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Le rêve du Jaguar

Sous les noirs acajous, les lianes en fleur,

Dans l'air lourd, immobile et saturé de mouches,

Pendent, et, s'enroulant en bas parmi les souches,

Bercent le perroquet splendide et querelleur,

L'araignée au dos jaune et les singes farouches.

C'est là que le tueur de boeufs et de chevaux,

Le long des vieux troncs morts à l'écorce moussue,

Sinistre et fatigué, revient à pas égaux.

Il va, frottant ses reins musculeux qu' il bossue ;

Et, du mufle béant par la soif alourdi,

Un souffle rauque et bref, d'une brusque secousse,

Trouble les grands lézards, chauds des feux de midi,

Dont la fuite étincelle à travers l'herbe rousse.

En un creux du bois sombre interdit au soleil

Il s'affaisse, allongé sur quelque roche plate ;

D'un large coup de langue il se lustre la patte ;

Il cligne ses yeux d'or hébétés de sommeil ;

Et, dans l'illusion de ses forces inertes,

Faisant mouvoir sa queue et frissonner ses flancs,

Il rêve qu'au milieu des plantations vertes,

Il enfonce d'un bond ses ongles ruisselants

Dans la chair des taureaux effarés et beuglants.

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L'albatros

Dans l'immense largeur du Capricorne au Pôle

Le vent beugle, rugit, siffle, râle et miaule,

Et bondit à travers l'Atlantique tout blanc

De bave furieuse. Il se rue, éraflant

L'eau blême qu'il pourchasse et dissipe en buées ;

Il mord, déchire, arrache et tranche les nuées

Par tronçons convulsifs où saigne un brusque éclair ;

Il saisit, enveloppe et culbute dans l'air

Un tournoiement confus d'aigres cris et de plumes

Qu'il secoue et qu'il traîne aux crêtes des écumes,

Et, martelant le front massif des cachalots,

Mêle à ses hurlements leurs monstrueux sanglots.

Seul, le Roi de l'espace et des mers sans rivages

Vole contre l'assaut des rafales sauvages.

D'un trait puissant et sûr, sans hâte ni retard,

L'oeil dardé par delà le livide brouillard,

De ses ailes de fer rigidement tendues

Il fend le tourbillon des rauques étendues,

Et, tranquille au milieu de l'épouvantement,

Vient, passe, et disparaît majestueusement.

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Les Elephants (extrait)

D'un point de l'horizon, comme des masses brunes,

Ils viennent, soulevant la poussière, et l'on voit,

Pour ne point dévier du chemin le plus droit,

Sous leur pied large et sûr crouler au loin les dunes.

Celui qui tient la tête est un vieux chef. Son corps

Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine

Sa tête est comme un roc, et l'arc de son échine

Se voûte puissamment à ses moindres efforts.

Sans ralentir jamais et sans hâter sa marche,

Il guide au but certain ses compagnons poudreux ;

Et, creusant par derrière un sillon sablonneux,

Les pèlerins massifs suivent leur patriarche.

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Le sommeil de Leîlah

Ni bruits d'aile, ni sons d'eau vive, ni murmures ;

La cendre du soleil nage sur l'herbe en fleur,

Et de son bec furtif le bengali siffleur

Boit, comme un sang doré, le jus des mangues mûres.

Dans le verger royal où rougissent les mûres,

Sous le ciel clair qui brûle et n'a plus de couleur,

Leïlah, languissante et rose de chaleur,

Clôt ses yeux aux longs cils à l'ombre des ramures.

Son front ceint de rubis presse son bras charmant ;

L'ambre de son pied nu colore doucement

Le treillis emperlé de l'étroite babouche.

Elle rit et sommeille et songe au bien−aimé,

Telle qu'un fruit de pourpre, ardent et parfumé,

Qui rafraîchit le coeur en altérant la bouche.

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Le colibri

Le vert colibri, le roi des collines,

Voyant la rosée et le soleil clair

Luire dans son nid tissé d'herbes fines,

Comme un frais rayon s'échappe dans l'air.

Il se hâte et vole aux sources voisines

Où les bambous font le bruit de la mer,

Où l'açoka rouge, aux odeurs divines,

S'ouvre et porte au coeur un humide éclair.

Vers la fleur dorée il descend, se pose,

Et boit tant d'amour dans la coupe rose,

Qu'il meurt, ne sachant s'il l'a pu tarir.

Sur ta lèvre pure, ô ma bien-aimée,

Telle aussi mon âme eût voulu mourir

Du premier baiser qui l'a parfumée !

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La fille de l'émyr

Un beau soir revêt de chaudes couleurs

Les massifs touffus pleins d'oiseaux siffleurs

Qui, las de chansons, de jeux, de querelles,

Le col sous la plume, et près de dormir,

Écoutent encor doucement frémir

L'onde aux gerbes grêles.

D'un ciel attiédi le souffle léger

Dans le sycomore et dans l'oranger

Verse en se jouant ses vagues murmures ;

Et sur le velours des gazons épais

L'ombre diaphane et la molle paix

Tombent des ramures.

C'est l'heure où s'en vient la vierge Ayscha

Que le vieil Émyr, tout le jour, cacha

Sous la persienne et les fines toiles,

Montrer, seule et libre, aux jalouses nuits,

Ses yeux, charmants, purs de pleurs et d'ennuis,

Tels que deux étoiles.

Son père qui l'aime, Abd-El-Nur-Eddin,

Lui permet d'errer dans ce frais jardin,

Quand le jour qui brûle au couchant décline

Et, laissant Cordoue aux dômes d'argent,

Dore, à l'horizon, d'un reflet changeant,

La haute colline.

Allant et venant, du myrte au jasmin,

Elle se promène et songe en chemin.

Blanc, rose, à demi hors de la babouche,

Dans l'herbe et les fleurs brille son pied nu ;

Un air d'innocence, un rire ingénu

Flotte sur sa bouche.

Le long des rosiers elle marche ainsi.

La nuit est venue, et, soudain, voici

Qu'une voix sonore et tendre la nomme.

Surprise, Ayscha découvre en tremblant

Derrière elle, calme et vêtu de blanc,

Un pâle jeune homme.

Il est noble et grand comme Gabriel

Qui mena jadis au septième ciel

L'envoyé d'Allah, le très saint Prophète.

De ses cheveux blonds le rayonnement

L'enveloppe et fait luire chastement

Sa beauté parfaite.

Ayscha le voit, l'admire et lui dit :

- Jeune homme, salut ! Ton front resplendit

Et tes yeux sont pleins de lueurs étranges.

Parle, tous tes noms, quels sont-ils ? Dis-les.

N'es-tu point khalife ? As-tu des palais ?

Es-tu l'un des anges ? -

Lejeune homme alors dit en souriant :

- Je suis fils de roi, je viens d'Orient ;

Mon premier palais fut un toit de chaume,

Mais le monde entier ne peut m'enfermer.

Je te donnerai, si tu veux m'aimer,

Mon riche royaume.

- Oui, dit Ayscha, je le veux. Allons !

Mais comment sortir, si nous ne volons

Comme les oiseaux ? Moi, je n'ai point d'ailes ;

Et, sous le grand mur de fer hérissé,

Abd-El-Nur-Eddin, mon père, a placé

Des gardes fidèles.

- L'amour est plus fort que le fin acier.

Mieux que sur les monts l'aigle carnassier,

Et plus haut, l'amour monte et va sans trêve.

Qui peut résister à l'amour divin ?

Auprès de l'amour, enfant, tout est vain

Et tout n'est qu'un rêve ! -

Maisons, grilles, murs, rentrent dans la nuit ;

Le jardin se trouble et s'évanouit.

Ils s'en vont tous deux à travers la plaine,

Longtemps, bien longtemps, et l'enfant, hélas !

Sent les durs cailloux meurtrir ses pieds las

Et manque d'haleine.

- Ô mon cher seigneur, Allah m'est témoin

Que je t'aime, mais ton royaume est loin !

Arriverons-nous avant que je meure ?

Mon sang coule, j'ai bien soif et bien faim ! -

Une maison noire apparaît enfin.

- Voici ma demeure.

Mon nom est Jésus. Je suis le pêcheur

Qui prend dans ses rets l'âme en sa fraîcheur.

Je t'aime, Ayscha ; calme tes alarmes ;

Car, pour enrichir ta robe d'hymen,

Vois, j'ai recueilli, fleur de l'Yémen,

Ton sang et tes larmes !

Tu me reverras du coeur et des yeux,

Et je te réserve, enfant, dans mes cieux,

La vie éternelle après cette terre ! -

Parmi les vivants morte désormais,

La vierge Ayscha ne sortit jamais

Du noir monastère.

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L'agonie d'un saint

Les moines, à pas lents, derrière le Prieur

Qui portait le ciboire et les huiles mystiques,

Rentrèrent, deux à deux, au cloître intérieur,

Troupeau d'ombres, le long des arcades gothiques.

Comme en un champ de meurtre, après l'ardent combat,

Le silence se fit dans la morne cellule,

Autour du vieil Abbé couché sur son grabat,

Rigide, à la lueur de la cire qui brûle.

Un Christ d'argent luisait entre ses maigres doigts,

Les yeux, fixes et creux, s'ouvraient sous le front lisse,

Et le sang, tiède encor, s'égouttait par endroits

De la poitrine osseuse où mordit le cilice.

Avec des mots confus que le râle achevait,

Le moribond, faisant frémir ses lèvres blêmes,

Contemplait sur la table, auprès de son chevet,

Une tête et deux os d'homme, hideux emblèmes.

Contre ce drap de mort d'eau bénite mouillé,

La face ensevelie en une cape noire,

Seul, immobile, et sur la dalle agenouillé,

Un moine grommelait son chapelet d'ivoire.

Minuit sonna, lugubre, et jeta dans le vent

Ses douze tintements à travers les ogives ;

Le bruit sourd de la foudre ébranla le couvent,

Et l'éclair fit blanchir les tourelles massives.

Or, relevant la face, après s'être signé,

Le moine dit, les bras étendus vers le faîte :

- De profundis, ad te, clamavi, Domine !

Mais, s'il le faut, Amen ! Ta volonté soit faite !

Du ciel inaccessible abaisse la hauteur,

Ouvre donc en entier les portes éternelles,

Ô maître ! Et dans ton sein reçois le serviteur

Que l'Ange de la mort t'apporte sur ses ailes.

Dévoré de la soif de ton unique amour,

Le coeur plein de ta grâce ; et marqué de ton signe,

Comme un bon ouvrier, dès le lever du jour,

Tout en sueur, il a travaillé dans ta vigne.

Ton calice de fiel n'était point épuisé,

Pour que sa bouche austère en savourât la lie ;

Et maintenant, Seigneur, le voici vieux, brisé,

Haletant de fatigue après l'oeuvre accomplie.

Vers le divin Royaume il tourne enfin les yeux ;

La mort va dénouer les chaînes de son âme :

Reçois-le donc, ô Christ, dans la paix de tes cieux,

Avec la palme d'or et l'auréole en flamme ! -

La cellule s'emplit d'un livide reflet ;

L'Abbé dressa son front humide du saint chrême,

Et le moine effrayé l'entendit qui parlait

Comme en face du Juge infaillible et suprême :

- Seigneur, vous le savez, mon coeur est devant vous,

Sourd aux appels du monde et scellé pour la joie ;

Je l'ai percé, vivant, de la lance et des clous,

Je l'ai traîné, meurtri, le long de votre Voie.

Plein de jeunesse, en proie aux sombres passions,

Sous la règle de fer j'ai ployé ma superbe ;

Les richesses du monde et ses tentations,

J'ai tout foulé du pied comme la fange et l'herbe ;

Paul m'a commis le glaive, et Pierre les deux clés ;

Pieds nus, ceint d'une corde, en ma robe de laine,

J'ai flagellé les forts à mon joug attelés ;

Le clairon de l'Archange a reçu mon haleine.

Ils se sont tous rués du Nord sur le Midi,

Bandits et chevaliers, princes sans patrimoine ;

Mais le plus orgueilleux comme le plus hardi

A touché de son front la sandale du moine !

Et le monde n'étant, ô Christ, qu'un mauvais lieu

D'où montait le blasphème autour de votre Église,

J'ai voué toute chair en holocauste à Dieu,

Et j'ai purifié l'âme à Satan promise.

Seigneur, Seigneur ! parlez, êtes-vous satisfait ?

La sueur de l'angoisse à mon front glacé fume.

Ô Maître, tendez-moi la main si j'ai bien fait,

Car une mer de sang m'entoure et me consume.

Elle roule et rugit, elle monte, elle bout.

J'enfonce ! Elle m'aveugle et me remplit la bouche ;

Et sur les flots, Jésus ! des spectres sont debout,

Et chacun d'eux m'appelle avec un cri farouche.

Ah ! je les reconnais, les damnés ! Les voilà,

Ceux d'Alby, de Béziers, de Foix et de Toulouse,

Que le fer pourfendit, que la flamme brûla,

Parce qu'ils outrageaient l'Église, votre épouse !

Sus, à l'assaut ! l'épée aux dents, la hache au poing !

Des excommuniés éventrez les murailles !

Tuez ! à vous le ciel s'ils n'en réchappent point !

Arrachez tous ces coeurs maudits et ces entrailles !

Tuez, tuez ! Jésus reconnaîtra les siens.

Écrasez les enfants sur la pierre, et les femmes !

Je vous livre, ô guerriers, ces pourceaux et ces chiens,

Pour que vous dépeciez leurs cadavres infâmes !

Gloire au Christ ! les bûchers luisent, flambeaux hurlants ;

La chair se fend, s'embrase aux os des hérétiques,

Et de rouges ruisseaux sur les charbons brûlants

Fument dans les cieux noirs au bruit des saints cantiques !

Dieu de miséricorde, ô justice, ô bonté,

C'est vous qui m'échauffez du feu de votre zèle ;

Et voici que mon coeur en est épouvanté,

Voici qu'un autre feu dans mes veines ruisselle !

Alleluia ! L'Église a terrassé Satan...

Mais j'entends une Voix terrible qui me nomme

Et me dit : - Loin de moi, fou furieux ! Va-t'en,

Ô moine tout gorgé de chair et de sang d'homme ! -

- À l'aide, sainte Vierge ! Écoutez-moi, Seigneur !

Cette cause, Jésus, n'était-ce point la vôtre ?

Si j'ai frappé, c'était au nom de votre honneur ;

J'ai combattu devant le siège de l'Apôtre.

J'ai vaincu, mais pour vous ! Regardez-moi mourir ;

Voyez couler encor de mes chairs condamnées

Ce sang versé toujours et que n'ont pu tarir

Les macérations de mes soixante années.

Voyez mes yeux creusés du torrent de mes pleurs ;

Maître, avant que Satan l'emporte en sa géhenne,

Voyez mon coeur criant de toutes vos douleurs,

Plus enflammé de foi qu'il n'a brûlé de haine !

- Tu mens ! C'était l'orgueil implacable et jaloux

De commander aux rois dans tes haillons de bure,

Et d'écraser du pied les peuples à genoux,

Qui faisait tressaillir ton âme altière et dure.

Tu jeûnais, tu priais, tu macérais ton corps

En te réjouissant de tes vertus sublimes

Eh bien, sombre boucher des vivants et des morts,

Regarde ! mon royaume est plein de tes victimes.

Qui t'a dit de tuer en mon nom, assassin ?

Loup féroce, toujours affamé de morsures,

Tes ongles et tes dents ont lacéré mon sein,

Et ta bave a souillé mes divines blessures.

Arrière ! Va hurler dans l'abîme éternel !

Qaïn, en te voyant, reconnaîtra sa race.

Va ! car tu souillerais l'innocence du ciel,

Et mes Anges mourraient d'horreur devant ta face !

- Grâce, Seigneur Jésus ! Arrière ! il est trop tard.

Je vois flamber l'Enfer, j'entends rire le Diable,

Et je meurs ! - Ce disant, convulsif et hagard,

L'Abbé se renversa dans un rire effroyable.

Le moine épouvanté, tout baigné de sueur,

S'évanouit, pressant son front de ses mains froides ;

Et le cierge éclaira de sa fauve lueur

Le mort et le vivant silencieux et roides.

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La Genèse polynésienne

Dans le vide éternel interrompant son rêve,

L’être unique, le grand Taaroa se lève.

Il se lève, et regarde : il est seul, rien ne luit.

Il pousse un cri sauvage au milieu de la nuit :

Rien ne répond. Le temps, à peine né, s’écoule ;

Il n’entend que sa voix. Elle va, monte, roule,

Plonge dans l’ombre noire et s’enfonce au travers.

Alors, Taaroa se change en univers :

Car il est la clarté, la chaleur et le germe ;

Il est le haut sommet, il est la base ferme,

L’œuf primitif que Pô, la grande nuit, couva ;

Le monde est la coquille où vit Taaroa.

Il dit : - Pôles, rochers, sables, mers pleines d’îles,

Soyez ! Échappez-vous des ombres immobiles ! -

Il les saisit, les presse et les pousse à s’unir ;

Mais la matière est froide et n’y peut parvenir :

Tout gît muet encore au fond du gouffre énorme ;

Tout reste sourd, aveugle, immuable et sans forme.

L’être unique, aussitôt, cette source des dieux,

Roule dans sa main droite et lance les sept cieux.

L’étincelle première a jailli dans la brume,

Et l’étendue immense au même instant s’allume ;

Tout se meut, le ciel tourne, et, dans son large lit,

L’inépuisable mer s’épanche et le remplit :

L’univers est parfait du sommet à la base,

Et devant son travail le dieu reste en extase.

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