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Commentaires de livres faits par Platypus

Extraits de livres par Platypus

Commentaires de livres appréciés par Platypus

Extraits de livres appréciés par Platypus

Les plus récents d'abord | Les mieux notés d'abord
date : 15-02
SPOILER
Nos étoiles contraires, chapitre 25, page 324, LETTRE DE GUS


Van Houten,

Je suis quelqu’un de bien, mais j’écris comme un pied. Vous n’êtes pas quelqu’un de bien, mais vous écrivez remarquablement. On fait une bonne équipe. Je ne veux pas vous demander ça comme un service mais, si vous avez du temps -et d’après ce que j’ai constaté, vous en avez beaucoup-, je me demandais si vous pouviez écrire l’éloge funèbre d’Hazel. J’ai pris des notes, mais j’aimerais que vous fassiez quelque chose de cohérent ou même que vous m’indiquiez ce que je dois changer.

Le truc important chez Hazel, c’est ça : à peu près tout le monde est obsédé par l’idée de laisser une trace derrière soi, de léguer un héritage, de survivre à sa mort, de marquer les mémoires. Je n’échappe pas à cette règle. Ce qui m’inquiète le plus, c’est de devenir une énième victime oubliée de cette vielle guerre sans gloire contre la maladie.

Je veux laisser une trace.

Sauf que, Van Houten, les traces que les homme laisse sont souvent des cicatrices. On construit un centre commercial hideux, on fomente un coup d’État, on devient une rock star en se disant : « On se souviendra de moi », mais a) on ne se souviendra pas de nous et b) on ne laisse derrière nous que de nouvelles cicatrice. Le coup d’État mène à une dictature, le centre commercial devient une lésion urbaine.

(D’accord, je n’écrit peut-être pas si mal que ça, mais je n’arrive pas à rassembler mes idées, Van Houten. Mes pensées sont des étoiles qui ne veulent plus former une constellation.)

Nous sommes comme une meute de chiens qui pissent dans des bouches d’incendie. On empoisonne la terre avec notre pisse toxique, pour marquer « À moi » partout et sur tout, dans l’espoir ridicule de survivre à notre mort. Je ne peux pas m’empêcher de pisser sur les bouches d’incendie. Je sais que c’est idiot et inutile -ô combien inutile dans mon état-, mais je suis un animal comme les autres.

Hazel est différente. Elle se déplace avec légèreté, mec. Elle effleure le sol de ses pas. Hazel connaît la vérité : on a autant de chance de nuire à l’univers qu’on en a de l’aider, et on n’est pas près de faire ni l’un ni l’autre.


Certains pourraient trouver triste qu’elle laisse une plus petite cicatrice que les autres, qu’on se souvienne moins d’elle, qu’elle ai été aimée profondément mais par peu de gens. Mais ce n’est pas triste, Van Houten. C’est glorieux, c’est héroïque. N’est-ce pas justement ça, le véritable héroïsme ? Comme disent les médecins : « Avant tout, ne pas nuire. » De toute façon, les véritables héros ne sont pas les gens qui remarquent les choses, qui y prête attention. Le type qui a inventé le vaccin contre la variole n’a rien inventé du tout. Il a juste remarqué que les gens qui avaient la variole bovine n’attrapaient pas la variole.

Après mon PET scan, quand j’ai su que j’avais des métastases partout, je me suis faufilé en douce dans le service des soins intensifs et je l’ai vue alors qu’elle était inconsciente. Je suis entré derrière une infirmière et j’ai réussi à rester dix minutes près d’elle avant de me faire choper. J’ai vraiment cru qu’elle allait mourir avant que je puisse lui dire que j’allais mourir aussi. C’était terrible : la litanie incessante des machines de soins intensifs, l’eau sombre et cancéreuse qui s’écoulait de son torse, les yeux fermés, l’intubation, mais sa main restait sa main, toujours chaude, les ongles vernis en bleu foncé presque noir. Je lui ai tenu la main en essayant d’imaginer un monde sans nous. Et, l’espace d’une seconde, j’ai fait preuve d’assez d’humanité pour espérer qu’elle meure, afin qu’elle ne sache jamais que j’allai mourir aussi. Mais ensuite, j’ai voulu plus de temps pour qu’on puisse tomber amoureux l’un de l’autre. Mon vœu a été exaucé. J’ai laissé ma cicatrice.

Un infirmier est entré et m’a dit de partir, les visitent n’étaient pas autorisées. Je lui ai demandé comment elle allait, et il a répondu : « Elle continue à prendre l’eau. » Une bénédiction pour le désert, une malédiction pour l’océan.

Quoi d’autre ? Elle est si belle qu’on ne se lasse pas de la regarder. Ça ne vous ennuie jamais qu’elle soit plus intelligente que vous : parce que vous savez qu’elle l’est. Elle est drôle sans jamais être méchante. Je l’aime. J’ai tellement de chance de l’aimer, Van Houten. Dans ce monde, mec, ce n’est pas nous qui choisissons si on nous fait du mal ou non, en revanche on peut choisir qui nous fait du mal. J’aime mes choix. J’espère qu’elle aime les siens.
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Je les aime, Augustus.
Je les aime.
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AVERTISSEMENT : L'extrait est trop long pour être mis entièrement en spoiler. Désolé.

Le cercle des 17 tome 2, chapitre 49, page 455, RETOUR DE L’ÉLECTRICITÉ

Le tapis roulant m’entraînait lentement vers la porte ouverte qui donnait sur le bol. Plus le seuil approchait, plus les cris du millions de rats m’assourdissaient. C’était autrement pire que la première fois, dans le couloir. Je ne saurai décrire la terreur que m’inspirait ce bruit. Cela dit, une fois, j’avais entendu quelque chose qui s’en approchait. Ostin l’avait fait écouter un reportage radio télécharger sur le Net : des scientifiques russes réalisant d’important forages en Sibérie avaient enregistré des sons provenus de l’enfer. Cet enregistrement était un canular, mais si l’enfer existe réellement, il ne peut pas être pire que le bol : les cris d’un million de rats affamés qui bondissent les uns sur les autres pour me dévorer vivant.Leur puanteur seule était une torture, j’en avais déjà des haut-le-coeur.
Le tapis roulant progressait très lentement, comme le petit train des montagnes russes avant le premier plongeon. Mon coeur s’emballait sous l’effet de l’adrénaline. Mon esprit et mon corps s’engourdissaient. J’aurait tout donné pour m’évanouir.
Mais là, j’ai senti autre chose. Au moment où mes pieds traversaient la porte, ils ont commencés à me démangé. Grave. Et a mesure que le reste de mon corps suivait, la sensation se propageait. « Qu’est-ce qu’il m’arrive ? » À mon grand étonnement, j’ai pu relever mes pieds. Un vague d’énergie déferlait sur moi. Bien sûr ! Je me retrouvait au-dessus du plus vaste champ électrique jamais crée : des millions de kilowatts bombardaient mon corps. Le RESAT qui me pompait mon énergie ne pouvait gérer un tel courant. Un millier de boîtiers n’y auraient pas suffi.
Au moment où ma poitrine allait franchir l’ouverture, j’ai pu me rasseoir et regarder en contrebas. Mes pieds commençaient à luire. Plus bas, par contre, ç’était l’horreur. Tant qu’on a pas vu les rats, on ne peux pas imaginer la terreur que cet océan suscite. Les cris sont montés en intensité quand les bestioles m’ont aperçu ; une vague de rongeurs roulait vers moi.
Mes cuisses luisaient à présent. Je forçais sur mes liens. Impossible de les arracher pour l’instant, mais j’absorbais toujours de l’électricité. Ma tête a passé le seuil, j’ai plongé mon regard au bas du toboggan. Là où j’étais censé finir. J’attendais la chute, mais elle ne venait pas. Je ne glissais plus. Forcément ! J’avais retrouver mon magnétisme, en cent fois plus puissant : je collais le métal.
Le RESAT a émit un son perçant avant d’exploser. Ma peau était aussi brillante qu’une ampoule à incandescence. Je restais allongé sur le toboggan, quelques mètres après la porte, immobile et plus lumineux chaque secondes. Jamais je n’avais lui autant. Petit coup d’oeil à mes pieds : ils étaient aveuglants. Je ne m’étais pas simplement défais de mes liens : ceux-ci avaient carrément disparu. J’ai soulevé le RESAT de ma poitrine et je l’ai jeté sur la grille.
Des cris ont retenti de l’interphone de la salle d’exécution. Le toboggan à alors commencé à s’abaisser. Je me disais que, puisque je n’allais pas aux rats, les Elgen allaient amener les rats jusqu’a moi. La trappe s’est refermée dans mon dos et le toboggan a poursuivi don mouvement jusqu’a me placer à un mètre de la grille. Les rats affamés se sont mis à bondir sur le toboggan, tel un torrent inversé.
Je m’était déjà retrouver couvert de rongeurs -dans le couloir- mais c’avait été différent. Le bol était conçu pour amasser l’énergie et la diriger vers un collecteur : j’étais devenu le nouveau point de concentration, j’attirais l’énergie pure d’un million de rats.
Les premiers ne m’ont pas approché à deux mètres qu’ils ont pris feu comme des météores pénétrant dans l’atmosphère terrestre. J’étais de plus en plus électrique. Un éclair. De l’énergie pure. Soudain, je ne brûlais plus les rats, je les vaporisais. Pour la première fois de ma vie, je me sentais plus électrique qu’humain. Allais-je me vaporiser moi aussi ?
Quand les rouleaux métalliques sur lesquels je me trouvais ont commencé à luire, je me suis relevé et dirigé sans précipitation vers le bas du toboggan. Les rats se carapataient déjà, comme fuyant un navire en flammes. J’ai posé les deux pieds sur la grille et me suis tourné vers la fenêtre d’observation. Hatch se pressait contre la vitre. Malgré ses lunettes, je lisais la stupeur sur son visage. Ses « enfants » se tenaient près de lui -Tara, Quentin, Torstyn, Bryan et Kylee-, avec une bonne dizaine de gardes derrière. Je me suis rapproché pour mieux les voir.
Puis j’ai formé une boule d’électricité dans ma main et je l’ai projetée droit sur Hatch. Celui-ci s’est jeté à terre, immédiatement imité par le reste du comité. La boule à explosé contre le verre épais, y creusant un trou dans lequel la voiture de ma mère aurait pu passer. Quand s’est dissipé, seule la tête de Torstyn apparaissait. J’ai formé une autre boule.
-Hé, le gros dure, ai-je interpellé le garçon. On se fait un tennis ?
Il s’est enfui.
J’ai alors constaté que les rats ne produisaient plus le même bruit. Je me suis retourner. Ils étaient massés à l’autre bout du bol. Des centaines d’entre eux gigotaient sur le dos. Une alarme a soudain retenti. La couleur du bol se modifiait sous mes yeux. Le bol chauffait. Moi-même, malgré ma condition, je percevait sa chaleur. Tout autour de moi, les rats mouraient par milliers. « C’est moi qui fait ça ? » Les rongeurs ont commencé à s’enflammer, comme des peluches balancées dans un brasier. Une voix féminine robotisée à retentit à travers la bol :
-Alerte. Protocole d’évacuation. Fonte du bol imminente.
Pas envie de rester pour assister au spectacle. J’ai couru vers le bord et sauté par-dessus une gouttière d’un mètre, mon magnétisme le scotchant à la paroi métallique.
C’est alors que le courant a sauté.
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Gardiens des Cités Perdues, chapitre 8, page 67, avec Sophie, Bronte, Kenric, Oralie et Alden

-Vous pensez être le seul membre de cette assistance à faire preuve de bon sens, annonça-t-elle. Et vous en avez assez de regarder Kenric dévorer Oralie des yeux.
-J’en déduis qu’elle a vu juste ? demanda Alden, qui s’efforçait de masquer son amusement.
Bronte acquiesça, tout à la fois furieux, contrarié et incrédule.
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Gardiens des Cités Perdues, chapitre 7, page 64, avec Sophie, Fitz, et autres…

-Vous mangez des animaux ? demanda Fitz, comme s’il s’était agi de déchets toxiques.
Sophie acquiesça, puis se sentit affreusement mal à l’aise devant sa grimace.
-J’en déduis que les elfes sont végétariens.
Tous hochèrent la tête.
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Gardiens des Cités Perdues, chapitre 7, page 60, avec Sophie, Alden et Fitz

-En quoi ce test va-t-il déterminer mon avenir, exactement ?
-Ils vont s’assurer que tu as les capacités requises pour aller à Foxfire.
-Foxfire ? Ce n’est pas une type de champignon bioluminescent ?
Alden éclata de rire. Fitz, lui, parut offensé.
-Il s’agit de notre plus prestigieuse académie.
-Et vois lui avez donné un nom de champignon ?
-Ce terme symbolise une lueur éclatante dans un monde de ténèbres.
-Oui, mais… une lueur qui émane d’un champignon.
Fitz leva les yeux au ciel.
-Tu vas arrêter avec tes champignon, oui ? Seuls les plus talentueux passent la sélection de Foxfire, et si tu n’intègre pas cette académie, tu peux dire adieu à ton avenir.
Alden posa la main sur l’épaule de Sophie.
-Je te pris de bien bouloir excuser mon fils. Il est très fier d’aller à Foxfire, une réussite indéniable. Mais tu n’as pas à t’inquiéter. Les premiers niveaux servent plutôt à tâter le terrain, à voir quels élèves développent les capacités nécessaires à la poursuite des études.
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date : 15-02
Divergente 1, chapitre 2, page 18, TEST D’APTITUDES


Elle pose une électrode sur sa propre tempe et y accroche un fil, puis hausse les épaules.
-Maintenant, il me rappelle que j’ai trouvé en moi les ressources pour surmonter cette peur.
Tori passe derrière moi. Je serre les accoudoirs si fort que mes jointures blanchissent. Elle tire d’autre fils, en fixe sur moi, sur elle, sur la machine, puis me tend une fiole remplie d’un liquide transparent.
-Bois.
Qu’est-ce que c’est ? Qu’es ce qui va se passer ?
J’ai la gorge nouée et du mal à avaler ma salive.
-Ça, je ne peux pas te le dire. Mais ne t’inquiète pas, fait moi confiance.
J’expulse l’air de mes poumons et je verse le contenu de la fiole dans ma bouche. Mes yeux se ferment.

+++

Lorsqu’ils se rouvrent quelques secondes plus tard, je me trouve ailleurs. Je suis de retour à la cafétéria, mais les longues tables sont inoccupées et je voit de la neige tomber dehors à travers les panneaux vitrés. Sur la table devant moi, il y a deux paniers, contenant l’un un morceau de fromage, l’autre un couteau long comme mon avant-bras.
Derrière moi, une voix de femme m’ordonne:
-Choisis.
-Pourquoi ?
-Choisis.
Je regarde par-dessus mon épaule, mais il n’y a personne. Je me tourne de nouveau vers les paniers.
-Qu’es-ce que je doit faire avec ?
-Choisis, braille-t-elle.
Le fait qu’elle me crie dessus à chassé ma peur n’a réussi qu’à me braquer. Je croise les bras en serrant les dents.
-Comme tu voudras, dit-elle.
Les paniers disparaissent. Une porte grince et je me retourne pour voir qui vient d’entrer. Ce n’est pas “qui” mais plutôt “quoi”: un chien au museau allongé, qui se tient à quelques mètres de moi. Il s’aplatit au sol, retrousse ses babines et s’approche lentement. Un grognement sourd monte de sa gorge, et je comprend à quoi aurait pu me servir le fromage. Ou le couteau. Malheureusement, il est trop tard.
Je pourrais essayer de m’enfuir; mais il serait plus rapide que moi. Je ne peux pas le plaquer au sol. Je sens des coups de pilon sur ma tête. Je dois me décider. Si j’arrive à sauter par-dessus une table et à la prendre comme bouclier… Non, je suis trop petite pour sauter par-dessus, et pas assez forte pour la renverser.
L’animal montre les crocs avec un grognement qui me semble résonner jusque dans mon crâne.
Dans mon livre de biologie, on explique que les chiens peuvent détecter l’odeur de la peur parce qu’en situation de stress, nous sécrétons un produit chimique identique à celui que dégage leurs proies. C’est l’odeur de cette substance qui les incite à attaquer.
Le cerbère s’approche de moi peu à peu, en raclant le carrelage de ses griffes.
Je ne peux pas m’enfuir. Je ne peux pas me défendre. Il n’y a pas de blanc dans ses yeux, rien qu’une lueur sombre.
Qu’est-ce que je sais d’autre sur les chiens ? Qu’il ne faut pas les regarder en face. C’est un signe d’agression. Je me rappelle que quand j’étais petite, j’ai voulais un. Maintenant, les yeux rivés par-terre entre les pattes de celui-là, je serait bien en peine de dire pourquoi. Il se rapproche toujours, sans cesser de gronder. Si le fixer est un signe d’agression, quel est le signe de soumission ?
Ma respiration est bruyante, mais régulière. Je me laisse tomber à genoux. M’allonger devant ce chien -avec le visage au niveau de ses crocs- est bien la dernière chose que j’ai envie de faire, mais c’est ma meilleur chance. Je me couche à plat ventre, jambes tendues, en appui sur les coudes. Il s’approche encore, toujours plus près, jusqu’à ce que je respire son haleine chaude et fétide. J’essaie de ne pas penser à ce qu’il a put manger. J’ai les bras qui tremblent.
Il m’aboie dans l’oreille et je serre les dents pour ne pas crier.
Soudain, je sens quelque chose de râpeux et d’humide sur ma joue. Il a cessé de gronder, et quand je relève la tête pour le regarder, il halète. Il m’a léché le visage. Je fronce les sourcils et je m’accroupis. Le chien pose ses pattes sur mes genoux et me lèche le menton. Avec un mouvement de recul, j’essuie la bave sur ma joue et je ris.
-Tu n’est pas si méchant, au fond…
Je me relève lentement, pour ne pas le surprendre, mais on ne dirait plus la même bête qu’il y a quelques instants. J’approche une main, assez prudemment pour pouvoir la retirer au cas où. Il tend la tête et vient s’y frotter. Finalement, je suis contente de ne pas avoir choisis le couteau.
Je cligne des yeux et quand je les rouvre, il y a une petite fille en robe blanche à l’autre bout de la salle. Elle tend mes mains en piaillant:
-Chien !
Elle accourt vers nous et j’ouvre la bouche pour l’avertir, trop tard. Le chien l’a vue. Aussitôt, il aboie en montrant les crocs et bande ses muscles comme des ressorts, prêt à bondir. Sans réfléchir, je saute sur lui en refermant mes bras autour de son cou.
Ma tête heurte le sol. Ils ont disparu. Je suis seule dans la salle de test. Je tourne lentement sur moi-même, mais il n’y a plus de miroirs pour me renvoyer mon reflet. J’ouvre la porte et je sort dans le couloir… qui n’est plus un couloir. Me voilà dans un bus, où toutes les places sont prises.
Je reste dans l’allée en me tenant à une barre. Assis à côté de moi, un homme lit son journal, qui lui masque le visage. Mais je vois ses mains, crispées sur le papier comme si il voulait le déchirer; elles sont couvertes de cicatrices, comme des brûlures.
-Tu connais ce type ? me demande-t-il.
Il tapote du doigt la photo qui illustre l’article de la première page. Le titre annonce: « Un violent meurtrier enfin arrêté. » Je fixe le mot ‘meurtrier’. C’est un mot que je n’est pas vu depuis longtemps, et le seul fait de le lire me remplit d’effroi.
Sous le gros titre, la photo montre un homme jeune, barbu, tout ce qu’il y a d’ordinaire. Sa tête me rappelle quelqu’un, sans que je puisse dire qui. Et au même moment, je songe que ce ne serait pas un bonne idée de l’avouer au type du bus.
-Alors ? tu le connais ?
Il y a de la colère dans sa voix.
Ce serais même un très mauvaise idée. Mon coeur bat à tout rompre et je serre la barre pour empêcher mes mains tremblantes de me trahir. Si j’admets que je connais peut-être l’homme de la photo, il va m’arriver quelque chose d’horrible. Mais je peux aussi lui faire croire le contraire. Je peux m’éclaircir la voix et hausser les épaules… sauf que ce serait un mensonge.
Je m’éclaircit la voix.
-Alors ? répète-t-il.
Je hausse les épaules.
-Eh bien ?
Un frisson me parcourt de la tête aux pieds. Ma peur est irrationnelle; ce n’est qu’un test, pas la réalité.
-Non, dis-je d’un ton détaché. Jamais vu.
Il se lève et je découvre enfin son visage. Il porte des lunettes de soleil et sa bouche est tordue dans un rictus. Comme ses mains, une de ses joues est couturée de cicatrices. Il se penche vers moi. Son haleine sent le tabac.« Ce n’est pas la réalité, me répété-je, pas la réalité. »
-Tu mens, me lance-t-il. Tu mens !
-Non, je ne mens pas.
-Je le vois dans tes yeux.
Je me redresse.
-Ce n’est pas vrai.
-Si tu le connais, reprend-il à voix basse, tu peux peut-être me sauver. Me sauver !
Je plisse les yeux.
-Eh bien, je ne le connais pas.

(Chapitre 3, suite)
Je me réveille avec les mains moites, oppressée par un sentiment de culpabilité. Je renverse la tête en arrière et je vois Tori en train d’enlever les électrodes de nos tempes, la bouche crispée. J’attends qu’elle fasse un commentaire; qu’elle dise que c’est terminé, ou que je m’en suis bien sortie, même si il ne s’agit pas de réussir ou de rater dans un test comme celui-là. Mais elle continue à retirer les fils en silence.
Je me penche en avant pour m’essuyer les mains sur mon pantalon. J’ai dû commettre une erreur quelque part, même si tout cela ne s’est passé que dans la tête. Cette drôle d’expression qu’affiche Tori, est-ce parce qu’elle ne sait pas comment me dire quelle horrible personne je suis ? Je préfère encore qu’elle exprime le fond de sa pensée.
-C’est assez troublant, déclare-t-elle enfin. Excuse-moi, je reviens.
Troublant ?
Je replis les genoux contre ma poitrine pour y enfouir mon visage. Si seulement j’avais envie de pleurer, je me sentirais peut-être soulagée; mais non. Comment peut-on échouer à un test auquel on a pas le droit de se préparer ?
Les minutes passent et je suis de plus en plus nerveuse. Je dois m’essuyer les mains toutes les dix secondes parce que je ne cesse de transpirer. Ou peut-être simplement pour me calmer. Et si on me disait que je ne correspond à aucune faction ? Je devrais vivre dans la rue, avec les sans-faction. Je ne peux pas. Vivre sans faction n’implique pas seulement de vivre dans la pauvreté et l’inconfort; c’est vivre en marge de la société, coupé de ce qui compte le plus: la communauté.
Ma mère m’a dit un jour qu’on ne peut pas vivre seuls, mais que même si c’était possible, personne ne le voudrait. Sans faction, on n’a pas de but, pas de raison de vivre.
Enfin, la porte s’ouvre et Tori revient. Je crispe les doigts sur les accoudoirs.
-Désolée de te stresser, s’excuse-t-elle.
Elle se campe devant moi, les mains dans les poches. Elle est pâle et semble tendue.
-Beatrice, tes résultats ne sont pas concluants. En principe, chaque étape du test élimine une ou plusieurs factions. Mais dans ton cas, deux seulement on été exclues.
Je la regarde fixement.
-Deux ? dis-je, la gorge si serrée que j’ai du mal à parler.
-Si tu avais monté un dégoût instinctif pour le couteau et choisis le fromage, la simulation t’aurait fournit un autre scénario, qui aurait pu confirmer ton aptitude pour la faction des Fraternels. Comme tu ne l’a pas fait, ça exclut cette possibilité.
Elle se gratte la nuque et reprend:
-Normalement, la simulation suis une progression linéaire, et isole une faction en excluant les autres. Mais tes choix n’ont même pas permis d’éliminer les Sincères, la possibilité suivante, et j’ai dû changer la simulation pour te mettre dans le bus. Et cette fois, ta disposition à mentir a exclu les Sincères.
Elle esquisse un sourire.
-Ne t’en fais pas. Il n’y a que les Sincères qui disent la vérité dans celui là.
Je sens un poids en moins sur ma poitrine. Je ne suis peut-être pas si horrible que ça.
-Enfin, ce n’est pas tout à fait exact, reprend-t-elle. Ceux qui disent la vérité sont les Sincères… et les Altruistes. Ce qui complique les choses.
Ma mâchoire tombe.
-D’un côté, tu t’es jetée sur le chien plutôt que de le laisser attaquer la petite fille, ce qui est un réaction de type Altruiste… mais de l’autre, quand l’homme t’a dit que la vérité pouvait le sauver, tu as persisté a mentir. Et ça, ce n’est pas une réaction d’Altruiste.
Elle soupire.
-Le fait que tu n’aies pas fui devant le chien suggèrerait Audacieux. Mais logiquement, un Audacieux aurait pris le couteau. Ta réaction réfléchie devant le chien serait plutôt celle d’un Érudit. Je ne sais pas du tout comment interpréter ton indécision dans la première étape mais…
Je l’interromps:
-Attendez, ça veut dire que vous n’avez aucune idée de mes aptitudes ?
-Oui et non. Ma conclusion est que tu manifestes des aptitudes à parts égales pour Altruistes, Audacieux et Érudits. On appelle ceux qui obtiennent ce type de résultats…(Elle jette un coup d’oeil par-dessus son épaule, comme si elle craignait que quelqu’un arrive)… des Divergents.
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