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-Nysander nous a parlé d'un groupe de quatre personnes et nous voici assis là, réduits à deux avant même d'avoir commencé.

-Nous sommes toujours quatre, Micum

Pendant un moment, Micum contempla la mosaïque à ses pieds, puis il posa la main sur l'épaule frêle de son ami.

-Je sais ce que Valérieus a dit hier. J'ai autant envie d'y croire que toi, mais...

-Non!(Seregil lui jeta un regard furieux.) Tant que je ne tiendrai pas son cadavre dans mes bras, je considérerai qu'Alec est vivant, tu m'entends?

Micum ne comprenait que trop bien l'angoisse que seregil ressentait sous sa colère apparente. Si Alec était toujours en vie, Seregil se battrait contre les flammes et contre la mort elle-même pour le sauver. Si Alec était mort, alors il ferait de même pour retrouver la piste de ses assasins. Quelle quand soi l'issue, son compagnon était rongé par la culpabilité

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La porte de sa chambre était fermée, mais des empreintes de pas sanglantes y menaient. Il prit un pot de pierres lumineuses sur une étagère, ouvrit la porte d'un coup de pied et jeta les pierres dans la pièce.

Un miaulement étrange lui parvint de l'intérieur. Les sens en alerte, Seregil brandit son épée. Il y eut un deuxième miaulement qui se termina en grognement. Juste après, il découvrit Ruetha ramassée sur elle-même, au-dessus d'une armoire, les yeux luisants comme des braises. Elle cracha dans sa direction, puis descendit d'un bond et se précipita vers la porte.

Ici, tout semblait intact, excepté les rideaux de velours vert qui encadraient son lit. Il ne les utilisait jamais, mais quelqu'un les avait tirés tout autour de la couche. Cette même personne avait laissé des empreintes de pas ensanglantées sur le tapis.

Sa respiration se fit plus bruyante quand il s'obligea à traverser la pièce, sachant déjà ce qu'il trouverait en ouvrant les tentures.

- Non, dit-il d'une voix rauque, sans se rendre compte qu'il parlait tout haut. Non, non, non, je vous en supplie, non...

Les mâchoires contractées, il tira le rideau.

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Parfois, l'anéantissement total était ce qui remplaçait le mieux l'espoir.

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— Mais quel abruti j’ai fait ! grogna Alec. J’aurais dû voir qu’il allait glisser.

Seregil s’essuya les yeux avec un grand sourire.

— Peut-être bien, mais ce sont des choses qui arrivent. Je ne compte plus les fois où j’ai fait des gaffes pareilles. Ce qui importe, c’est de réparer la boulette, et tu t’en es très bien sorti. « Apprends et survis », telle est ma devise.

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Le vieux Timan posa sa crécelle aux pieds de Seregil.

— Ce serait vraiment un grand exploit. J’ai moi-même essayé de calmer l’esprit à maintes reprises, mais il ne m’a jamais répondu, ou m’a renvoyé avec des bruits terribles plein la tête. Sois franc : pourrais-tu y parvenir ?

— J’essaierai, répondit Seregil. Emmenez-moi chez votre esprit demain à l’aube, et je lui parlerai.

Le murmure se mua en un tonnerre d’acclamations.

— L’invité dormira chez moi, ce soir, annonça Retak avec fierté, marquant la fin des festivités. Les nuits dans la montagne sont rudes pour les personnes comme toi, Meringil, mais j’ai beaucoup de filles en pleine santé pour te tenir chaud.

Au-dessus de leurs têtes, les enfants poussèrent des cris de ravissement tandis que les filles plus âgées tendaient le cou pour mieux voir Seregil.

Celui-ci cligna des yeux.

— Pardon ?

— Se faire engrosser par un invité confère à une jeune femme un statut de haut rang, expliqua Retak avec allégresse. Du sang neuf apporte une force nouvelle à tout le village. Mon grand-père était lui-même un Aurënfay au regard clair, comme tu peux le constater. Mais ce n’était pas un puissant magicien comme toi. Demain, le clan d’Ekrid t’offrira le gîte ; ensuite tu iras chez Ilgrid, puis chez…

— Euh, bien sûr.

Seregil regarda autour de lui et vit des mères qui comptaient sur leurs doigts la place qui leur revenait dans la hiérarchie. À l’évidence, il avait tout oublié de certaines règles d’accueil dravniennes.

Nysander, grogna-t-il intérieurement en passant en revue le troupeau de jeunes filles aux visages lunaires, sur lesquels se lisaient clairement les lueurs d’envie derrière les sourires modestes. Ça a tout intérêt à être la bonne vallée !

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Son cœur se serra douloureusement quand il s'autorisa enfin à poser les yeux sur Seregil.

Sous sa robe de chambre défaite, son ami ne portait que ses hauts-de-chausses et ses cheveux noirs décoiffés recouvraient ses épaules. Mince, souple, et parfaitement à l'aise, on aurait facilement pu le prendre pour l'un des hommes de l'établissement. En fait, s'avoua Alec, il les éclipsait tous. Il était magnifique. Toujours enraciné, le garçon eut soudain l'étrange impression de se scinder en deux.

L'ancien Alec, élevé dans le Nord, inexpérimenté, mourait d'envie de se sauver de cet endroit exotique et inquiétant, et voulait oublier la vision de son compagnon cajolant cette tête blonde, l'air aussi absent que lorsqu'il avait caressé sa chatte quelques heures auparavant.

Mais le nouvel Alec, Alec de Rhíminie, tenait bon, attiré par l'élégante décadence des lieux, sentant son insatiable curiosité se raviver lentement.

Seregil n'avait pas encore remarqué sa présence : l'observer ainsi, dans un lieu pareil, donnait l'impression à Alec d'espionner un étranger.

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Comme la fois précédente, dès qu’il se concentra sur le lieu où ses ennemis se trouvaient, il fut aveuglé par la vision saisissante de flammes et de gigantesques ailes de cuir. Le message était limpide : Ces gens sont sous la protection de l’Orëska. Vous ne pouvez pas les atteindre.

Le souffle coupé, Ashnazai relâcha la fiole et porta les mains à son visage.

— Rien de neuf ? demanda Mardus.

Sans même le regarder, Ashnazai sut que le salopard souriait.

— Dans ce cas, béni soit cet acteur qu’Urvay a placé sur notre route. Si ces deux-là sont toujours sous la protection des magiciens de l’Orëska, quel meilleur endroit pour les chercher ?

— J’espère que vous avez raison, mon seigneur. Dès que je les aurai retrouvés, j’écraserai de mes mains leur cœur avant même qu’il ait cessé de battre !

— La vengeance est un sentiment dangereux.

Vargûl Ashnazai releva la tête. Le visage de Mardus se teinta d’une impassibilité qui lui était familière : c’était la divinité qui le touchait.

— Vous devriez leur être reconnaissant. Grâce à eux, nous allons bientôt arriver au bout de notre quête, poursuivit Mardus avec douceur, le regard rivé sur les profondeurs de sa chope. Cet acteur et sa sorcière en sont le sceau. Pour le moment, la patience est la clé. Soyez patient. Notre heure viendra.

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Sans prendre le temps d’évaluer les conséquences de son impulsion, Alec se tourna, prit son ami dans ses bras et l’étreignit avec vigueur.

— Ça va aller, talí, murmura-t-il d’une voix rauque, ça va aller, maintenant.

Pris par surprise, Seregil hésita un instant avant de lui rendre son étreinte. Son cœur s’emballait contre celui d’Alec. En le sentant, le garçon fut submergé d’une fatigue mêlée d’un sentiment de paix. Ce moment d’intimité le poussa à soupirer de plaisir. De la fontaine, Alec apercevait la lueur de quelques lampes qui brillaient à travers les branches nues des arbres, dans la rue des Lanternes un peu plus haut. Il eut un sursaut coupable lorsqu’il se rendit compte que Seregil avait emmêlé ses doigts dans ses cheveux, sur sa nuque, de la même façon qu’il avait caressé le jeune homme chez Azarin, à peine quelques semaines plus tôt.

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Dans sa bouche, Alec sentait ses dents pourrir et se détacher. Un flot de bile chaude lui remonta au fond de la gorge, grossi par la sensation que des serpents se tortillaient dans son ventre. Il n’avait qu’une envie : se recroqueviller sur lui-même, échapper à cette agonie interminable, mais les pics de fer enfoncés dans ses mains et ses pieds lui maintenaient les membres écartés. Aveugle, sans défense, il restait allongé, à attendre de pouvoir replonger dans les rêves obscurs où seuls existaient les soupirs du vent et de l’eau…

De temps à autre, des visages venaient s’immiscer dans les ténèbres. Ils émergeaient du brouillard juste assez longtemps pour le lorgner, puis disparaissaient de sa vue avant même qu’il ait eu le temps de les identifier.

La fièvre monta. Elle le brûlait sous la peau pour effacer le moindre de ses souvenirs, jusqu’à ce qu’il ne reste rien en dehors de la mer qui se pressait…

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Sur le lit, il trouva seulement une dague avec une mèche de longs cheveux blonds enroulée autour de la garde. D’une main tremblante, Seregil s’en empara et reconnut la poignée en corne noire incrustée d’argent : c’était le couteau qu’il avait donné à Alec à Wolde.

Pendant un instant fugace, il lui sembla sentir de nouveau le pouce d’Alec sur son visage, cherchant à étaler la cendre sur sa joue.

— Où est-il ? siffla Seregil. (Il reprit son épée en main et se rua dans le salon.) Espèce de salauds ! Que lui avez-vous fait ?

Un rire diabolique s’éleva à côté de lui. Seregil se figea, balayant la pièce du regard. Le rire résonna de nouveau et lui fit dresser les cheveux sur la nuque. Il connaissait cette voix.

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