Livres
451 107
Membres
396 266

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode

Ajouter un extrait


Liste des extraits

"Ark enleva sa casquette et la lui donna.

- C'est gentil de vouloir me remercier pour t'avoir sorti de là, mais je ne peux pas accepter...

Mucum inspecta la casquette tâchée de graisse. Ark, lui, roula des yeux.

- Tes cheveux ressemblent à des coquelicots sur une bouse de cache. Mets-moi ça !

- Tu as raison !

Après avoir recouvert sa chevelure crépue orange, Mucum passa d'une grande brute épaisse visible à un kilomètre à une grande brute épaisse."

"Mucum se pencha pour examiner la serrure.

- Tu as une clé ?

- Non. Dis, tu ne vas pas la crocheter ?

- Bien sûr que non, idiot. Pourquoi Diana m'a-t-elle fabriqué ce corps de rêve à ton avis ?

Aussitôt, il donna un grand coup d'épaule dans la porte. La serrure rouillée n'y résista pas."

Afficher en entier

Chapitre 1 La traque

Reste sur le bois blanc, ta vie en dépend.

Tombe dans le vide, adieu l’intrépide.

Proverbe dendrien

L’île forestière d’Arborium

Le 5 octobre, début de soirée, une semaine avant le Festival de la Moisson.

La flèche effleura son épaule avant de se planter dans un poteau. S’il n’avait pas trébuché, le projectile lui aurait transpercé le cœur. Il imagina le sang imbibant sa chemise, telle une fleur qui éclôt. Son corps aurait alors basculé de l’arbre pour s’écraser deux kilomètres plus bas.

Ark était épuisé. Des gouttes de sueur dégoulinaient dans son dos, ses mollets lui faisaient mal. Il tourna vite la tête : les archers se trouvaient à quelques dizaines de mètres derrière lui. La branche sur laquelle il courait était large et droite. Grâce aux ramifications secondaires, aux poutres et aux échafaudages, elle mesurait jusqu’à six mètres de large par endroits. À cette heure-ci de l’après-midi, nul ne l’empruntait. Ark avançait en silence, sentant les moindres creux, nœuds et bosses du bois sous ses pieds.

Quelque part au-dessus de sa tête s’amoncelaient de gros nuages noirs. La pluie clapotait sur les milliers et milliers de feuilles de la forêt. Sa lourde ceinture de plombier le ralentissait. Clé anglaise contre arbalète ? Il n’avait malheureusement pas le temps de se débarrasser de ses outils : une autre flèche venait de siffler à ses oreilles…

L’archer s’arrêta et prit le temps de viser. Les vêtements trempés du garçon qu’il traquait – casquette en cuir marron, pourpoint tanné, culotte étriquée, bas usés – trahissaient sa condition de plombier. À vrai dire, sa proie ressemblait à un gros étron dans le feuillage. Bien qu’aveuglé par l’averse, le soldat essayait de ne pas le quitter des yeux. Le gamin était rapide comme l’éclair grâce à ses semelles de caoutchouc – l’accessoire obligatoire à cette hauteur quand on ne désirait pas glisser dans le vide, surtout par ce temps.

Eh non, il ne réfléchirait pas à deux fois avant de tuer ce petit présomptueux de quatorze ans !

Droit devant, la branche-route donnait sur un gigantesque tronc creux. Arrivé en son centre, Ark hésita, le souffle court. Alors qu’un oiseau criait au loin, le garçon scruta l’obscurité. L’arbre mort signalait un croisement et trois directions s’offraient à lui… Dans un coin sombre, de vieilles marches couvertes de mousse conduisaient au cœur de l’arbre. Était-il désespéré au point de s’y enfoncer ? Aucun Dendrien n’osait si rendre. Il frissonna rien que d’y penser. Bon ! Quel tunnel emprunter ?

Les images de la journée défilèrent dans sa tête. Un simple tuyau bouché, avait affirmé son patron qui détestait se salir les mains. Tu te débrouilleras très bien, Arktorious Malikum. C’est un travail important ! Et puis marron sur marron, on ne verra pas la différence ! L’homme rit à sa propre plaisanterie, comme d’habitude. Seulement il n’y avait pas matière à rire.

Devant lui, un écureuil assis au milieu de la chaussée grignotait une noisette. Il dévisagea Ark avant de dévaler l’escalier.

– Par ici… entendit le garçon.

Ark scruta les branches alentour. La voix était si douce. Son imagination lui jouait-elle des tours ? Des écureuils doués de parole ! Pourquoi pas des pépins dans les noisettes aussi ? Sans réfléchir, il suivit l’animal et fonça dans la première galerie. Enfin quelques instants de répit… Un ébrouement le fit sursauter. Ce n’était qu’un petit poney brun pommelé qui venait de la blanchisserie et tirait un chariot rempli de linge propre. En passant devant Ark, les roues en bois heurtèrent un nœud et le harnais en laiton cliqueta. Une étrange musique s’éleva alors dans le feuillage comme pour lui dire : Dégage de mon chemin ! Ces animaux solitaires qui se tuaient à la tâche ne modifiaient leur allure pour personne.

Un poney tombé du ciel ! Sourire aux lèvres, Ark piqua un sprint jusqu’à la carriole, grimpa à l’arrière et plongea sous la toile goudronnée, entre les piles de linge bien différenciées. Il se cacha sous les jupons propres et, les doigts croisés, pria Diana, la déesse protectrice.

– Où est passé ce sale petit morveux ?

– Il était là il y a encore une seconde.

– On le tenait presque !

Ark retint son souffle.

– Jette un coup d’œil là-dedans !

Le chariot vacilla quand un des hommes grimpa sur le tas de linge. Écrasé, Ark ne pouvait plus respirer. Bientôt, le bruit de ses côtes brisées les avertirait de sa présence.

Une comptine de son enfance lui revint soudain en mémoire :

Ma Dame, je m’accroche à la plume, j’agrippe la brume.

S’il m’arrive malheur, je vous en prie, cachez mon cœur.

Bien qu’ils ne riment à rien, ces deux vers étaient pourtant répétés à tue-tête dans les écoles. En cet instant, le pauvre Ark aurait bredouillé n’importe quelle prière.

– Elvisbleu ! jura le garde. Je ne le vois nulle part. Il n’aurait pas tourné à gauche ?

– Grappin va nous trucider si on ne le retrouve pas, grogna l’autre. On se sépare. Il a pas pu aller bien loin.

Tout à coup, le poids sur la poitrine d’Ark disparut et le silence régna. Le vieux poème aurait-il marché ? Ark prit une profonde inspiration. Ses jambes le démangeaient, mais il compta quand même jusqu’à deux cents avant de bouger. Et s’il restait dans le chariot en attendant la fin de la livraison ? Non ! Il se secoua les puces. Il en avait trop entendu. Grappin comptait détruire ce monde.

Avec précaution, il regarda à l’extérieur. La voie était libre. Il glissa à reculons et descendit sans un bruit. Il regretta de ne pas avoir une pomme sur lui à offrir au poney impassible.

– Merci, mon vieux, lui murmura-t-il. Je te dois une fière chandelle.

Derrière ses œillères, le poney le dévisagea, comme s’il avait compris, et le chariot poursuivit sa route, abandonnant Ark à son destin.

L’univers qui le rassurait auparavant représentait désormais un danger. Une brume humide recouvrait le bord des grosses feuilles de la taille d’un homme adulte. De toutes parts s’entremêlaient des routes et des embranchements soutenus par des cordes, des échafaudages et un million de chevilles en bois. Ces pistes plus ou moins passagères reliaient des troncs d’une envergure incroyable. L’ensemble supportait des centaines de maisons, commerces, hostelleries. Ark avait toujours cru que l’immense île d’Arborium malgré sa turbulente histoire, était l’endroit le plus sûr au monde, vaste étendue hissée dans la canopée, à deux kilomètres de la terre ferme et sale. Il se trompait.

– Hé ! Là-bas !

Un homme arborant le faucon au bec cruel du Haut Conseiller Grappin sur sa tunique se ruait vers lui. Il avait suivi l’adage et attendu que la souris sorte de son trou.

Ark se maudit quand le garde l’attrapa par le poignet. Il eut beau sauter et se contorsionner, l’homme ne lâcha pas prise. Bien que maigre comme Ark, il avait les muscles solides comme du chêne.

– Lâchez-moi ! hurla Ark.

– Pas question, minus.

Il lui serrait si fort le poignet que des larmes de douleur lui montèrent aux yeux.

– Tu vas me rapporter un mois de bonus ! s’exclama l’archer dont le sourire menaçant révéla une rangée de dents pourries assorties à son haleine.

Bouillonnant d’une colère froide, Ark cessa de se débattre. De quel droit se permettait-il ? Comment raisonner avec une brute pareille ? Soudain, son instinct prit le dessus : fini de fuir, il allait se battre. Dans un mouvement parfait, il s’empara de sa lourde clé anglaise accrochée à sa ceinture de plombier et frappa de toutes ses forces.

Les yeux écarquillés, le soldat s’effondra lentement par terre.

Ark ne s’attarda pas. Il était déjà loin quand le bruit lourd résonna dans les bois. Au moins l’homme n’avait pas crié et alerté ses comparses qui ne manquaient pas de sillonner les environs. Il avait encore le goût de l’adrénaline dans la bouche. Malheureusement, la branche-route qu’il suivait ne semblait mener nulle part et Ark commençait à avoir des crampes aux jambes à force de courir.

Soudain, il s’arrêta sur l’écorce glissante. Un autre soldat, deux fois plus large que le premier, s’avançait vers lui d’un pas lourd. Sa lame aiguisée brillait sous la pluie et une sale cicatrice zigzaguait sur son crâne chauve, tel un éclair.

Dès qu’il vit Ark, l’homme se mit à courir. Quant à son collègue, il s’était relevé tant bien que mal et criait vengeance. La situation pouvait-elle être pire ?

La pluie imbibait la forêt, épaississait le brouillard. La branche principale était plongée dans l’ombre et les deux archers distinguaient à peine le garçon vêtu d’habits marron et tachés. Peu importait ! Où ce jeune avorton pouvait-il aller ? Sûrs d’eux, ils s’approchèrent lentement. Inutile de se presser : la traque était bientôt terminée.

Le gamin s’agenouilla comme pour prier. Puis il se releva, regarda dans le vide et recula d’un pas. Les deux hommes n’eurent pas le temps d’intervenir. Il bondit loin de la branche, brisant ainsi la grande loi des Dendriens.

Reste sur le bois blanc, ta vie en dépend.

Tombe dans le vide, adieu l’intrépide.

Afficher en entier

Lorsque le Roi Quercus ouvrit en grand les doubles portes donnant sur la cour intérieure, la scène qui l’accueillit sema le désordre dans son esprit. Les festivités continuaient, comme si de rien n’était. Seigneurs et dames, ducs et duchesses discutaient gaiement, dégustaient tout ce que la forêt et les champfaudages avaient à offrir. Pourquoi s’inquiéter quand on était entouré par des protecteurs bien armés, venus spécialement au château des Armureries de Moss ? Quercus s’aperçut que ces charmants défenseurs avaient tiré leur arme et attendaient le signal pour trancher les rires à la racine.

Afficher en entier

Mucum était dégoûté de rater la retraite aux flambeaux. Comme Shiv, il avait appris à relier les feuilles entre elles pour former des pleines lunes, des chariots, des bateaux, des arbres miniatures… Une bougie à l’intérieur et les sentiers d’Arborium se transformaient en une rivière de lumière au crépuscule.

Ce soir, le Festival de la Moisson ne rimait pas avec célébration, mais danger. Sans leur intervention, le Roi mourrait avant la fin de la nuit et le peuple d’Arborium serait réduit en esclavage. La station d’épuration était aussi délabrée qu’avant. Mucum renifla.

Afficher en entier

Évidemment ! Qui disait pendentif, disait collier. Alors qu’il essayait de le détacher, il effleura une mèche de cheveux. Lisse comme de l’écorce de hêtre, elle le chatouilla. Par chance, l’envoyée de Maw continua de respirer régulièrement, contrairement à lui. Petronio était convaincu que les battements de son cœur résonnaient dans la chambre mais la femme ne remua pas.

Afficher en entier

Au travail, personne ne commandait Mucum. Même K. K. Jones formulait ses ordres de manière que Mucum les considère comme une faveur. Mais avec les filles, Mucum était dépassé. Il n’avait pas eu le courage de l’embrasser à la fête des Racineurs. C’était maintenant ou jamais. Il s’accrocha aux barreaux et se souleva du sol. Il avança les lèvres entre les barres. Il devait avoir l’air vraiment idiot.

– Beurk ! s’écria Shiv. C’est dégoûtant !

Afficher en entier

Maintenant ! Petronio lança une ruade et sa jambe gauche heurta le tibia du soldat. Il entendit un craquement agréable quand l’os se brisa et un hurlement de douleur quand l’homme s’écroula, le pied dessinant un angle inhabituel, l’os exposé au grand air. Au même instant, il y eut un bruissement de plumes et Petronio sentit comme une piqûre à l’oreille. Pas le temps de réfléchir. Il bondit sur ses pieds. Diana avait-elle répondu à ses prières ? Alors qu’il enjambait l’homme pour atteindre l’escalier, un bras lui intercepta la cheville.

Afficher en entier

L’oiseau plana une seconde. Ark jeta un coup d’œil entre les griffes afin de se situer quand le corbeau entreprit une ascension. Les arbres furent remplacés par une immensité rocailleuse faite de pentes et de descentes. Oh ! Un frisson lui parcourut tout le corps. Des montagnes ! Ces immenses rochers escarpés surplombaient la forêt, formant un arc de cercle gigantesque au nord et à l’ouest. Cet endroit désert sans arbres lui faisait penser à un Dendrien sans vêtements. Les ailes noires du corbeau le transportèrent par-delà les sommets couverts de neige et de glace qui paraissaient plus pointus que n’importe quelle griffe. Finalement, ils entamèrent une descente en spirale vers le jour et une autre forêt.

Afficher en entier

Il tombait… vers le haut. Une étoile filante et désespérée. Le moindre soubresaut menaçait de réduire la cabine en copeaux et ses dents claquaient dans sa bouche – on aurait dit un concert de cuillères en bois. Si les Racineurs empruntaient ce moyen de transport pour visiter la forêt, grand bien leur fasse. Pendant quelques secondes, Mucum en oublia de respirer. Quand tout à coup BANG ! Attache-toi bien, lui avait conseillé Flo. Elle avait raison même si la ceinture en cuir lui mordit la peau et qu’il fut quasi catapulté au travers du frêle toit.

Afficher en entier

Ce fut Salix qui empêcha son collègue de basculer par-dessus bord. Il le rattrapa in extremis par la manche et le tira en arrière en y mettant tout son poids. Après avoir vérifié qu’Alnus ne cherchait pas à voler pour de vrai, Salix désarma facilement la mère désemparée, jeta le balai par-delà la corde de sécurité. Il tourbillonna dans le vide, rebondit contre le tronc avant de disparaître. L’homme poussa Mme Malikum sur le côté, pénétra dans la masure sombre et s’empara de la fillette qui hurla aussitôt à pleins poumons. M. Malikum, lui, essayait en vain de se redresser dans son lit de malade.

Afficher en entier

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode