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Le rêve du Jaguar

Sous les noirs acajous, les lianes en fleur,

Dans l'air lourd, immobile et saturé de mouches,

Pendent, et, s'enroulant en bas parmi les souches,

Bercent le perroquet splendide et querelleur,

L'araignée au dos jaune et les singes farouches.

C'est là que le tueur de boeufs et de chevaux,

Le long des vieux troncs morts à l'écorce moussue,

Sinistre et fatigué, revient à pas égaux.

Il va, frottant ses reins musculeux qu' il bossue ;

Et, du mufle béant par la soif alourdi,

Un souffle rauque et bref, d'une brusque secousse,

Trouble les grands lézards, chauds des feux de midi,

Dont la fuite étincelle à travers l'herbe rousse.

En un creux du bois sombre interdit au soleil

Il s'affaisse, allongé sur quelque roche plate ;

D'un large coup de langue il se lustre la patte ;

Il cligne ses yeux d'or hébétés de sommeil ;

Et, dans l'illusion de ses forces inertes,

Faisant mouvoir sa queue et frissonner ses flancs,

Il rêve qu'au milieu des plantations vertes,

Il enfonce d'un bond ses ongles ruisselants

Dans la chair des taureaux effarés et beuglants.

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Un coucher de soleil

Charles Leconte de Lisle

Sur la côte d’un beau pays,

Par delà les flots Pacifiques,

Deux hauts palmiers épanouis

Bercent leurs palmes magnifiques.

À leur ombre, tel qu’un Nabab

Qui, vers midi, rêve et repose,

Dort un grand tigre du Pendj-Ab,

Allongé sur le sable rose ;

Et, le long des fûts lumineux,

Comme au paradis des genèses,

Deux serpents enroulent leurs noeuds

Dans une spirale de braises.

Auprès, un golfe de satin,

Où le feuillage se reflète,

Baigne un vieux palais byzantin

De brique rouge et violette.

Puis, des cygnes noirs, par milliers,

L’aile ouverte au vent qui s’y joue,

Ourlent, au bas des escaliers,

L’eau diaphane avec leur proue.

L’horizon est immense et pur ;

À peine voit-on, aux cieux calmes,

Descendre et monter dans l’azur

La palpitation des palmes.

Mais voici qu’au couchant vermeil

L’oiseau Rok s’enlève, écarlate :

Dans son bec il tient le soleil,

Et des foudres dans chaque patte.

Sur le poitrail du vieil oiseau,

Qui fume, pétille et s’embrase,

L’astre coule et fait un ruisseau

Couleur d’or, d’ambre et de topaze.

Niagara resplendissant,

Ce fleuve s’écroule aux nuées,

Et rejaillit en y laissant

Des écumes d’éclairs trouées.

Soudain le géant Orion,

Ou quelque sagittaire antique,

Du côté du septentrion

Dresse sa stature athlétique.

Le Chasseur tend son arc de fer

Tout rouge au sortir de la forge,

Et, faisant un pas sur la mer,

Transperce le Rok à la gorge.

D’un coup d’aile l’oiseau sanglant

S’enfonce à travers l’étendue ;

Et le soleil tombe en brûlant,

Et brise sa masse éperdue.

Alors des volutes de feu

Dévorent d’immenses prairies,

S’élancent, et, du zénith bleu,

Pleuvent en flots de pierreries.

Sur la face du ciel mouvant

Gisent de flamboyants décombres ;

Un dernier jet exhale au vent

Des tourbillons de pourpre et d’ombres ;

Et, se dilantant par bonds lourds,

Muette, sinistre, profonde,

La nuit traîne son noirs velours

Sur la solitude du monde.

Charles Leconte de Lisle, Poèmes barbares

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Paysage polaire

Charles Leconte de Lisle

Un monde mort, immense écume de la mer,

Gouffre d’ombre stérile et de lueurs spectrales,

Jets de pics convulsifs étirés en spirales

Qui vont éperdument dans le brouillard amer.

Un ciel rugueux roulant par blocs, un âpre enfer

Où passent à plein vol les clameurs sépulcrales,

Les rires, les sanglots, les cris aigus, les râles

Qu’un vent sinistre arrache à son clairon de fer.

Sur les hauts caps branlants, rongés des flots voraces,

Se roidissent les Dieux brumeux des vieilles races,

Congelés dans leur rêve et leur lividité ;

Et les grands ours, blanchis par les neiges antiques,

Çà et là, balançant leurs cous épileptiques,

Ivres et monstrueux, bavent de volupté.

Charles Leconte de Lisle, Poèmes barbares

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L’Oasis

Charles Leconte de Lisle

Derrière les coteaux stériles de Kobbé

Comme un bloc rouge et lourd le soleil est tombé ;

Un vol de vautours passe et semble le poursuivre.

Le ciel terne est rayé de nuages de cuivre ;

Et de sombres lueurs, vers l’Est, traînent encor,

Pareilles aux lambeaux de quelque robe d’or.

Le rugueux Sennaar, jonché de pierres rousses

Qui hérissent le sable ou déchirent les mousses,

À travers la vapeur de ses marais malsains

Ondule jusqu’au pied des versants Abyssins.

La nuit tombe. On entend les koukals aux cris aigres.

Les hyènes, secouant le poil de leurs dos maigres,

De buissons en buissons se glissent en râlant.

L’hippopotame souffle aux berges du Nil blanc

Et vautre, dans les joncs rigides qu’il écrase,

Son ventre rose et gras tout cuirassé de vase.

Autour des flaques d’eau saumâtre où les chakals

Par bandes viennent boire, en longeant les nopals,

L’aigu fourmillement des stridentes bigaylles

S’épaissit et tournoie au-dessus des broussailles ;

Tandis que, du désert en Nubie emporté,

Un vent âcre, chargé de chaude humidité,

Avec une rumeur vague et sinistre, agite

Les rudes palmiers-doums où l’ibis fait son gîte.

Voici ton heure, ô roi du Sennaar, ô chef

Dont le soleil endort le rugissement bref.

Sous la roche concave et pleine d’os qui luisent,

Contre l’âpre granit tes ongles durs s’aiguisent.

Arquant tes souples reins fatigués du repos,

Et ta crinière jaune éparse sur le dos,

Tu te lèves, tu viens d’un pas mélancolique

Aspirer l’air du soir sur ton seuil famélique,

Et, le front haut, les yeux à l’horizon dormant,

Tu regardes l’espace et rugis sourdement.

Sur la lividité du ciel la lune froide

De la proche oasis découpe l’ombre roide,

Où, las d’avoir marché par les terrains bourbeux,

Les hommes du Darfour font halte avec leurs bœufs.

Ils sont couchés là-bas auprès de la citerne

Dont un rayon de lune argente l’onde terne.

Les uns, ayant mangé le mil et le maïs,

S’endorment en parlant du retour au pays ;

Ceux-ci, pleins de langueur, rêvant de grasses herbes,

Et le mufle enfoui dans leurs fanons superbes,

Ruminent lentement sur leur lit de graviers.

À toi la chair des bœufs ou la chair des bouviers !

Le vent a consumé leurs feux de ronce sèche ;

Ta narine s’emplit d’une odeur vive et fraîche,

Ton ventre bat, la faim hérisse tes cheveux,

Et tu plonges dans l’ombre en quelques bonds nerveux.

Charles Leconte de Lisle, Poèmes barbares

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Les taureaux

Charles Leconte de Lisle

Les plaines de la mer, immobiles et nues,

Coupent d’un long trait d’or la profondeur des nues.

Seul, un rose brouillard, attardé dans les cieux,

Se tord languissamment comme un grêle reptile

Au faîte dentelé des monts silencieux.

Un souffle lent, chargé d’une ivresse subtile,

Nage sur la savane et les versants moussus

Où les taureaux aux poils lustrés, aux cornes hautes,

À l’oeil cave et sanglant, musculeux et bossus,

Paissent l’herbe salée et rampante des côtes.

Deux nègres d’Antongil, maigres, les reins courbés,

Les coudes aux genoux, les paumes aux mâchoires,

Dans l’abêtissement d’un long rêve absorbés,

Assis sur les jarrets, fument leurs pipes noires.

Mais, sentant venir l’ombre et l’heure de l’enclos,

Le chef accoutumé de la bande farouche,

Une bave d’argent aux deux coins de la bouche,

Tend son mufle camus, et beugle sur les flots.

Charles Leconte de Lisle, Poèmes barbares

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La vipère

Charles Leconte de Lisle

Si les chastes amours avec respect louées

Éblouissent encor ta pensée et tes yeux,

N’effleure point les plis de leurs robes nouées,

Garde la pureté de ton rêve pieux.

Ces blanches visions, ces vierges que tu crées

Sont ta jeunesse en fleur épanouie au ciel !

Verse à leurs pieds le flot de tes larmes sacrées,

Brûle tous tes parfums sur leur mystique autel.

Mais si l’amer venin est entré dans tes veines,

Pâle de volupté pleurée et de langueur,

Tu chercheras en vain un remède à tes peines :

L’angoisse du néant te remplira le coeur.

Ployé sous ton fardeau de honte et de misère,

D’un exécrable mal ne vis pas consumé :

Arrache de ton sein la mortelle vipère,

Ou tais-toi, lâche, et meurs, meurs d’avoir trop aimé !

Charles Leconte de Lisle, Poèmes barbares

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La Mort du Soleil

Charles Leconte de Lisle

Le vent d’automne, aux bruits lointains des mers pareil,

Plein d’adieux solennels, de plaintes inconnues,

Balance tristement le long des avenues

Les lourds massifs rougis de ton sang, ô soleil !

La feuille en tourbillons s’envole par les nues ;

Et l’on voit osciller, dans un fleuve vermeil,

Aux approches du soir inclinés au sommeil,

De grands nids teints de pourpre au bout des branches nues.

Tombe, Astre glorieux, source et flambeau du jour !

Ta gloire en nappes d’or coule de ta blessure,

Comme d’un sein puissant tombe un suprême amour.

Meurs donc, tu renaîtras ! L’espérance en est sûre.

Mais qui rendra la vie et la flamme et la voix

Au cœur qui s’est brisé pour la dernière fois ?

Charles Leconte de Lisle, Poèmes barbares

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L'albatros

Dans l'immense largeur du Capricorne au Pôle

Le vent beugle, rugit, siffle, râle et miaule,

Et bondit à travers l'Atlantique tout blanc

De bave furieuse. Il se rue, éraflant

L'eau blême qu'il pourchasse et dissipe en buées ;

Il mord, déchire, arrache et tranche les nuées

Par tronçons convulsifs où saigne un brusque éclair ;

Il saisit, enveloppe et culbute dans l'air

Un tournoiement confus d'aigres cris et de plumes

Qu'il secoue et qu'il traîne aux crêtes des écumes,

Et, martelant le front massif des cachalots,

Mêle à ses hurlements leurs monstrueux sanglots.

Seul, le Roi de l'espace et des mers sans rivages

Vole contre l'assaut des rafales sauvages.

D'un trait puissant et sûr, sans hâte ni retard,

L'oeil dardé par delà le livide brouillard,

De ses ailes de fer rigidement tendues

Il fend le tourbillon des rauques étendues,

Et, tranquille au milieu de l'épouvantement,

Vient, passe, et disparaît majestueusement.

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Les Elephants (extrait)

D'un point de l'horizon, comme des masses brunes,

Ils viennent, soulevant la poussière, et l'on voit,

Pour ne point dévier du chemin le plus droit,

Sous leur pied large et sûr crouler au loin les dunes.

Celui qui tient la tête est un vieux chef. Son corps

Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine

Sa tête est comme un roc, et l'arc de son échine

Se voûte puissamment à ses moindres efforts.

Sans ralentir jamais et sans hâter sa marche,

Il guide au but certain ses compagnons poudreux ;

Et, creusant par derrière un sillon sablonneux,

Les pèlerins massifs suivent leur patriarche.

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Le sommeil de Leîlah

Ni bruits d'aile, ni sons d'eau vive, ni murmures ;

La cendre du soleil nage sur l'herbe en fleur,

Et de son bec furtif le bengali siffleur

Boit, comme un sang doré, le jus des mangues mûres.

Dans le verger royal où rougissent les mûres,

Sous le ciel clair qui brûle et n'a plus de couleur,

Leïlah, languissante et rose de chaleur,

Clôt ses yeux aux longs cils à l'ombre des ramures.

Son front ceint de rubis presse son bras charmant ;

L'ambre de son pied nu colore doucement

Le treillis emperlé de l'étroite babouche.

Elle rit et sommeille et songe au bien−aimé,

Telle qu'un fruit de pourpre, ardent et parfumé,

Qui rafraîchit le coeur en altérant la bouche.

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