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Fort de cette information, on peut donc penser que la disparition des grands arbres de la Terre pourrait avoir une conséquence dramatique dans les écosystèmes forestiers. Pourtant, ces géants de la création éprouvent de la difficulté un peu partout sur la planète, car, malheureusement, leur stature imposante n’attire pas seulement le regard curieux et respectueux des touristes et des amoureux de la nature, mais ils sont aussi des proies de prédilection pour l’industrie forestière. Or, selon les spécialistes, chacun de ces majestueux arbres abrite une diversité de vie végétale et animale qui s’écroule en même temps que le géant se couche.

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J’ai toujours senti que les arbres nous cachaient leur véritable nature, qu’ils ne pouvaient être réduits au simple rôle d’individus statiques qui se côtoient dans une totale indifférence. Les guérisseurs traditionnels de ma région natale avaient l’habitude de dire que certaines plantes moins outillées pour trouver de l’eau pouvaient, pendant une partie de l’année, brancher leurs racines sur d’autres. Ils recommandaient, par exemple, à ceux qui veulent se soigner avec les racines du Nguer (Guiera senegalensis) de respecter un calendrier de prélèvement pour ne pas ramener des racines de la mauvaise plante à la maison.

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C’est un phénomène qui peut ressembler à la réalité de tous ces immigrants qui doivent se sacrifier au travail pour gagner de quoi nourrir toute la famille restée au pays. Un peu à l’image de cette forme de solidarité végétale induite par la répartition spéciale de l’eau, la majorité des bouches à nourrir de cette planète ne sont pas près des dépôts de pitances. C’est comme si la Terre était divisée en deux parties : il y a au nord les pays riches du G-20 et au sud les pays pauvres du G-Faim. Entre mortels sur cette minuscule planète bleue, nous avons sans doute bien des choses à apprendre des arbres en matière de solidarité. Se donner les mains un peu comme ces arbres se donnent les racines…

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Si les arbres volent souvent la vedette dans mes histoires, c’est que mon enfance foisonne de légendes mettant en scène des baobabs et des acacias. Se coucher sur le dos sous un grand arbre et regarder en haut, enseignait mon grand-père, était une belle façon pour un humain d’apprendre l’humilité. La grandeur qui se dégage de ces sanctuaires vivants rappelle inéluctablement à tout être humain la précarité de sa propre existence. Convaincu que nous, les Sérères, devons notre existence aux acacias et aux baobabs, mon aïeul prenait soin des plantules de ces espèces comme on élève un enfant. S’il était mon premier professeur de biologie végétale, ma curiosité pour le monde des arbres a été renforcée par mes années d’errance dans la savane, lorsque je menais aux pâturages les animaux de mon père, un éleveur de chèvres, de vaches et de zébus.

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« Tu vois, Julie, poursuivit la grand-mère, cette bataille pour l’égalité entre les hommes et les femmes, que toi et bien des jeunes filles de ta génération trouvez dépassée, eh bien !, elle est à l’image de ce végétal. Le jour où cette parité des sexes sera une valeur planétaire, les femmes pourront, comme tu le souhaites, enterrer la hache de guerre et se parer de couronnes de laurier. Mais, en attendant cette date hypothétique, il faut rester alerte. Cet arbre de l’égalité des genres, que nous avons planté il y a quelques décennies, est exactement à l’image de ce jeune chêne : sa partie visible semble bien épanouie, mais ses racines ne sont pas aussi profondes que certains le pensent. Et il est bien connu, ma petite, que les arbres qui ont moins de racines que de branches sont souvent à la merci de ces grands vents qu’on croyait disparus, mais que l’intégrisme religieux ravive partout sur la planète. »

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C’est l’histoire d’un jeune homme qui se préparait à quitter son village pour un long voyage. Il s’appelait Boucar. Avant qu’il quitte sa savane natale, au Sénégal, son grand-papa l’invita à une petite promenade. Une fois à l’extérieur du village, le vieil homme sortit de sa poche un bout de bâton et demanda à son petit-fils de le casser, ce qu’il réussit sans aucune difficulté. Ensuite, le grand-père lui demanda combien ils étaient dans la famille, et le garçon répondit qu’il avait huit frères et sœurs. Le vieil Africain sortit aussitôt de sa poche neuf morceaux de bois d’acacia identiques au premier et demanda à nouveau à son petit-fils de casser ces bâtons. Quand il vit que, malgré toute la force déployée, le jeune n’arrivait pas à briser le paquet, le grand-papa le regarda dans les yeux et lui dit : « Où que tu puisses être sur la planète, mon garçon, souviens-toi que c’est ça une famille ! »

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Si je vous fais ce court plaidoyer sur la pertinence du conte, c’est que je voulais d’entrée de jeu vous raconter une histoire d’aujourd’hui, mais à la façon des anciens ; une fiction des temps nouveaux qui met en scène un arbre, un jeune chêne, et qui commence évidemment par cette formule universelle sortie des temps anciens…

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Parce que je parlais souvent avec mes amis les baobabs, ma mère soupçonnait que je transgressais ce grand tabou. Si je le faisais, c’est que je les croyais dépositaires d’une grande sensibilité, voire d’une capacité d’écoute bienveillante. Je leur expliquais ce que j’avais appris dans les salles de classe, ce qui, du même coup, était une façon de consolider ma compréhension de certains sujets, et j’avais l’intime conviction qu’ils comprenaient mes « leçons ».

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Si j’ai choisi la biologie végétale comme domaine de spécialisation au deuxième cycle à l’Université de Dakar, au Sénégal, c’était aussi pour mieux m’approcher et percer le secret de mes amis végétaux. Le hasard m’a redirigé par la suite vers un doctorat en océanographie, mais j’ai continué à suivre l’actualité scientifique sur le monde des plantes et des arbres. Les nouvelles techniques d’étude de leur physiologie nous rapportent des découvertes à la fois fascinantes et poétiques. Ces trouvailles m’amènent parfois à me demander si les végétaux n’ont pas une sensibilité, voire une forme de conscience. Peut-être ces études, un jour, me donneront-elles raison quand je disais à mon père que les baobabs souffraient quand on arrachait leur écorce.

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