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On a sauvé le monde



Description ajoutée par juliendu08000 2014-02-10T15:08:45+01:00

Résumé

Un jeune étranger séjourne à l'Istituto d'Arte de Rome dans les années 1930 pour y poursuivre ses recherches en histoire de l'art sur le peintre Poussin. Il fait sa cour à Giulia Falconieri, jeune aristocrate à la pureté sculpturale, tandis que la sensuelle Wanda, d'origine polonaise, le drague. Mais chacun triche déjà dans ce triangle amoureux, comme si le travestissement des sentiments n'était que la répétition générale du camouflage des identités. Lorsqu'il fait la connaissance d'Igor, fils d'une famille de Russes blancs ayant fui la Révolution d’octobre pour se réfugier dans l'Italie mussolinienne, le narrateur rencontre son destin. Par amour pour ce garçon, il va devenir un espion au service du régime communiste.

A Moscou, où nos deux apprentis-agents apportent les documents qu'ils sont parvenus à subtiliser à Rome, les mâchoires du piège se referment sur ces idéalistes dont le régime a su faire ses « idiots utiles »...

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Extrait

Extrait ajouté par juliendu08000 2014-02-10T15:11:17+01:00

Rebelle

Ne me demande pas où je suis né, où j'ai grandi. Je hais mon pays d'origine, au point que son nom même m'est odieux. Excellents lycées, universités de haut niveau, famille qui a favorisé mes études, oui, concerts, théâtres, cinémas à volonté, oui, conversations brillantes, remuement d'idées glanées aux quatre coins de la planète, sentiment d'être au centre du monde, oui encore, mais négation de ce qui touchait au fond même de mon être. Musellement, mépris, mise au ban de ma vraie personnalité. J'ai grimacé le temps qu'il a fallu pour obtenir mes diplômes et m'assurer une carrière, mais, d'avoir dû me contrefaire ainsi jusqu'à vingt, vingt et un ans, explique sans doute les voies tortueuses que j'ai suivies ensuite. Ce déni de justice subi pendant les années décisives, cet ostracisme dont j'ai été frappé si longtemps ont orienté le reste de ma conduite.

Tout enfant, avant même de savoir contre qui je me dressais, au nom de quelles exigences, ce que j'espérais de ma rébellion, j'ai cherché au moyen de quels actes stigmatisés par l'opinion je pouvais entrer en dissidence. A dix ans, je volai une pomme chez le fruitier ; à douze ans, un album sur l'art grec chez le libraire ; à quinze ans, je trichai à mon premier examen, habitude que j'ai gardée le reste de ma vie étudiante, jusqu'au concours de sortie. J'aurais très bien pu acheter la pomme, j'avais assez d'argent de poche pour payer le libraire. Quant aux épreuves, je m'y étais si bien préparé que, par mes propres moyens, j'aurais obtenu les mêmes notes que celles que m'a procurées la fraude. J'avais besoin de voler, besoin de frauder, besoin d'affirmer ma haine et mon mépris du système par lequel je me sentais haï et méprisé.

Qui nous gouvernait, grands dieux ! Dans une composition pour le professeur de français, en réponse aux questions posées : «Qu'est-ce qu'être pour vous un bon citoyen ? Comment concevez-vous vos rapports avec les autorités ? Y a-t-il des circonstances où vous envisageriez de leur désobéir ?», j'avais écrit (alors que M. Lacaze nous demandait de prendre position sur les coups d'État et l'installation de régimes autoritaires en Italie et au Portugal, événements qui bouleversaient alors l'opinion) : «Si je suis obligé, sous la pression d'une loi faite à sens unique et injuste, de renoncer à une action qui pour moi est juste, si on me condamne à m'abstenir de ce qui m'est dû, j'obéis par force aux autorités de mon pays, je suis forcé de leur obéir, mais dans mon for intérieur je fais opposition à cette injustice.»

Mon français était mauvais, lourd, embrouillé, tout ce qu'on veut, mais ce style ne péchait point par la faute qui lui fut reprochée. Mon professeur, marié et père de trois enfants dont le plus jeune était mon camarade de classe, barra d'abord les deux verbes «faire», la répétition de «juste», «injuste» et «injustice», la redondance d'«obéir par force, forcé d'obéir», puis, saisi de fureur devant l'accumulation de ces redites, raya d'un trait de plume la phrase entière. Il se défoula dans la marge, par ce qui lui parut être une leçon de bonne langue.

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Date de sortie

On a sauvé le monde

  • France : 2014-01-03 (Français)

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Note globale 6 / 10

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