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Paradise Beach



Description ajoutée par Xtra 2016-10-20T10:49:10+02:00

Résumé

Que feriez-vous si, frappé par le malheur depuis des années, on vous donnait un jour la chance de vous évader sur une île paradisiaque?

L'enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on. Le paradis serait-il alors jalonné de mauvaises?

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Classement en biblio - 3 lecteurs

Extrait

Extrait ajouté par Xtra 2016-10-20T11:12:22+02:00

Préambule

Albanie.

Hameau de Kureshi au sud de Burrel.

1999.

La vallée avait l’aspect d’un village d’avant-guerre avec ses bicoques aux toitures déformées par le temps.

N’importe quel individu aurait cru traverser une bourgade fantôme s’il n’y avait eu ça et là, des gens affairés à leurs tâches familières. Un homme coupait les branches d’un arbre et les débitait en bûches comestibles pour poêle à bois. L’air bourru et renfrogné, il était vêtu d’une tenue de camouflage empruntée au cadavre d’un soldat tombé pour la patrie.

Une vieille dame arpentait courageusement l’irrégularité des pavés de sa cour, un panier à linge au bout des bras.

Le terrain graveleux foisonnait de détritus et d’herbes sauvages. D’aucuns se seraient empressés de le pulvériser à coup de désherbant. Cela démontrait à

quel point la pauvreté renvoyait à l’essentiel, aux gestes simples : manger, boire, se vêtir, se loger, se chauffer.

Survivre à l’insurmontable.

Parfois, le calme ambiant se voyait entrecoupé de bruits sourds provenant de derrière l’horizon vallonné.

En tendant l’oreille, le bruit saccadé des armes automatiques rappelait à qui voulait l’entendre le désarroi exsudé par la population des Balkans. Par la force des choses et des ethnies, les voisins, les frères d’antan, étaient devenus des parias, des monstres sanguinaires à exterminer coûte que coûte.

Mais d’autres fois, les bruits les plus étranges

émanaient de la ferme...

Les autochtones s’en accommodaient. L’argent détenait l’alchimique pouvoir de tout rendre tolérable.

C’est pourquoi quelques valeureux citoyens jouaient eux-mêmes le rôle de service d’ordre.

Le chef était toujours généreux envers les âmes obéissantes.

En contrebas d’un sentier, une maison précédée d’une basse-cour dans laquelle picoraient quelques maigres poules, croupissait devant les assauts répétés d’une météo indignée.

Sous une pluie battante, un homme d’une petite trentaine d’années au visage fermé et au crâne soigneusement rasé observait le bocage tout proche avec la constance d’une hyène affamée.

Il avisa son supérieur en surplomb :

— Ça se rapproche, dit-il avec un accent très marqué en provenance des pays de l’Est.

L’œil mauvais, il opéra un demi-tour et planta sa paire de bottes réglementaires dans une boue épaisse, charriée par des semaines d’irrigation persistante.

Barbouillés d’un jaune écœurant, les murs de l’exploitation transformée pour l’occasion en clinique de fortune conserveraient à jamais la trace indissoluble de la guerre. Un conflit civil qui, malgré l’intervention musclée de l’OTAN, tournait un peu plus chaque jour au règlement de compte.

Les impacts de projectiles avaient balafré ce qui fut jadis une modeste demeure agricole. Mais ce qui s’y déroulait aujourd’hui déboucherait sous peu sur un monde transformé.

Une nouvelle détonation perturba la relative accoutumance des villageois.

Le maître et son acolyte se figèrent à l’instar de quelques autochtones. Cela provenait de l’intérieur.

Avait-on laissé choir une fiole à essais ? Non, le bruit aurait été moins tonitruant, plus cristallin. Une fuite sur un bec Bunsen alors ? Non plus, car la déflagration aurait soufflé une partie de la maison, leur donnant alors l’occasion de réhabiliter ces murs et de les recouvrir d’une chose moins hideuse que cet horrible

épiderme jaunet. Qui d’ailleurs avait bien pu avoir l’idée saugrenue de peindre cette bâtisse de la sorte ?

De toute évidence et par méthodologie éliminatoire, le problème arrivait tout droit d’une arme à feu. Il grimaça. Perdre un nouveau sujet ralentirait encore les recherches. Il n’avait surtout pas besoin de ça en ce moment. Les conflits ethniques engendraient, certes, leur potentiel de matière première, mais il ne fallait pas gaspiller au risque d’attirer l’attention des instances internationales et de passer pour un criminel de guerre. Il allait devoir sévir auprès de ses subalternes.

Certains se montraient parfois tatillons et usaient de leur position dominante pour obtenir ce qu’ils voulaient. Le recrutement de personnel hautement qualifié était à ce prix. Peu d’entre eux acceptaient un boulot aux antipodes de la déontologie.

Il pouvait par contre, compter sur les services d’ex-professionnels qui, pour une raison ou pour une autre, n’avaient plus le droit d’exercer. Les dérapages étaient par voie de conséquence fréquents. Après tout, les plus grands de ce monde prenaient tôt ou tard d’énormes risques pour faire avancer les choses. Ainsi put-on bénéficier de l’énergie nucléaire ou des moyens de transport aéroportés. Et dans le cas présent, les choses valaient tous les sacrifices du monde. Pasteur lui-même avait fait le pari de mettre la vie d’un enfant en jeu dans sa course aux antibiotiques. Or ici, les enjeux dépassaient de loin la simple quête de champignons bactéricides.

Il y eut du mouvement : deux silhouettes s’échappèrent par la porte de service et disparurent derrière un bosquet de buissons et d’herbes hautes.

Les membres du personnel n’auraient jamais ressenti le besoin de se faufiler entre les brins de végétation pour sortir du périmètre. Les patients, oui !

Par voie de déduction, si des patients se mettaient à

prendre la poudre d’escampette au déclenchement d’un coup de feu, il y avait de fortes présomptions pour qu’un drame se soit produit entre les deux clans :

soignés contre soigneurs.

Trois personnes surgirent au-dehors. Cette fois, il s’agissait de collègues lancés à la poursuite des fuyards.

Des cris retentirent, des menaces proférées dans une langue balkanique aborigène.

Le leader s’activa, attisé par l’imminence de contrariétés.

— Font chier, putain !

Il foula le sol en quelques enjambées et gagna rapidement l’antre des opérations pendant que le

« gus » à l’accent prononcé continuait de surveiller les alentours.

La porte était ouverte. Des objets communs jonchaient le sol : une horloge murale, un vase morcelé. Une fois le vestibule franchi, il s’aventura dans une pièce dévolue à l’accueil de visiteurs. On eut dit une sorte de réception agrémentée d’une table de réunion et de sièges dépareillés, le tout disposé à la va-vite sur un sol recouvert de parquet usagé. Dans ce pays au bord de l’asphyxie, il se targuait de régner en prince au royaume de la débrouille.

La traversée du local déboucha sur un corridor parsemé de portes d’accès vers les niveaux supérieurs et inférieurs.

L’eau ruisselait sur son crâne dénudé. Elle dégoulinait de ses joues pour former un ruisselet au niveau du menton. Là, la force de gravité accomplissait son devoir et le goutte-à-goutte régulier terminait sa course folle à même le cuir de ses chaussures de randonnée.

D’instinct, il sut vers quel endroit se précipiter.

L’escalier le mena en un lieu où seuls les membres du staff avaient une bonne raison de résider. Des casiers cadenassés recouvraient cloisons et corridor comme on aménage un vestiaire de lycéens. Il pénétra ce dédale d’emboîtements métalliques avec adresse et bifurqua jusqu’à la salle des miracles.

On la dénommait comme telle depuis peu. Une façon d’honorer le génie de cette poignée de scientifiques décalés. Mais en fonction de ce qui s’y déroulait parfois, cet endroit portait aussi un autre substantif, moins honorifique. Ainsi, selon le terme d’usage en langage albanais, l’appelait-on également

« Nekropol ». Le sacrifice de quelques-uns, au bénéfice du plus grand nombre.

La pièce était aseptisée, dénuée de toute biologie microbienne habituelle, de toute interaction du vivant telle que Dieu ou le hasard l’avait conçu. Un monde, où seuls les organismes prédisposés avaient le pouvoir d’ingérence. Le corps humain s’y voyait répertorié en divers éléments : des fragments respiratoires, des constituants moteurs, des principes vasculaires et des modules cérébraux.

Non loin de là, un corps gisait sur le sol. Le cœur du meneur fit un bond dans sa cage thoracique.

— Oh non !

Son ami de toujours, son mentor, l’homme sans qui rien n’aurait été possible se tenait inerte, écroulé dans une pose improbable. Il avait dû tomber lourdement à

la renverse sans pouvoir réagir à l’impact. Un filet sanguinolent s’écoulait de sa chevelure.

Il se précipita. Peut-être n’était-il pas trop tard ? La quantité réduite d’hémoglobine le laissait supposer. En chutant, l’homme devait s’être simplement cogné la tête, car aucune autre blessure n’apparaissait ailleurs.

Avec minutie, il poussa le corps de façon à lui tâter le dos en quête d’une éventuelle autre hémorragie.

Rien. Il scruta les jambes, les bras, le bassin, la seule et unique coulée de sang émanait du crâne du malheureux. Il l’examina plus attentivement. L’os avait subi des dommages. De gros dommages. En retirant sa main, il sentit le liquide parsemé d’esquilles et de matières grisâtres étalées dans sa paume.

Tout était perdu. Le cerveau de l’opération venait de disparaître à jamais et avec lui, l’espoir de voir un jour prochain s’accomplir le plus vieux rêve de l’humanité.

Anéanti, il ne chercha même pas à rattraper les meurtriers. De toute façon, ils étaient déjà loin. Si les employés partis à leur poursuite ne résolvaient pas le problème prestissimo, des tas de gens allaient rappliquer, alerter les Casques bleus, faire un ramdam de tous les diables et annihiler l’oeuvre de toute une vie. Il allait falloir abandonner la position, nettoyer les preuves et s’évanouir dans la nature.

L’homme se laissa chanceler contre le plâtre aux côtés de son ami. Il rassembla ses genoux pour y enfuir son visage dévasté. Pantelant, il sentit la lourdeur de ses bras peser sur la volonté de vaincre et s’en remit à la providence. Ses mains glissèrent de part et d’autre de sa personne pour terminer sur le plancher. Les doigts de sa main droite frôlèrent ceux du défunt. Résolu à

lui adresser un dernier au revoir, il agrippa les phalanges inanimées et les serra fort contre lui, comme si la force était une démonstration de son affliction.

— Adieu Vladimir, décrocha-t-il au bout d’une longue inspiration, vous me manquez déjà.

Défait, il relâcha doucement la pression et de l’autre main, enveloppa le poing figé de son ami. Un dernier contact, une dernière preuve d’amitié.

Mais quelque chose n’allait pas. Le cadavre ne réagissait pas comme il le devait. Au toucher, la peau semblait correctement vascularisée et il parvenait presque à y déceler des pulsations. Impossible !

Saisi de stupéfaction, le maître ouvrit sans ménagement la chemise du moribond. Les boutons valsèrent dans toutes les directions. Il plaqua son oreille sur le torse ainsi mis à nu et se mit à l’affût de la plus infime manifestation cardiaque. C’était infinitésimal. Aussi peu évident que de percevoir les pas d’un puceron sur une feuille de laitue. Toutefois, un battement avait bel et bien cours. Collant deux doigts impérieux sur la carotide du mourant, il cessa sur-le-champ toute autre forme d’activité.

Vladimir était toujours en vie !

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Commentaires récents

Commentaire ajouté par nostralife 2017-09-01T23:57:26+02:00

Etonnée : pourquoi diable un livre aussi épais et lourd (en poids)? Pourquoi l'éditeur a-t-il opté pour du "papier bouffant" pour un livre aussi étoffé en pages? Ce type de papier "grossit" l'épaisseur du livre, or dans ce cas ce n'était vraiment pas nécessaire. Résultat : cela rend la tenue du livre en mains (avec "s" parce qu'on a bien besoin des deux mimines) très inconfortable....

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Commentaire ajouté par Xtra 2016-10-20T11:09:52+02:00
Diamant

Une amie m'a dit un jour que ce roman vous arrache les tripes ! ce n'est pas faux...

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