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Extrait ajouté par lelette1610 2017-09-20T14:26:40+02:00

Car moi, Sinouhé, je suis un homme et comme tel j'ai vécu dans chaque homme qui a existé avant moi et je revivrai dans chaque homme qui viendra après moi. Je vivrai dans les rires et les pleurs des hommes, dans ses chagrins et ses craintes, dans sa bonté et sa méchanceté, dans sa faiblesse et sa force.

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-10-13T17:21:34+02:00

Mais devant les murailles du temple d’Amon, les soldats de Pepitaton durent s’arrêter, car les nègres ignoraient l’art d’assiéger une place, et leurs béliers étaient impuissants contre les portes de cuivre du pylône, alors qu’ils pouvaient facilement forcer les palissades d’un village dans le pays des girafes. Ils ne purent qu’entourer le temple, et les prêtres les injuriaient du haut des murs et les gardiens tiraient des flèches et lançaient des javelots, si bien que de nombreux nègres peints périrent en vain. Mais sur la place devant le temple l’odeur du sang avait attiré de partout des nuées de mouches. Pepitaton s’y fit porter dans sa litière, et son visage s’allongea et il ordonna aux esclaves de brûler de l’encens autour de lui, et il pleura et déchira ses vêtements en voyant le nombre des cadavres. Mais son cœur était préoccupé par le sort de sa chatte Mimo ; et c’est pourquoi il dit aux chefs :

— Je crains que la colère du pharaon ne s’abatte terriblement sur vous, car vous n’avez pas renversé l’image d’Amon, mais en revanche le sang coule à flots sur la place. Mais ce qui est fait est fait. C’est pourquoi je vais courir chez le pharaon pour lui raconter ce qui est arrivé, et j’essayerai de prendre votre défense. J’aurai certainement le temps de passer aussi à la maison pour jeter un coup d’œil à ma chatte et changer de vêtements, car ici l’odeur est effrayante et pénètre dans la peau. Entre-temps, calmez les nègres et donnez-leur à manger et à boire, car c’est inutile de s’en prendre aujourd’hui aux murailles. Je le sais, parce que je suis un chef plein d’expérience et que nous ne sommes pas équipés pour forcer des murailles. Mais ce n’est pas ma faute, puisque le pharaon ne m’a pas dit qu’il faudrait assiéger le temple. C’est à lui de décider ce qu’il convient de faire.

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-10-13T17:21:25+02:00

A la tête des chars, il se rua sur la foule, et les cochers enlevaient sur leurs chars les manifestants qui criaient le plus fort, et les chevaux écrasaient des vieillards et des enfants et les cris se changeaient en hurlements. Quant aux hommes emportés sur les chars, on les pendit aux rênes, et ainsi on ne versa pas de sang et on traîna les corps derrière les chars pour effrayer les gens. Les nègres ôtèrent les cordes de leurs arcs et bondirent dans la foule et étranglèrent les manifestants. Ils étranglèrent aussi des enfants, en se protégeant de leurs boucliers contre les pierres et les coups de bâton. Mais tout nègre séparé de ses compagnons était écharpé par la foule, et un cocher de char fut arraché de son siège et eut la tête écrasée à coups de pierre.

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-10-13T17:21:18+02:00

Au début, la foule écouta en silence la proclamation du pharaon, comme le veut la bonne coutume, mais ensuite une sourde clameur s’éleva dans toutes les rues, sur les places et devant le temple : « Amon, Amon ! » Ce cri était si puissant qu’on eût dit que les pavés et les pierres des maisons criaient aussi. Les soldats noirs eurent un instant d’hésitation, et leurs visages peints en blanc et en rouge devinrent gris, et ils roulèrent les yeux et ils constatèrent que, malgré leur nombre, ils étaient comme perdus dans cette immense ville qu’ils voyaient pour la première fois. Et dans les clameurs, peu de gens entendirent que le pharaon, désireux de supprimer le nom maudit d’Amon de son propre nom, allait désormais s’appeler Akhenaton, le Favori d’Aton.

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-10-13T17:21:10+02:00

— Tant que l’homme sera l’homme, tant qu’existeront le désir de posséder, la passion, la crainte et la haine, tant qu’il y aura des gens de couleur différente, des langues et des peuples, le riche restera riche et le pauvre pauvre, et le fort dominera le faible et le rusé dominera le fort. Mais cet Aton veut rendre tout le monde semblable, et devant lui l’esclave est l’égal du riche. Le bon sens dit que c’est stupide. Nous sommes du même avis sur un point : il faut abattre Amon, cela aurait dû se passer en secret et par surprise et de nuit et en même temps dans tout le pays, et il aurait fallu immédiatement tuer tous les prêtres du degré supérieur et envoyer les autres dans les mines et les carrières. Mais dans sa folie le pharaon veut agir ouvertement et en public et à la lumière de son dieu, car c’est le disque du soleil qui est son dieu, n’est-ce pas, et il n’y a rien là de nouveau. En tout cas, c’est de la folie et cela exigera beaucoup de sang, et j’ai refusé de m’en charger, parce que j’ignorais ses projets. Par Seth et tous les démons, si j’avais connu ses intentions, j’aurais tout préparé soigneusement et renversé Amon si brusquement que lui-même n’aurait pas eu le temps de voir ce qui se passait. Mais à présent chaque gamin de Thèbes est au courant et les prêtres excitent le peuple dans les cours des temples et les hommes cassent des branches pour s’en armer et les femmes vont dans les temples, avec des battoirs cachés sous leur robe. Par mon faucon, je pleure en pensant à la folie du pharaon.

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-10-13T17:21:01+02:00

Il se prit la tête entre les mains et pleura sur les souffrances de Thèbes et Merit lui apporta une troisième queue et admira son dos puissant et ses muscles saillants, si bien que je lui ordonnai d’un ton rude de sortir et de nous laisser. J’essayai d’exposer à Horemheb ce que j’avais observé pour son compte à Babylone et dans le pays des Khatti et en Crète, jusqu’au moment où je vis que le crocodile l’avait frappé de sa queue et qu’il dormait profondément. Il dormit ainsi toute la nuit et je veillai sur son sommeil, et j’entendis les soldats brailler dans la taverne, car le patron et Kaptah jugeaient profitable de les goberger, pour mieux s’assurer leur appui en cas de troubles. C’est pourquoi le vacarme ne cessa pas de toute la nuit, mais on alla chercher des musiciens aveugles et des danseuses, et je crois que les soldats furent contents, mais moi je ne l’étais pas en pensant que dans chaque maison de Thèbes on aiguisait des poignards et des faucilles, qu’on taillait des pointes de lances en bois et qu’on garnissait de cuivre les rouleaux de cuisine. Oui, je crois qu’on ne dormit guère à Thèbes cette nuit, et certainement le pharaon ne dormit point, mais Horemheb était profondément endormi. Cela provenait probablement du fait qu’il était né soldat.

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-10-13T17:20:51+02:00

La foule veilla toute la nuit dans les cours du temple d’Amon et devant le temple, et les pauvres s’étendirent sur le gazon frais des parterres et les prêtres sacrifièrent sans arrêt sur tous les autels et distribuèrent au peuple la viande, le pain et le vin des offrandes. Ils invoquaient Amon à haute voix et promettaient la vie éternelle à quiconque croyait en Amon et exposait sa vie pour lui. En effet, les prêtres auraient pu empêcher l’effusion de sang, s’ils l’avaient voulu. Ils n’auraient eu qu’à céder et à se soumettre, et le pharaon les aurait laissés en paix, parce que son dieu détestait la haine et la persécution. Mais la puissance et la richesse étaient montées à la tête des prêtres, et la mort même ne les effrayait point tandis qu’ils imploraient Amon, et il est possible qu’en cette dernière nuit plus d’un d’entre eux ait retrouvé la foi. Ils savaient que ni le peuple ni les rares gardiens d’Amon ne pourraient résister à une armée bien entraînée, qui balayerait la foule comme le fleuve emporte les fétus de paille. Mais ils voulaient que le sang coulât entre Amon et Aton pour faire du pharaon un criminel et un assassin qui permettait à des nègres sordides de verser le sang pur des Égyptiens. Ils voulaient des victimes pour Amon, afin que leur Amon vécût éternellement de la vapeur du sang des victimes, même si son image était renversée et ses temples fermés.

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-10-13T17:20:37+02:00

Je lui parlai de la « Queue de Crocodile », et il en fut ravi, si bien que je lui demandai d’y envoyer un piquet de gardes en prévision des désordres. Il donna des instructions au chef, qui lui obéit, comme s’il avait encore été sous ses ordres, et qui promit d’envoyer des hommes de confiance. Ainsi, je pus rendre à Kaptah un service qui ne me coûtait rien.

Je savais qu’il y avait à la « Queue de Crocodile » plusieurs petites chambres séparées où se réunissaient les pilleurs de tombes et les marchands de denrées volées et où parfois des femmes nobles recevaient de solides porteurs des quais. J’y conduisis Horemheb, et Merit lui apporta une queue dans une coupe de coquillage, et il la vida d’un trait et toussota un peu et dit :

— Ho-ho.

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-10-13T17:20:19+02:00

Mais rien de spécial ne se passa dans la soirée. Seuls quelques nègres ivres pillèrent des boutiques et violèrent des femmes, mais les gardes les arrêtèrent et les rouèrent de coups en public, ce qui ne rendit guère le sourire aux marchands volés et aux femmes violées. J’appris que Horemheb était aussi arrivé par le fleuve et je me dirigeai vers le port pour essayer de le voir. A ma grande surprise, les gardes, après avoir entendu ma requête, allèrent m’annoncer et me firent monter à bord. J’observai avec curiosité ce bateau de guerre, car c’était la première fois que j’en voyais un de près, mais seuls l’armement et le nombreux équipage le différenciaient des autres navires, car même un navire de commerce peut avoir des dorures à la proue et des voiles de couleur.

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-10-13T17:19:51+02:00

Personne ne fut surpris quand, dès l’aube, des troupes entrèrent à Thèbes par toutes les routes venant du sud. Boucliers poussiéreux, lances aux pointes de cuivre étincelant, cordes des arcs bandées, les soldats noirs suivaient les rues en jetant des regards curieux autour d’eux, de sorte que le blanc de leurs yeux luisait terriblement dans leur visage en sueur. Précédés de leurs insignes barbares, ils pénétrèrent dans les casernes vides où bientôt les feux s’allumèrent pour chauffer les grosses pierres des foyers. Au même moment, la flotte de guerre abordait aux quais, et on déchargeait les chars de guerre et les chevaux à aigrettes des chefs, et dans ces troupes il n’y avait pas non plus d’Égyptiens, mais surtout des nègres du sud et des Shardanes des déserts du nord-ouest. Ils occupèrent la ville et on alluma des feux de garde aux carrefours et on barra le fleuve. Pendant la journée, le travail cessa dans les ateliers et les moulins, dans les magasins et les dépôts. Les marchands rentrèrent leurs éventaires et fermèrent les fenêtres avec des planches, les patrons des maisons de joie et des cabarets engagèrent vite des hommes solides pour se protéger. Les gens se vêtirent de blanc, et de tous les quartiers la foule afflua vers le grand temple d’Amon dont les cours furent vite pleines à craquer.

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