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Nous allons vérifier si tu as des aptitudes. Quoique, après ta question, je serais fortement étonnée que tu n'en aies pas. Allons-y, mon laideron.

Ciri se rembrunît.

-Pourquoi m'appelles-tu comme ça ?

Yennefer sourit du coin des lèvres.

-Je t'ai promis d'être sincère.

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L'intolérance et la superstition ont toujours été le fait des idiots parmi la populace, et, selon mon sentiment, jamais elles ne seront extirpées car elles sont aussi éternelles que la bêtise même. Là où culminent aujourd'hui des montagnes, il y aura un jour des mers. Là où moutonnent aujourd'hui des mers, il y aura un jour des déserts. Mais la bêtise restera la bêtise.

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La magicienne leva le bras et agita la main. Ciri sentit une pulsation dans ses tempes ; elle entendit un bruit dans ses oreilles, semblable à celui qui se produisait lorsqu’elle avalait sa salive, mais en plus intense. Elle fut gagnée par un engourdissement, une fatigue extrême, une faiblesse qui lui raidissait la nuque et lui amollissait les genoux.

Yennefer baissa le bras et ces sensations disparurent aussitôt.

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Rester neutre ? Indifférent ? Ciri avait envie de hurler. Un sorceleur assistant à la souffrance sans intervenir ? Impossible ! Son rôle est de défendre les humains. Contre les sylvains, les vampires, les loups-garous. Mais pas seulement. Il doit les protéger contre le Mal sous toutes ses formes. Et moi, j’ai vu ce qu’était le Mal à Autre Rive.

Un sorceleur a pour devoir de protéger et de sauver des vies. Protéger les hommes, afin qu’on ne les pende pas aux arbres par les bras, qu’on ne les empale pas ; les jeunes filles aux cheveux blonds, pour qu’on ne les crucifie pas sur des poteaux plantés dans le sol ; les enfants, pour éviter qu’on les égorge et qu’on les jette dans les puits. Même le chat brûlé dans la grange incendiée méritait d’être protégé. C’est pour cela que je deviendrai une sorceleuse ; si je possède une épée, c’est pour défendre des êtres comme ceux de Sodden et d’Autre Rive. Parce qu’eux n’ont pas d’épée, ils ne connaissent pas les pas, les volte-face, les esquives, les pirouettes, personne ne leur a appris à se battre, ils sont sans défense et impuissants face au loup-garou et au déserteur nilfgaardien. Moi, on m’apprend à me battre. Pour que je puisse protéger ceux qui sont sans défense. Et c’est ce que je ferai. Toujours. Jamais je ne serai neutre. Ni indifférente.

Jamais !

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Je le confirme, lança une guerrière élancée aux longs cheveux noirs lissés vers l’arrière et tressés en une lourde natte. Moi, Rayla de Lyrie, je connais également Geralt le Loup blanc, le célèbre bourreau des monstres. J’ai aussi rencontré à plusieurs reprises la magicienne Yennefer lorsque je séjournais à Aedirn, dans la ville de Vengerberg, où est sa demeure. Cependant, j’ignore tout de leur amour partagé.

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"Je n'ai rien contre les sorceleurs. Qu'ils continuent à chasser les vampires. A condition qu'ils payent leurs impôts."

Radowid III le Hardi, roi de Rédanie

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— Jaskier, dit Dijkstra dans un état de somnolence apparente, en croisant ses gros bras sur sa poitrine. Espèce d'imbécile. De crétin fini. Dois-tu toujours gâcher tout ce que tu entreprends ? Pour une fois dans ta vie, ne pourrais-tu faire les choses comme il se doit ? Je sais très bien que tu es incapable de penser par toi-même. Je sais aussi que tu as bientôt quarante ans, que tu parais en avoir trente, que tu t'imagines en avoir un peu plus de vingt et que tu agis comme si tu en avais à peine dix. Conscient des réalités susmentionnées, je te fournis d'ordinaire des indications précises. Je te dis ce que tu dois faire, quand tu dois le faire et de quelle manière. Et j'ai régulièrement l'impression d'avoir parlé à un mur.

— En ce qui me concerne, répondit le poète d'un air audacieux, j'ai régulièrement l'impression que tu parles pour le simple plaisir de faire mouvoir tes lèvres et ta langue. Viens-en au fait, et épargne-moi tes figures rhétoriques et ton éloquence déficiente. De quoi s'agit-il, cette fois-ci ?

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"En vérité, je vous le dis, voici venir l'ère de l'épée et de la hache, l'ère de la terrible tourmente. Voici venir le Temps du Froid Blanc et de la Lumière blanche, le Temps de la Folie et du Mépris. Tedd Deireàh, le Temps de la Fin. Le monde disparaîtra sous la glace et renaîtra avec le nouveau soleil. Il renaîtra par le Sang ancien, Hen Ichaer, la graine semée. La graine qui ne germera point, mais fera jaillir la flamme.

Ess'tuath esse! Cela se passera ainsi! Scrutez les signes! Quels seront-ils? Je m'en vais vous le dire... Tout d'abord, la terre sera noyée dans le sang Aen Seidhe, le sang des elfes..."

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L a ville était en feu. Les étroites ruelles qui menaient aux douves, à la première terrasse, crachaient de la fumée et de la braise ; les flammes dévoraient les toits des chaumières étroitement serrées les unes aux autres, et léchaient les murs du château. À l’ouest, depuis la porte qui donnait sur le port, s’élevait un énorme vacarme, les échos d’une lutte sans merci, les coups sourds du bélier qui faisaient trembler les remparts. Ils avaient été submergés par surprise, après que les assaillants eurent renversé la barricade défendue par quelques soldats, des habitants armés de hallebardes et des arbalétriers de métier. Des chevaux enveloppés de caparaçons noirs survolaient les obstacles tels des spectres, des lames blanches et scintillantes semaient la mort parmi les défenseurs en fuite. Ciri sentit le chevalier qui l’avait emportée sur sa selle talonner violemment sa monture. Elle avait entendu son cri : « Accroche-toi, accroche-toi ! » D’autres chevaliers aux couleurs de Cintra les devan­cèrent et fondirent sur les Nilfgaardiens. Ciri aperçut la scène l’espace d’un instant, du coin de l’œil : un immense tourbillon où se mêlaient des capes bleu et or et des capes noires, au milieu du fracas de l’acier, du grondement des lames contre les boucliers, du hennissement des chevaux… Un cri. Non, pas un cri. Un hurlement. « Accroche-toi ! » L’effroi. Chaque secousse, chaque saccade, chaque soubresaut du cheval meurtrit ses mains agrippées aux rênes. Ses jambes douloureusement contractées ne trouvent pas d’appui, la fumée fait larmoyer ses yeux. Le bras qui l’entoure l’étouffe, l’étrangle, comprime douloureusement ses côtes. Alentour s’élève un cri comme elle n’en a jamais entendu auparavant. Que peut-on faire à un homme pour qu’il hurle ainsi ? La peur. Annihilante, paralysante, suffocante. De nouveau, le fracas des armes, le renâclement des chevaux. Tout autour, les maisons dansent, des fenêtres propulsées par le souffle des flammes atterrissent soudain là où, un instant plus tôt, se trouvait une ruelle boueuse jonchée de cadavres, encombrée par des biens que les habitants avaient abandonnés dans leur fuite. Derrière le dos de Ciri, le chevalier est soudain pris d’une toux étrange, rauque. Du sang gicle sur ses mains soudées aux rênes. Un hurlement. Le sifflement des flèches. La chute, la secousse, le choc douloureux contre l’armure. À côté d’elle, un grondement de sabots ; au-dessus de sa tête, le ventre d’un cheval et sa sangle déchirée passant en un éclair ; le ventre d’un deuxième cheval, un caparaçon noir volant au vent. Des geignements, semblables à ceux d’un bûcheron qui abattrait du bois. Mais ce n’est pas du bois, c’est le fer contre le fer. Un cri, étranglé et sourd. Tout près d’elle, quelque chose de grand et noir s’effondre dans un éclaboussement de boue et saigne atrocement. Son pied armé tremble, s’agite, creuse la terre de son énorme éperon.

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-Tu dois impérativement maintenir ta concentration et empêcher que l’énergie se libère seule de toi. Ma maîtresse disait toujours qu’il fallait libérer la force de la même manière qu’on lâche un pet dans une salle de bal: avec délicatesse, parcimonie et maîtrise. De sorte que tes voisins ne sachent pas que cela vient de toi. Tu comprends?

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