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Commentaires de livres faits par Pompon

Extraits de livres par Pompon

Commentaires de livres appréciés par Pompon

Extraits de livres appréciés par Pompon

Les plus récents d'abord | Les mieux notés d'abord
date : 28-06
Une fois n'est pas coutume: c'est une représentation théâtrale qui m'a donné envie de me lancer dans la lecture de cette pièce de Gorki et, par la même occasion, de découvrir cet auteur. J'avais adoré le spectacle, remarquablement mis en scène et interprété, et je pensais retrouver le même enthousiasme dans "Les Estivants", version papier.

Malheureusement, je me suis plutôt ennuyée pendant ma lecture. Les personnages m'ont paru plus fades qu'ils ne l'étaient sur scène; le rythme, déjà étiré dans le spectacle, m'a paru encore plus lent. Ces comparaisons m'ont accompagnée tout au long de mon séjour dans la datcha russe, et sont, je pense, grandement responsables de mon appréciation sur la pièce.

Toujours est-il que je salue le propos de la pièce qui, historiquement, est passionnant. Les "estivants" sont des bourgeois russes qui conversent d'amour et de politique, s'ennuient, demeurent oisifs. Certains personnages apparaissent comme des "types", que ce soit Maria Lvovna, l'intellectuelle engagée, pas encore bolchévique mais résolument démocrate (la pièce a été rédigée en 1904, un an avant la révolution de 1905 et la création de la Douma, le "parlement" auquel a consenti le tsar) ou Vlas, jeune homme léthargique qui se laisse influencer par l'amour et donc par la politique. La pièce laisse même entrapercevoir l'amertume de Gorki: amertume artistique de celui qui n'a pas été Tchekhov; amertume politique de celui qui sera, malgré lui, le serviteur de Staline quelques années plus tard.

Prise dans un contexte politique, "Les Estivants" s'avère être une pièce passionnante. Mais même en prenant en compte ces considérations historiques, ma lecture demeure décevante car conditionnée par des attentes trop élevées.
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date : 28-06
Oscar Wilde au meilleur de sa forme, que je retrouve avec plaisir dans "L'Importance d'être Constant" !

J'ai énormément ri en lisant cette pièce en anglais et admiré la finesse et l'intelligence des dialogues. Les personnages d'Algernon et Earnest sont désopilants; Lady Bracknell, qui porte les tares de la société victorienne à bout de bras, est très charismatique et à l'origine de tirades rondement menées. L'auteur m'a emmenée au fond de l'absurde jusqu'à l'ultime coup de théâtre, et ce fut à mon plus grand bonheur.
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date : 28-06
Comme beaucoup, je n'ai pas échappé à la lecture obligatoire de ce classique en classe de Cinquième et j'étais restée très hermétique à l'histoire des amants maudits. D'autant que, si je me souviens bien, ma professeure de français avait eu l'idée (le goût ?) de nous montrer, en parallèle de notre lecture, une des nombreuses adaptations du mythe, mais américaine et très édulcorée dans mes souvenirs.

Une relecture inespérée pour mes cours de littérature a bouleversé mon jugement ! L'étude des origines normandes de la langue française et l'opéra de Wagner sont passés par là, et ont enrichi ma nouvelle approche de "Tristan et Iseut". Une véritable magie émane du texte de Béroul, qui recèle par ailleurs d'images poétiques très fortes. Certains passages sont très drôles, d'autres farcesques; j'ai été surprise par de très belles déclarations d'amour et par des retournements de situation inattendus.

De plus, l'approche plus "littéraire" dont j'ai pu bénéficier dans le cadre de mes cours m'a réellement plu. Si "Tristan et Iseut" ne m'a pas "réconciliée" avec la littérature du Moyen-Âge, il m'a au moins initiée à cette dernière, et fait prendre conscience de son importance dans l'histoire littéraire occidentale.
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date : 26-06
Derrière cet imposant pavé se cache une incroyable lecture. Mais alors, quelle lecture ! Cela faisait longtemps qu'un si long roman ne m'avait pas tenue en haleine, passionnée et fait autant réfléchir. Même si je dois reconnaître quelques longueurs, notamment au début du deuxième tome, lorsque le narrateur se focalise sur le personnage de Mitia, l'ensemble est véritablement transcendant, sans mauvais jeu de mot.

"Les Frères Karamazov", on le sait, présente d'abord l'histoire d'un parricide: Fiodor Pavlovitch, pour une histoire de dettes, de jalousie ou un peu des deux, est retrouvé mort chez lui, assommé par un pilon. En fait, le meurtre a beau constituer le nœud du roman, il n'arrive qu'aux alentours de la page 600: le propos de Dostoïevski s'appuie sur l'événement mais le dépasse, le sublime et le mystifie. Je comprends désormais pourquoi ma première tentative de lecture, parce qu'il y en a eu une, s'était avérée infructueuse. Le roman fourmille de débats métaphysiques et religieux, tout à fait passionnants mais aussi exigeants, du moins c'en fut mon ressenti. L'orthodoxie prend une place prépondérante: que ce soit au travers les personnages, le starets Zosime ou Aliocha, des débats sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat, ou même dans le propos de l'auteur, Dostoïevski qui, à la fin de sa vie, en retourne au conservatisme et au mysticisme. Il faut aimer. Personnellement, j'ai trouvé incroyable d'être plongée dans ce clair-obscur mi-religieux, mi-politique et d'être initiée, indirectement, aux pratiques d'une religion étonnante et méconnue, pour ma part.

Le discours du roman s'affranchit certes à de nombreuses reprises de l'intrigue principale, mais cette dernière est également mise au service du propos philosophique de Dostoïevski. Le parricide donne lieu à une fantastique enquête et à un procès dantesque; les plaidoiries et réquisitoires des avocats et des jurés sont magnifiquement écrits (même traduits) et donnent à réfléchir sur la place de l'homme en société. C'est une véritable réflexion sur la morale et la justice qui se développe lors de l'inculpation de Dmitri Karamazov, qui se proclame innocent, mais que toutes les preuves accablent. De façon plus générale, le roman traite de la distinction entre la morale divine, dictée par Dieu, et la morale individualiste, qui s'en affranchit. "Si Dieu n'existe pas, tout est permis", défend Ivan Karamazov, le cadet rationaliste, et un peu trop pris au pied de la lettre par le valet Smerdiakov. A l'apogée de la science et de l'industrie, le nihilisme est de mises et dispense l'influence de Dieu de la conduite des hommes. Aussi, les contrastes habilement dressés par l'auteur entre Dmitri, le libertin, Ivan, le sceptique, et Aliocha, le mystique, donnent à voir un portrait de la Russie de la fin du XIXe siècle, en proie aux tentations anarchistes et pourtant, encore largement dominée par une Eglise toute-puissante.

Je reste également ébahie devant la structure rigoureuse de l'ouvrage. Le narrateur "omniscient" alterne les points de vue de façon déroutante et se permet même de participer au cours de l'histoire. Cependant, ce n'est pas seulement ce point de vue presque "divin" qui participe de la polyphonie du roman. "Les Frères Karamazov" comprend aussi bien des lettres enchevêtrées que des registres écrits, dit-il, de la main des personnages. Certains détours biographiques peuvent être perçus comme des digressions, mais ils mettent surtout en avant une pluralité de "voix". Ici, le dialogisme est poussé à son paroxysme: le roman ne recueille plus seulement des "voix" qui donnent un point de vue différent sur le réel; il rassemble des "voix" qui le découpent et le recomposent de façon quasi-cosmogonique.

Car Dostoïevski ne se contente pas de décrire le monde: il le recrée, par la littérature, au moyen de la "voix" mais aussi de la conscience de ses personnages. Dans mon édition, Sigmund Freud avait pris en charge la rédaction de la préface des "Frères Karamazov" et on comprend pourquoi: parricide + jalousie amoureuse + hallucinations névrotiques = le bonheur du psychanalyste. Le travail qu'effectue Dostoïevski sur le remords et la contrariété de la conscience est confondant et annonce, bien avant l'heure, ce que j'ai perçu être un dédoublement de la personnalité voire la schizophrénie. L'avant-garde stylistique se conjugue à l'avant-garde psychanalytique, et ce fut à mon plus grand bonheur.

"Les Frères Karamazov" aurait dû comprendre une suite, laquelle se serait concentrée sur le personnage d'Aliocha (le personnage principal, comme le souligne Dostoïevski dans la préface de l'oeuvre). Le second opus aurait souligné la conversion du jeune mystique au nihilisme et à l'anarchisme et, ainsi, mis en évidence une sombre part de l'histoire politique russe. Quel dommage de demeurer sans cet ultime développement ! Toujours est-il que je quitte ce pan du romancier russe la tête et pleine, satisfaite et le ventre plein. Un met à goûter sans modération, pour peu qu'on ait le courage de l'affronter et la motivation de l'achever !
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Une lecture très étonnante: moi qui partais avec plein d'a priori négatifs sur Sartre, je me suis surprise à dévorer ce premier opus.

Je connaissais déjà vaguement les fondements de la théorie existentialiste, mais "Les Chemins de la liberté" en ont donné une illustration plus claire, plus parlante. Pourtant, même si le propos sous-jacent de l'auteur est philosophique, il ne s'agit pas d'un roman à thèse, bien au contraire. Les personnages sont bien travaillés, qu'il s'agisse de Matthieu, de Marcelle ou encore de Daniel, l'écriture est très fluide et quelques dialogues touchants. Je dois même reconnaître un certain talent de mise en scène, notamment concernant l'incipit et l'excipit du roman, qui se prolongent l'un et l'autre d'une manière particulièrement réussie.

Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à la vie de Sartre pendant ma lecture, tant les points évoquer dans le roman correspondaient à la biographie du philosophe. Mais les dilemmes auxquels les personnages sont soumis (garder l'enfant ou avorter ? Quitter Marcelle pour Olga ? L'engagement ou la passivité ?) sont universels de telles manière que l'apprentissage de chacun d'eux devient celui du lecteur. Une très bonne lecture pour appréhender la philosophie de bon pied, à la rentrée de Terminale ! Et plus généralement, un très bonne lecture pour se débarrasser des a priori négatifs sur son auteur.
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date : 24-06
Je me souviens précisément de ma lecture de "Oncle Vania": ma première rencontre avec Tchekhov et ma seconde approche du théâtre naturaliste russe, après "Un mois à la campagne" de Tourguéniev.

La pièce se lit très rapidement et pourtant, elle dévoile avec brio les tréfonds de l'âme humaine. Je conçois qu'on puisse trouver ce théâtre ennuyant (il ne s'y passe concrètement rien), mais Tchekhov parvient avec brio à décortiquer les rouages des relations entre les protagonistes, entre les hommes en général.

Un parfum de mystère exhale de la retraite estivale des bourgeois russes dans la propriété de Vania. Les causes des haines ancestrales sont tues: jamais le lecteur ne connaîtra l'origine de l'animosité entre Vania et Sérébriakov et pourtant, Tchekhov, lui-même médecin, ne renonce pas à en délivrer à un diagnostic. Le médecin, protagoniste récurrent dans son oeuvre et ici incarné par Astrov, est celui qui, maladroitement, tente de révéler le mal dont souffrent les estivants. Mais ce n'est pas par ses interrogations et raisonnements poussifs qu'il y parvient. Les dialogues nébuleux et les questions laissées en suspens sont plus révélateurs qu'une tirade enflammée. Seul l'oratorio de Sonia, à la fin de la pièce, fait preuve de lyrisme et de mysticisme. Il s'agit d'ailleurs de l'un de mes morceaux dramatiques préféré.

Le souci de réalisme dont fait preuve Tchekhov participe ainsi d'une enquête sur la nature humaine et dévoile ce qui est invisible pour le lecteur et pour l'humain en général. La fêlure de chacun des protagonistes éclate dans le non-dit. Les silences, chers à Tchekhov et considérés par Stanislavski comme la "patte" du dramaturge, rendent possible une véritable exploration de la psyché de chaque individu. Et c'est dans ces instants de suspension que chacun reprend son souffle, panse sa blessure puis expire, comme s'il chassait la douleur et tentait de vivre.

Tchekhov ne se contente pas de délivrer la surface du réel mais l'investit en profondeur. Il y a ce propos sur la difficulté de vivre et de vivre heureusement qui me frappe chaque fois que je reprends la pièce. Je demeure toujours ébahie devant sa capacité à dévoiler l'universel dans ces propriétés terriennes russes, à peine libérées des cadastres du servage et de la domination tyrannique des maîtres sur les domestiques. "Oncle Vania" est une pièce émouvante et qui incite à l'exploration de sa propre intériorité. L'éventualité d'un salut de l'âme (mystique, religieux ou laborieux ?) qu'elle propose donne à réfléchir; elle donne lieu à une introspection silencieuse qui, à l'image des dialogues de la pièce, ne nécessite pas de réponse.
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date : 24-06
"Il faut copier la vie non pas telle qu'elle est mais telle qu'elle apparaît dans les rêves" ...

"La Mouette", c'est une incroyable lecture, sans cesse enrichie et renouvelée au fur à mesure que passent les années !

J'avais déjà découvert Tchekhov dans "Oncle Vania" et "La Cerisaie", j'étais déjà, plus ou moins, tombée sous le charme du théâtre naturaliste russe, mais la réflexion méta-théâtrale que propose cette pièce la porte haut dans mon coeur.

Dans un atmosphère artistique et onirique, les conflits sont larvés ou sur le point d'éclater. La complexité des rapports qui unissent les hommes est mise au premier plan, et c'est encore avec acuité que Tchekhov tente de mettre à jour les mystères de l'âme humaine. La relation qu'entretient Trepliev à son beau-père est riche psychanalytiquement, celle qui relie Nina et Trigorine est révélatrice du manque de confiance de la jeune fille mais aussi, plus généralement, de la fascination pour les artistes ... Mais au-delà de cette finesse psychologique, "La Mouette" met également en scène deux générations d'artistes qui se toisent et qui s'affrontent: qui, des naturalistes ou des idéalistes, sera sous les feux de la rampe ? Comment repenser un théâtre tout droit venu de la fin du XIXe siècle dans un XXe siècle qui en est encore à ses balbutiements ?

Nina est certes "attirée par ce lac comme une mouette", mais c'est de "La Mouette" dont mon coeur est plein. Une fantastique réflexion sur l'écriture et la pratique théâtrale, couplée à une analyse très fine des rapports humains. Et je suis encore ébahie.
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Oroonoko écrit par Aphra Behn
date : 24-06
Une lecture d'un rare ennui, obligatoire, en plus !
Je pensais être familière et la langue anglaise, or, j'ai dû m'accrocher au cours de ma lecture: difficultés syntaxiques ou ras-le-bol de ma part ?

N'étant déjà pas friande du thème de l'esclavage dans la littérature, ce roman n'était pas parti pour me plaire. Mais conjugué à une certaine platitude de l'écriture, de l'intrigue et des personnages, il a définitivement échoué à l'obtention de mon suffrage. Je dois cependant reconnaître que la fin est très bien amenée et donne lieu à une très jolie scène, portée par une description vivante et évocatrice.

Mon avis est certainement biaisé puisque j'ai trouvé l'étude de "Oronooko" très barbante en cours d'anglais. En dépit d'une fin qui vaut vraiment le détour, je n'en garde qu'un souvenir fade et un peu pénible.
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date : 24-06
J'ai dû lire ce pavé pour mes cours de littérature et j'ai sincèrement cru que je n'en viendrais pas à bout. Pourtant, je trouvais l'idée brillante: le combat immémorial de l'homme contre la nature, ce troisième "anankè" métaphysique qui conclut l'oeuvre romanesque de Hugo était porteur d'un riche propos philosophique. En plus, l'exigence de la structure narrative et les délicieuses envolées lyriques du plus grand poète (hélas !) n'étaient pas sans me déplaire.

Mais voilà, j'ai toujours ce gros problème avec Victor Hugo: c'est brillant et ça foisonne de partout. Les latinismes (pléthoriques !) finissent pas devenir agaçants et les vastes descriptions, même magnifiques, éprouvantes. Et pourtant, quelle délectation ! Et quelle lourdeur à la fois.

Ce serait malavisé de ma part de juger un roman sur ces critères et de ne pas rendre hommage au génie de son écrivain. Dans "Les Travailleurs de la mer", Hugo repense le genre romanesque et use de toutes ces ressources possibles pour peindre le tableau d'une époque qui "pleure ses dieux". Le génie de l'écrivain donne lieu à des scènes d'une folle prouesse, notamment celle du combat entre Gilliatt et la pieuvre, nouveau sphinx marin, dont le nom est tombé dans le langage courant grâce au roman !

Une lecture certes laborieuse mais cependant très riche, d'un point de vue littéraire et philosophique. J'ai beaucoup aimé la découvrir et l'étudier en cours, sans lesquels je serais probablement passée à côté de son existence.
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date : 24-06
"Je demeurai longtemps errant dans Césarée" ...

Aragon troque la Palestine pour Paris, la reine de Judée pour une vulgaire provinciale et pourtant, ce roman est l'une des plus belles histoires d'amour que j'ai pu lire.

Peut-être l'ai-je lu à un moment charnière de mon existence, à 16 ans, un peu amoureuse mais surtout en quête d'indépendance et, je l'ai compris après, d'absolu. Toujours est-il que la profondeur de l'histoire d'Aurélien et Bérénice, les sublimes descriptions d'un Paris humide, les blessures de la Première guerre mondiale et le pépillement du cercle des surréalistes m'ont tenue en haleine tout au long de ce magnifique pavé.
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date : 23-06
Une lecture très rapide car passionnante: je regrette simplement la qualité de ma traduction, franchement pas terrible, et de mon exemplaire, illustré de photos de Gérard Philippe vêtu d'une chapka (qui ressemble étrangement à un fez), un peu ridicule, dans une pièce d'intérieur.

J'ai été absorbée par la relation de domination instaurée entre Pauline et Alexis. Lorsque le dévouement de ce dernier se transforme en comportement compulsif, il est bon ton de se poser des questions sur la nature du désir, l'inféodation, la perte progressive de liberté ... sur les motivations de l'amour, également.

Les dernières pages du récit, même dans une piètre traduction, sonnent irrémédiablement juste. L'accès privilégié aux pensées d'Alexis m'a fait sentir ma propre part d’irrationalité (en l’occurrence, finir à pas d'heure ce fantastique roman une veille de DS).
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date : 23-06
J'ai lu cette nouvelle en une après-midi: c'était le confinement et il pleuvait. Je me sentais très mélancolique, je n'arrivais à rien faire et j'ai saisi ce petit bijou de Dostoïeveski.

Le temps d'une averse, je me suis laissée porter par la sublime traduction d'André Markowicz, étant (encore !) incapable de saisir tout le mystère des cyrilliques d'un texte original. Je me suis laissée emporter dans les rues sombres de Saint-Pétersbourg, happer par le récit poignant de Nastenka, émouvoir par l'issue inopinée de la nouvelle. J'ai trouvé la chute, presque transcendante, vraiment très belle et édifiante humainement.

Dostoïevski parvient très habilement à explorer les profondeurs de la nature humaine et à en tirer l'essence, en une centaine de pages seulement. Car ce n'est pas seulement "d'âme slave" dont il est ici question, et dont il est généralement question dans les romans de Dostoïevski. Du moins, "Les Nuits Blanches" m'ont donné l'impression de révéler la part mystique qui réside en l'homme et qui, dans l'adversité, lui permet de dépasser la déception ordinaire pour un au-delà extraordinaire et lumineux.

J'ai hâte de regarder l'adaptation qu'en a fait Visconti, et de constater si le réalisateur est parvenu, par l'image, à irradier de lumière et d'espoir la noirceur de l'insomnie.
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C'est avec une certaine émotion que je conclus, enfin, la saga phare d'Elena Ferrante.

Je l'avais commencée collégienne, je la finis étudiante. Depuis, j'ai parcouru mon chemin, Elena et Lila le leur, et même si ce dernier tome s'ancre dans la maturité et la vieillesse des personnages, j'ai l'impression d'avoir continué de vivre à leurs côtés.

J'avais lu le troisième tome il y a deux ans: le retour aux amours d'Elena et Nino et à la vie du quartier fut un peu brutal mais très vite, j'ai de nouveau été emportée par le fil narratif et l'histoire. J'ai trouvé les mots non pas brillants, mais justes. La profondeur psychologique des personnages et la complexité des relations qui les reliaient m'a également frappée. Les rapports entre Elena et Lila avaient certes déjà été mis en relief dans les tomes précédents, mais ce dernier opus pousse leur intensité à son paroxysme. Les deux amies perdues et retrouvées, aimées et haïes, sont plus proches qu'elles ne l'ont jamais été. Enceintes ensemble, voisines d'immeubles et soeurs attitrées: tante Lila et tante Lenuccia veillent sur leurs enfants à l'heure des bouleversements de la structure familiale et de la pleine émancipation féminine. Pourtant, les deux héroïnes de la saga, les deux amies prodigieuses demeurent, au fond, les deux mêmes petites filles du premier tome qui jetaient leurs poupées dans la cave de Don Achille. Et en dépit de toutes les bonnes intentions de Lenù, leur relation demeurera toujours la même: instable, toxique et fusionnelle.

Les liens d'amitié mais aussi les liens familiaux prennent ici une place prépondérante: Elena n'est plus seulement la fille Greco, elle n'est plus seulement l'amie de Cerullo mais elle est la mère Airota et la mère Sarratore. Comment être toutes ces personnes à la fois ? C'est justement la question que pose ce dernier tome: arrivée à l'âge mûr, fraîchement divorcée de son mari et consacrée par son métier d'écrivain, Elena parvient difficilement à recoller les différents fragments de son identité et de son existence. Est-ce une bonne idée de retourner vivre au quartier qu'elle avait fui pour renouer avec cette part honteuse et blessée de son histoire ? Est-ce une bonne idée de renouer avec Lila, qui l'a rendue vivante par la complicité et la souffrance ? Aussi, la littérature lui permet-elle de construire une linéarité entre toutes ses facettes et à donner sens sa vie.

Il est pourtant difficile de trouver qui l'on est lorsque le monde, et surtout l'Italie, sont au bord de l'implosion. Le récit d'Elena balaie la période des "années de plomb" jusqu'aux années 2000 et met aux prises l'assassinat d'Aldo Moro, la terreur des Brigades Rouges, l'attentat de la gare de Bologne, l'accident de Tchernobyl et le 11 septembre. A la fin des années 90, marxisme, gramscisme et socialisme n'ont plus beaucoup de sens: le monde et la politique changent, même le quartier de Naples, que l'on pensait hermétique, est bouleversé par des disparitions et des assassinats inattendus. C'est d'ailleurs avec beaucoup de sensibilité que le deuil et le temps filant sont abordés. La vieillesse accompagne des douleurs incurables et qui restent ancrées pour l'éternité. Mais n'est-il d'aucun chagrin qu'une poupée ne puisse consoler ?

Riche en émotions, en rebondissements et profond humainement, l'ultime tome de "L'amie prodigieuse" m'a renvoyée à mes plus jeunes années de lecture quand, collégienne, je suivais avidement la réussite d'Elena à l'école, ses déboires amoureux et sa rivalité avec Lila. J'ai ressenti beaucoup de nostalgie durant cette dernière lecture, néanmoins très agréable et même édifiante.
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date : 22-12-2019
Jusqu'à présent, j'avais toujours eu énormément de difficultés à lire Zola. Je reconnaissais le travail, le génie presque, mais mes lectures avaient toujours été longues, fastidieuses, et même pire: ennuyeuses. Lorsque, contrainte et forcée, je dus me replonger dans ce pavé qui m'avait donné tant de mal quelques années auparavant, j'étais sceptique à l'idée de lui donner une seconde chance. Et pourtant, quelle métamorphose ! Manifestement, quelques lectures fondatrices étaient passées par là (coucou Céline) et avaient considérablement transformé mon Surmoi littéraire. Enfin j'ai pu apprécier le sens du détail et de l'analyse, le talent de portraitiste et l'acidité à l'encontre du décadentisme napoléonien et parisien qui faisaient la renommée de l'écrivain.
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date : 01-09-2019
Je ne m’attendais pas à être autant surprise par Mrs Dalloway. Honnêtement, lorsque j’ai commencé ma lecture, c’était surtout par anglophilie et curiosité pour Virginia Woolf (dont j’avais entendu, dans ma série britannique préférée, qu’elle était “worth reading”, enfin, je vous épargne les détails). A aucun moment, je n’avais imaginé pouvoir être autant émue et remuée par ce court roman au cours duquel, soyons francs, il ne se passe pratiquement rien. Et pourtant, de la plus curieuse façon, Mrs Dalloway est parvenu à me faire sortir de mes gonds, à m’emmener sur des chemins littéraires que je connaissais pas.

La réception qu’organise Clarissa Dalloway n’est qu’un prétexte pour immerger le lecteur dans la tête des personnages. Virginia Woolf s’illustre ici en véritable experte du “stream of consciouness” : cette technique littéraire diablement difficile révèle l’intériorité de chacun des protagonistes du récit au détour d’un élégant discours indirect libre superbement (et parfois même, cinématographiquement) mis-en-scène. Les premières pages du roman en sont l’expression particulière : parce que tous les personnages sont, de manière fortuite, témoins du passage d’un avion publicitaire dans le ciel, Virginia Woolf butine, telle une abeille, dans les pensées de chacun d’eux. J’ai été happée par cette écriture à la fois prodigieuse et confondante, et qui ne m’a pas tant donné la possibilité de lire un roman que de véritablement voir à travers les yeux et la conscience des personnages.

Au-delà d’une brillante exposition et analyse des mécanismes psychiques, Mrs Dalloway laisse aussi à découvrir des portraits de personnages parfois plus profonds et tourmentés qu’il n’y paraît. Les réguliers carillons du Big Ben qui ponctuent la journée sur laquelle s’étend le roman leur signalent l’écoulement des heures, et réveillent en eux l’anticipation de la mort. Chacun, à sa manière, va tenter d’échapper à la force inéluctable du temps : Clarissa se réfugie dans ses souvenirs de jeunesse, son mari tente de la reconquérir comme lorsqu’ils avaient vingt ans; après des années d’exil, Peter Walsh revient en Angleterre, Septimus (personnage qui m’a d’ailleurs particulièrement touchée) envisage sa fin imminente.

Est-il illusoire d’espérer échapper au temps ? Ne peut-on s’y résoudre, comme Clarissa à la fin du roman, et voguer tranquillement sur le flot des heures écoulées ? Le lecteur est lui-même confronté à ses propres angoisses, et même sommé d’y trouver un quelconque apaisement. Pour ma part, à chaque fois, la lecture de Mrs Dalloway me donne une impression de suspension. Chaque lecture me rappelle la précédente et pourtant, le souvenir est sans cesse renouvelé, enrichi, comme si la littérature était finalement ce lieu tant recherché : hors du temps.
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date : 31-08-2019
Cette lecture fut rapide, voilà son seul intérêt.

Autant Balzac était-il parvenu à m’émouvoir aux larmes avec son Père Goriot, autant Le Lys dans la vallée m’a au mieux laissée de marbre. Je ne nie pas que ses réflexions sur les différentes formes et variétés d’amour et le processus de passion ne sont pas intéressantes, mais à mon sens, ces derniers sont plus subtilement analysés et mis-en-scène dans Le Rouge et le noir de Stendhal.

Ici, le cadre romantico-bucolique et les personnages étrangement fades m’ont rapidement lassée; seules les incursions où Balzac renoue avec son talent de portraitiste ont su pimenter (du moins, autant que faire ce peu) ma lecture.

Un roman assez vain en somme, qui de plus, ne m’a pas vraiment réconciliée avec la noblesse légitimiste de la Restauration.
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date : 31-08-2019
Ce n’est pas tant par intérêt littéraire qu’historique que je me suis penchée sur les oeuvres de Jules Vallès. L’insurgé de la Commune avait eu du fil à retordre à la fin du XIXème siècle: j’étais certes curieuse de découvrir son univers, mais surtout intéressée d’en apprendre plus sur le personnage et la période, en m’immergeant dans son oeuvre quasi-autobiographique.

Ce premier tome de la trilogie “Jacques Vingtras” (sorte de double de Vallès: ponot de naissance comme lui, brillant et médiocre élève à la fois, résolument révolutionnaire) m’a plongée dans les années 1830, au coeur d’une des institutions les plus honnies mais à la fois respectées : l’école. Mais au-delà, c’est aussi un tableau de l’instance familiale qui m’a été donné à lire. Vallès, enfant régulièrement battu par ses professeurs et ses parents, ne réchigne pas à partager ses souvenirs de coups de pieds et de martinets, va même jusqu’à relater la disparition d’une de ses voisines frappée à mort.

D’un ton cinglant et saccadé, le voilà qui se soulève contre ces tortures et injustices, et rend responsables à la fois les structures politiques et familiales de sa marginalisation. Outre le témoignage historique et les thèses de Vallès particulièrement enrichissants, sa plume a aussi participé de mon appréciation générale du roman. Argot, interjections et exclamations subites rappellent les envolées de Victor Hugo (que Vallès admirait), mais l’inflexion est résolument célinienne : la trilogie valésienne marque le passage d’un XIXème siècle engagé à un XXème siècle désabusé.

L’Enfant devient ainsi un véritable pamphlet contre l’autorité, au cours duquel Vallès se fait le porte-parole de toute une jeunesse opprimée qui ne parvient pas à faire entendre sa voix. L’écriture est, pour le moment, le seul subterfuge pour critiquer l’ordre social. Avant de le renverser (Le Bachelier) ou de le reconstruire (L’Insurgé), elle est le premier medium par lequel l’écrivain, l’homme révolté trouve sa voie.
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Rilke délivre ici une oeuvre aussi bien pédagogique qu’intimiste.

Court récit d’apprentissage poétique, Les cahiers de Malte Laurids Brigge laissent à lire les pérégrinations d’un jeune danois sur les chemins artistiques européens, mais aussi les angoisses de Rilke même.

L’Europe de la fin du XIXe siècle devient ce continent de tous les possibles où parviennent à se libérer le vers de Malte et la prose poétique de Rilke. La fête y bat son plein et pourtant, la mort y est omniprésente.

La peur de la déréliction de la famille, mais aussi de soi (magnifique scène de confrontation du jeune Malte costumé et de son reflet dans le miroir) endeuillent la jeunesse du poète novice, mais nourrissent également son énergie créatrice. Elle revêt une dimension aussi bien symbolique (par le ressassement des souvenirs d’enfance et le malheur du passage à l’âge adulte, considéré comme le premier symptôme de la longue maladie) qu’autobiographique (la peur de “la grande chose” qui rappelle au jeune Malte et à Rilke qu’ils sont destinés à mourir).

Finalement, ce n’est pas le parcours d’un noble danois ni même le reflet des angoisses de Rilke qu’abordent ces feuillets, mais la peur universelle de l’achèvement de cette liberté artistique. Outre un récit poétique édifiant, Les cahiers de Malte Laurids Brigge constituent un témoignage historique de cette période à nulle autre pareille: l’Europe des artistes.
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date : 30-08-2019
J’avais entendu parler de Claude Simon comme un écrivain particulièrement ardu, déconcertant voire décourageant pour certains. Forte de mes résolutions littéraires (nb: me lancer pour de vrai dans le Nouveau Roman) mais surtout en proie de challenges, j’ai décidé, bille en tête, de me saisir puis de me jeter dans ce pavé.

J’admets avoir d’abord été décontenancée, ne sachant littéralement pas par quel bout commencer. La route des Flandres n’est pas une oeuvre linéaire: volontairement écrite en fragments, elle laisse à lire (à voir ? à ressentir ?) un tableau décousu de la Première guerre mondiale, comme strié de coups de pinceaux et taché de rouge. Les flots de phrases ininterrompus et sans ponctuation sont déconcertants, les changements de focalisations sont brusques et perturbants.

Au cours de ma lecture, j’ai compris que l’oeuvre ne donnait pas tant quelque chose à lire mais quelque chose à voir. La route des Flandres n’est pas un voyage mais une immersion. Je ne pense pas qu’on puisse la lire comme on lit un roman, mais qu’on s’y perd comme on contemple un tableau. Et ce tableau, c’est la Première guerre mondiale, vue à travers les yeux de Georges, un soldat comme un autre dont la perception du monde devient une oeuvre d’art: le spectacle de chevaux déchiquetés fait penser à du Picasso, les paysages gris et déformés rappellent ceux d’Otto Dix. Les témoins de l’Histoire deviennent artistes et La route des Flandres devient une oeuvre d’art.

Alors oui, cette lecture requiert de nombreux efforts, mais quelle n’est pas la satisfaction une fois que l’on en est venu à bout. Sans me transporter, elle m’a offert une expérience littéraire unique, et m’a donné envie d’explorer un peu plus l’univers de Claude Simon.
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date : 30-08-2019
Une fresque époustouflante, menée sans concession par Emily Brontë. Ma lecture s’est faite en langue originale: ma première confrontation à l’anglais victorien fut une expérience à part entière ... à laquelle a succédé celle de Hurlevent.

La campagne anglaise, mais bien loin des cottages entretenus et des troupeaux de bétail alignés. Là-bas, le vent souffle à arracher les arbres et fouetter les maisons hurlantes. Là-bas, ce ne sont pas les bêtes qui gémissent, mais bien les âmes humaines délaissées, égarées et laissées pour compte; en mal d’amour, pleines d’injustice et de rancune, pleines d’horreur.

Sur deux générations, amours contrariées et haines mutuelles se succèdent et empirent. Pourtant, d’une plume experte, Emily Brontë délivre un récit vibrant, campe de monstrueux misanthropes, décrit, décrypte et analyse des rapports de famille et de domination dans une veine gothique qui ne laisse pas indifférent.

Une fois le roman fermé, ce n’est finalement pas le vent que l’on pense encore entendre hurler, ni même les âmes torturées s’égosiller. C’est bien notre propre humanité qui, sollicitée, piquée au vif, resurgit.
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date : 30-08-2019
Autant certaines oeuvres philosophiques sont illisibles. Autant d’autres sont de purs délices.

Amateurs de philosophie ou d’histoire politiques, ne reculez pas devant Machiavel. Être machiavélique n’est pas être machiavélien. Certes y a-t-il une dimension mensongère et illusionniste dans la préservation du pouvoir politique, mais celle-ci va aussi de pair avec son amélioration et sa pérennité.

Le prince n’est pas seulement celui qui commande et exécute. Il est celui qui anticipe, avance ou recule, attaque ou défend, agit ou attend selon la conjoncture. Outre un fameux premier manuel de philosophie et de science politique, Le Prince est aussi un essais sur l’utilité et la nécessité de la connaissance de l’Histoire à l’action politique. Flux perpétuel parfois incontrôlé, il est du ressort du prince de le contrôler, l’orienter ou de s’y plier.
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date : 30-08-2019
Une lecture particulièrement déconcertante puis, à bien y réfléchir, terrifiante.

En ouvrant La Métamorphose, je n’ai pas découvert une nouvelle fantastique mais une nouvelle diabolique. Kafka s’illustre en véritable geôlier qui parvient à enfermer son lecteur dans un monde absurde et déshumanisé, sorte de prison infernale dont il est impossible de s’échapper. Ce sentiment d’effroi s’est prolongé tout au long de ma lecture et n’a trouvé aucune issue, pas même à la fin, pas même à la chute. Kafka a, un court moment, fait de moi sa prisonnière: je ne sais en revanche pas si dans l’immédiat, j’aurais envie de réitérer une telle expérience.
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date : 30-08-2019
Une lecture stimulante et amusante.

Pas un récit épique ni une écriture provocante: même si Gide joue à l’immoraliste, sa plume archiclassique et parfois assommante ne mérite pas tant, à mes yeux, qu’on s’attarde dessus. De la même manière, ses personnages aux noms grotesques et aux attitudes littéraires ne constituent pas, en tant que tel, quelque chose d’intéressant. En fait, pour être honnête, Les Faux Monnayeurs constitue un bien piètre roman. Pas qu’on s’y ennuie mais on s’y prélasse; on ne sait pas trop quoi attendre.

Ma première tentative fut un échec. J’ai attendu. Ma seconde a porté ses fruits. J’ai trouvé dans Les Faux-Monnayeurs ce que je cherchais. Pas un roman, pas un journal intime: quelque chose de différent. C’est ça qui est sympa avec Gide: le voilà qui nous donne à lire quelque chose de différent, à la frontière du genre, un peu en marge, difficilement qualifiable, et pourtant diablement bien construit et intelligent.

Un sujet ? Il n’y en a pas. Lecteur attentif, parfois circonspect, c’est l’élaboration du roman même qui nous est donnée à lire. Sans tomber dans la vaine discussion théorique ou dans la vulgarisation lacunaire, Gide nous propose une véritable réflexion sur l’être et le devenir du roman: l’autre de tous les genres en perpétuelle construction. Les quêtes brouillonnes d’Edouard et les incursions de l’écrivain dans le récit ne sont que prétextes pour le questionner et le mettre en crise. Les brusques allers et venues de Bernard et les mésaventures d’Olivier réinventent le romanesque. Et même si ces derniers ont un goût d’inachevé, le roman n’existe-il pas, ne se surpasse-t-il pas que par le roman supérieur que le lecteur parvient à imaginer ?

Il est à la fois stimulant et amusant d’assister à la naissance du roman, d’autant plus lorsqu’on est l’un de ses principaux architectes. Lire Les Faux-Monnayeurs, c’est déjà se sentir un peu écrivain, mais plus important: c’est se sentir lecteur.
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Ce livre est à mon sens, le "classique" de la littérature française dont on peut le plus facilement, d'abord se targuer de l'avoir lu, mais surtout proclamer comme son "roman" préféré. Car est-ce bien un roman? Une suite de lettres non datées, un style certes très élégant (a posteriori, que j'adore) mais quand même en profond décalage avec le langage de notre époque, des intrigues "de boule" (avouons-le, elle en a du toupet cette marquise de raconter ses ébats avec son chevalier...) qu'on qualifiera de "libertines" (c'est plus joli c'est vrai, ça évoque presque de la dentelle... un peu comme la finesse de ce livre finalement?) mais somme toute, de longues, de palpitantes, de dangereuses liaisons.
Les liaisons dangereuses, ou le roman (certes... épistolaire, mais d'autant plus virtuose) qui m'a faite entrer dans la Littérature. Le chemin de traverse, la "liaison" qui m'a ouvert les portes d'un monde que j'observais de loin, que je craignais, mais dont je ne doutais pas que la richesse finirait tôt ou tard, par me frapper de plein fouet.
Dans ce roman, je parlerai d'abord de richesses de styles. Car oui, d'une lettre à l'autre change la manière d'écrire, la façon de penser qui est propre à chacun. Car c'est du prodige, de la part d'un même auteur, de savoir si justement saisir la psychologie humaine! Donc, richesse de personnages, cela semble plutôt logique! Qui préférer, entre la marquise pré-féministe redoutable, le vicomte jouisseur haïssable, la candide jeune fille qu'on adorerait secouer, la vertueuse épouse qu'on imaginerait débauchée, ou la mère que nous avons tous et qu'on voudrait ne jamais exister?
Incroyable que la plume d'un seul homme ait pu me donner l'impression de ne plus tant être la simple lectrice de ces lettres, mais également la destinataire. Car happée par ses flux de pensées, par ces déclarations brûlantes et ces missives incendiaires, au-delà des rouages machiavéliques et redoutablement efficaces, c'est à demi-muette que j'ai fini cette lecture fondatrice.
Comme si cela ne suffisait pas, de nous attacher à ses personnages, Laclos se sent-il obligé de nous transmettre les émotions les plus frémissantes et de nous transformer en êtres humaines violents (envers les autres, mais surtout envers nous-même). Du rire au frisson (en passant par les larmes... ne critique pas Cécile de Volanges qui veut), ces 500 pages qui se concluent en une fantastique tombée de masques (vérolé ou ensanglanté pour certains) ne peuvent et ne doivent, laisser le lecteur de marbre.
Mais l'on s'ennuie de ton commentaire personnel, me direz-vous! Mais ce sont Les liaisons dangereuses qui m'ont faite basculer dans ce nouveau monde littéraire, ce n'est pas ma faute.
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date : 15-08-2016
Un livre qui m'a tenue en haleine durant les 300 premières pages. Avec cela, le suspense, l'addictivité... bref: mon intérêt est retombé comme un soufflé. Trop de récits emboîtés, d'intrigues secondaires et de personnages inutilement mis en valeur... Une déception, car le roman présentait tous les atouts d'un chef-d'oeuvre.
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date : 19-07-2016
Sûrement le livre d'Amélie Nothomb qui m'a mise le plus mal à l'aise!
J'avais déjà l'habitude des livres tordus, déjantés mais néanmoins très intelligents de cette auteure. Mais ici, le récit qu'elle livre frôle la schizophrénie!
Tout au long de ma lecture (effectuée d'une traite) je suis passée de la perplexité à l'effroi, de l'effroi à l'horreur et de l'horreur à l'ébahissement!
Décidément, avec une plume pareille, Amélie Nothomb peut m'emmener où elle veut, jusqu'aux limites de la folie!
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