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1

Je courais dans la forêt. J’avais l’impression de survoler le sol tant mes pattes volumineuses au pelage fauve le martelaient avec légèreté. Pourtant, mes poursuivants gagnaient du terrain. Le bruit de leurs pas était si proche ; j’aurais même juré frôler quelqu’un du bout de la queue.

Je ne tiendrais pas la cadence. Les couguars sont d’excellents sprinteurs mais ils ne sont pas endurants. Il fallait que je me réfugie derrière un buisson, dans un arbre, peu importe pourvu que je disparaisse le temps qu’ils passent, et ensuite…

Une fléchette se planta dans mon omoplate. Je me cabrai en rugissant, toutes griffes dehors…

— Maya !

Des mains saisirent mes pattes antérieures. Non, pas mes pattes. Mes bras. Je vis d’abord des doigts autour de mes poignets, puis un visage familier devant moi… ainsi que des cheveux blonds et souples qui auraient eu bien besoin d’un coup de peigne, des yeux bleus cernés, une grande bouche aux lèvres pincées par l’inquiétude et l’épuisement.

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Spoiler(cliquez pour révéler)- On a déjà prévu ce qu'on ferait pendant cette balade en ville ? demandai-je.

- Déjeuner et ciné, je crois. Peut-être dîner aussi, si tes parents sont d'accord pour que tu rentres tard.

- Oh, oh ! ça ressemble à un rencard.

Ses joues s'empourprèrent et il émit un petit rire forcé.

- Ouais.

Je pris un brownie et demandai, d'un ton aussi détaché que possible:

- Et si j'avais envie que ce soit un rancard ?

- Quoi ?

Je m'efforçais d'apaiser le rythme effréné de mon cœur et je m'obligeai à le regarder dans les yeux.

- Et si j'avais envie que ce soit un rancard ?

Il tenta de rire, mais il n'y parvint pas vraiment, puis il se frotta les lèvres en baissant les yeux. Il s'éclaircit la voix et changea de position. Puis il me regarda de nouveau, sur ses gardes.

- Ça veut dire non ? m'enquis-je.

- Non. Enfin... (il se força de nouveau à sourire) j'attends juste la chute de la vanne. Genre, "si c'est un rencard, ce sera à toi de payer" ou "tu vas devoir m'apporter des fleurs" ou...

Il laissa sa phrase en suspens.

- Il n'y a pas de vanne, lui assurai-je.

Je me mis à genoux et m'approchais de lui en m'arrêtant à environ trente centimètres.

- Il n'y a pas de chute, Daniel, répétai-je. Je te demande si tu veux sortir avec moi.

Il ne répondit pas. Il tendit le bras et glissa sa main dans mes cheveux pour m'attirer vers lui et...

Et il m'embrassa.

Ses lèvres frôlèrent d'abord les miennes, timides, encore incertaines, et je me pressai contre lui en passant mes bras autour de son cou. Alors il me donna un vrai, long baiser qui se répercuta jusqu'au plus profond de mon âme, comme un déclic, une connexion... l'impression d'entendre quelqu'un au fond de moi s'exclamer :"Oui, voilà, c'est ça!"

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Spoiler(cliquez pour révéler)Je fus de nouveau prise à part pour une petite conversation privée.

- Qu'est-ce que tu attends de moi ? demanda Ash lorsque nous fûmes éloignés.

- Question idiote. Tu es mon frère, je veux que tu sois avec moi.

Il sembla pris au dépourvu et me lança un de ses regards mauvais, comme si je me foutais de lui.

- Quoi ? C'est vrai, tu es un emmerdeur de compétition, mais il paraît que c'est ce qu'on attend d'un frère. (Je lui touchai le bras.) Plus sérieusement, je sais que Calvin meurt d'envie que tu ailles habiter avec lui. Je suis triste pour lui qu'il nous ait perdus mais, si tu veux mon opinion, je vais être égoïste et te conseiller de venir chez nous.

- Tu es sûre qu'ils en ont envie, tes parents ? ou bien c'est juste par gentillesse ?

- Oh ! ils ne sont jamais "gentils". Tu le découvriras bien vite en venant vivre avec nous. (Je marquais une pause et repris mon sérieux tandis que je lui laissais le temps de réfléchir.) Tu peux toujours changer d'avis si ça n marche pas. Calvin sera heureux de t'accueillir à n'importe quel moment.

Nos regards se croisèrent.

- Toi aussi, tu peux changer d'avis. Et pitié! pas de conneries à la canadienne. Si ça ne marche pas, on se le dit. Je te respecterai plus si tu es sincère que si tu serres les dents et te forces à me supporter.

- Bien reçu. Alors, tu viens avec nous ?

Il acquiesça. Je le serrais dans mes bras, que ça lui plaise ou non.

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Spoiler(cliquez pour révéler)- ça ira comme ça ? demanda-t-il.

Daniel l'étudia, ou plutôt le dévisagea, bouche bée. Ensuite il me dévisagea à mon tour avant de reporter son attention sur l'autre garçon. Pour finir, il jura à voix basse.

J'avisais Ashton Gray à mon tour, et j'eus une vague impression de déjà-vu. Ses traits avaient quelque chose de familier.

- Maya ?

Ashton tressaillit lorsque Daniel prononça mon prénom.

- Mmh ? répondis-je.

- Rafe a une tache de naissance identique à la tienne, n'est-ce pas ? Où est-elle ?

- Sur son...

Je m'interrompis. Daniel pensait-il que ce garçon était un porteur-de-peau ? Pourquoi ? Parce qu'il était à notre recherche et qu'il était amérindien ? Non, il ne tirait jamais ce genre de conclusions hâtives.

- Sous l'omoplate, répondis-je. C'est une empreinte de patte comme celle que j'ai sur la hanche.

- Tourne-toi, ordonna Daniel à Ashton.

Ce dernier afficha un rictus de mépris et fit mine de nous provoquer, mais Daniel répéta "tourne-toi" d'un ton sec, et il obéit. Il mesurait à peine quelque centimètre de plus que moi. Et moins costaud aussi... Il était mince et nerveux.

Il releva son tee-shirt jusqu'aux épaules.

Il portait bel et bien une marque de naissance identique à la mienne.

- Quelle est la date de naissance qui figure sur son passeport, Maya ?

- La date de naissance ? Euh... (je revérifiai.) Le 5 août.

- Alors elle est fausse. Tu es né en octobre, je me trompe ? l'interrogea Daniel en se tournant pour regarder Ashton dans les yeux. Début octobre. Je ne peux pas te citer la date exacte, parce qu'on ne connaît pas celle de Maya avec exactitude non plus, mais les médecins ont fait une estimation assez précise de l'âge qu'elle avait au moment où elle a été trouvée, et ils ne se seraient pas trompés de deux mois.

Je tentais de suivre son raisonnement. Quel rapport tout cela avait-il avec... ?

J'avisais de nouveau Ashton Gray. Non. C'était impossible.

- Alors tu ne serais pas né début octobre par hasard ? insista Daniel.

- Si.

- Donc tu viens d'avoir seize ans.

- Ouais.

- Tu as compris pourquoi je te pose cette question ?

Il hésita, mais à peine une fraction de seconde. Son regard glissa dans ma direction, puis il s'arrêta et préféra contempler la forêt à la place.

- Ouais.

- Merde alors ! murmura Corey. Tu es le frère de Maya.

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Extrait ajouté par tekyla 2015-08-30T17:02:32+02:00

J’expirai en tremblant et jetai un coup d’œil vers l’endroit où Daniel se cachait. Je l’aperçus, à moitié relevé, le regard fixé sur moi. Il leva la main… Pas pour me faire signe, c’était juste un petit geste, une tentative pour établir un contact, pour me réconforter, et je regrettai de ne pas être avec lui. Merde ! pourquoi est-ce que je n’étais pas avec lui ? Qu’est-ce qui m’avait pris de vouloir grimper ici, de traverser cette épreuve toute seule ?

Je répondis à son geste, puis Corey le tira pour qu’il se baisse.

— Bon, grommela Ash.

Je lui jetai un coup d’œil en me rappelant que je n’étais pas toute seule. Pas tout à fait, du moins. Mais, d’une certaine manière, j’aurais préféré la solitude, parce que je ne recevais rien d’Ash, pas un sourire, pas un mot gentil, pas même un air compatissant. Il se contentait de me faire les gros yeux, comme si j’allais foutre notre couverture en l’air pour rien.

Je me concentrai de nouveau sur mes parents.

— Ne fais pas ça.

Je me tournai vers lui. Cette fois, une lueur brillait dans ses yeux, même s’il s’efforçait de rester impassible, pinçant toujours les lèvres.

— Ne regarde pas, continua-t-il.

J’hésitai, j’avais envie de lui rétorquer que je tiendrais le coup. Sauf que c’était faux. C’était insupportable. Alors je posai ma joue sur l’écorce rugueuse de ma branche, j’abaissai les paupières et j’écoutai les témoignages.

Écouter ne fut pas facile non plus. C’était surréaliste quand on pensait que les jeunes dont ils honoraient la mémoire étaient toujours en vie. C’était comme assister au discours d’un mariage ou d’une remise de diplômes, on évoquait le parcours de quelqu’un, les meilleurs moments de sa vie mais, au lieu de susciter la joie et les éclats de rire, chaque nouvelle anecdote était accueillie par un concert de sanglots et de cris de chagrin.

Lorsque mon père se leva pour prendre la parole à son tour, je me bouchai les oreilles. Je n’avais pas le choix. Au premier trémolo dans sa voix, j’aurais sauté de mon arbre et je me serais précipitée sur l’estrade en criant : « Je suis là, papa ! Je suis toujours là ! ». Alors je me bouchai les oreilles et fermai les yeux de toutes mes forces jusqu’au moment où Ash me tapota le bras.

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