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Société aliénée et société saine : du capitalisme au socialisme humaniste, psychanalyse de la société contemporaine



Description ajoutée par tommyvercetti 2014-03-20T22:51:58+01:00

Résumé

Dans cet ouvrage, Erich Fromm analyse la condition de l'homme moderne dans une société dont le principal souci est la production économique, au lieu d'être le développement de la créativité humaine. L'homme moderne, déclare le docteur Fromm, est étranger au monde qu'il a créé, à son semblable, aux choses qu'il utilise et qu'il consomme, à son gouvernement, enfin à lui-même. Sa personnalité est "conditionnée". Permettre aux tendances actuelles de se développer sans frein aurait pour résultat d'engendrer une société malsaine d'individus totalement aliénés.

Que pouvons-nous faire ? Entre le dirigisme capitaliste et la dictature totalitaire, il existe une troisième voie - créer une société saine dans laquelle personne n'est un moyen pour les fins d'autrui, dans laquelle l'homme est le "centre", et où toutes les activités économiques et politiques sont subordonnées au but de sa croissance. Non seulement Fromm présente ici une nouvelle psychanalyse humaniste, mais il nous montre les diverses possibilités de changement social qui peuvent nous écarter du chemin du robotisme et nous conduire à la santé mentale en tant qu'individus responsables et créatifs dans une société saine.

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Extrait

Extrait ajouté par tommyvercetti 2014-05-16T12:07:07+02:00

Résumons-nous : la notion de santé mentale adhère aux conditions mêmes de l'existence humaine, et se retrouve identique à travers les âges et les civilisations. La santé mentale est caractérisée par la capacité d'aimer et de créer, par la délivrance des lieux incestueux au clan et au sol, par un sens de l'identité fondé sur l'expérience de soi, en tant que sujet et agent de ses propres pouvoirs, par la préhension de la réalité interne et externe, bref, par le développement de la raison et de l'objectivité.

[…]

Une difficulté particulière embarrasse de nombreux psychiatres et psychologues qui sont prêts à adopter les idées de la psychanalyse humaniste. Leur pensée est encore influencée par le matérialisme du XIXe siècle, d'après lequel tous les phénomènes psychiques importants auraient leur origine et leur cause dans un processus physiologique, somatique. Tel fut le cas de Freud, qui crut avoir découvert le substratum physiologique de la passion humaine dans la « libido ». Or ici, nous ne présentons aucun correspondant physiologique aux besoins de relation et de transcendance. Le substratum n'est pas physique, il est la personnalité humaine tout entière dans ses rapports de réciprocité avec le monde, la nature de l'homme. C'est la pratique humaine de la vie telle qu'elle résulte des conditions d'existence.

[…]

[…] Nous avons atteint un stade d'individuation auquel, seule, une personnalité pleinement mûre et épanouie peut user avec fruit de sa liberté. Pour l'individu dont la raison et la capacité d'amour sont encore rudimentaires, la liberté et l'individualité sont un fardeau pesant, auquel il s'efforce d'échapper en se forgeant des liens artificiels qui lui confèrent un sentiment d'appartenance et d'enracinement. […]

Le concept de santé mentale ou de maturité a un contenu objectif, que l'on peut déterminer en examinant la « condition humaine », les nécessités et les besoins qui en découlent. Ainsi que je l'ai montré […], il s'ensuit que la santé mentale ne peut être envisagée en termes « d'adaptation » de l'individu à la société, mais, au contraire, qu'il faut la définir en termes d'adaptation de la société aux besoins de l'homme, et du rôle de la société à cet égard – positif ou négatif. Que l'individu jouisse ou non de la santé mentale, cela ne dépend pas d'abord de lui, mais des structures de la société. Si cette dernière est saine, elle favorise les capacités humaines d'amour, de travail créatif, de raisonnement et d'objectivité ; elle l'aide à acquérir le sens de l'individualité fondé sur sa puissance productive. Si elle est malsaine, elle engendre l'hostilité mutuelle, la méfiance ; elle transforme l'homme en instrument utilisé et exploité par d'autres, elle atrophie sa conscience de soi, sauf dans la mesure où il se soumet aux autres ou devient un automate. Une société peut jouer les deux rôles, et en fait la plupart des sociétés le font ; la question est de savoir à quel degrés et dans quelles directions s'exerce leur double influence, positive ou négative.

Les points de vue que je viens d'exprimer entrent en contradiction, non seulement avec le relativisme, exposé ci-dessus, mais encore avec deux autres théories dont je voudrais parler maintenant. L'une, la plus populaire à l'heure actuelle, veut nous persuader que la société occidentale contemporaine, et plus spécialement le « mode de vie américain », répondent aux besoin les plus authentiques […] La psychologie sociale, au lieu de servir l'esprit critique pour juger la société, devient ainsi une apologie du statu quo. […] je citerai la définition de la maturité émotionnelle par le Docteur Stecker : « J'appelle maturité la capacité de s'atteler à un travail et de fournir un rendement supérieur à celui qui est demandé, l'honnêteté, la persévérance à exécuter un plan malgré les difficultés, la facilité à travailler avec d'autres à l'intérieur d'une organisation et sous une autorité, la possibilité de prendre des décisions, la volonté de vivre, la souplesse, l'indépendance, la tolérance. » Il est tout à fait clair que Stecker décrit ici, sous le terme de « maturité », toutes les qualités d'un bon ouvrier, d'un bon employé ou d'un bon soldat au sein des énormes organisations sociales de notre époque. Ce sont les qualités habituellement recommandées aux jeunes agents exécutifs. Pour Stecker, comme pour tous ceux qui partagent son opinion, la maturité est l'adaptation à notre société […]

Contrastant avec cette position est celle qui, de Hobbes à Freud, repose sur la croyance en une contradiction essentielle et inchangeable entre la nature humaine et la société, contradiction inhérente à la nature asociale de l'homme. Pour Freud, l'homme est soumis à deux pulsions qui lui sont biologiquement incorporées : celle du plaisir sexuel et celle de la destruction. Le plaisir sexuel vise la liberté totale […]

Tout-à-fait dans la ligne des idées de Rousseau est l'opinion de Freud que l'homme primitif ne rencontre que très peu – ou pas du tout – d'opposition à la réalisation de ces désirs fondamentaux. […]

Freud adopte la conception de Rousseau du « sauvage heureux », mais il suit Hobbes dans son affirmation d'une hostilité fondamentale entre les hommes. […] L'agressivité humaine, pense-t-il, a deux sources : l'une c'est son besoin inné de destruction (instinct de mort) – l'autre, la frustration de ses désirs instinctifs, imposée par la civilisation. […] Puisque Freud considère l'amour comme un désir sexuel, il postule forcément une contradiction entre l'amour et la cohésion sociale. Pour lui, l'amour est de nature égocentrique et antisociale, et ni le sens de la solidarité, ni le sentiment fraternel ne sont propres à l'être humain ; ils résultent d'une inhibition des appétits sexuels.

Partant de ces considérations, Freud en arrive au conflit inévitable entre la civilisation d'une part, et la santé mentale et le bonheur individuel d'autre part. L'homme primitif est sain et heureux parce que ses instincts fondamentaux ne se trouvent pas frustrés, mais il ignore les bienfaits de la culture. L'homme civilisé connaît la sécurité, il profite de l'art et de la science, mais il est voué à la névrose […]

[…]

Cette vision de l'homme comme un être compétitif et asocial, nous la trouvons chez de nombreux auteurs qui voient dans l'homme du capitalisme moderne les caractéristiques normales de l'homme. […] Toute cette théorie du sexe repose sur la donnée anthropologique d'une compétition et d'une hostilité mutuelle qui seraient inhérentes à la nature humaine.

Darwin avait […] vu dans cette compétition une « lutte pour survivre ». Des économistes […] le transposèrent sur le plan économique. Freud devait plus tard le reprendre à son compte au point de vue des désirs sexuels. Son assertion de base est qu'un « homo sexualis » correspond à l' « homo économicus » des économistes. Ces deux types d'humaines ainsi présentés sont des inventions commodes ; la nature humaine qu'ils supposent […] fait apparaître le Capitalisme sous le jour d'un système qui lui serait parfaitement adéquat […]

Les deux conceptions […] reposant sur le conflit nécessaire entre nature et société servent la défense de la société contemporain et chacune d'elles est une vision déformée de la réalité. Elles négligent en outre le fait que la société n'entre pas en conflit avec les seuls aspects asociaux de l'homme, qui d'ailleurs lui sont partiellement imputables, mais encore avec les qualités humaines les plus valables, qu'elle brime plutôt quelle ne les encourage.

[…]

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