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— Qu’est-ce que c’est censé représenter? ne put s’empêcher de demander Geralt.

L’elfe lui lança un coup d’œil furtif en portant l’extrémité du manche de son pinceau à ses lèvres.

— C’est une fresque préhistorique, déclara-t-il, réalisée par les hommes primitifs qui habitaient dans cette grotte voici des milliers d’années et qui passaient la majeure partie de leur temps à chasser les bisons violets morts depuis longtemps. Certains des chasseurs préhistoriques étaient des artistes, ils éprouvaient le profond besoin d’immortaliser par la peinture ce qui leur pesait sur le cœur. Une sorte d’abréaction artistique.

— Fascinant.

— Absolument, confirma l’elfe. Vos savants errent dans les grottes depuis des années à la recherche de traces laissées par l’homme préhistorique. Et, chaque fois qu’ils en découvrent une, ils éprouvent une fascination sans borne. Car ils y voient la preuve de l’appartenance ancestrale de l’homme à cette terre. La preuve que les ancêtres de l’homme vivaient ici depuis des siècles, et que par conséquent ce monde appartient à leurs héritiers. Bah! Chaque race a droit à ses racines. Même la vôtre, la race humaine, dont il faut chercher les racines à la cime des arbres. Voilà un joli calembour, tu ne trouves pas? Qui vaut son épigramme. Aimes-tu la poésie légère? Qu’en penses-tu? Vois-tu quelque chose que je pourrais rajouter?

— Rajoute aux chasseurs préhistoriques d’immenses phallus en érection.

— Ça, c’est une idée. (L'elfe plongea son pinceau dans la peinture.) Le culte phallique était caractéristique des civilisations primitives. Voilà qui peut également servir de base à la théorie selon laquelle la race humaine est soumise à la dégénérescence physique. Vos ancêtres avaient des phallus comme des massues, mais leurs descendants ont hérité de zobs ridicules... Merci pour ta pertinente suggestion, sorceleur.

— De rien. Ça me pesait sur le cœur. La peinture semble bien fraîche pour une fresque préhistorique.

— D’ici à trois ou quatre jours, sous l’influence du sel qui se dégage des murs, les couleurs pâliront et le résultat paraîtra si parfaitement authentique que vos savants en resteront bouche bée. Ils en pisseront de joie quand ils verront ça. Tout le monde, j’en donne ma tête à couper, n’y verra que du feu, et ma farce passera inaperçue.

— J’en doute.

— Et qu'est-ce qui te fait dire ça?

— Tu ne pourras t’empêcher de signer ton chef-d’œuvre.

L’elfe eut un petit rire.

— Touché! Tu m’as percé à jour. Ah! Feu de la fatuité, comme il est difficile pour l’artiste de t’éteindre en lui. J’ai déjà signé. Ici.

— Ce n’est pas une libellule?

— Non, c’est l’idéogramme de mon nom. Je m’appelle Crevan Espane aep Caomhan Macha. Par commodité, j’utilise le pseudonyme d’Avallac’h. Je t’autorise à en faire de même pour t’adresser à moi.

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— C’est un fait, Hotsporn, se rengorgea Giselher. Les Rats ne sont pas plus mauvais qu’une autre bande, pas moins habiles que la clique de Valdez. Tu parlais de fougue virile ? Eh bien, moi, je vais t’en conter sur la fougue féminine. Étincelle, Mistle et Falka, à elles trois, telles que tu les vois ici, ont traversé en plein jour le centre de la petite ville de Druigh, et, ayant appris que des Varnhagen se trouvaient dans la taverne, elles l’ont traversée au galop ! De part en part ! Elles sont entrées par-devant, et sont ressorties par-derrière. Et les Varnhagen sont restés la gueule ouverte, à regarder leurs chopes cassées et leurs bières renversées. Tu diras peut-être que ce n’est rien ?

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- Jaskier, ne t'endors pas sur ta selle !

- Je ne dors pas. Je réfléchis de manière créative !

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"Nombreux sont les vivants qui mériteraient la mort et les morts qui mériteraient la vie. Pouvez-vous la leur rendre ? Alors ne soyez pas trop prompts à dispenser mort et jugement. Même les plus grands des Sages ne peuvent tout connaître." # John Ronald Reuel Tolkien

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– Pourquoi exactement as-tu besoin de ce brillant ?

– Pour fabriquer une « fenêtre ». C’est-à-dire une mégascope de communication à distance. Je dois m’entendre avec certaines personnes.

– Grâce à la magie ?

– S’il suffisait de monter au sommer de Kaer Trolde et de les appeler très fort, je n’aurais pas tant besoin de ton aide.

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— Tu ne sais pas qui je suis. Tu ne peux même pas l’imaginer.

Elle répéta cette banale affirmation plusieurs fois de suite, ce qui eut pour effet d’irriter quelque peu l’anachorète. Bien évidemment, il n’en laissa rien paraître. Révéler ainsi ses sentiments devant une gamine lui aurait fait outrage. Non, il ne pouvait le permettre ; pas plus qu’il ne pouvait laisser libre cours à la curiosité qui le démangeait.

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(Extrait des mémoires de Jaskier)

La nage n’était, et n’est toujours pas, pour ainsi dire, mon point fort. Si mère nature avait voulu que je nage, elle n’aurait pas manqué, au cours du processus de l’évolution des espèces, de m’équiper de membranes entre les doigts. Même chose pour Pégase.

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L’univers, comme chacun sait, de même que la vie, suit une trajectoire circulaire. Sur la circonférence de ce cercle figurent huit points magiques qui forment une rotation complète, soit un cycle annuel. Ces points vont par paires et se font face sur la circonférence du cercle : Imbaelk, la germination, et Lammas, la maturation ; Belleteyn, la floraison, et Saovine, l’étiolement ; le solstice d’hiver, appelé Midinvaerne, et d’été, Midaëte ; l’équinoxe de printemps, Birke, et d’automne, Velen. Le cercle est ainsi divisé en huit parties qui correspondent au découpage d’une année dans le calendrier elfique. Les humains qui débarquèrent sur les plages à l’embouchure de la Iaruga et du Pontar possédaient leur propre calendrier ; basé sur la lune, il divisait l’année en douze mois et indiquait au laboureur le cycle annuel de son travail, de la fabrication des gaules en janvier jusqu’à l’époque des grands froids et du gel de la terre. Toutefois, même s’ils avaient leur propre calendrier et leurs propres saisons, les humains acceptèrent le cercle des elfes et les huit points qui jalonnaient sa circonférence. Imbaelk et Lammas, Saovine et Belleteyn, les deux solstices et les deux équinoxes du calendrier elfique, devinrent chez les humains également des jours de fête à nul autre pareils, aussi repérables qu’un arbre esseulé au milieu d’une prairie. Car ces dates étaient auréolées de magie. En effet, ce n’est un secret pour personne, une aura tout à fait particulière envahit l’atmosphère au cours des jours et des nuits qui entourent ces événements. On ne s’étonne plus des manifestations surnaturelles et des phénomènes étranges qui accompagnent ces huit dates, plus particulièrement les équinoxes et les solstices. Tout le monde étant désormais accoutumé à ces bizarreries, elles ne suscitent que rarement de grandes émotions. Mais, cette année-là, les choses en allèrent autrement. Cette année-là, comme à l’accoutumée, les humains célébraient l’équinoxe d’automne au cours d’un réveillon familial. Selon la tradition, tous les produits récoltés dans l’année, ou du moins le plus grand nombre possible, devaient figurer au menu du repas, ne serait-ce qu’en petite quantité. Après avoir réveillonné et remercié la déesse Melitele pour les récoltes, les humains allèrent se reposer. Et c’est alors que survint l’horreur macabre. Peu avant minuit, une effroyable tempête se déchaîna, une tornade diabolique qui fit ployer les arbres presque jusqu’à terre ; entre deux mugissements, au milieu des craquements des chevrons et des claquements des persiennes, on percevait des hurlements, des cris terrifiants et des lamentations. Les nuages qui s’étaient formés dans le ciel prenaient des formes extravagantes : il s’agissait le plus souvent de silhouettes de chevaux et de licornes au galop. Près d’une heure durant, la tourmente se déchaîna sans répit et, dans le brusque silence qui s’ensuivit, la nuit s’anima des trilles et des bruissements d’ailes de centaines de tète-chèvres, ces oiseaux mystérieux qui, selon les croyances populaires, se réunissaient autour des mourants pour chanter de diaboliques chants d’agonie. Cette fois, le chœur des engoulevents était si intense, si puissant qu’on eût dit que le monde entier était en train de mourir.

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Si le Mal veut te causer du tort, t’infliger de la souffrance, devance-le et porte-lui le coup fatal, de préférence quand il ne s’y attend pas. Si tu n’es pas parvenu à le prendre de court, si tu as été meurtri par le Mal, alors rends-lui la monnaie de sa pièce ! Tombe-lui dessus, de préférence quand il aura relâché sa vigilance et qu’il se sentira en sécurité. Fais-lui deux fois, trois fois plus de mal qu’il t’en a fait. Œil pour œil ? Non ! Les deux yeux pour un seul œil ! Dent pour dent ? Non ! Pour une dent toute la gueule ! Réclame vengeance ! Fais-le hurler de douleur, jusqu’à ce que ce hurlement fasse péter les globes de ses yeux. Et alors, en baissant les yeux vers le sol, tu pourras affirmer ouvertement et avec assurance : ce qui gît là ne meurtrira ni ne menacera plus personne. Car comment peut-il menacer quelqu’un s’il n’a plus ses yeux ? S’il n’a plus ses deux mains ? Comment peut-il meurtrir quelqu’un quand ses viscères sont répandus sur le sol et que son sang s’infiltre dans le sable ?

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Parce que la loi, ce n'est pas la jurisprudence, ce n'est pas un gros livre rempli de paragraphes, ce ne sont pas des traités philosophiques, des fadaises ampoulées sur la justice ni des clichés rebattus sur la morale et l'éthique. La loi, ce sont des routes et des chemins sûrs. Ce sont des ruelles où l'on peut se promener tranquillement même après le coucher du soleil. Ce sont des auberges et des tavernes où l'on peut se rendre aux latrines sans avoir à emmener avec soi son escarcelle ou sa femme. La loi, c'est la garantie pour tout un chacun de pouvoir dormir tranquille et d'être éveillé par le chant du coq, et non par le coq rouge ! Et pour ceux qui enfreignent la loi : la corde, la hache, le pal et les fers rouges ! Un châtiment qui décourage les autres.

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