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Extrait ajouté par Palmyre 2018-10-19T15:00:24+02:00

Elle ne dit rien à propos du taileur bleu foncé et passe-partout que sa fille avait mis pour le voyage, de même qu'elle renonça à ses remarques habituelles sur les changements intervenus entre-temps chez sa fille

.

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Gloria soupira. Il y avait belle lurette qu’elle ne prêtait plus l’oreille aux bavardages de Gabrielle et de ses copines. Et elle n’arrivait pas à comprendre qu’on pût devenir folle du révérend. D’abord, il était trop âgé pour ces filles. Et puis… c’était plus fort qu’elle, elle ne l’aimait pas. Il avait en lui quelque chose de peu sincère. Il la flattait quand ils se rencontraient, mais ne la regardait jamais dans les yeux. En outre, elle détestait qu’il la touche. Cet homme avait l’habitude d’approcher de trop près la personne à qui il parlait et de lui poser sur l’épaule ou les doigts une main qui se voulait apaisante ou consolatrice. Gloria avait cela en horreur.

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Ce jour-là, il eut pourtant le plus grand mal à poser les pieds sur le marchepied du cabriolet, à attacher ses attelles et à trouver ensuite son équilibre grâce à ses béquilles. C’était l’une de ses pires journées. Il se sentait raide et de mauvaise humeur, comme toujours quand approchait l’anniversaire de l’accident qui avait provoqué son infirmité. Il y aurait bientôt onze ans que s’était produit l’éboulement au fond de la mine Lambert et, comme chaque année, la direction de la mine célébrerait cet anniversaire en organisant une petite cérémonie. Les familles des victimes mais aussi les mineurs actuels appréciaient ce geste, tout autant qu’ils appréciaient les mesures de sécurité exemplaires adoptées depuis lors. Mais Tim se retrouverait au centre de l’attention. Et, bien sûr, Roly O’Brien raconterait pour la millième fois comment le fils du propriétaire de la mine lui avait sauvé la vie. Tim haïssait les regards hésitant entre admiration et horreur.

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Les lettres pour Kiward Station étaient gardées dans le bureau de poste d’Haldon et Andy jouait volontiers les facteurs quand du courrier arrivait d’outre-mer. Il espérait bénéficier en retour de quoi alimenter d’innocents bavardages sur l’existence d’artiste de l’étrange héritière des Warden. James ou Jack ne se privaient pas, pour leur part, de donner des informations sur sa vie aventureuse sans que Gwyn s’en formalise. Il n’y avait d’ailleurs en général que des nouvelles heureuses à colporter : Kura et William nageaient dans le bonheur, les représentations faisaient salle comble, les tournées s’enchaînaient. Les potins allaient néanmoins bon train à Haldon : William était-il vraiment resté dix ans fidèle à sa Kura ? À Kiward Station, leur bonheur avait tout juste duré une année. Et, si cette union était si parfaite, pourquoi n’était-elle pas comblée par la naissance d’autres enfants ?

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Gwyneira brossait ses cheveux toujours longs et bouclés même si le blanc l’emportait peu à peu sur le roux. Mince et nerveuse, elle ne faisait pourtant pas ses soixante-treize ans, quoiqu’elle eût le visage plus émacié qu’avant et, n’ayant jamais protégé sa peau des intempéries, parcouru de petites rides. Elle n’avait pas de goût pour la vie d’une dame en bonne société et, en dépit des aléas de l’existence, elle estimait qu’avoir quitté le pays de Galles et sa famille noble à dix-sept ans pour tenter une aventure matrimoniale risquée avait été une chance.

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Andy McAran, le très vieux chef d’équipe, observa Jack et Gloria enfermer les brebis dans l’enclos près duquel il était en train de bricoler. Il y avait belle lurette qu’il n’avait plus besoin de travailler, mais il prenait plaisir à s’occuper à la ferme. Malgré la désapprobation de sa femme, il sellait presque chaque jour son cheval pour venir de la localité d’Haldon. Tard marié, il n’était en effet pas homme à recevoir des ordres.

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Jamais encore Jack n'avait eu de tâche aussi pénible qu'accompagner Gloria et Lilian jusqu'à leur bateau. Les routes avaient pourtant été mises en parfait état depuis des années et son attelage avançait bon train. Presque trop vite. Il aurait payé cher pour ralentir le cours du temps.

Il tenait toujours pour une grave erreur de sacrifier Gloria aux lubies de ses parents, même s'il ne cessait de se répéter que ce n'était tout de même pas la fin du monde. Gloria reviendrait au terme de sa scolarité. Des dizaines d'enfants de riches familles néo-zélandaises connaissaient un sort identique et la plupart ne gardaient pas un mauvais souvenir de cette période.

Mais Gloria était différente, Jack le sentait de manière instinctive. Tout en lui se révoltait à l'idée de confier la fillette à la garde de Kura. Il se souvenait trop bien des nuits où il levait de son berceau le bébé en pleurs pendant que la mère dormait à poings fermés dans la pièce contiguë. Quant au père, il ne s'était intéressé qu'au prénom du nouveau-né. « Gloria » symboliserait son triomphe dans son nouveau pays. Jack l'avait trouvé trop emphatique pour une fillette aussi minuscule. Il avait d'emblée aimé cet enfant. Laisser partir Gloria seule pour l'Angleterre, pour une île où elle serait avec Kura, était pour lui une trahison. Jack avait été soulagé quand sa demi-nièce avait mis un océan entre les McKenzie et elle.

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— Laisse, je peux descendre seul ! dit Timothy Lambert à son domestique Roly d'un ton presque bourru.

Ce jour-là, il eut pourtant le plus grand mal à poser les pieds sur le marchepied du cabriolet, à attacher ses attelles et à trouver ensuite son équilibre grâce à ses béquilles. C'était l'une de ses pires journées. Il se sentait raide et de mauvaise humeur, comme toujours quand approchait l'anniversaire de l'accident qui avait provoqué son infirmité. Il y aurait bientôt onze ans que s'était produit l'éboulement au fond de la mine Lambert et, comme chaque année, la direction de la mine célébrerait cet anniversaire en organisant une petite cérémonie. Les familles des victimes mais aussi les mineurs actuels appréciaient ce geste, tout autant qu'ils appréciaient les mesures de sécurité exemplaires adoptées depuis lors. Mais Tim se retrouverait au centre de l'attention. Et, bien sûr, Roly O'Brien raconterait pour la millième fois comment le fils du propriétaire de la mine lui avait sauvé la vie. Tim haïssait les regards hésitant entre admiration et horreur.

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Gwyneira brossait ses cheveux toujours longs et bouclés même si le blanc l'emportait peu à peu sur le roux. Mince et nerveuse, elle ne faisait pourtant pas ses soixante-treize ans, quoiqu'elle eût le visage plus émacié qu'avant et, n'ayant jamais protégé sa peau des intempéries, parcouru de petites rides. Elle n'avait pas de goût pour la vie d'une dame en bonne société et, en dépit des aléas de l'existence, elle estimait qu'avoir quitté le pays de Galles et sa famille noble à dix-sept ans pour tenter une aventure matrimoniale risquée avait été une chance.

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— On fait la course ! Allez, Jack, jusqu'au cercle des guerriers de pierre !

Sans attendre la réponse de Jack, Gloria plaça son poney couleur renard sur la ligne de départ, à côté du cheval d'un jeune homme à la chevelure auburn frisée et aux yeux vert-brun qui acquiesça d'un air docile. Gloria serra alors les flancs de la petite jument qui s'élança comme une flèche.

Jack McKenzie mit lui aussi sa monture au galop et suivit la fillette à travers les vastes prairies de Kiward Station. Avec son hongre cob, puissant et plutôt lent, il n'avait pas la moindre chance de la rattraper. Lui-même était d'ailleurs trop grand pour jouer les jockeys, mais il ne lui refusa pas ce plaisir. Gloria était très fière de son poney anglais qui avait tout d'un pur-sang en miniature. Pour autant que Jack s'en souvînt, c'était le premier cadeau d'anniversaire envoyé par ses parents qui l'eût vraiment rendue heureuse. Les autres paquets provenant d'Europe à intervalles irréguliers – une robe à ruchés de Séville, avec éventail et castagnettes, des ballerines dorées de Milan, un minuscule sac en peau d'autruche de Paris – étaient sans utilité dans une ferme de Nouvelle-Zélande et bien trop extravagants, même aux yeux des rares visiteurs venus de Christchurch.

Les parents ne se souciaient pas de cet aspect des choses, trouvant sans doute amusant de choquer la société terre à terre des Canterbury Plains par cette évocation du « grand monde ». Imperméables l'un et l'autre à toute inhibition, à toute timidité, ils prêtaient leurs sentiments à leur fille.

Tout en fonçant à bride abattue pour au moins ne pas perdre des yeux la fillette, Jack songeait à la mère de celle-ci. Kura-maro-tini, la fille de son demi-frère Paul Warden, une beauté exotique, était dotée d'une voix extraordinaire. Elle devait davantage ses talents musicaux à sa mère, la chanteuse maorie Marama, qu'à son ascendance blanche. Petite, rêvant déjà de conquérir le monde de l'opéra en Europe, Kura s'était appliquée à développer sa voix. Ayant grandi avec elle à Kiward Station, Jack se rappelait avec horreur ses interminables exercices vocaux et pianistiques. Il avait d'abord semblé qu'elle n'aurait aucune chance de réaliser ses rêves en Nouvelle-Zélande, jusqu'au moment où elle avait enfin trouvé en William Martyn, son mari, un admirateur capable de mettre ses talents en valeur. Depuis des années, le couple, accompagné d'un groupe de chanteurs et de danseurs maoris, était en tournée en Europe, Kura étant la star d'un ensemble associant de manière originale la musique maorie traditionnelle et les instruments occidentaux.

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