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— Nous sommes vivants ! m’exclamai-je en regardant les flammes jeter leur bras orangés à travers la fenêtre. Messire O’Farrell ? Je dois reconnaître que votre tigre a été inspiré. Mais dites-moi, il savait que des bottes de foin allaient amortir notre atterrissage, n’est-ce pas ?

[...]Ses paupières clignèrent une fois, et l’effet se dissipa, rendant à l’Irlandais ses sombres yeux pailletés. Celui-ci s’assit et me scruta avec une attention qui me fit craindre qu’un morceau de paille ne soit fiché à un endroit suspect de mon visage.

— Messire O’Farrell ? Allez-vous bien ? m’inquiétai-je en songeant que son tigre avait peut-être griffé une partie de son esprit, le rendant moins réactif que d’ordinaire.

Il ne me répondit pas. À la place, il agrippa ma nuque et ma taille, me faisant basculer sous son poids, pour me contraindre à m’allonger. J’écarquillai les yeux devant une telle réaction que je n’avais pas anticipée, et à laquelle j’ignorais comment répondre. Le manuel de la bienséance ne nous préparait pas aux situations échappant à son contrôle !

[...]

— Lady Sláine ! Votre genou appuie sur un endroit sensible de mon anatomie.

[...]

— Peut-on savoir ce que vous essayez de faire ?

[...]

— Du bouche-à-bouche, me répondit-il en fronçant les sourcils, les faisant s’embrasser avant qu’ils ne s’éloignent de manière pacifique.

— Mais je suis réveillée !

— Je voulais vous enseigner un autre type de bouche-à-bouche qui implique qu’on soit réveillé. Donc cela tombe plutôt bien que vous le soyez, m’expliqua-t-il en raffermissant sa prise sur ma taille et en approchant sa bouche de la mienne, tandis qu’il me soulageait du poids de son corps, une main appuyée au-dessus de ma tête.

— Mais je ne comprends pas l’intérêt de m’enseigner un autre…

— Jaysis ! Je n’ai jamais rencontré une femme aussi hermétique au romantisme.

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Je descendis l’escalier et me saisis du large manteau gris taillé dans la même étoffe que ma jupe. Je n’eus pas le temps de le boutonner qu’Edmond Delcourt, le majordome très français de sir Barthelemew, m’apostropha de manière guindée, mais pragmatique comme toujours. J’aurais dû sursauter, sauf qu’au bout de vingt années à fréquenter cet homme on s’habituait à le voir surgir des recoins de la maison comme s’il était un portemanteau susceptible de prendre vie. C’était à se demander s’il ne dormait pas dans l’un des placards de l’entrée en attendant que nous butions sur un fil imaginaire destiné à le réveiller.

— Lady Sláine, j’ai pris la liberté de vous faire héler un fiacre. Il vous attend devant, m’annonça-t-il de son accent trop pointu qui venait contrebalancer une diction perfectionnée durant ces trente années passées loin du pays du bon vin.

Je tâchai de contrôler mon expression pour ne pas avoir l’air trop surpris. Edmond avait la fâcheuse manie d’anticiper mes souhaits et ceux de mon père sans qu’il soit possible de découvrir comment il s’y prenait. Je n’étais pas sans savoir qu’il lui arrivait d’écouter aux portes, fort discrètement d’ailleurs, mais ce soir, comment diable avait-il fait pour savoir que je sortais ? Avais-je parlé à voix haute sans m’en rendre compte ?

— Je vous remercie, Edmond.

— J’ai également nettoyé le bureau de votre père, ajouta-t-il en souriant, me faisant comprendre qu’il connaissait mon petit secret, mais qu’il le garderait pour lui.

Impossible. Edmond pouvait-il voir à travers les murs ? Avait-il un peu de prescience dans le sang ? J’observai le majordome avec intérêt, tentant pour la énième fois de le percer à jour.

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— À moins que vous ne trouviez un sort pour nous dissimuler à la vue des passants, je vous saurais gré de me laisser gérer la situation.

L’indignation immobilisant mon esprit, je mis du temps à déloger ma voix des serres de ma propre surprise. Avant que je n’aie pu demander des précisions quant à cette « situation », messire O’Farrell posa une main sous mes fesses pour me soulever du sol et me faire enrouler les jambes autour de ses hanches.

Pour m’empêcher de protester, ce qu’un hoquet furieux laissait plus que présager, il apposa une main sur ma bouche tandis que l’autre raffermissait sa prise sur mon dos. J’agrippai l’étoffe de sa chemise et je mordis violemment quelques doigts à ma portée, ce qui les fit disparaître du champ d’action de mes dents. Sous ma morsure, l’Irlandais avait tressailli, et je sentais, à présent, quelque chose durcir de manière inconvenante entre nous. Sachant pertinemment que le malotru n’était pas armé, il ne pouvait, en aucun cas, s’agir du canon d’un pistolet. Plus j’essayais de changer de position, plus « l’objet » semblait grossir. Comme j’ignorais comment inverser le processus, je renonçai à me débattre. Je me laissai aller contre le mur, maintenant une distance aussi raisonnable que possible entre le corps de messire O’Farrell et moi.

— Hé ! Il nous semblait bien avoir entendu du bruit. Regardez, Jeffrey, nous ne sommes pas les seuls à nous promener à une heure aussi indue, pouffa une voix haut perchée qui émanait de la rue principale.

Au comble de la gêne, j’espérais vraiment qu’un lampadaire ait découvert comment parler. Priant pour que ce soit le cas, je tournai la tête et aperçus deux silhouettes. Lorsqu’elles s’avancèrent sous un îlot de lumière, elles m’apparurent plus nettement. Des jeunes gentlemen, qui avaient dû sauter des leçons de savoir-vivre, titubaient en se passant une bouteille à moitié vide. Ils devaient certainement se rendre dans l’un des boudoirs de Piccadilly, qui fournissaient des divertissements proprement scandaleux dont je n’avais jamais rien voulu savoir. L’ignorance était parfois source de vertu et dans ce cas précis, je n’hésitais pas à la revendiquer.

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J’étais dans les bras d’un archange à dix mètres du sol !

— Je vous ordonne de me reposer ! hurlai-je en me gardant de fixer les iris d’un bleu éclatant.

— Vous avez de la chance que je ne reçoive d’ordre de personne, sans quoi je serais tenté de m’exécuter.

Je cessai de me débattre devant la froideur polaire du regard de l’archange. Il était sérieusement en train de considérer l’éventualité de me lâcher ! Je resserrai d’instinct ma prise autour de son cou puissant, ce qui m’amena à me blottir davantage contre son torse large et accueillant. Il n’y avait pas que ses plumes qui auraient fait un oreiller digne de ce nom.

— S’il vous plaît, Michael, ayez l’amabilité d’atterrir, dis-je de ma voix la plus délicate sans décoller la joue de son poitrail.

Certaines requêtes sont plus faciles à adresser à une poitrine qu’à des yeux.

Sans compter que l’odeur angélique était exacerbée à ce niveau-ci. L’effet éventail des ailes apportait le parfum pur et frais de la nuit, mais je n’avais pas froid dans ces bras brûlants. Si j’avais pu faire abstraction du vide, j’aurais pu me croire au paradis. Cela n’aurait pas dû m’étonner qu’un habitant de cette contrée apporte dans son sillage un tel avant-goût.

Ma demande, poliment formulée, porta ses fruits puisqu’un petit à-coup m’indiqua que nous nous étions posés sur les pavés. Je me risquai à sortir de ma cachette ferme et parfumée, constatant que j’étais toujours prisonnière de l’étreinte angélique.

— Je pense que vous pouvez me lâcher maintenant.

— Vous m’avez seulement demandé d’atterrir.

Le sourire amusé qui joua sur ses lèvres me fit rougir. L’archange découvrait l’ironie à mes dépens !

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- Quelle est donc notre destination, lady Slaine? me demanda-t-il, sa voix me paraissant plus basse que d'ordinaire.

- Hum... (je m'éclaircis la gorge) Charing Cross.

- Vous comptez me mettre dans un train pour l'Irlande, peut-être?

- Je mentirais si je disais que cette idée ne m'a pas effleurée.

- Vous ne vous débarrasserez pas de moi aussi facilement, très chère Rose, déclara-t-il, mi-aimable, mi-menaçant.

- Je n'ai aucun doute là-dessus. J'ai cru comprendre que les Irlandais étaient un peu comme le chiendent.

Il se mit à rire à gorge déployée, m'offrant une vue imprenable sur son sourire parfait aux canines plus proéminentes que chez un individu ordinaire, ce défaut étant aussi charmant qu'intrigant.

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« Fort heureusement, j’étais du genre à voir la tasse de thé à moitié pleine. Une tasse de thé était pareille à une corne d’abondance et mon esprit n’aurait pas eu le mauvais goût de dévier de ce précepte, même pour des considérations romantiques. Sans quoi l’univers ne s’en serait pas remis. »

Source: Facebook de l'auteur

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"Cherchant à retarder le moment de frapper à la porte, j’observai le heurtoir dont la mère des jumelles était si fière. Vu qu’elle l’était aussi de son roquet chevelu, on pouvait aisément remettre en cause le moindre de ses choix décoratifs. Celui-ci obtenait la palme dans le domaine. Le supposé poisson présentait une queue en forme de trident, comme si l’infortuné s’était fait embrocher à l’envers par un Poséidon ayant bu une tasse au contenu alcoolisé."

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Plumer un archange, ce n'était pas plumer un poulet.

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Mon père adoptif était à cheval sur les bonnes manières, mais il lui arrivait fréquemment de les chevaucher à cru. Si les hautes sphères de Londres le considéraient comme un riche héritier doublé d’un veuf accablé par le chagrin et, de ce fait, foncièrement inoffensif, il ne fallait pas se fier au monocle défaillant de l’aristocratie. Sir Barthelemew était en réalité à la tête du club Shadow, une entité directement rattachée au cabinet de la reine Victoria dont la vue royale était aussi acérée que celle d’un aigle. Et la souveraine était également pourvue d’ailes qu’elle déployait sur le royaume, mais aussi sur l’Europe.

Il ne m’avait été donné de la rencontrer qu’une seule fois, le jour de mon entrée dans le club. C’était une femme bien loin des critères de beauté de l’époque, d’une apparence froide qui ne manquait pas de vous inspirer le respect. Mais ce qui lui avait fait gagner le mien, c’était son regard plein d’une fougue dont on ne doutait pas qu’elle était muselée avec soin. La reine était un lion en cage qui avait érigé chacun de ses barreaux de façon à pouvoir les dévisser quand c’était nécessaire. Et elle n’hésitait pas à vous frapper avec. Un sacré bout de femme, en somme. La servir, elle, alors qu’elle appartenait au sexe communément reconnu comme faible, était une raison de plus de prendre mes fonctions très au sérieux.

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Je considérai tour à tour chacun de mes compagnons, prenant conscience de l’ampleur de la situation. Mr Bridgestone reposait sur son petit nuage grisâtre, m’observant dans l’attente d’une réaction. Fear se faisait joyeusement grattouiller, mais mon inquiétude sembla le contaminer en partie à cause de la crispation de mes doigts, et pour le reste grâce à notre lien. Enfin, le tigre de l’Irlandais au costume en lambeaux s’agitait de nouveau au-dessus de lui, tandis que ce dernier avait les traits tendus.

Une lady devait parfois prendre les choses en main, d’autant plus quand ces messieurs, toutes races confondues, étaient frappés d’un stoïcisme aigu. Je me levai, tapotai ma robe pour la forme, car il ne restait plus suffisamment de tissu à tâter, et m’autoproclamai chef de notre improbable équipe.

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