Ne pouvant répondre, elle se lève à son tour et fait à peu près le même manège que lui précédemment, pendant qu’il l’observe.

Elle – Mais… on est où ?

Lui – Aucune idée…

Elle (se tournant vers lui) – Vous savez quand même bien comment vous vous appelez ?

Lui (mimique pour dire que non) – Et vous ?

Mimique pour dire qu’elle ne sait pas non plus.

Elle (comme pour le rassurer, maternelle) – Si on est en colo, il y a sûrement un nom, cousu sur une petite étiquette, à l’intérieur de votre pyjama.

Il a l’air surpris par cette idée.

Elle – Faites voir…

Elle s’approche de lui et veut regarder derrière son col de pyjama. Il a un mouvement de recul, mais finit par se laisser faire.

Elle (victorieuse) – Ah oui, il y a bien quelque chose d’écrit ! (Elle essaie de déchiffrer, sans succès) Je n’arrive pas à lire ! Retirez ça, pour voir…

Il a une nouvelle réticence, mais accepte finalement de retirer sa veste de pyjama. Il est désormais torse nu et manifeste une certaine gêne. À moins qu’il n’ait simplement froid. Elle se penche sur l’étiquette et lit.

Elle – Adam…

Lui – Comme la brosse ?

Elle – Comme le prénom !

Il affiche une mine perplexe, en se frottant machinalement les côtes.

Elle (inquiète) – Vous êtes blessé ?

Lui – Ce n’est rien. J’ai dû me fêler une côte en tombant du lit. (Un temps) Et vous ?

Elle – Non, moi ça va…

Lui – Non, je veux dire, vous aussi, vous avez peut-être votre nom sur une étiquette cousue quelque part. Faites voir…

Il s’approche d’elle d’un pas décidé. Elle l’arrête d’un geste ferme.

Elle – On verra ça plus tard !

Il se résigne.

Lui (sceptique) – En colo, vous croyez…? Il n’y a personne…

Elle – On est peut-être les premiers…

Lui – Ou les derniers…

Ils font à nouveau le tour des lieux chacun de leur côté, et se retrouvent face à face.

Lui – On ne s’est pas déjà vu quelque part ?

Elle (ironique) – Dans vos rêves, peut-être… (Agressive) Alors vous ne voyez vraiment aucun moyen de nous sortir de là ?

Lui – Eh, oh, on n’est pas mariés, hein ? Pourquoi ce serait à moi de vous sortir de là ?

Elle (profil bas) – Excusez-moi…

Il soupire, ne sachant plus quoi faire.

Lui – Bon… Qu’est-ce qu’on fait ?

Elle (dubitative) – On est obligé de faire quelque chose…?

Lui (décidé) – Moi, j’ai horreur de rester inactif. (Joignant le geste à la parole) Je me recouche !

N’ayant rien d’autre à proposer, elle se rallie à son point de vue.

Elle – Bon…

Lui – C’est peut-être un cauchemar… Et quand on se réveillera, ça ira mieux…

Elle – Ou ce sera pire…

Ils s’apprêtent à se recoucher, un peu gênés malgré tout de partager le même lit.

Lui – Vous avez un côté préféré ?

Elle – Non…

Lui – Bon, ben je vais reprendre celui-là, alors.

Il s’allonge du même côté qu’auparavant.

Elle (ironique) – On prend vite ses petites habitudes, hein…?

Elle se couche de l’autre côté, mais n’a pas l’air d’avoir envie de dormir.

Lui – Je peux éteindre ?

Elle – J’aurais bien lu un peu, mais on n’a même pas le texte de la pièce…

Lui – J’éteins alors. (Il cherche comment éteindre) Je ne vois pas d’interrupteur…

La lumière baisse progressivement.

Lui – Ah ben voilà ! (Il se tourne vers elle) Bon ben… À un de ces jours, alors…

Elle – C’est ça… À un de ces jours…

Noir.

Elle – Je mets le réveil ?

Lui – Ce n’est pas dimanche, demain ?

Elle – Il n’y a pas de réveil, de toute façon…
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date : 24-03-2016
1 – Au bout de la rue

Un bout de rue, avec un trottoir et éventuellement un banc. Un personnage (homme ou femme) arrive d’un côté, un autre personnage arrive du côté opposé.

Un – Excusez-moi, vous savez où elle va, cette rue ?

Deux – Où elle va ? Ah non, je… Je ne sais pas exactement.

Un – Mais pourtant vous en venez, non ?

Deux – D’où ?

Un – De cette rue !

Deux – Ah non, mais moi je sors du 5 bis là. C’est là où habite… Enfin bref, c’est tout au début de la rue. Dans l’autre sens, je ne sais pas où elle va, cette rue, moi.

Un – Ah oui, c’est ennuyant.

Deux – Ennuyant ?

Un – Je ne vais pas prendre cette rue sans savoir où elle va.

Deux – Mais vous, vous allez où ?

Un – On m’a dit au bout de la rue mais…

Deux – Au bout de la rue ? Quelle rue ?

Un – On m’a dit la rue qui descend.

Deux – La rue qui descend ? Alors ça ne doit pas être celle-là.

Un – Et pourquoi ça ?

Deux – Moi je dirais plutôt qu’elle monte, cette rue, non ?

Un – Ah oui, vous trouvez ? Moi je trouve plutôt qu’elle descend.

Deux – Ou alors, vous ne l’avez pas pris dans le bon sens…

Un – Ah non, pour moi elle descend.

Un troisième personnage arrive.

Deux – Excusez-moi de vous déranger… Vous trouvez qu’elle monte ou qu’elle descend, cette rue, vous ?

Trois – C’est pour un sondage ?

Deux – Non…

Trois – Je vous préviens, moi je ne fais pas de politique.

Deux – Non, non, c’est juste cette personne qui… On lui a dit au bout de la rue qui descend et…

Le troisième regarde la rue.

Trois – Moi, je dirais plutôt qu’elle est plate, cette rue, non ?

Deux – Un faux plat, alors…

Un – Oui, mais un faux plat qui monte ou un faux plat qui descend ?

Trois – On n’a qu’à poser une bille par terre sur le trottoir, et on verra bien si elle monte ou si elle descend.

Un – Comment est-ce qu’une bille pourrait bien monter ?

Trois – Pas la bille ! La rue. On pose la bille par terre, et on verra bien dans quel sens elle se met à rouler.

Un – Oui, évidemment, on peut faire ça…

Ils semblent tous les trois attendre quelque chose.

Deux – Vous avez une bille ?

Trois – Non.

Un – Alors pourquoi vous avez parlé de poser une bille par terre ?

Trois – J’ai dit ça comme ça, moi ! Je n’ai jamais dit que j’avais une bille. Vous trouvez que j’ai une tête à jouer aux billes ?

Deux – Faudrait trouver un gosse.

Un – Un gosse avec des billes.

Ils regardent autour d’eux.

Trois – De nos jours, des gosses qui jouent aux billes…

Deux – Ouais…

Trois – C’est vrai. Ça se perd. Moi, quand j’étais gosse, on jouait encore aux billes.

Deux – C’était une autre époque. Ça paraît tellement loin. Maintenant, si les gosses jouaient aux billes, ce serait à partir d’une application sur leur Smartphone.

Un – Bon, ça ne me dit toujours pas si c’est la bonne rue.

Trois – La bonne rue ?

Deux – On lui a dit au bout de la rue, mais on ne lui a pas dit le nom de la rue.

Trois – Au bout de la rue, c’est tout ?

Un – On m’a dit la rue qui descend.

Trois – Qui descend ? Mais dans quel sens ?

Deux – C’est ce que je lui ai dit…

Trois – Mais vous allez où, au juste ?

Un – Je ne vais nulle part ! Je cherche ma voiture.

Trois – Votre voiture…

Un – Mon mari m’a dit qu’il l’avait garée dans une rue qui descend, mais il ne m’a pas dit laquelle…

Deux – C’était il y a longtemps ?

Trois – Pourquoi ? Vous pensez que la pente de la rue aurait pu changer de sens entre temps ?

Deux – Vous n’avez qu’à la descendre, cette rue, et vous verrez bien si votre voiture y est garée.

Trois – La descendre… ou la monter. Telle est la question.

Deux – Il vous a dit en face de quel numéro ?

Un – Il m’a juste dit au bout de la rue. Tout en haut.

Trois (sceptique) – Tout en haut ? Au bout d’une rue qui descend…

Un – J’ai un peu peur de me perdre. Ça fait déjà un bon quart d’heure que je tourne en rond.

Trois – C’est vrai qu’elle a l’air de tourner un peu, tout au bout, cette rue, non ?

Deux – Remarquez, ça expliquerait tout…

Trois – Quoi ?

Deux – La rue d’en face, comment elle s’appelle ?

Un – Cette rue là ? Celle qui descend aussi ?

Trois – Moi je dirais plutôt qu’elle monte, mais bon…

Deux – Je vais aller voir…

Il va voir. Le troisième se tourne dans la direction où l’autre est parti.

Trois – Je ne sais pas où elle va, cette rue là, je ne l’ai jamais prise… Moi je vais toujours au numéro 214 de la rue Tournefort. Deux fois par semaine depuis plus de dix ans.

L’autre revient.

Deux – C’est incroyable, c’est aussi la rue Tournefort, numéro 214.

Trois – Cette rue là, c’est la rue Tournefort ?

Deux – Ben oui, comme celle-là.

Un – Comment est-ce qu’une rue peut descendre dans les deux sens ?

Trois – Remarquez, si c’est une rue qui tourne en rond…

Deux – Elle peut très bien descendre dans les deux sens…

Trois – C’est pour ça que votre mari vous a dit la rue qui descend…

Deux – Et au bout d’une rue qui descend et qui tourne en rond, forcément, on est tout en haut de la rue.

Un – Ah oui, ce n’est pas faux…

Trois – C’est incroyable… Ça fait dix ans que je parcours cette rue de bout en bout pour aller chez mon psychanalyste, en prenant à gauche à la sortie de la bouche, et je me rendre compte aujourd’hui que c’est juste à droite en sortant.

Deux – Quelle bouche ?

Trois – La bouche du métro !

Un – Ah, oui, c’est vraiment ce qui s’appelle tourner en rond.

Deux – Si j’étais vous, j’arrêterais la psychanalyse…

Un (se retournant) – Ah ben oui, tenez, elle est là bas justement…

Trois – Quoi ?

Un – Ma voiture !

Deux – Eh ben voilà.

Trois – Tout est bien qui finit bien.

Un – Merci beaucoup pour votre aide… Excusez-moi, il faut que je file, je suis déjà en retard…

Deux – Mais je vous en prie.

Le personnage s’éloigne. Les deux autres le regardent partir.

Trois – Ça n’a pas l’air de tourner très rond, quand même…

Deux – Ouais…

Noir.
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date : 24-03-2016
Matin

Un salon, meublé principalement de quatre fauteuils et une table basse, le tout ressemblant à une salle d’attente plutôt désuète. Deux personnages, entre quarante et cinquante ans, Dominique et Christiane, patientent. Dominique peut être indifféremment un homme, ou une femme un peu masculine (physique ou style vestimentaire). On supposera dans les deux cas qu’ils forment un couple. Dominique vérifie ses mails sur son téléphone portable. Christiane feuillette nerveusement le magazine qu’elle a saisi au hasard sur la table basse.

Christiane – J’espère qu’ils vont nous la prendre, parce que sinon je ne sais vraiment pas ce qu’on va en faire…

Dominique (la tête ailleurs) – On croirait que tu parles d’un animal à fourguer à la SPA avant de partir en vacances…

Christiane – Je suis sûre qu’un chenil, c’est plus facile à trouver en région parisienne… En tout cas, c’est sûrement moins cher, parce que dans le privé… Non, c’est notre dernière chance, je t’assure… Il ne faut pas se louper, là…

Dominique – Il y a d’autres établissements quand même…

Christiane – Elle s’est fait virer de partout dans un rayon de cinquante kilomètres à la ronde ! On ne va pas la coller en pension dans la Creuse ! Tu imagines les temps de transports pour aller la voir de temps en temps…

Dominique (pianotant toujours sur son portable) – Mmm…

Christiane – Tu peux arrêter un peu avec ton portable ! J’ai l’impression de parler à ma mère !

Dominique – Ta mère a un portable ?

Christiane – Elle, tu sais… Elle n’a même pas besoin de portable pour avoir l’air d’un zombie quand on lui parle…

Dominique range son portable à regrets, examine un peu l’endroit, et fait mine de s’intéresser.

Dominique – Ça a l’air pas mal, non ?

Christiane – On n’a plus tellement le choix, de toute façon.

Dominique – Qu’est-ce qu’elle t’a dit, la directrice ? Qu’elle avait une place ?

Christiane – Elle m’a dit qu’on était sur liste d’attente… Mais qu’elle avait bon espoir, hélas, qu’une place se libère bientôt…

Dominique – Hélas…?

Christiane – Et tu ne fais pas de gaffes, hein ? C’est un établissement catholique… Ce n’est pas des intégristes, mais bon… Autant mettre toutes les chances de notre côté…

Dominique – Je vois… Donc inutile de préciser qu’elle est juive.

Christiane – Est-ce qu’elle s’en souvient elle-même…? Personne dans la famille n’a jamais été vraiment pratiquant…

Dominique – Quand même… elle doit s’en souvenir. Ce n’est pas un truc qui s’oublie facilement…

Christiane (cassante) – Oui, ben, non !

Arrive Nathalie, la directrice, entre trente et quarante ans, look BCBG catho un peu coincée.

Christiane – Ah, bonjour Madame la Directrice !

Nathalie – Désolée de vous avoir fait attendre.

Christiane – Mais pas du tout, voyons… Je vous présente Dominique, mon… ami.
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date : 24-03-2016
Une terrasse servant de pièce à vivre à cette ferme de montagne restaurée proposant une chambre d’hôte. Alban et Eve sont assis côte à côte sur des chaises longues.

Eve – Quelle tranquillité… Le matin, c’est le chant des oiseaux qui me tire du lit, au lieu de la sonnerie de mon portable… Ça fait déjà presque trois mois qu’on est là, et je n’arrive pas encore à y croire… J’ai l’impression d’être au paradis.

Alban – Le calme avant la tempête…

Eve – Ça n’est que le paradis sur terre. Il faut bien continuer à gagner sa vie à la sueur de son front. Toi, évidemment, tu peux peindre n’importe tout : c’est moi ton modèle…

Alban – Ma muse…

Eve – Moi, que voulais-tu que je fasse, ici, à part ouvrir des chambres d’hôtes et vendre des fromages de chèvre ?

Alban – Mmm…

Eve (songeuse) – Nos premiers clients…

Alban – Le baptême du feu.

Eve – Va falloir être à la hauteur. Je compte sur toi. Ton amabilité naturelle… Ton sens de l’accueil…

Alban – Et eux, tu crois qu’ils seront à la hauteur ? (Un temps) Tu te rends compte ? On a quitté Paris pour échapper à tous ces cons, et maintenant, tous les week-ends, on va les avoir à dormir chez nous…

Eve – Et à dîner…

Alban – Oh, non… Ne me dis pas qu’ils ont pris aussi la table d’hôtes ?

Eve – Ils sont peut-être très sympas ! Tu n’as qu’à considérer que c’est des amis que j’ai invités…

Alban – Mes amis, je ne les fais pas payer.

Eve – Non. D’ailleurs, tu ne les invites jamais…

Alban – Tu as peut-être raison. Au moins, ceux-là, si c’est des cons, quand ils nous feront un chèque avant de partir, on saura pourquoi on a perdu notre journée à leur faire à bouffer, et notre soirée à leur faire la conversation.

Eve – Après, tout dépend où tu mets la barre pour distinguer les cons du reste de l’humanité. On est peut-être des cons, nous aussi. C’est quoi, un couple de cons, pour toi ?

Alban – Je ne sais pas… La connerie, ça ne se définit pas. Ça se constate. Tu connais la formule : il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. Eh ben pour la connerie, c’est pareil…

Eve – Mmm…

Alban – On ne les a pas quittés il y a si longtemps, souviens-toi. Le couple de cons, tu le reconnais même dans le noir ! (Eve lui lance un regard distrait.) Quand ils arrivent en retard au cinéma, par exemple ! Au lieu de s’asseoir en bout de rang, ils enjambent dix personnes pour s’asseoir au milieu. Sur ton chapeau. Après ils consultent l’écran lumineux de leurs portables pendant dix minutes pour s’assurer que le monde pourra tourner sans eux pendant ce qui reste du film.

Eve – Quand Madame ne ressort pas de la salle un quart d’heure après pour répondre à un appel urgent. Histoire de ne déranger personne.

Alban – Alors là, tu peux être sûre que tu as affaire à un couple de cons de classe internationale.

Eve – On ne risque plus d’avoir ce genre de problèmes ici. Le cinéma le plus proche est à cinquante kilomètres.

Alban – Ah, ouais…? Malheureusement, le con est très mobile, figure-toi.

Eve – Même à la campagne ?

Alban – Pourquoi tu crois qu’il a un quatre-quatre et un GPS ? Il se déplace, le con. Jusque dans les chemins mal carrossés conduisant aux petits coins de paradis dont les adresses ont imprudemment été postées sur le site des Gîtes de France… (On entend un bruit de moteur, et le bêlement des chèvres dérangées par l’engin (ce bêlement de chèvre récurrent dans la pièce pourra être produit avec une de ces boîtes gadget qu’on renverse pour produire ce son). Tiens, d’ailleurs les voilà…

Eve – Déjà ! Tu crois ? Oh, mon Dieu ! Je n’ai même pas encore fini de faire leur chambre…
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ACTE PREMIER
Le rideau se lève sur un décor composé de deux part
ies : La partie gauche de la scène représente l'extérieur du foyer des jeunes : un mur avec au milieu, une porte vitrée fermée à clef. Sur le mur, une affiche de spectacle avec une date très visible (le 11 février). Il y a quelques grosses pierres au pied du mur et une poubelle. Au fond, il y a également un muret surmonté de 2 jardinières de géraniums minables. Le muret porte un écriteau : "respectez les plantations - merci". La partie droite de la scène figure une salle de spectacle : une estrade sur laquelle des chaises sont disposées en rangs. Ces chaises font face à la porte du foyer. En fond de scène, il y a deux chicanes, une à droite et l'autre à gauche.

Scène 1 : Zigouney, Nico

Zigouney entre en scène par la chicane de gauche. Et, le dos au public, pisse dans les jardinières de géraniums en jetant un oeil par dessus son épaule pour ne pas être surpris. Il se retourne et s’essuie les mains sur son jean. Il va vers la porte du foyer, essaye d'ouvrir, impossible. Il s'adosse à la porte, sort une cigarette, fouille toutes ses poches et extrait finalement un briquet de l'une d'elles. Il tente d'allumer sa cigarette à plusieurs reprises mais le briquet ne fonctionne pas.
- ZIG : Les boules ! Pu de feu ! Tu vas voir que c'est encore ma mère qui m'a passé le briquet à la machine à laver. Tiens regarde-moi ça, la pierre est planquée sous des bouloches de cotons, comment veux-tu que ça fasse une étincelle ?

Il colle son nez contre la vitre du foyer pour distinguer l'intérieur.

- ZIG : Ah ça c'est trop ! Y'a du feu juste là, à deux mètres de moi. J'ments pas, j'vois un briquet sur le coin du baby ! T'as un besoin urgent du briquet, Zig... tu vas le chercher ! Attends, je vais te montrer.

Zigouney regarde autour de lui, va chercher une pierre et s'apprête à fracturer la vitre du foyer.

- ZIG : Un... Deux... Tr...

A cet instant, Nico arrive en marchant nonchalamment.

- NICO : Salut Zigounette ! Qu'est-ce que tu fous là ? T'as pas la clef ?

Zig, surpris, repose la pierre et se retourne.

- ZIG : Nico ! Tu crains, je t'ai déjà dit de pas m'appeler Zigounette !
- NICO : Okay mais flippe pas comme ça, y'a pas de meufs dans le coin !... T'as pas la clef ?
- ZIG : A ton avis ? Tu crois que je me plais sur le pas de porte à faire le lézard ?
- NICO : Donc, t'as pas la clef !

Nico sort une cigarette de son blouson, il fouille toutes ses poches et enfin trouve son briquet... qui ne fonctionne pas.

- NICO : T'as du feu ?
- ZIG : J'ai pas de clef, j'ai pas de feu et (Montrant son front.) c'est pas écrit bazar là !
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date : 20-03-2016
Scène 1

Mikael et Nancy sont debout, le premier à l’avant-scène et la deuxième un peu en retrait. Ils semblent écrasés par le destin qui les accable.

Nancy (avec emphase) – Que vois-tu par la fenêtre, Dimitri ?

Mikael se tourne vers la salle, et fait mine de saisir les barreaux d’une fenêtre imaginaire pour regarder dehors.

Mikael – Je ne vois plus rien, Natacha. Le soleil a disparu derrière la colline. Mais je crois deviner dans cette noire obscurité la présence des fantômes qui s’apprêtent à nous hanter.

Nancy – Quelle heure est-il à présent ?

Mikael – Je l’ignore… Ma montre s’est s’arrêtée ce matin.

Nancy – Dieu fasse que ce ne soit pas un mauvais présage.

Mikael – Ne nous abandonnons pas à la superstition, Natacha. C’est sûrement la pile.

Nancy – Je suis un peu nerveuse, pardonne-moi. J’ai tendance à tout surinterpréter…

Mikael (soupirant) – Qui pourrait t’en blâmer, Natacha ? La nuit tombe sur les ruines de cette ville inconnue. Et il est vrai que nous ne sommes pas assurés de voir un nouveau jour se lever.

Silence.

Nancy – Et si nous rentrions à la maison, comme prévu, Dimitri ? Personne ne nous oblige à être des héros. Nous pouvons encore fuir…

Mikael – Je ne sais plus, Natacha. Je n’ai pas le droit d’exiger de toi ce sacrifice. Mais comment pourrions-nous, demain, après une telle lâcheté, nous regarder dans la glace en nous rasant ?

Natacha – Tu as raison, Dimitri, comme d’habitude… Je serai forte, je te le promets…

Mikael – Moi aussi, j’ai peur, Natacha, tu sais…

Natacha – Toi ?

Mikael – Je ne suis qu’un être humain après tout. Mais comment abandonner ici tous ces orphelins qui n’ont pas de parents, et qu’une cruelle maladie a en outre privés de tous leurs pauvres souvenirs, jusqu’à celui de leur enfance malheureuse.

Nancy – C’est cruel à dire, Dimitri, mais comme ils ont perdu la mémoire, si nous les abandonnions à leur triste sort, ils nous auraient vite oubliés…

Mikael – Oui, Natacha. Mais nous, nous ne les oublierions pas. Et le souvenir de cette trahison nous hanterait à jamais.

Nancy – Bien sûr, c’est notre devoir de rester à leurs côtés jusqu’au bout, mais je tremble à l’idée de ce qui pourrait nous arriver… Reverrons-nous un jour notre modeste loft à Montmartre ?

Mikael – Partir ou rester… Quel affreux dilemme ! Et c’est si beau, Montmartre, en automne…

Nancy – Il est encore temps de changer d’avis, Dimitri. N’avons-nous pas déjà nos cartes d’embarquement ?

Mikael sort une carte d’embarquement de sa poche et la regarde avec un air las.

Mikael – Oui, je les ai imprimées ce matin, Natacha. Comme cela me paraît dérisoire à présent… (Lisant) Easyjet, Terminal 2B.

Nancy – Deux B… Two B, comme on dit dans la langue de Shakespeare…

Mikael – Two B… or not to be. Telle est la question…
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date : 14-03-2016
C'était lui, le héros. C'est ça que j'ai pensé, voyez-vous. Pas seulement parce qu'il m'avait suivi au front et qu'il avait été blessé.
Spoiler(cliquez pour révéler)
Non, c'était plus profond, plus radical. Il avait toutes les qualités qu'on attendait d'un soldat. Il était loyal jusqu'à la mort, courageux, sans pitié envers les ennemis. Pour lui, le monde était fait de bons et de méchants. Il y avait un mot pour dire ça : il n'avait aucune humanité. Bien sûr, c'était un chien... Mais nous qui n'étions pas des chiens, on nous demandait la même chose. Les distinctions, médailles, citations, avancements, tout cela était fait pour récompenser des actes de bêtes.
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F. Engels : Révolution et contre-révolution en Allemagne (1851-1852)
I – L'Allemagne à la veille de la révolution LONDRES, Septembre 1851
Le premier acte du drame révolutionnaire joué sur le continent Européen est fini. Les «puissances d'hier», d'avant l'ouragan de 1848, sont de nouveau les «puissances du jour»; et les maîtres éphémères, plus ou moins populaires, gouverneurs provisoires, triumvirs, dictateurs, avec leur queue de représentants, commissaires civils et militaires, préfets, juges, généraux, officiers et soldats, sont jetés sur des rives étrangères et «transportés au delà des mers», en Angleterre ou en Amérique, afin d'y établir de nouveaux gouvernements in partibus infidelium, des comités européens,des comités centraux, des comités nationaux, et d'annoncer leur avènement par des proclamations tout aussi solennelles que celles de n'importe quels potentats moins imaginaires.Une défaite aussi insigne que celle subie par le parti révolutionnaire ou plutôt les partis révolutionnaires ne saurait s'imaginer. Mais qu'est-ce à dire ? La lutte de la bourgeoisie britannique pour la suprématie sociale et politique n'a-t-elle pas embrassé 48 ans, celle de la bourgeoisie française 40 ans de lutte sans exemple? Et leur triomphe fut-il jamais aussi proche qu'à l'heure même où la monarchie restaurée se croyait plus solidement établie que jamais? Les temps sont passés, il y a beaux jours, où la superstition attribuait les révolutions à la malveillance d'une poignée d'agitateurs. Tout le monde sait, à l'heure présente, que derrière toute convulsion révolutionnaire il doit exister quelque besoin social que les institutions surannées empêchent de satisfaire. Ce besoin peut ne pas se faire sentir assez profondément, assez généralement encore pour assurer un succès immédiat, mais toute tentative de le réprimer par la violence ne fera que le faire repousser avec plus de force jusqu'à ce qu'il brise ses entraves.
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date : 03-03-2016
ous vivons dans un monde qui change, qui change vite et, surtout, qui change de plus en plus vite. Ce n'est pas le temps qui précipite sa course — ce qui n'aurait guère de signification. C'est le « contenu » du temps qui devient de plus en plus dense. Dans une même période de temps, nous voyons s'opérer des transformations de plus en plus nombreuses, et aussi de plus en plus profondes.

(...) Cette accélération du devenir humain n'est pas d'ailleurs un phénomène isolé, qui se produirait seulement dans un ou deux domaines particuliers. Elle est tout à fait générale et se retrouve même, au-delà du temps de l'histoire, dans révolution des espèces. Mais ce sont peut-être les transformations de nos techniques qui la mettent en évidence de la manière la plus manifeste. Les courbes qui traduisent l'accroissement des vitesses de nos déplacements, comme celles qui expriment l'augmentation de la puissance motrice dont nous disposons, ont la même allure, et leur « pente » se relève constamment. On s'est interrogé sur l'interprétation qu'on pouvait donner à ce phénomène. Je ne poserai pas ici ce problème passionnant, mais difficile. Je veux seulement constater le fait.

Si l'accélération est générale et si elle est constante, que s'est-il...
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