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Extrait ajouté par Sheilap15 2017-06-16T22:17:43+02:00

« — Je suis bien d’accord. Le père Endelbaum m’expliquait que vous aviez présenté un mémoire. De quoi s’agissait-il ?

— En fait, il y a trois ans, j’ai assisté à la réunion d’un groupe de travail qui a littéralement changé ma façon d’envisager la structure mentale de notre espèce. J’ai décidé de suivre leurs travaux. Nous organisons souvent, avec des représentants d’autres courants religieux, des rencontres autour de sujets au croisement du sociologique, du philosophique et du spirituel.

— Quel était le thème de celle-là ?

— « Pourquoi l’homme se coupe-t-il de son âme ? ».

— Excellent pour un devoir de philo…

— Autour de la table, il y avait des chrétiens, des musulmans, des juifs, des bouddhistes et des athées. Durant les trois premières réunions, les discussions se sont orientées vers des analyses du concept d’âme et de la place qu’il tient dans notre nature. Tous s’accordaient sur le fait qu’après une première phase de développement matériel, chaque civilisation en son temps avait entamé une ère plus spirituelle. Mais l’évolution est toujours la même. À la faveur d’un monde de plus en plus global, les différentes civilisations se sont progressivement rejointes, nivelant les différences. Parallèlement, la science a réussi ce qu’aucune religion n’est parvenue à faire : les progrès ont unifié le monde bien plus efficacement que les croyances. On partage les technologies, pas la foi. Du coup, au milieu du XXe siècle, la science a pris le pas sur les religions et toutes ont commencé à décliner.

— Vous le déplorez ?

— Je déplore l’obscurantisme, docteur, aussi bien dans les religions que dans les sciences. Ce groupe de travail avait mis des mois à synthétiser quelques vérités de haute volée, mais les conclusions étaient, à mon goût, trop éloignées du concret de la vie. J’ai malgré tout continué à suivre leurs travaux et j’ai bien fait parce que cela s’est avéré passionnant. Sous l’impulsion des athées, ils sont revenus à une approche à hauteur d’homme. Loin des grands principes analytiques, ils ont replacé l’individu au centre de leurs raisonnements. Ils sont partis du constat que, en pourcentage, le nombre de patients atteints de démences et de dysfonctionnements psychiques divers n’a pas cessé d’augmenter durant le dernier siècle. Ce phénomène est contemporain à l’avènement de la science. Partout sur la Terre, ces maladies prolifèrent. On pointe le vieillissement, la pollution, le stress. La science n’est pas coupable en tant que telle, mais les intervenants se sont alors demandé si le recul de la religion n’y était pas pour quelque chose.

— Vous prêchez pour votre paroisse…

— Non, docteur. Cela pose simplement une interrogation essentielle : qu’est-ce que la religion apporte aux gens, que notre époque leur a retiré ?

L’esprit de Kinross était en éveil.

— Poursuivez.

— Il fallait se poser cette question au-delà de tous les particularismes religieux. Qu’est-ce que les cultes, d’où qu’ils proviennent, passés ou présents, juifs, bouddhistes, musulmans ou chrétiens ont en commun, réellement, quotidiennement ? 

— Dieu ?

— Bien sûr, docteur, mais peu d’entre nous le rencontrent tous les jours… Je vous parle d’une réalité tangible, qui influence notre façon d’être, qui façonne nos jours. Il leur a fallu du temps, mais ils ont trouvé trois éléments fondamentaux. Trois points qui, par-delà le temps et l’espace, sont communs à tous les cultes. Le premier concerne le lieu : tous se déroulent dans des endroits calmes, silencieux, où l’on se trouve isolé du quotidien. Le second concerne l’obligation de s’interroger sur ses propres actes sous le regard d’une autorité supérieure – appelez ça l’examen de conscience ou la méditation, mais cette approche est à chaque fois présente. Et le troisième est la prière, la demande, le souhait. Quelle que soit la religion, quelle que soit la période ou la langue, vous rencontrez toujours ces trois éléments. Et notre époque nous les a effectivement retirés. Plus le temps de penser, plus de capacité à s’isoler, plus d’autorité supérieure cohérente, il y a toujours une voix pour vous dire que vous avez bien agi pendant que l’autre vous condamne. Toujours un téléphone qui sonne, toujours une chanson à la mode, quelque chose qui vous distrait et vous empêche de penser. On a prouvé que la faculté de concentration des enfants régressait depuis deux générations. On sait aussi que ce que les personnes âgées écoutent le plus, c’est la télé. Jamais de temps pour s’interroger, pour imaginer, plus de vrais échanges ; du mouvement, du bruit mais plus aucun repère. Il y a de quoi vous rendre fou.

Le propos de Schenkel trouva un drôle d’écho au plus profond de Scott. Intuitivement, naturellement, à travers les centaines de cas étudiés, cet aspect-là venait compléter le puzzle de son analyse sans contredire aucune des autres convictions qu’il s’était forgées.

Il se pencha vers Thomas :

— Est-il possible de lire votre mémoire ?

— Il est à votre disposition.

— J’aimerais que vous jetiez un œil à ce que le professeur Cooper et moi avons découvert. Votre approche peut être très utile. 

Kinross hésita puis ajouta :

— En fait, j’aimerais beaucoup que nous puissions travailler ensemble.

Schenkel ouvrit les bras avec un grand sourire :

— Avec plaisir, docteur. D’autant que l’histoire de mon mémoire ne s’arrête pas là.

— C’est-à-dire ?

— Tout ce travail a déclenché une tempête dans mon esprit. Et à force d’y penser, j’ai découvert un quatrième élément commun à tous les cultes. C’est tout bête, mais personne n’y avait pensé. Lorsque j’en ai fait part au groupe de travail, les membres m’ont proposé de me joindre à eux, et c’est ensuite que mes supérieurs m’ont nommé au service de recherche où j’ai rencontré Devdan.

— Quel est cet élément ? »

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Extrait ajouté par Sheilap15 2017-06-12T13:53:53+02:00

« Jenni resta bouche bée. Elle venait d’apercevoir un homme en peignoir qui titubait à l’autre bout du couloir. Il remonta jusqu’au comptoir des infirmières et poussa un cri. Personne ne réagit. Jenni se leva d’un bond au moment même où l’homme s’affalait sur le comptoir d’accueil, multipliant les râles. Il se cramponna de toutes ses forces mais finit par s’effondrer sur le sol dans d’épouvantables convulsions.

— Mais qu’est-ce que vous attendez ? s’écria Jenni. C’est un hôpital ou quoi ? Cet homme est en train d’y passer !

Elle s’élança pour lui porter secours mais Scott la retint par le bras.

— Pas de panique, Jenni. C’est Malcolm. Il nous fait sa crise cardiaque de 8 h 12.

Le docteur consulta sa montre et lança :

— Malcolm, tu as plus d’une minute de retard ! Mais c’était une belle crise cardiaque, vraiment.

L’homme se releva comme si de rien n’était.

— Merci, docteur.

Jenni, encore sous le coup de l’émotion, n’en croyait pas ses yeux. Elle se retourna vers Scott.

— Et qu’est-ce qu’il a, celui-là ?

— On cherche. On sait que son père est mort devant lui quand il était enfant, un samedi à 8 h 12, il y a plus de vingt ans. Et depuis, il revit ça en boucle.

— C’est terrible.

— La vie est terrible, Jenni. C’est aussi ce qui fait de nous des êtres humains. »

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Extrait ajouté par Sheilap15 2017-06-12T13:50:48+02:00

« — En Sibérie orientale ? Écoutez, si c’est une blague, j’ai autre chose à faire, et si ce n’en est pas une, je vous promets de sauter sur mon vélo et de pédaler le plus vite possible. Je devrais être chez vous d’ici deux à trois mois.

— Docteur, je suis sérieux. »

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Extrait ajouté par Sheilap15 2017-06-12T13:49:47+02:00

« Kinross répondit sans hésiter :

— L’histoire nous donne des réponses qui ne laissent aucune place au doute. Souvenez-vous du Vioxx, cet anti-inflammatoire qui provoquait des infarctus et à qui la Food & Drug Administration a attribué plus de vingt-sept mille décès et problèmes cardiaques. Les données sur la majoration des risques cardiaques étaient connues trois ans avant que le laboratoire fabricant ne retire la molécule du marché. Ou encore, l’affaire de la grippe H1N1 et le forcing mondial pour vendre des vaccins… On ne compte plus les effets secondaires de médicaments qui ont été dissimulés, les modifications génétiques douteuses, les vaccins bidons vendus au tiers-monde ou les risques associés censurés à coups d’études falsifiées. À chaque fois, le cynisme et la soif de profit l’ont emporté. »

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Extrait ajouté par Sheilap15 2017-06-12T13:48:28+02:00

« Jenni enchaîna :

— Nos recherches nous ont permis de mettre au point un outil d’évaluation et de projection d’évolution pour certains types de neurodégénérescences. Pour être franche, la portée de ce que nous avons mis au jour nous échappe un peu. Même si cela se précise de jour en jour, nous n’en saisissons pas toutes les conséquences. Nous souhaitons pouvoir collaborer avec d’autres chercheurs mais nous ne voulons pas que nos travaux deviennent un enjeu commercial. C’est pourquoi nous ne sommes associés à aucun groupe industriel…

Greenholm eut un léger sourire. Scott réagit aussitôt :

— Vous nous prenez sans doute pour des idéalistes naïfs. Vous avez fait fortune au sein d’une multinationale et pour vous, j’imagine que l’éthique est seulement un joli concept. Mais pour nous, la santé n’est pas un commerce.

— Gardez votre sang-froid, docteur. Vous et le professeur Cooper êtes effectivement des idéalistes naïfs, mais ce sont des gens comme vous qui font avancer le monde. Je ne connais pas votre métier et vous ne connaissez pas le mien. Tous les médecins ne sont pas des saints désintéressés qui se sacrifient pour la veuve et l’orphelin. Si c’était le cas, le magnifique système commercial qu’est le monde de la santé ne serait pas aussi prospère. Tant mieux s’il existe des gens comme vous. Je ne suis pas un affairiste, je suis un chercheur qui a découvert des choses dont les gens se servent. Si nous restons au stade des clichés, nous n’avancerons pas. Faites-moi la grâce de croire que dans l’univers des gens qui ont réussi, il n’y a pas que des requins. »

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Extrait ajouté par Sheilap15 2017-06-12T13:43:22+02:00

« En forçant la voix pour compenser le bruit des rotors, Scott essaya d’engager la conversation :

— Vous travaillez pour M. Greenholm ?

— Évidemment, répliqua l’homme. Sinon je ne serais pas là.

Sur ce coup-là, Scott ne se trouva pas très malin. »

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Extrait ajouté par Sheilap15 2017-06-12T13:42:12+02:00

« — Pile à l’heure, fit-elle.

Elle l’embrassa sur la joue.

— Tu as réussi à dormir un peu ? demanda-t-il.

— Pas vraiment. Et toi ?

— Il aurait mieux valu que non. Je n’ai fait que des rêves idiots et des cauchemars.

— Je croyais que tu ne cauchemardais jamais.

— C’était avant que tu me parles des bambous… »

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Extrait ajouté par Sheilap15 2017-06-12T13:41:10+02:00

« — Scott, tu réalises que nous sommes peut-être les premiers à comprendre ce qui est en train d’arriver à notre propre espèce ?

— Je n’arrête pas d’y penser.

Elle croisa son regard.

— Et qu’est-ce que ça te fait ?

— Peur. »

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Extrait ajouté par Sheilap15 2017-06-11T14:25:56+02:00

- Vous n'avez pas l'air bien. Vous êtes malade?

Kinross sourit:

- Non, Jim. Je suis docteur, ce sont les gens qui viennent me voir qui sont malades. Disons que j'ai connu des soirées plus faciles.

- Et où ils vont, les docteurs, quand ils sont malades?

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Extrait ajouté par annick69 2016-09-16T17:27:45+02:00

Il faisait nuit, un peu froid. Terrée dans sa cachette, Eileen avait attendu des heures avant de sortir, mais à présent elle n'avait plus le choix. Elle devait s'emparer du trousseau de secours qui ouvrait l'accès au puits de mine. C'était sa dernière chance.

Dehors, les carapaces de tôle des vieux bâtiments grinçaient sous les assauts du vent. La jeune femme se glissa entre les rayonnages dévastés de la réserve. Le sol était jonché de paquets éventrés. Depuis trois jours, elle y venait pour ramasser de quoi survivre, comme un animal, mais elle détestait cet endroit plus que tout autre. Elle y trouvait de moins en moins de nourriture, mais cela ne la préoccupait pas pour l'instant. Elle avait trop peur pour avoir faim.

Eileen avançait pas à pas, retenant sa respiration. Le sang lui battait aux tempes. En arrivant à la porte du couloir qui remontait vers l'aile administrative, elle reprit son souffle. La jeune fille se sentait comme un chat qui se faufile au coeur d'un chenil endormi. Elle se déplaçait, tous les sens en éveil, évitant les fenêtres et redoutant chaque bruit.

Lorsqu'elle atteignit les bureaux, elle reconnut aussitôt la puanteur. Les pièces étaient ravagées ; les traces de lutte nombreuses. Entre les meubles renversés, deux corps gisaient au pied du poste radio détruit. Malgré le froid ambiant, l'odeur de décomposition commençait à devenir suffocante. En passant près des cadavres disloqués, Eileen frissonna. Les visages figés et les postures trahissaient la violence de ce qui les avait détruits. La jeune femme fit un pas et sentit une flaque poisseuse sous sa chaussure. Elle se dégagea. Le bruit de succion lui souleva le coeur. Une mare de sang à demi coagulé. Elle se mit à trembler.

Terrifiée, elle passa de salle en salle, se méfiant de chaque porte entrebâillée, imaginant des yeux diaboliques aux aguets. Elle progressa jusqu'au bureau du directeur. Lorsqu'elle découvrit que la clef de secours était toujours dans son boîtier rouge vissé au mur, le soulagement l'envahit. «Briser la vitre en cas d'urgence.» C'était le cas. Eileen étouffa le bruit du choc avec son blouson. Elle décrocha la clef et la serra à s'en faire blanchir les jointures.

Ses études de géologie industrielle ne l'avaient pas préparée à ce cauchemar. Quelques jours plus tôt, dans cette même pièce, elle fêtait son arrivée sur l'exploitation minière de Tregovna. Elle était encore folle de joie d'avoir obtenu l'autorisation exceptionnelle de venir faire son stage de fin d'études dans une des mines de métaux rares les plus stratégiques du monde. Tous ses copains de promo avaient été jaloux. Plus aucun d'eux ne le serait à présent...

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